CHAPITRE LU
De Jacques II, roi d' Angleterre.
y L paroit que les catholiques et les protestants ont donné dans un excès égal, en parlant de Jacques II : les uns, par les éloges qu'ils ont faits de ce prince; les auti'es, par le dochaincmcut où ils se sont laissés aller contre lui.
Jacques II étoit naturellement brave , bon par caractère, plein de probité et de droiture;
mais il raanquoit de prudence et de politique. Il ue sut ni ménager avec adresse les préjugés de ses sujets, ni se défier de l'ambition de son gendre, le])rince d'Orange, ni profitera temps des oiires de Louis XIV.
Ce ne furent point ses fautes qui firent ses mallicurs , mais la haine des Auglois pour la religion qu'il professoit , et la perfidie de son gendre et des seigneurs qu'il avoit le ])lus aimés. Le zèle de la religion anglicane n'en fut que le prétexte. L'ambition et l'amour de l'indépendauce en furent la véritable cause. M. de Voltaire lui-même en convient, en disant que ce fut là l'époque de la vraie liberté de l'Angleterre. La nation, représentée par son parlement, fixa alors les bornes, si long-tcm])S contestées, des droits du roi et de ceux du peuple. On pourroit demander où étoit ce droit de la nation de régler et de fixer ces bornes, et de cbanger ranciemie constitution de l'état. Ces funestes maximes, si souvent insinuées dans les ouvrages de foliaire, font voir quil n'est j.as meilleur cilojea qu'historien.
Pour ce qui est de la religion, M. de \o\taire convient également qu'elle ne fut que le prétexte de la révolution. Si Jacques II, ditil ,. eût été uiahomélan , ou de la religion de Confucius, les Anglois n'eussent jamais troublé son règne ; mais le catholicisme étoit regardé avec horreur comme la religion de l'esclavage.
5j8 les ekheurs
M. de Voltaire dit là deux choses, dont la première ne fait guère dlionneur aux Anglois, et la seconde est un outrage fait sans fondement à la religioa catholique. Les Polouois catholiques sont jdus libres quelesAngloispro testants; et les protestants des états de Saxe , de Prusse et de Brunswick, sont pour le moins aussi esclaves que les sujets d'aucun état catholique. Les réflexions de Voltaire se sentent souvent bien plus de Tanticatholicisme que de la vérité. On y voit presque toujours le républicain séditieux , et presque jamais le fidèle sujet.
Il nous assui"e que Jacques II s'y prit si malheureusement pour rétablir la religion catholique , qu'il ne fit que l'évolter tous les esprits. Il est cependant très-faux que ce prince ait entrepris de rétablir la religion catholique en Angleteri'e. Il avoit promis à son avènement à la couronne ', de conserver l'état et les privilèges de l'église anglicane, et il ne manqua jamais à sa promesse. Il demanda que les catholiques fussent tolérés, comme ontoléroit tant de sectes dont l'Angleterre est remplie , et il fut re^ fusé; sa modération ne servit qu'à enhardir les factieux, qu'un peu plus de vigueur auroit arrêtés.
Si ce prince fît quelques fautes par imprudence et par foiblesse, il soutint au moins ses
» Révolution d'Angleterre, livre ii.
DE VOLTAIRE. ôo^
malheurs avec une fermeté digne des plus grandes âmes, et digne de sa l'eligiou. L'arclievèque de Rheiras , à ce que rapporte encore ^ oltaire , dit tout haut, dans 1 antichambre de ce prince à Saint-Germain : ^ oilà un bon homme qui a quitté trois royaumes pour une messe. Ge n'est là quune impiété qui ne lait guère d'honneur à cet archevêque ; il passoit pour être extrêmement vif; on ne lavoit pas encore fait passer pour impie : mais on peut se dispenser de croire celte anecdote ; le garant n'est pas trop sur.
Quant à ce qu'il ajoute, que Louis XIV encourageoit Jacques II à devenir absolu, et les jésuites à rétablir leur religion et leur crédit; qu'on se moquoit de ce prince à Paris, et qu'on faisoit des pasquinades contre lui à Rome : ce sont là de ces méprisables discours qui pouvoient bien amuser la vile ]>opulace de Londres, mais qui ne méritent pas d'être relevés, et qui ne méritoient pas d être rapportés. ,
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