‹ Erreurs de VoltaireChapitre 12 sur 28 · t«E5 SAREURS · texte numérisé non relu

t«E5 SAREURS

3» le court espace de trente sièeles. Là , et c'esl M dans la même brochure, il affirsie qae le ^ ^ouveriigmeiit chinois mOQtvoit aux hom* iè- mes^ îl y a fort aurJelà de quatre mille ans , . 9 que la superstition, est nx)ii>-seulement iau- » tile , mai» nui&ible à la reli^ou* »

Ici , dans sou très-malhonnèle discottr» nur les Welckes^ il i^réseut^iesPcauçeis comme une* nation qui ua jamais rien produit par cUe-mêiBe, qui a toitt emfVfmté de «es voisins ^ et «pii est fort au-dessous de toutes4es^Mflre!^ natàMis de l'Eufope. Là ^ dans sa ^fensé^ du ' Sftèeie de Louis XIY, il représente la «ati^ir française comme le plus digne objet de Tadmi» • IMtioB ec de l'^mulatio^ de lIEm^o^ litière , et cMMOie la {dus féconde en grands h^vxmw et em- génies àdn^ki^les dans tbuf» les genres? - Ici , il vous dit que le comte -de Slmtr ^ $m^ )>assad0nr d'Angleterre % ayoU braTji Loixi^ XI V. Là , il emploie jius d'une page pour p^u«< Ter que tout ce qu'on a ^crit sur cette pré^eu-* eue bravade, est ttès^ux •. - Ici il prteoace qae « le saint siège tktt » pas besoin, de titres équivo^rt ' , et que ]• » temps lui a donné dès droits aussi réels sur * ses états, (fae les autr^ sou^^erains de l'Eu^ M rope en ont sur les l^urs. » Là, il t«»ite 1^

> Ghil/dc rhist I. VIII. p. 973. '^ « Ikidf page a63. -«* > Ibid, Tome II. pag^ jlo*

DE VOLTAMIB. k47.

papes d'usurpateurs odieux : c'est tout le sujet de la frénétique déclamation contre l'Eglise Tomaine, et qu'il a. intitulée, Les^droits d^ bonwies '.

Ici, en parlant de l'Esprit des lois, il dit» « il n'y a guère d'ouvragés où il j sÂt plus d'çs- » prit, plus d'idées profondes » , {dus de cbo-»» » ses- hardies, et ouJ'oft troinveplu» à s'ins- V truire , soit en approuvant ses décisioi^s , » soit en les eomb^|tant.' » Là, il yous dit-s M ce livre 4est un Jabjrtntbe sans fil ' ; il n'y n » aueun^ méthode; l'autear néle souvent lo » vrai avec le faux, en physique, en morale « * en histoire ; il sautille plus qu'il ne n^ai^he , » il amuse plus qp'il n^éclalre, il satirise plut » qu'il ne juge. Je désîroi« coanoltre les loist > sous lesqudUies nos pères ont vécu , et |e -n'ai . « rencontré souvent (|ue de l'esprit , des rail- » leries , des imaginations , des eriçeurs. »

" On défio tous les écrivain^ de donner de M« de Voltaire un portrait plus ressemblant , qu» eehii qu'il donne ici lui-*mémç, dans 43e dernier texte, pool* le vxai portrait de Montesquieu.

Lorsque M. deVt^taire fsut le métaphysicien^

• Philos, de l^iiist. t. XXX. page 7a. — • Siicl*.4!« Louis XIV. -«> ^ Dial. GroUua Mooleii^eiu

l4* tM ËKRKURS

il nous dit des choses admirables. Voici ce qu'il nous apprend dans le chapitre second de la philosophie de Newton : « L'espace est un étce » dont l'existence suit nécessairement de Dieu » même; car FEtre infini est en tout lieu ; ^ donc tout lieu existe ; cet espace existe né- » cessaîvement , parce que Dieu existe néces^ » sairement ; c'est un mpde et une propriété » de Dieu. L'espace pur , le vide existe donc , » et il exi^^te nécessairement. »

Oh ! les belles conséquences à tii^er des méditations et des dogmatiques assertions de ce profond métaphysicien ! En voici quelques* \uxes que nous pirésentons au lecteur ; il pourra en tirer une infinité d'autres à sa volonté.

Si l'espace est un être qui existe nécessaire* înent , l'espace est donc un être incréé, comme Dieu même. Mais si cet être, est le «vide , ceè être n'est rien , paroequele vide n'est riea. Ou. pouiTa donc conclure qu'un éti*e incréé, le vide et le rien sont une même chose.

Ensuite, si cet être nlestrien, comment peutil être un mode , une propriété , un attribut de Dieu? Quel esc l'homme de bon sens, qui osât dix-e que le rien est un attribut de la Divinité?

Enfin, si cet espaci» eçt immense comme Dien, il est donc infini, il est doiv: éternel comme Dieu : il existoit donc avant la création du monde; il n'est doue pas distingué de Dieu ^ c'est Dieu même»

Il y a dix-huit cents ans que le plus grand philosophe qu'aient eu les romains , dtsoit qu'il n'y avoit rien de si absurde qui n'ait été soutenu par quelque philosophe. Voltaire cite lui-même cette sentence de Gicéion ' , et il nous fournit en même temps une nouvelle preuve de la vérité que Gicéron annonçoit.

