‹ Erreurs de Voltaire (volume 2)Chapitre 59 sur 71 · CHAPITRE XLVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVII

3Iinonlé et règne de Louis XIV , jusqu'à la mort de Mazarin.

JLi 'homme d'imagination sera frappé des belles images et des grands contrastes que présente ce commencement du règne de Louis XI Y. L'homme qui réfléchit et qui est instruit, y trouvera bien des faits altérés , des contradictions , cl quelquefois de méprisables anecdotes , qui ne peuvent venir que des sources les plus méprisables. L'on y voit aussi paroître les plus fameux personnages, les Condé, les Tui'enne, les Cromwel , les cardinaux de Mazarin et' de Retz. Mais les portraits qu'il nous en fait sont si infidèles , que ces personnages ne sont plus reconnoissables. Nous en parlerons en détail dans les chapitres suivants.

« On ne s'attachera dans cette histoire, dit » M. de A ol taire, qu'à ce qui mérite Tatten- >» tlon de tous les temps, à ce qui peut peindre « le génie et les mœurs des hommes, à ce qui » peut servir d'instruction , et conseiller l'an mour de la ver lu , des arts , et de la pa- » trie. »

Qui croiroit que cet historien philosophe , •Après ces graves promesses , nous rapporte de

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ces basses pasquinades qui ne pouvoieut avoir cours que sur le Pont-Neuf , el qui n'éloieut propres à être que dans la bouche de la vile ])opulacequ'ony trouve? Lareinerégente, Anne d'Autriche , n'étoit , dit-il, appelée que dame Anne. « Le prince de Condé , écrivant aucar- » dinal Mazarin , lui mettoit cette adresse : » AU'Uluslrissimo signor Faquino. La tète du M cardinal Mazarin ayant été mise à prix ]>ar le » parlement , on fit imprimer une répartition )j de la somme, tant pour qui lui couperoit le )j nez , tant pour une oreille , tant pour un >j ceil , tant pour qui le feroit eunuque. » Ou lîasseroit ces misérables anecdotes à certains îiilscurs d'historiettes et de mémoires , ouvrages ordinairement aussi niéprisables que leurs auteurs: mais auroit-ondù les attendre de celui qui ne veut s'allaelier qu'à ce qui mérite l'atleiîtionde tous les tem])s, et conseiller l'amour lie la vertu , des arts et de la patrie ?

Après avoir raj)norté ces niéprisables anecdotes , il altère ensuite, avec hai'diesse, les laits les plus constants. « Le duc d'Enghien , w dit-il , aju-ès la bataille de Fribourg , rew tourne à Paris , laisse son armée au maré- « chai de Tureune ; mais ce général , tout ha- » bile qu'il est déjà , est battu à Mariendal : le » ])rince revole à l'armée, et joint à la gloire >j de commander encore Turenne , celle de M réparer sa défaite. »

A la manière dont parle Yol taire , on diroit que cette armée, battue sous Turenne , étoit la même qui avoit été , peu de temps auparavant , victorieuse sous Condé , et que le retour subit , et la présence du prince , rétablirent seuls les affaires ; mais l'histoire parle tout différemment que ne le fait M. de Voltaire. Elle nous apprend , i .° Qu'il y ayoit près d'un an d'intervalle euti'e l'une et l'autre action, puisque l'une étoit du 5 août , et l'autre du 5 mai de l'année suivante '. 2.0 Que M. de Turenne n'avoit qu'une partie de l'année qu'avoit commandée M. le prince, qui ne lui avoit guère laissé que quelques régiments nouvellement levés. 5.° Que M. le prince mena avec lui les secours que M. de Turenne avoit inutilement demandés, et qui faisoientun corps de huit mille hommes. 4*° Qiie M. de Turenne, malgré sa défaite, fît encore respecter les armes du roi , le reste de la campagne , par la plupart des princes allemands.

La gloire du grand Condé est assez bien établie pour n'avoir pas besoin d'être relevée par l'obscurcissement de celle de Turenne. Ce prince auroit méprise celui qui atu'oil pris ce tour pour le louer.

' Hi.'foiri; île TureDue, livre 3.

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