‹ Erreurs de Voltaire (volume 2)Chapitre 56 sur 71 · CHAPITRE XLIY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIY

De la Suède , au seizième siècle^

Xja Suède étant devenue presque toute luthérienne sous le règne de Gustave-Vasa, son fils Jean III tenta de rétablir la religion catholique. Mais il fut toujours si traversé par son frère Charles , duc de Sudermauie , qu'il ne put y réussir. Sigismond , fils et successeur de Jean^ roi de Suède , et qui fut en même temps roi de Pologne , ne ]uit pas seulement obtenir la liberté de conscience pour ce qui restoitde catholiques eu Suède. L'ambitieux Charles fit tant i ar ses intrigues, ses violences , et enfin par une révolte ouverte , qu'il enleva la cou-

' Histoire flu Japon, livre »8.

ronne à son. neveu , et proscrivit entièrement la religion catholique. Il prit le nom de Charles IX , et fut le père du fameux Gustave- Adoljdie.

Voltaire, en parlant de cette révolution,' suppose qu on ignore absolument l'histoire de Suède. Il altère, il déguise les faits; il excuse, il pallie les crimes les plus odieux , daus ceui qui out introduit le luthéranisme dans ce royaume : enfin des attentats et des révoltes aussi criminelles , que le furent ceux de la ligue , il les représente comme des démarches très-légitimes. C'est la manière de penser de Voltaire.

ff Les rois de Suède, dit-il, n'étoient pas w plus despotiques qu'en Dauemarck. Çuatre M états , composés de mille gentilshommes, de cent ecclésiastiques , de cent cinquante ])0urj geois, et d'enviion cent cinquante paysans , j faisoient les lois du royaxime. Eric , fils et > successeur de Guslave-Vasa , étoithien loin j de régner avec un pouvoir absolu : il laissa ) au monde un nouvel exemple des maîlieurs , 3 qui peuvent suivre le désir d'clre despotique , et l'iiTca- acité de l'être. Le (ils du restaurateur de la Suède fut accusé de plusieurs crimes devajxt les états assemblés , et dé^îosé par une sentence unanime. On le condamna à une jirisou perp('tuelle , et on donna la couroune à Jean , son frère. »

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ce II faut savoir que ce roi Jean, qui éloî^ -ii catholique , craignant que les partisans de j) son frère ne le remissent sur le trône , lui }i envoya publiquement du poison comme le ij sultan envoie un cordeau. Le jésuite Posse- » vin, nonce du pape, imposa au roi Jean, » pour pénitence de cet empoisonnement, de H ne faire qu un rej^as , ])énitence tournée en }i ridicule. Les crimes d'Eric furent bien plus 3> rigoureusement punis. IN'i ce prince , ni le » nonce Possevin ne piu-ent réussir à faire do- 3) miner la rclifrion catholique en Suède. ?

M Sigismoud , fils du roi Jean , fut élu roi » de Pologne ' , liuil ans avant la mort de son î) père. La Suède pouvoit alors devenir trèsïj puissante. Sigismond pouvoit conquérir touïj le la Moscovie. Mais ce prince étant catboli- « que , et la Suède luthérienne , il ne conquit w rien et perdit la couronne de Suède. Les M mêmes étals qui avoient déposé son oncle 33 Eric, le déposèrent aussi , et déclarèrent a roi un autre de ses oncles, qui fut Charles 3J IX , père du grand Gustave-Adolphe. Char- 3) les IX n'étoit regardé que comme un usur- 3) iiateur par les princes alliés de Sigismoud ; 33 mais en Suède , il étoit roi légitime. 33

Voilà l'infidèle récit que fait ^ ollaire de la

' Voltaire se tronipe de trois ans. Siyismond fut tlu en i597 ,• et son père mourut eu iSSa.

dernière révolution de la religion en Suède. Nous allons en opposer un véritable. Nous suivrons principalement Pufendorff. Cet écrivain, étoit historiographe de Suède : il étoit luthérien. On doit le regarder comme un homme instruit, et comme n'étant pas prévenu pour les catholiques.

Eric, selon Pufendorff, a été peut-être le plus extravagant de tous les princes, le ])lus imbécille , le plus ciuel '. D abord il voulut épouser toutes les princesses de 1 Europe dont il entendoit parler. Il fit des demandes , et envoya des ambassadeurs , tantôt à la reine Elizabeth , tantôt à la reine d Ecosse , tantôt à la cour de Hesse-Cassel, tantôt à celle de Lorraine. Quelquefois il traitoit de mariage en jilusieurs cours en même temps; enfin ce rechercLeur infatigable de princesses , finit par éisouseï' une sim])le paysane de Suède.

