‹ Erreurs de Voltaire (volume 2)Chapitre 47 sur 71 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

De l' Inquisition.

«Il faut être bien maladroit pour calomnier » l'Inquisition, et pour chercher dans le men- » songe de quoi la rendre odieuse, » dit M. de Voltaire. Et il a raison. Mais pourroit-on se persuader qu'api-ès avoir prononcé cette belle sentence, il tombe aussitôtlui-mêmedans le défaut qu'il reprend? On ne doit pas cependant êti'e surpris qu'il se déchaîne si fort conti'e ce tribunal. Il a ses raisons pour le haïr , et encore plus pour le craindre.

Il faut convenir que le tribunal de l'Inquisition est un tribunal redoutable. Mais il n'est pas aussi détestable que le font les misérables auteurs que Voltaire copie. Voici comme en parle le judicieux abbé de Vayrac , dans son ouvrage de l'état présent de l'Espagne.

« J'avoue que si ceux qui se déchaînent con- » tre le tribunal de l'Inquisition, avoientégardà » la qualité de ceux qui le composent, ilsenpen- » scroient tout autrement. Ils verroient à sa tête » un cardinal, ou, pour le moins, un prélat du » premierordre. Ils trouvcroieutdanssesmemîj bres tout ce que rEsj.agae a de plus distin- *> gué dans l'état ecclésiastique et religieux, et

M dans la magistrature. Et peut-être ne se- 3> roient-ils pas assez hardis pour peindre de M semblables sujets comme des juges barbares M et implacables, plus disposés à punir des in- » nocents , qu'à faire grâce à des coupables ; 55 plus avides du bien de ceux qui ont le mal- » heur de tomber entre leurs mains, que zé- » les pour le salut ; plus propres à enti'etenir i> une dévotion fantastique , qu à faire régner » une solide piété. Mais par une fatalité que jj je ne puis comprendre, il est sur qu'ils font M du Saint OfFice un lieu où 1 i7inocence ni la M fortune des hommes ne sont jamais en sù.- » reté, par les injustices criantes qui s'y com- » mettent. Et ce qu'il y a de plus déplorable , « c'est que la prévention a tellement prévalu, » que je désespère en quelque manière de pou- » voir faire convenir mes compatriotes, que la » circonspection, lasagesse,lajustice,i intégrité » sont les vertus qui caractérisent les inquisi- » teurs. J'entreprendrai pourtant de le faire. » Après cela M. 1 abbé de Yayi'ac ex^dique la manière dont se font les procédures. Elle est bien di (Té rente de celle que Voltaire a copiée d'après les libelles. «La forme des procédures, » dit Voltaire, devient un moyen infaillible » deperdre qui l'on veut. Onneconfronte point » les accusés aux délateurs, et il n y a point de » délateur ({ui ne soit écouté. Un criminel pu- » blic et lléui parla justice, un enfant, Mac

ï5 courtisane sont des accusateurs graves.- En- 7) fin l'accusé est obligé d'être lui-même son w délateur; de deviner et d'avouer le déli t qu'on w lui suppose , et cpie souvent il ignore. »

Ce sera l'abbé de Yayrac qui répondra à ces impostures. « i .° Tous les ofRciers de l'inqui- 3> sition, dit cet abbé, sont obligés de faire des 33 preuves authentiques de bonnes nxœurs et » de capacité. 2." Le Saint Office ne fait jamais 33 arrêter personne, sans avoir bien examinai la 33 qualité du dénonciateur, sans avoir pris de >3 gi'andes précautions pour bien approfondir 33 si c'est par haine ou |>av vengeance qu'il fait 33 sa dénonciation. D'ailleurs , il faut remar- 3) quer qu'il y a la peine du talion contre le 33 dénonciateur. 3.° Ceux qui disent que ceux 33 qui sont arrêtés dans les prisons de l'inqui- » silion , sont obligés de deviner le crime dont 33 ils sont accusés, en imjjosent à ce tribunal. 33 II est certain que dès qu'ils sont arrêtés, on 33 leur donne un procureur et un avocat, pour 3) défendre leur cause. 4-° Aucun tribunal in- 33 férieur ne peut célébrer d'ac te de foi , sans une 33 permission expresse du conseil su]3rême, le- 33 quel y envoie ordinairement un conseiller. 33 Comparez l'autorité de ces auteurs sans aveu d'après lesquels parle M. de Voltaire, avec celle de l'auteur que nous citons. Comparez et jugez !

