CHAPITRE XLII
De Jacques I , roi d'Ângleteri'e.
L\1. de Voltaire nous représente Jacques I comme un prince dont l'ambition ne clierclioit tju'à affoiblir la libei"té angloise. Il suppose que ce fut alors qu on examina et qu on reconnut les limites de 1 autorité royale. Il prétend cpie les entreprises de ce prince avertirent la
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nation qu'elle se préparât à se défendre ; et que la nation le fit avec tant de succès , qu'elle vint enfin à bout d'établir solidement sa liberté.
« Jacques I, dit-il , ne cessoit de dire à son « parlement que tous leurs privilèges n étoient » que des concessions de la bonté des rois. M Par-là il escitoit les parlements à examiner j> les bornes de l'autorité royale, et l'étendue >3 des di'oits de la nation. On cliercha dès-lors w à poser les limites qu'on ne connoissoit pas » bien encore. Henri ^'III avoit renversé tou- M tes ces barrières : Elizabetli en trouva quel- )j ques - unes nouvellement posées , qu elle » abaissa ou qu'elle releva avec dextérité. Jac- » ques I disputa ; et la nation avertie , se pré- >j para" à les défendre. »
Dans tout ce cliaj>itre , M. de Voltaire expose avec une hardiesse surprenante les principes des pi'esbytériens , ennemis déclarés des rois. Il est vrai qu'il ne parle que de l'Anglelerre; mais 1 application est aisée. Si l'impru-r dence n'est pas criminelle , elle est au moins bien dangereuse. Il su8it d'une légère connoissance de 1 liisloire d Angleterre, ]?our reconnoître bien des infidélités dans la manière dont il expose les droits de la nation , dont il enveloppe les rébellions , et dont il prépare le récit des malheurs de la maison Sluart.
Le gouverucment anglois étoit d'abord com-
me celui de la plupart des autres nations. Les droits des parlements ne sont venus que peuà-peu, et n'ont été, quoi qu'en dise M. de Voltaire , que des concessions des rois. Les uns ont été accordés par bonté , les autres par foiblesse. Lorsque Guillaume le Bâtard conquit l'Angleterre, il y introduisit quantité de lois et de coutumes normandes '. Il la gouverna àpeu-])rès comme il gouvernoit ses pays d'endeçà la mer. Il se fit un conseil de ceux qu'il jugeoit à propos d'admettre dans sa confiance. Le fier Anglois plia sous les volontés de ce prince, comme les lâches asiatiques sous celles <les empereurs grecs et des ottomans.
Henri I l'usurpateur, flatta ses sujets pour les engager à favoriser son usui-jDation sur Robert, son frère aîné. Il fit beaucoup de promesses à la nation , et il n'en tint aucune.
Jean Sans-Terre , prince dont tout le monde sait l'histoire , s'attira tout-à-la-fois sur les bras la France, son clergé et sa noblesse; il ne se sauva qu'en se rendant vassal du pape, et en signant, malgré lui, une charte de privilèges qu'on lui extorqua, et qu'il n'éloit pas dans la volonté de confirmer.
L(; roi Henri III, esclave do ses fa\oris, ne -vouloit rien tenir de ce qu'avoit promis Jean, fîon père. Poussé à outrance par sa noblesse ,
' Rapin de Thoir.
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il vînt plaiJei' sa cause devant Saint Louis. Mais cette noblesse aima mieux profiter de la foiblesse de son roi , que d'écouter la sagesse du roi de Fi'auce, qu'elle avoit choisi pour juge. C'est sous ce prince , qu'on prétend que quelques députés des communes commencèrent d'enU-er au parlement. Edouard III fut presqu'aussi absolu que Guillaume le Conquérant î
Henri ^ EEI ne se servit de son parlement , que comme les Caligula et les Néron se servoient de leurs affranchis.
Elizabelh amusa souvent son parlement, elle le consulta l'arement , et le méjjrisa toujours.
Ce parlement ne devint hardi et entreprenant , que quand le calvinisme fut établi en Angleterre. Il s'attaqua aux foibles Stuarts. Il fut honteusement traité, et ensuite dissipé par Cromwel. Chai"les II ne pouvant mieux faire dans les circonstances critiques où il se trouvoit, le laissa sur le pied où il avoit été dui'ant les règnes de son père et de son aïeul.
Voilà le précis historique de ce pailemenl qui trouvoit mauvais : i ." que l'on dit que ses pHviléges étoient des concessions de la bonté des rois. 2 ." Qui entreprit d'examiner lesbornes de l'autorité royale. 5.° Qui chercha à donner à cette autorité des limites qu'on ne connoissoit pas bien encore.
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Avec des principes semblables à ceux qu'a suivis le parlement d'Angleterre, il n'est point d autorité si légitime cpii ne puisse être bieu- . tôt renversée ; il n'est point d'attentat conti'e ! les souverains , qu'on ne puisse autoriser. j La conjuration des poudi-es fut un événe- I ment fameux , sous le règne de Jacques I. Yol- ! taire touche ce morceau avec complaisance , et I avec la malignité qui lui est ordinaire, quand I les catholiques y sont intéressés. Voici le fait. ; Quelques seigneurs catholiques , d'une mélancolie à l'augloise, c'est-à-dire, sombre et désespérée, formèrent le plus horrible projet dont on ait jamais ouï paider. Pour se délivrer delà persécution protestante, ils entreprirent d'exterminer tout-à-la-fois , le roi , la famille royale et les pairs du royaume. Ils firent mettre trente-six barils de poudre dans une cave qui étoit sons la salle où le roi devoit haranguer le parlement, et résolurent d'y mettre le feu, dès que lepaidement seroit assemblé. Un des conspirateurs écrivit un mot à un pair de 3es amis , poui' l'empêcher d'aller au parlement ce joui'-là. La lettre fut remise au roi. On Ht des réllexions , on examina tout , on découvrit cet amas de poudre. Huit des conjurés furent pris et exécutés, et les autres périrent les armes à la main, lorsqu'on eutreprit de les saisir.
Pour rendre les catholiques plus odieux ,
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Voltaire afFirme que les conjurés s'étoient confessés , et que les confesseurs avoient écarté les reniords.
Les lettres des confesseurs, écrites à Rome, disent qu'ils avoient fait tout le contraire , et qu'ils n'avoient rien oublié pour les empêclier d'en venir à l'exécution : mais qu'ils n'avoient jamais rien pu gagner sur ces sombres atrabilaires.
« Les deux jésuites Oldcorne et Garnet fu- » rent punis du même supplice que les con- M jurés dont ils avoient entendu les confes- » sions. Le roi soutint publiquement qu'ils H avoient été légitimement condamnés. Leur >} ordre les soutint innocents, et en fît des » martyrs. »
Les lettres des ministres étrangers * à leurs cours respectives , annoncent qu'on ne put pas convaincre les confesseui's d'avoir eu aucune part à la conjuration. Celles de Peerson disent qu'on avoit défendu aux catboliques anglois de rien attenter sur la personne du roi, ni de rien entreprendre contre le gouvernement. M. Rapin de Thoiras n'a pu trouver aucune preuve de la conviction de ces deux jésuites *. Jacques déclara que les catboliques romains d'Angleterre n'avoient point eu de part à la détestable entreprise de quelques furieux d'eutr'eux.
' Fuduoincn. Joan. — - Rap. de Thoir. 1. 18.
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Toltaire ne dit pas le mot de toutes ces preuves justificatives des catholiques. U faut donc qu il les haïsse encore plus que ue faisoit Jacques I.