Sa conduite , dans le gouveniemenJt de soa royaume, répondoit parfaitement à celle qu'il lenoit dans sjs amours ; il prit pour premier ministre, et donna toute sa confiance à Joram Peerson , un des plus grands scélérats qui fût en Suède , et qu on Gt mourir ensuite dans les tourments. Son frère Jean , duc de Finlande, ayant épouse Catherine Jagellon, fille du roi de Pologne j Eric se saisit de sa personne , les

' Histoire de Suède.

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confina clans une étroite prison , lui e t la dncliesse sa fciinme , alla plusieurs fois dans la prisou |.oui' 1 égorger de sa propre main , fit tous ses elVorts pour lui enlever sa femme , et la faire épouser au duc de Moscovie qui la dera.audoit ; il poignarda lui-même ' quelques seigneurs dont il étoit niéconlent, et fît moui'ir ceux qui lui représeutoieut que de pareilles actions é toieuL indignes d'un ix)i ; enfin n'ayant pu réussir à dépouiller ses frères de leurs apanages, il résolut de les faille assassiner dans un festin. Les princes qui avoieut été avertis, se gardèrent Lien de s y trouver ; ils ]>rirent les armes , poussèrent Eric jusqu'à Stockolm , où ils l'assiégèrent et le firent prisonnier. Voltaire ne dit rien de la conduite du roi Eric ; c'est que ce roi étoit lulliérieu.

Dès que leroi Jeau fut monté sur le trône, Cliaides, son frère, fàclîé de ne i^as j.artasfer avec lui l'autorité souveraine , commença à remuer; il s'opposa continuellement à toutes les vues et à tous les desseins du roi : ce fut là la premièiv origine des troubles ; ils augmentèrent pendant la guerre qu'il fallut soutenir contre IcDaaemarck , et par les intrigues du duc de Moscovie, qui soutenoit toujours Eric. Jean, pour se délivrer de ses inquiétudes, doiiua ordre à ccuv qui avoient la garde du

' Nils. Sturc. Hclsiog.

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roi détrôné , de le faire mourir, s il tentoitde s évader; et comme les intrigues cou tinuoient, il lui fil donner la communion , et deux jours après il le condamna au même genre de mort que les Atliénieus ordonnèrent pour Socrate. L'arrêt étoit doux pour tant de crimes ; mais il étoit odieux, étant émané d'un frère.

Le nonce Possevin imposa pour pénitence au roi Jean de jeiiner pendant toute sa vie le mercredi , qui étoit le jour auquel il avoit fait mourir le roi son frère- Le luthérien Pufendorfi' dit que .lean accomjilit exactement cette péuitence jusqu à la fin de ses jours, et fit de plus de grandes aumônes. Le catholique \oltaire tourne en ridicule cette pénitence. Ke diioit-on pas que c'est Tufendovir qui est catholique, et que c'est \oltaire qui est luth éi'ien?

Dès l'instant de la mort du roi .Jean , Charles son frère songea à se mettre la couronne de Suède sur la tête ; il profita de l'absence de son neveu Sigismond , qui étoit alors en Pologne, pour gagner les troupes , changer les commandants des places , en bannir ceux qui étoient eatlioliques; il chassa du royaume , ou força de s en retirer , tous les sénateurs qui étoient attachés au roi ; s'cmjara des vaisseaux, de guerre, des ports, des arsenaux, et poussa la guerre jusqu'à ce qu'enfin il se fit déclarer roi. \oltaire nn-prise et blâme le roi Sigismond

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de n'avoir pas conquis la Moscovie , et il loue le rebelle Cliarlcs , son oncle , qui , par ses révoltes continuelles et ses inti'igucs , l'en ayoit toujours empêché.

Charles , après avoir dévasté la Suède par douze ans de guerres civiles ; après en avoir chassé ou fait périr , par la main des bourreaux, les g-entilshorames fidèles au roi ; après s'être rendu maître de toutes les forces du royaume, Charles assembla les états, comme Cromwel assembloit le parlement d'Angleterre , et se fit déclarer roi.

C'est sur les suffrages d'une telle assemblée que Voltaire ose prononcer que Charles étoit en Suède roi légitime. Les usurpateurs et les rebelles , qui sont en même temps ennemis des catholiques , sont toujours sûi's de trouver grâce devant lui.

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