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Parmi les décisions que donne Voltaire en qualité de^jcri tique , de censeur et de juge , il n'en est point qui mérite d'être remarquée que celle qu'il donne sur la tragédie françoise.
« Après vingt bonnes tragédies sur plus de f> quatre mille , dit-îl , qu ayons-nous ? Rien, » tant mieux : il faut que le beau soit rare , a> sans quoi il cesseroit d'être beau, n'
Quelle décision! Quoi donc! si on ayoiti
Paris trente ou quarante édifices aussi beaux
que la colonade du Louvre , ou que la porte
Saint-Denis : si- l'on i^elvoMVoit dans-cinquante
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églises et dans cinquante palais des morceaur de peinture qui égalassent en beauté le cloître des Chartreux ou les batailles d'Alexandre ; si on avoit un grand nombfë de comédies qui valussent le Misanthrope ou le Joueur, tout cela cesseront d'être beau , parce qu'il ne sei'oitplus^ rareî Que diriez- vous, M. Arouet, si quelqu'un de vos censeurs donnoit de pareilles décisions?
VIIÎ.
Voicn le procès le plus singulier dont on ait encore entendu parler; il est entre M. de Voltaire , d'une part , et tous lès plus grands écrivains de l'antiquité , historiens , philosophes , poètes , orateurs , de l'autre : tous ceux-ci conviennent que le polythéisme fut autrefois la Teligion de l'unîvcr», et M, de Voltaire soutient qu'ils T5C trompent tous. Il ose assurer que tout ce qu'on a écrit sur le polythéisme est sansfon^ dément : qu'il ne fut jamais la religion de l'univers , et que personne n'a jamais admis la pluralité des diçux. Voici les raisons par lesquelles il prétend établir son système nouveau» pour la défense et la justification des païens.
« !.• On ne peut pas montrer dans tous p leui^s Kvres ' un seul mot dont on puisse
6« YOtiTAlRB^ iSgj
to inl^rer qp'Sls «voient plusieurs dietetx su- » prêmes. -
» 2 .• On Ut en mille endroits, que Zetis, Ju- » piter est lé nrtUre des dieux et des hommes ^^ w et Ift question est unic[uement de savoir si » les Grecs et les Romains reconnoissoient » un Etre oéleste maître dès autres êtres ce* ^ lestes.
i » 3 .• Où sera la bêtise , de la part des païemr» a» d'avoir adopté les êtres du second ordre , les- » quels ont quelque pouvoir sur nous autres \ » qui sommes peut-être du cêiit millième or- » dre? n'avons-nous pas aussi neuf choeur»
» d'esprits célestes ? Les êtres divinisés ne par- » tageoient point le trône de Zeus , .du mattrte •» étemel,
» 4-" Le sénat ne raîsonnoît point en îm^ » bécile , en adoptant le polythéisme. »
Si on déféroit ces assertions à la Sorbonne, elle ne manquerolt pas de les qualifier d'absurdes , de t^éraires, défausses, d'impies > de ridicules , de blasphématoires , etc. , «te.
Absurdes , parce que toute la mythologie tX tout ce qui fait le £oii^ de la religiolt païenne ^ ne présentant que des choses qui font frémir le bon sens , c'est manquer de jugement que d'oser en prendre la défense.
Téméraires^ parce qu'on ne pouiTa jamais prouver que la religion païenne ait présenté la moindi-e idée d'un Dieu suprême , ç'est-à-dire^
iHua Dieu existant par lui-*iiiêiae , iafiiîi ^.^ec principe de toutes choses. ^ ,
Fausses j parce que ce qu'on ose afiU*mer est «Ictruît par le témoignage unanime de tous les écrivains , soit défenseurs , soitagp^sseurs de la >*eUgiQu païenne,
^ Impies , parce que Témyain semble vouloir égaler les idées basses et extravagantes que s'ér ^ient faites les païens de la ])ivinité , avec les idées sublimes qne nous en donnent la religion et la foi.
