X DISCOURS
alors sur le théâtre , firent penser qu'on n'auroit pas a regretter sous Louis XV , les Corneille et les Racine, qui avoient illustré le siècle de Louis XIV. On trouva dans toutes ces pièces, de ces brillantes saillies, de ces traits de feu, de ces caractères de force ou de grâces , qui ne peuvent Jamais être le fruit du travail et de l'application, parce qu'ils ne peuvent naître que du véritable génie. L'esprit se fortifiant ensuite avec l'âge, il est entré hardiment dans les routes de la philosophie; il y a marché, comme s'il n'eût plus voulu être que philosophe , et il a continué à s'exercer à la poésie, comme s*il n'eût été qne poêle. Pendant ce temps-là même , l'histoire, la critique, les observations et les recherches curieuses sur les mœurs et les usages des peuples , l'occupoient encore. 11 a voulu essayer de tout : son génie a su se plier à tout; et malgré bien des erreurs et des défauts, on a encore retrouvé partout le génie de Voltaire.
Une ardeur infatigable, une lecture trèsvariée, mais trop peu réfléchie, une mémoire prodigieuse, l'ont enhardi, et lui ont donné la confiance d'écrire sur presque
PRÉLIMI]vrAIRE. XT
toute sorte de sujets. Une imagination très- j-)^ ^^^ j vive, plus propre cependant à peindrefle M.
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qu a créer, lui donne toujours une torce— — • et une fermeté de style, qui suppléent bien à ce qui lui manque quelquefois de grâces. L'énergie de 1 expression, la liberté hardie des réflexions, des jugements, des décisions; les contrastes frappants, la variété des objets qu'il présente, qu'il compare, qu'il rapproche, qu'il relève les uns par les autres : tout cela sui*prend, attache et entraîne les lecteurs, lors même qu ils seroient tentés de se défier de ce qu ils lisent. \ oilà ce qu'on peut donner comme la manière d'écrire propre et particulière de^I. de Voltaire. Tant de talents réunis, l'ont fait regarder comme le prodige de son siècle. Il enanroit pu également être comme l'idole; mais les fréquents abus qu il a faits de ses talents, les écarts où il a donné, le ton de supériorité et l'air d'empire qu'il a toujours affecté de prendre sur tous ceux qui cultivent les sciences et les belles-lettres , lui ont fait presque autant d'ennemis, de censeurs et de jaloux, que d'admirateurs.
L'esprit humain a des forces avec les-