CHAPITRE L
Du grand Conclé.
Soixante ans après la mort du grand Condé , M. de Voltaire nous apprend de ce prince, des anecdotes dont les auteurs n'avoient point encore parlé. Il nous dit que ce feu dévorant, qui en avoit fait dans sa jeunesse un héros impétueux et plein de passions, ayant consumé les forces de son corps , il éprouva la caducité avant le temps. Son esprit, dit-il encore, s'afToiblissant avec son corps, il ne resta rien du grand Condé les deux dernières années de sa vie. H ne nous dit pas de qui il tient cette belle anecdote; mais il seroit bien à souhaiter pour M. de Voltaire , qu'il eût un peu de ce prétendu afToiblisseraent. A'^oici tout le mystère :
Xe génie du grand Condé pour les sciences , pour les beaux arts, et pour tout ce qui peut être l'objet des connoissances de l'homme, ne le cédoit point dans lui à ce génie presqu'unique pour conduire et commander les armées. Ce feu et cette vivacité qui faisoit son caractère , le porLcrent à examiner toutes les dilfé-
rentes religions. Il lut avec avidité les plus fameux livres de tous les sectaires, des atliées, déistes, impies et libertins. Il avoit souvent conféré avec les plus habiles docteurs et les plus grands philosophes qnil avoit pu rencontrer. Enfin , après des lectures immenses et des discussions infinies, il conclut qu'il n'y avoit point de véritable religion ' que la religiou catholicpie, et que toutes les autres n'étoient que des inventions d'hommes frippons , visioanaires et imposteurs : c'est le témoignage qu'on lui entendit rendre mille fois.
La vie de ce prince n'avoit guère été conforme à sa créance ; mais dans la douce tranquillité de sa retraite de Chantilly, il songea sérieusement à mettre ordi'e aux affaii'es de sa conscience. Il parut alors aussi grand par sa fidélité à tous les devoirs de la religion *, qu'il l'avoit été à la tête des armées. L'on ne vit jamais une conduite plus édifiante et plus chi'étienne que celle qu'il mena les deux dernières années de sa vie. Ce sont ces deuv années que M. de Voltaire appelle des années d'alî'oiblissement d'esprit. Une jjareille réflexion est un outrage à la mémoire du grand Coudé et à la religion.
* Mémoire chronol. tom. j. — * I^Irin. cliron. Ilid.
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