‹ Erreurs de Voltaire (volume 2)Chapitre 46 sur 71 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

De la religion sous François Premier, etc,

i/N ne trouve dans Yollaire, sur cet article, qu'un encîiaînement d'imputations fausses , de raisonnements foibles , d'infidélités et d'altérations , que nous allons présenter et réfuter dans le même ordre qu'il les présente et qu'il expose lui-même. Voici comme il commence:

« Les François , depuis Charles VU, étoient » regardés à Rome comme des schismatiques , » à cause de la pragmatique sanction faite à j) Boui'ges conformément aux décrets du con- » cile de Bàle, ennemi de la papauté. »

Il faut remarquer que sous Charles Vil ', il n'yeutpointdedifTércndeutrela cour de France et celle de Rome ; que Louis XI , en montant sur le trône , déclara qu'il ne vouloit point s'en tenir à la pragmatique, et il sut bien faire tout plier à ses sentiments ; que Charles VIII fut Irès-bien avec les papes de son temps ; et que les différends de Louis XII avec Jules II, no regardoient nullement la pragmatique. D'ailleurs la France n'ayoil presque jamais eu tant de cardinaux , qu'elle en eût sous ces règnes,

* Histoire de l'Eglise Gallicane.

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Comment ^'^oltaire ose-t-il dire que les François étoient regardés comme des scliismatiqiies par la cour de Rome ?

" La religion u'embarrassoit guère François ?3 I. Aussi ce prince laissa-t-il plutôt persécuï» ter les liéréliques, quil ne les poursuivit. ï> Les évêques , les parlements allumèrent des P bùcîiers ; il ne les éteignit pas. jj

Qu'on lise ces deux traits, et qu'on juge si François I ayoit aussi peu de religion que Tannonce \ oltaire. Ce jîrince ayant appris cju'uue statue delà sainte \ierge avoit été profanée et outragée par les hérétiques, en témoigna d'alîord la douleui' la plus vive. Il promit une grande récompense à celui qui décom'Hroit les auteurs de cet attentat. Mais pour faii'e une ara^ple réparation à la mère d j Dieu ' , il fil faire une statue d'argent de la gi'andeiu" de celle qui avoit été profanée; il indiqua une procession solennelle pour mettre la nouvelle statue à la j^lace de 1 ancienne , et voulut lui-même , à la vue de tout son jieuple , faire cette nouvelle dédicace , pendant laquelle on le vit répaudre de*. Jlarmes de dévotion et de piété.

Le même prince - apprenant qu^on avoit a f^ ficlié par tout Paris des placards remplis de Llasphèmes contre l Eucliaiistie , fit , un flambeau à la main , à la tète de tous les princes etpriu-

» Du Boulai. — * Fioiimo-n de Raymond.

cesses de sa maison , et à la vue de tout le peujjle, une solennelle amende lionovable , en réparation de ces outrages et de ces blasphèmes^. 11 fiîiit par un discours qui niarquoit bien sa vi^ e foi, et sa tendre piété. Et quant à moi qui suis votre roi , dit-il les larmes aui yeux , si je savois un de mes membres macidé ou infecté de cette détestable erreur, non-seulement je vous le baiilerois à couper , mais davantage ; si j aperce vois aucun de mes enfants enlacbé , j.e le voucb'ois moi-même sacrifier. Cette amende honorable fut suivie du suj>plice de six hérétiques condamnés aux flammes. Quoi([ue ses mœurs n'aient jjas toujours été bien réglées , il ny eut jamais la moindre altération de sa foi : et il mourut, après avoir reçu les derniers sacrements avec la plus édiiianle piété*

Tel étoit le prince, à la religion duquel M. de \ oltaire ose donner alteiute. Il dit , en parlant de Julien TApostat, que les chrétiens débitoient beaucouj) de fables sur ce prince , et que cesfablesétoient toutes calomnieuses. Com^ment doit-on regarder celles qu'il a la har<!iesse de débiter sur François I ?

