CHAPITRE XLV
De la Hollande au dix-septième siècle.
l^OUS ne suivrons pas M. de Voltaire dans tout ce qu'il répète ici sur la fondation de la république de Hollande , sur l'héroïsme de ces hommes qui osèrent les premiers secouer le joug de la religion et de leurs souverains lé-
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gitimes , sur linjustice el les cruautés cle Phili]ipe n , qui les força à devenir un ]ieuj)le libre. Nous en avons déjà assez parlé dans le chapitre vingt-neuvième de cet ouvrage; nous ferons seulement de courtes observations sur quelques erreurs et contradictions où tombe M. de \ ol taire dans le chapitre cent cinquantesixième de son histoire; sur les éloges outrageants pour la France, qu'il fait des élats-généraux, et sui' quelques réflexions par lesquelles il semble vouloir insulter la religion.
« La Hollande, dit-il, ne pouvoit admet- » tre ceux qui s'engagent par serment à laisser >i périr autant qu'il est en eux , l'espèce bu- » maine ; on avoit l'exemjde de l'Angleterre , iy qui étoit plus peuplée d'un tiers depuis que 3) les ministres des autels jouissoient de la douj> ceur du mariage , et que les espérances des » familles n'étoient pas ensevelies dans le cé- » libat du cloître. »
M. de Voltaire nous assure ici que l'Angleterre, depuis la révolution de la religion, c'està-dire , depuis une cinquantaine d'années, étoit p.lus peuplée d'un tiers; et dès le commencement de son histoire, dans le j)rcmicr chapiti'e, il dit qu'il faut que les circonstances soient bien favorables pour qu'une nation augmente d'un vingtième par siècle. Comment accorder ces deux propositions? Comment accorder cette population subite et prodigieuse de la nation
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angloise , ayec les observations des calculateurs de la propagation humaine, qui ne mettent qu'un vingtième d'augmentationpar siècle, dans les circonstances les plus favorables? Ces deux propositions se contredisent évidemment ; et cependant M. de Yoltaire les soutient également l'une et l'autre.
D'ailletu's , le nombre des ministres des autels, et des personnes reléguées dans le célibat du cloître, n'alloit pas à un centième de la nation. Comment ce centième l'a-t-il mviltipliée d'un tiers en si peu de temps? Il paroît que M. de Yoltaii'e ne se souvient yas dans un endroit de ce qu'il a dit dans l'autre.
11 ne s'en souvient pas njieux lorsqu'il dit que le commerce du Japon fut interdit aux Hollandois jusqu'en 1609 par les Porlugais ' ; et que six lignes plus bas il dit, qu'en cette même année, 1G09, des ambassadeurs du Japon furent à la Haye pour conclure un traité de commerce avec la Hollande. Voilà un voyage qui se fit bien vite : il faut toujours plus d'un an, et quelquefois près dt^deux, pour venir du Japon en Hollande. Comment, dans luie même année, ces Hollandois iùrent-ils iiiU'oduits au Japon, fîrent-ils assez de connoissances, et obitinrent-ils assez de considération à la cour, pour faire envoyer à la Haye une ambassade
' Histoire gcuéralc; cLapilre i56.
DE y OLTAI RE. Ja»)
qui y arrivât avant que cette même année fût fmie? C'est une chose difticile à comprendre.
M. de Voltaire nous représente ensuite la Hollande, comme la première, la plus respectée et la plus redoutée de toutes les puissances de lEui'Ope. Elle devient l'arbitre des couronnes en 1668, dit-il. Louis XIY est oblige^ ])arene à faire sa paix avec FEspagne. M. de ^ ollaire s'est décidé apparemment par la fière inscription d'une médaille que les Hoîlaudois firent alors frapper ; mais il a eu grand tort : il doit bien savoir que les inscriptions , les légendes des médailles, les 2:)anégyriques et autres piè-» ces de ce genre -là, ne sont pas des mémoires bien sûi*s pour l'histoire.
11 est vrai que les Hollandois effrayés de la rapidité des conquêtes de Louis XIV, firent, en 1668 , la triple alliance, dont le but étoit d'empêcher ou la continuation de la guerre , ou les progrès de la France. Les Espagnols acceptèrent la paix , et les Hollandois firent frapper cette orgueilleuse médaille, par laquelle ils se vantoicnt d avoir affermi les lois, épuré la religion , secouru , défendu et réuni les rois » assuré la liberté des mers , pacifié l'Europe. As~ sertis legibus , emcnchitis sac ris , adjutis, de^ fénsis , concdiads regibus, viudicaid mariuin libcrtate , slabilità orbis Enropœ qaicte.