Ridicules , parce que le polythéisme n'étant qu un. ramas de ridiculités, î'éciri vain assure que le sénat ne raisonnoit poiiit en imbécile .en les adoptant*
Blasphématoires , par la comparaison qù'oxi ose faire des chœurs de;» Anges avec les dieux secondaires des païens.
Yoilà ce que pourroit dire laSorbonne. Mais on entend de toute part les sectateurs , admir rateurs , panégyristes , enthousiastes de YoU ta^ire, s'écrie]r|inanimement : quelle ridiculitéi quelle présomption ! quelle distance de la Sopbonne toute entière au grand Voltaire 1
« J'ai souvent cherché ce qui pouToit détav » mîuer tant d'écrivains modernes ' à déplayer 7i cette haine contre le christianisme : quel-* » ques-uns m'ont répondu que les écrits des » nouveaux apologistes de la religion , les^ » avoient indignés ; que si ces apologistes » avoient écrit avec la modération que leur A> cause devoit leur inspirer , on n'auroit pas » pensé à s'élever contr'eux ; mais que leur bilç » dofmoitde la bile, que leur colère faisoit » naître la cc^re , et que le mépris qu'ils af- » fectoient pour les philosophes , excitoit le .;» mépris. »
Quoi, M. de Voltaire ! oes philosophes , ces hommes que vous donnez pour les instructeurs et les précepteurs du genire humain , sont sii^ jets à la <^lère , itux emportements de la haine , . à réchauffement de la bile? Cela ne fait guève d'honneur à cette philosophie que vous vanlfiz tant! Yoft gens sont bien éloignés d'être des Socrate; et il parolt qu'ils ne valent pas mieux pour la morale que pour le raisonnement* Mais laissons cela et venons à l'examen de votre belle pensée !
Il y a envîroià soixante ans, M. de YoUaire ,
.' BûL de VïàjA. tome XXXII^ j>. Zoq. ,
l4> LES EllREUA»
que les blasphèmes de YEpitre à Uranie ont fait frémir tout le monde chrétien ; il y en a plus de quarante , que dans les Lettres sur les Jngloîs on tourne en dérision les dogmes les plus essentiels du christianisme ; -il y a plus de trente ans que parok le ramas Am plus horribles calomnies contre la religion chrétienne et ' contré l'Eglise catholique, dans l'ouvrage qui a pour titre Essai sur V Histoire générale* Quelle multitude d'autres ouvrages dans le même g«ire ne pourrions-nous pas citer, et qui sont répandus depuis quarante et cinquante ans ? et il n'y a encore que vingt ans qu'ont eommenc4 à pa- Tottre les écrits des nouveaux apologistes de la religion.
Quelle logique , M. de Voltaire ! Vous raisonnez comme le ioup , dans la &ble du loup et de Fagneau. Vous donnez le nom de philosophes à tous ces écrivains qui depuis cinquante ans , déploient toute leur haine contre le christianisme ; et par-là vous confirmée bien la pensée de ceux qui ont dit que les mots de 'philosophe et d'impie né signifioient- aujeurd'hiii qu'une même chose.
Vous passez pour être le chef «t le modèle des philosophes ; ce nom vous est estrêmemem cher. Oh ! pour l'honneur de la philosophie , raisonnez un peu mieux que tous^iie ftiitej , et ne dites plus que la bile , la colère , l'indignatioû de vos philosophes ont été excitées par la
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vue de ces ouvrages., qui n'ont paru' que vingt et trente ans après Tcialtatibn. de cette bile , et les transports de celte cqlère.
« De quel droit Joïadas fait- il massacrer *> Athalie dans la plu^ extrême vieillesse? Car •» il est dit dans le quatrième livre des Rois ' , » que Jéhu égorgea quarante-deux frères d'Oat cbosias ^ et que cet Ochosias étoit le cadet » de tous ses frères. A ce compte Athalie devoit » ^voir cent six ans, quand le prêtre Joïadas I» la fit assassiner. » *
Voici une enfilade de propos et de contes absurdes , qui feront peut-être rire. Nous nous contenterons de les représenter.