« jNous avons vu les juges d'Angh-terre sou5 » Henri \ 111 et sous Marie , exercer des cruaujj lés qui font horreur. Les François , quipas- M seiitpour un peuple j:lus doux, surpassèrent » beaucoup ces barbaries faites au nom de la » religion et de Ja justice. » Les hérétiques sont

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toujours chers à la religion odieuse à Voltaire. ^Les huguenots commencèrent par renoncer à l'ancienne religion , méprisèrent les remontrancL'S des supérieurs ecclésiastiques , refusèrent d obéir au roi , prirent les armes , saccagèrent et pillèrent plus de huit cents villes , portèrent le fer et le feu aux quatre coins du royaume , y introduisirent les étrangers, firent pérk- une multitude immense de sujets fidèles au roi '. Ce que l'on fit pour punir les auteurs de tant de désastres , c'est ce que Voltaire appelle des énormes barbaries faites au nom de la religion et delà justice. D'Aubigné, tout protestant qu'il est , ne peut pas les excuser ; et V'oilaire condamne ceux qui ont fait légitimement punir un petit nombre de ces criminels. « Il faut savoir qu'au douzième siècle, Pierre M Valdo , dont la piété et les erreurs donnéw rent , dit-on , naissance à la secte des vau- » dois , s'étant retiré avec plusieurs pauvres n mi'il nourissoit, dans des vallées incultes, ji entre la Provence etlcDauphiné, il leurser- 'i vit de pontife comme de père. Il les instruisit » danc sa secte , qui ressembloit à celle des albijj gcois, de Wiclef , de Jean Hus, de Luther » et de Zuingle, sur plusieurs points princi- M paux. Les vaudois jouissoient du calme , ^j quand les réformateurs d'Allemagne et de

• Histoire des Variât, mémoire de Castcliiaii.

DE VOLTAIRE. S/fg

» Genève apprirent qu'ils avoient des frères, w Aussitôt ils leur envoyèrent des ministres, jj Alors ces vaudois furent trop connus. Les » édits nouveaux contre les hérétiques les con- )> damnoient au feu. »

Voici une preuve des plus convaincantes de la hardiesse de M. de Voltaire à parler sur des choses qu'il ignore entièrement. Il dit que ces différentes sectes dont il vient de rassembler les noms , se ressembloient sur plusieurs points principaux. Qu'on en juge par les carac- ^tères dislinctifs que nous allons donner des jines et des autres!

Les erreui's des vaudois étoient de croire que les ministres de la religion dévoient imirter la pauvi'cté de Jésus-Christ et des apôtres, et que les mauvais prêtres ne pouvoient pas exercer les fonctions du ministère; que tout le monde , les laïques , hommes et femmes avoient droit de prêcher, de confeéser, d'absoudi'e , et de consacrer le corps de Jésus - Christ.

Les albigeois rejetoient l'ancien Testament % condamnoient le mariage et la plupart des sacrements; ils ne parloient de la Trinité que d'une manière très-équivoque , ce qui leur fit donner aussi le nom d'ariens.

Les wicléfistcs disoient que Dieu n'étoit pas

* Voyez histoire des Variât, livre ii.

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libre, qu'il éloit 1 aiileur de tous les crimes, et qu'il les approuvoit ; qu'uue femme vertueuse pouvoit être pape; qu'uu roi cessoit d'être roi dès qu'il étoit en péclié mortel. Jean Hus n'étoit ]'»as tant auteur de secte, que disciple de AS'^iclef sur plusieurs articles.

Luther euseignoit que Tliomme n'étoitpas libre ; que tous les péeliés des jus tes son t des pécliés mortels; que le corps de Jêsus-Clirist est dans l'Eucharistie avec la substance du pain; que le vicaire de Jésus-Christ n'a nulle autorité danslEglise; que la juslitication, ccst-à-dire, la justice ou sainteté chrétienne , consistoit à croire fermement que tous nos péchés nous étoient remis par les mérites du Sauveur; il rejetoit aussi plusieurs sacrements, la nécessité des bonnes couvres, l'invocation des saints, les vœu\ monastiques, etc.