Il semble que ces faits odieux que raj)porte Voltaire pour faire encore plus détester rin(jui-

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sition, sont assez réfutés par ce que nous avons dit après l'abbé de Yayi'ac. Cependant nous en discuterons encore quelques- mis.

« Après la prise de Grenade , dit Yoltaire, M le cardinal Ximeuès voulut que tous les » Maures fussent clirétieus. C étoit une entren prise directement contre le traité par lequel jj les Maures s'étoieut souniis. On les pressa, w ou les persécuta , on les soumit; et on les w força de recevoir le baptême. »

M. de Voltaire est toujours très-décidé à accuser les clirétiens de mauvaise foi , et à jus* tifier et à plaindre les infidèles. Les deus grands historiens d'Espagne démontrent que ce furent les Maures qui matiquèrent les premiers aux articles de la capitulation de Grenade. Ils invitoient les mahométans d'Afrique à venir faire des descentes en Espagne ; ils les favorisoient , et partageoieut le butin aVec eux. Ferdinand jugea que tout le mal venoit de la différence de religion. Il ordonna que les Maures se fissent clirétiens ou quittassent l'Espagne dans quatre mois. Cette ordonnance étoit pour le bien de l'état, mais elle étoit aussi en faveur delà religion ; voilà pourquoi Voltaire la désaj>]>rouve.

« Le grand inquisiteur Torquéraada fil en » quatorze ans le procès à plus de quatre-vingt j) mille hommes , et eu fit brûler six miHe » avec l'appareil et la pompe des plus augustes

26o LES ERREURS

>3 fêtes. Tout ce qu'on nous raconte des peu- » pies qui ont sacrifié des hommes à la divi- » nité, n'approche pas de ces exécutions. On » reprochoit à Montézuma d'immoler ses cap- » tifs à ses dieux. Qu'auroit-il dit , s'il avoit M vu un Auto-da-Fé! jj

Avec l'appareil et la pompe des plus grands mots, Yol taire ne débite ici que de grandes faussetés. S'il avoit consulté des auteurs sûrs et instruits , comme Mariana et Fen-éras ' , il auroit vu qu'il falloit retrancher les deux tiers de ces exécutions qu'il fait faire au redoutable Torquémada ; il auroit ajouté que presque tous ceux qui sont condamnés au feu , sont étranglés auparavant; et quant au personnage de Montézuma qu'on met ici en contraste, Thomme sensé voit ce que ce prince auroit pu dire : C'est que les Espagnols faisoient mourir des criminels, et lui des innocents.

ce Après la mort de Charles-Quint , Tinqui- » sition osa faire le procès au confesseur de cet » empereur, Constantin Ponce. »

C'est encore une fausseté, que Constantin Ponce ait été confesseur de Charles - Quint *. Cet homme fut mis à l'inquisition du vivant de l'empei-eur qui leconnoissoit, et qui dit alors que si Constantin étoit hérétique c'étoit certainement un grand hérétique.

» Ferreras XII. P. Mariana^ J. 29. — = Voyez Bavle

Avant de finir, nous remarquerons un petit défaut de calcul, par lequel M. de Voltaire tombe en contradiction. Il commence le chapitre où il parle de l'inquisition , en disant qu il Y avoitcinq cent mille religieux combattant sous l'étendard de Rome. Et dans le chapitre précédent , où il parle des ordres religieux , il fait un calcul par où il paroît qu'il ne peut pas y en avoir deux cent mille. Il est surprenant qu'il oublie sitôt dans un endroit ce qu'il vient de dire dans un autre.

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