Voltaire dit qu' Athalie étoit dans la plus extrême vieillesse, lorsqu'elle ne pouvoit fivofef guère plus de cinquante ans. Les dames de cet âge seroîent bien fâchées qu'on les fit déjà passer pour décrépîtes.
H dit qu' Athalie avoit eu quarante-trois fils. Il falloit donc qu'elle se fèt mise de bonne heure à faire des enfants , et qu'elle 1q3 fit au moins par K demi-douzaine à la fois.
Enfin , il la fait âgée de cent six ans , lorsqu'elle fut tuée par ordre de Joïadas. A ce
' Phil. de rhist. tome XVIH. p. gp.
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compte elle dcvoit avoir au moins trente ou quarante aus de plus cpie son propre pèreAchab. En voici la preuve :
Acliab épousa Jëzabel, la première année de son règne ; il régna vingt-deux ans. Le règae de sou fds Joram , qui é toit frère d'Atha*lle, fut de douze ans. Ce fut la septième année depuis la mort de Joram ^ que le petit Joa$ fut proclamé roi , et qu'Atbalie , aïeule de Joas, lut punie de Tborrible bouclierie qu^elle avoit -faite de tous les princes du «ang royal. Il n'y avoit donc alors que quarante^eux ans au plus <[u'Achab avoit épousé Jézâbel. Qu'on %Lppose vingt ou trente ans à Achab , lorsqu'il monta ..sur le trône et qu'il se maria; il se trouvera toujours selon ce compte , qu' Athalie , fille d'Acbab et de Jézabel (à la supposer âgée de cent six ans ) , devoit avoir au nioins trente ou quarante ans de plus que son propre père.
Nous ne dirons rien sui* les quarante-deux fières d'Ocbosias. On sait que dans le style de& orientaux, on donnoit le nom de frères aux cousins; mais nous prierons M. de Voltaire d'apprendre a un peu mieux calculer.
Pourquoi M. de Voltaire.se contredit-il sî sot^vent dans ce délugç de brochures , de volumes, d'éditions 9 dont il nous inonde conti*
ÔB VOLTAtnB. Vi^
iBuèlkmd&t î On pourroit bien en apporter de§ 'mîUiers de raisons ; mai» elles peuvent cepeib* dant se réduire à deux principales , et qui sont 5 le peu de cas qu^il fait de ses lecteurs, aux dé-^ pens desquels il s'aniuse ^ et qu'il abuse ; et le vaiûable de son esprit, toujours sans priuci-* pes pour le fixer.
Il ne parle, il nlécrit, qve selon que son imagination est montée ou démontée , i tel jour, À telle heure,. à tel ih<mieiit. Dès-lors ou ifee doit pas être surpris de toutes ces contrat^» dictions et contrariétés de sentiments «t-^le ^lOfDisipns. 'En voici quelques exemple» pour .. «muser un lecteur :
' Ici il appelle ce hauteur du Système de lu w» ikatiu*e ' ua philosophe. éloquent et métho» » dique; et.il'trouve quelques-uns de ses ar^ « fuuieiita d'uue grande force* Là, il le traite 4> de dédamateur *, qui se répète sans cesse , » et d'homme qui est uu très-grand ignorant » eu physique; et il dit que son livre est dif^* » fus, incorrect, ennuyeux, stérile en bon»
» raisonnements, pernicieux par les couséj-
m quences *^»
Ici, faisant Thomme qui pense, il dit : « Je suis 9» réduit à ne savoir presque pas un mot ^, de ce M qui s'est passé sur le globe que j'habite , avant
* Philosophie de l'histoire , tome XXXIV. page 99. — » Tbid: t. XXîï/p. 54. ^-^Ibiâ. i. XXXiV. p. aa^. *- * nid, tome XXVUI. page >9o. '