Les calvinistes n'admettoient que deux sacrements, le baptême et lacène; encore nioientils la nécessité du baptême pour les enfants. Ils nioient la j-resence réelle, le libre arbitre, con> damnoient toutes les cérémonies de l'Eglise , etmettoienl javrai leurs articles de foi, que le pape étoit l'anlechrist.

. ielies éloient les dlirérentes sectes qui , selon M. de Voltaire, se ressembloient sur plusieurs points priiicij aux, qui, selon le jugement qu'il en porte encore en un autre endroit, -avoieut à-peu-pvès les mêmes dogmes que tieu-

DE VOLT AI TiE. 2o 1

neùt aujourdhui les protestants. Sil avoit lu Texcelient ouvrage de M. de Méaux sur les Variations . il auroit évité les erreurs grossières où il tombe. Coutiauous à le suivre, pourrez conuoîlre ses écarts.

« Le conseil de France croyoit que toute >) nouveauté en religion, traîne a])rès elle des j> nouveautés dans 1 état. Le conseil avoit raiw son, en considérant les troubles d Allemagne. « Peut-être avoit-il tort, s'il songeoit à la taci-" » lité avec laquelle les rois de Suède et de Dane- M niarck établissolent alors le luthéranisme. » La véritable religion s'étoit partout intro- » duite sans les guerres civiles; dans Tempire » romai n , s ur un édi t de Constantin ; en Fra iice 3> parla volonté de Clovis ; en Angleterre , . w par l'exemple d un petit roi de Kent nom- )) mé Elliélbert. »

11 est aisé de faire voir que tout cet article n'est rempli que de misérables sopliîsmes cl de faussetés.

Le conseil de France pensoit certainement mieux que \ ol taire. 11 voyoit alors le sang ruisseler dans toutes les provinces des Pays-Bas, les gibets dressés elles bùcliers allumés en Angleterre depuis Henri Mil et pendant tout le long règne d'Elizabetli; la moitié de rAllemagne arjnée conlj-e 1 autre , à cause des nouvelles religions. Ce même conseil voyoit l'Esragne , l'Italie, la Lorraine paisibles et tranquilles.

parce qu'on ayoit empêché les nouvelles religions d'y pénétrer; Soliman II lui-même, comme le marque M. de Casteluau dans ses mémoires , défendant sous de gi-ièves peines de recevoirdcsprédicants luthériens dans sesélats. Faut-il donc être surpris que le conseil craignit que la nouveauté en religion ne traînât après elle des nouveautés dans TEtat.

Le maréchal de Strozzi pensoit encore de la même manière '. L'Amiral de Coligni lui disant un jour que la France étoit parvenue à un point de force et de puissance que rien ne pourroit ébranler; il ne faudroit qu'un changement de religion , répondit le maréchal ^ pour la mettre à deux doigts de sa ruine. Moins de vingt ans après, on vit combien la penséç de ce seigneur étoit juste.

L'exemple^ que cite M. de Voltaire de la Suède ne prouve guère ce qu'il ose affirmer. Tout le règne de Gustave Yasa ne fut qu'un enchaînement de guerres , de proscriptions et d'usurpations. M. dePufendorifen convient*.

M. de Voltaire n'y pense pas , quand il dit que la religion s'étoit introduite dans tout remj)ire romain sur un édit de Constantin. L'édit de 5i5 n'obligeoit point à embrasser la religion chrétienne ^. Il laissoit seulement la

• Mf'moire de Casteluau. — ' Histoire de Suède, 1. i. — » ^ Histoire des Emp. Coust.

liberté aux clirétîens de faire une profession publique du christianisme, et il laissoit aussi aux idolâtres la liberté de fréquenter leurs temples et de faire leurs sacrifices comme auparavant. D'ailleurs, il oïd^lie ce qu'il a dit au commencement de son histoire, qucc'étoientles chrétiens qui avoient le plus contribué à mettre Constantin sur le trône.