]\rais trois ans après, ces fiers arbitres des couronnes fuixnt obligés, par Louis XIV, à
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faire les soumissions les plus hiunbles : ils offrirent toutes les satisfactions qu'on voudroit exiger : tout cela n'empêclia pas qu'ils ne vissent presque tout leur pays subjugué , et leur république à deux doigts de sa ruine entière. Ainsi il y eut peu d'intervalle entre ce suprême honneur où Voltaire prétend que cette république s'étoit élevée , et le pitoyable état où elle fut réduite, et sur lequel il se tait également.
Nous ferons encore une remarque sur ce qu'il dit du socinianisme. Yoici comment il en paile : ce Le déclamateur Maimbourg prétend M que les unitaires se réfugient en Hollande , M où il n'y a , dit-il , que les catholiques qu'on w ne tolère pas. Le déclamateur Maimboui'g se M trompe sur cet article comnie sur bien d'au- » très. Les catholiques sont si tolérés dans les » Provinces-L iiies , qu'ils y composent plus >j d'un tiers delà nation ; et jamais les unitaii'es, » ou les sociaiens , n'y ont eu aucun lieu d'asw semblée publique. On peut compter parmi » les révolutions de l'esprit humain, que cetls: M religion qui a dominé dans l'Eglise pendant » trois cent cinqante années dej-uis Constan- }) tin, se soit rej;roduite dans lEurope depuis 3j deux siècles, et soit répandue dans tant de « provinces, sans avoir aujourd'hui de temple M en aucun endroit du monde. Il semble qu'eu » ait craint d'admetUv, parmi les communions
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/)j du christianisme , une secte qui avoit aulre- « fois si long-temps ti'iomphé de toutes les au- « ti'es comnmnions. »
M. de Voltaire est bien ici dans le cas qu'il reproche à Maimbourg ; il se trompe dans l'article que nous venons de rapporter , comme dans bien d'autres.
Il se trompe en disant que les sociniens ou unitaires n'ont jamais eu un lieu d'assemblée publique en Hollande '; ils en ont un à Amsterdam vis-à-vis la comédie, comme les quakers, qui ne valent guère mieux , en ont un sur le canal impérial. C'est la Martiuière, témoin oculaire , qui nous l'apprend.
Il se trompe en disant que la religion arienne a dominé dans l'Eglise pendant trois cent cinquante années depuis Constantin. Elle ne commença à être puissante dans l'Eglise que vers l'an 340, à la mort de Constantin, et fut presqu'entièrement abattue en 390 sous l'empire de Théodose. Quarante ans après elle se releva, sous les Goths et les Vandales, et fut enfin entièrement éteinte sous le règne de Récarède sur la fin du sixième siècle ; ainsi , cette l'cligion n'a duré guère plus de deux cents ans , et non pas ti'ois cent cinquante , comme l'assure M. de Voltaire.
La réflexion par laquelle il conclut cet article , est remarquable. « 11 semble, dit-il,
' LaMartini«rc. Voyez Amsterdam.
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>j qu'on ail craint d'admettre parmi les comw munions du christianisme , celle qui avoit » autrefois si long-temps triomphé de toutes 3> les autres. »
Cette réflexion, insultante pour les catholicpies est très- fausse. L'arianisme , soutenu par les empereurs , les rois Goths et les rois Vandales, a vivement persécuté l'Eglise catholique , il est vrai ; mais il ne Ta pas vaincue , il n'en a pas triomphé. Les promesses de Jésus-Christ à son Eglise ont toujours été vérifiées par les événements; il lui a prédit des persécutions et des victoires; il l'a assurée que les puissances de l'enfer l'assailliroient , mais qu'elles ne prévaudroient jamais contre elle. La prédiction seroit fausse, si Tarianisme avoit jamais triomphé.
Maintenant , si l'on ne paroît pas admettre les unitaires parmi les chrétiens , ce n'est pas sans raison. Les unitaires ne croyant point la Trinité, ne baptisei'ont pas au nom des ti'ois Personnes divines , s'ils suivent leurs principes. S ils ne baptisent pas au nom des trois Persoilnes, ils ne donnent point le caractère de chrétien Ils ne doivent donc être regardés que comme des hommes qui n'appartiennent pas plus à 1 Eglise, que lui apjiartieiuient les disciples de Confucius ou de Mahomet.