‹ Erreurs de Voltaire (volume 2)Chapitre 43 sur 71 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

De Cranmer, archevêque de Cantorbéry.

Y OICI le grand objet de l'admiration et des plus sublimes louanges de M. de Yollaive , Cranmer dans les flammes.

« Ce Primat, dit-il , qui avoit eu la foiblesse >3 d'abjurer, reprit son courage sur le bûcher. » Il déclara qu'il mouroit prolestant, et fit )j réellement ce qu'on a éciùt, et probablement » ce qu'on a feint de Mutins Scévola. Il plou- « gca d'abord dans les flammes la main qui M avoit signé l'abjuration , et n'élança son jj corps dans le bûclierque quand sa main fut » tombée. Action plus louable et aussi intréw pide que celle qu'on attribue à Mutins. L'An- >j glois se punissoit d'avoir succombé à ce qui j) lui paroissoit une foiblesse , et le romain » d'avoir manqué un assassinat. »

Voltaire n'a jamais fait tant d honneur aux plus illustres martyrs de TEglise. Il ne les traite le plus souvent que de rebelles et de factieux. Mais ])Our Cranmer, c'est l'exemple de la magnanimité la plus héroïque. Cependant l'bisloirc de sa vie ne s'accorde guère avec le magnifique portrait qu'on fait ici de lui.

Ce grand homme n'eut pas honte d'enlever,

DE VOLTAIRE. aSl

tout archevêque qu'il ëtoit ' , une fille en A1-. lemagne , de l'emmener en Angleterre , et d'en faire sa concubine. Il n'osa j^as rë]iouser publiquement du vivant de Henri Mil , qui ne vouloit point de semblables éclats dans les chefs du clergé. Il se contenta alors de la conduire avec lui dans une litière fermée , quand il alloit dans quelqu'une de ses maisons de plaisance. Les noces publiques de l'archevêque n'eurent lieu que sous le règne d Edouard.

Cet homme si ferme avoua dans son interrogatoire , qu'il avoit changé très-souvent de créance siu' différents articles de la religion. Quelques-uns prétendent qu'il en changea dixsept fois. Ce qui est siir , c'est qu'il fut d'abord catholique sous Henri A HI , ensuite schismatique avec ce prince ; luthérien , et après anglican sous Edouard ; enfin il redevint catholique sous Marie. On ne peut guère savoir ce qu'il étoit quand il fut condamné au feu. Cet homme admirable devant faire serment de conserver les droits de l'Eglise d'Angleteri-e , poui' être pourvu de l'archevêché de Cantorbéry , ne fut point du tout embarrassé. Il fit en même temps et le serment requis , et une protestalion par-devant notaire , qu'il ne gai'deroit jamais sou serment.

M. de Voltaire , pour rendre sa narration

' Hist. du Schisme, Sander-

plus admirable , dit que Cranmer étendit sa main sur les flammes , et la laissa brûler jusqu'à ce qu'elle tombât , ayant que de s'élancer dans le bûcher. Cette punition de sa main auroit été bien souvent réitérée , si elle avoit eu lieu toutes les fois qu'il avoit signé et qu'il s'éloit parjuré. Mais le merveilleux de ce beau trail ne paroîlra que ridicule à celui qui sait l'histoire. Cranmer fut enchaîné au bûcher avant qu'on y mit le feu. Comment donc putil attendre que sa main fût consumée , pour s'y élancer?

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