Il se trompe en disant que la religion s'étoit introduite en France par la volonté de Clovis. Les Gaules étoient déjà toutes chrétiennes, lorsque Clovis y vint établir la monarchie. De même l'Angleterre l'étoit déjà presque toute , lorsque les Saxons idolâtres s'en empai'èrent. Saint Athanase, au quatrième siècle, nous parle des évêques de cette île. Pelage y fut moine dans le siècle suivant. Si l'on a appelé ensuite le roi Ethelbert et le saint moine Augustin , apôti'es des Anglois, c'est pai-ce qu'ils convertirent les Anglo-Saxons.

« Il ne restoit qu'un parti à prendre : c'én toit d'imiter Charles-Quint , qui finit , après }> bien des gueiTCs , par laisser la liberté de M conscience ; et la reine Elizabeth , qui , en » protégeant la religion dominante , laissoit « chacun adorer Dieu suivant ses principes , ij pourvu qu'on fût soumis aux lois de 1 Etat. »

La reine Elizabeth étoit vi"aiment un bel exemple à proj)OS('r à un roi de France, qui a le titre de roi tiès-chrélien , et de ûls aîné de

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l'Eglise. Cette princesse, dit ^^oltaire , en protégeant la religion dominante , laissoit cliacun aclorer Dieu selon ses principes. Et cependant il assui'e ailleurs ' qu'elle songea, dès cpi'elle fut sur le trône , à rendre tout le royaume ]3rotestant. \ oltaire souhaitei'oit-il que les rois de France eussent pris le même parti, et qu'à l'exemple dElizabetli , ils eussent fait passer en loi de Tétat de ne faire profession que de la seule religion protestante , et qu'ils eussent fait sévèrement punir quiconque ne se seroit pas confomié à cette loi de Télat? C'est-là cependant ce qu'ils eussent été obligés de faire, s'ils eussent suivi le beau modèle que leur présente Yoltaire dans la reine Elizal^eth.

! On cite fort mal-à-pro])OS l'exem; de de Cliarles-Quint. Ce prince n'accorda jamais la liberté de conscience dans les pays où il étoit vraiment souyei'ain comme les rois de France le sont dans leurs états. Il ne l'accorda jamais , ni dans les Pays-Bas, ni dans le comté de Bourgogne, ni en Espagne, ni en Italie. Si après vingt-cinq ans de guerres, il céda enfin jîoui* la liberté de conscience dans l'empire , ce ne fut que pour ses étals où il n'avoit que l'autorité de chef de l'empire , sans y être maître absolu , et sans pouvoir y régler les choses à son gré. La manière de penser de Voltaire n'est

' Histoire Gcaé raie ; chapitre lôg.

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donc j)as plus juste pour la politique , que pour la religion.

« On pendit et on brûla dans la Grève, Anne n du Bourg, ce prince magistrat, esprit trop M inflexible, maïs juge intègre , et d luie vertu >} reconnue. Les martyrs font des prosélytes. « Le supplice d'un homme fit plus de réformés M en France , que les livres de Calvin. La si- » xième partie du royaume étoit calviniste sous » François II. »

C'est apparemment du martyrologe calviniste qu est tiré cet éloge d'Anne du Bourg. Ce magistrat neveu d'un cnauceîier , éloit un des plus furieux décîaniateurs contre lEglise romaine , et des plus ardents défenseurs des protestants. Il le fit bien voir par son discours fanati({ue, fait en plein parlement, en présence même et contre la volonté du roi. Cette vertu si reconnue est cependant fort suspecte. Il dit au président Minard ', que s'il ne se désistoitpasde sa poursuite contre les réformés, on trouveroit le moyeu de l'empêcher de continuer *. Le président fut assassiné peu de temps après. On n'a jamais cru que cet homme vertueux fût l'unteuï' de 1 assassiuat. Mais quand il fit cette menace, pouvoit-il ignorer qu'il se préparoit?

' Mémoire de Caslclnau — * Le Laboureur. Add.

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