Les pensées de Voltaire sur les miracles sont bien dignes d'être remarquées. D prétend que Dieu , avec sa toute-puissance , ne pourroit ja^ mais venir à bout de faire un miracle ; et voici eomment il raisonne : •

«« On ne peut regarder un miracle que com-»

» me une contravention aux lois étemelles de » la nature *• Il ne parolt pas possible que Dieu » dérange son propre ouvrage. On sait que A tout est lié dans l'univers par des chaînes que » rien ne peut rompre. On sait que Dieu étant » immuable, ses lois le sont aussi. Une roue » de la grande machine ne peut s'arrêter , sans >» que la nature entière ne soit dérangée. »

Ce n'est là qu'un échantillon des raisonner ments que fait cet homme , pour nous prouver que le Créateur, l'arbitre et le maître de toute la nature, ne pourroit pas suspendre ou arrêter un

« Phii a« rhiit. t.XXVI. p. 73. — • T9m« I.J». iS»r

l5é^ tES ERKEURS

seul moment une des lois par lesquelles il lui a plu de gouvemer la nature. Getle manière^^ taitonner peut prêter à tailfe observations et réflexions attiusantes. En voici ({uelques-vmes : :

ce Le' mixaele est une contravention aux loi» Ml de la nature, m

Où est>oe que. cet homm^ y 9 prendre son terme ridicule de contravention ? Une contravention est le délit d'un sujet contre des ordonnances du roi , du lieutenant de police , «te. Dieu peut-il tomber dans quelque contravention ? Peut-il contrevenir à quelque ordre d'un (être qui lui soit supérieur ? Que veut^-il dire ensuite par ces grands mots : lois étemelles? Dieu a fixé volontairement, et dans U temps, les lois par lesquelles il a voulu cpie la nature fût constamment gouvernée ; et il est toujours au^essus de toutes ces lois.

M U ne paroît pas possible que Dieu^dérango » «on propre ouvrage. » Que deux hommes , dont J un. sait nager, et Fautre ne le sait p^ , tombent dans la mer ; que Tun ,. par son adresse et sa force, se sauve à la nage y et qtte 1 autre soit sauvé par un secours miraculeux, il n'y a pas plus de dérangement à Touvrage de Dieu dans le second cas que dans le premier.

Ce qu ajoute le raisonneur , ce que tout est y* lié dans Tmiivers par des chaînes qpe rien » ne peut rompre » , ne présQ^nte que de»

moto vides de sens.

DE TOLTAIRB. , tSii

tt. ||ii£*roue ne peut pas s'arrêter sans que n I«L ii»ture aUÎèie soi% dëraugée. » Mais cet hoiiuiie*«i ^.^QCHLaol%-il ^asez retendue de lar toote-puissanoe de Dieu ^ pour pouicpjr assn-^ rer que si une youe s'acrétoit, Dieu n'aurott auoaa Hioj^ea d-y suppléer? Quelle pitié . de voir ikfk petit êti:^ , cpû ne eonnoit pas seule* ment le méoMÛsinepar lequel il &it mouyoir son dotgt^ décider si fièrement sur ce que IKeu ^eut ou ne peut pas faite dans le gouvernement deFunivers!

ce La nature étant puTtout la Blême, les Iioin'^ » mes ont d4^ nécessairement adopter les mé^ » mes erreurs '. Pa^rmi les animaux , le serpent » dut leur pasroltre doué d'une intelligence 8U<^ » périeuve , parce que , voyant muer quelque-*» M tms sa peau , ils durent croire ^'il rafeii^ » nissoiti. Il pouvoit donc, en changeant de » peau, se maintenir toujours dans sa jeu*- » nesse. Il étoit do»e immortel : aussi jfut^il » en Egypte, ctt Grèce, le symbcde défini-^ >> mortalité. Le serpent &isoit du mal; mai»

» eonnne' il avoit quelque chose de divin ^ il » n'y av^it qu'un Dieu qui pàt' enseigner' à Ik » ^truireé » '

iSs 4.BS BRKEl^tlS

Si Ton pouyoit fournir des -exemples de raisonnements sin^iers', ou plutôt de dévai-^ ^nnements frappants, on ne pojirroit pas ea trouveivqui fussent plus renuqxpiables que ceux qu'on nous présente ici^

Et d'abord les belles gloses à faire sur œttft grave sentence, par laquelle .commence le dis^ oouréur ! f^ La nature étant partout Ift même , n les hommes ont dû nécessairement adopter m les mêmes yérités et les mêmes erreurs dana » les choses qui tombent le plus sous les sens..» Le beau champ pour les critiques et censeurs! Il fallolt conclure tout le contraire , diront d'abord les uns , parce que , comme l'expérience le prouve continuellement, jj n'y- a rien de {dus varié , et souycQt mêm^ de plus opposé parmi les hommes , que la manière die penser et de )uger sur les mêmes objets, ou d'être affecté des^ mêmes objets ; et c'est de là qu'est venue eette manière de parler , reçue de tout le monde-: autant de tètes, autant de sen^ timents dliféreuts : tôt capita , toi sensusj

Si la sent^ce étqit vraie , diront les autres, erreurs, vérités, ^usages, manière de penser, i^nifeiT<»t la même chose depuis le pays des sauvagins S^moïède^,^ jusqu a celui des, mous et efféminés Indiens, et. depuis la Qliine jusqu'à l'Océati atlantique , et rohauroitvu cette uniformité dès le commencement du monde, parce ^ue , dès le commencement du monde , k nV

&B VOLTAXRF. tH

|fer* A toujo«rt été la même. On ne réfute pas une pareille sentence ; ua coup d'œîl suffitpour en apercevoir Fabsurdité.

D'ailleurs , que répondroit ce raisonneur , sî on lui opposoit l'exemple frappant de !a seule' Egypte? Ici , on se prosternoit devant le bouc, etonassommoit le bœuf; là, on adoroit le bœuf, et onmangeoit le bouc. Le chat, la cigogne, le «erpent avpien t aussi leurs amis etleurs ennemis, leurs adorateurs et leurs exterminateurs,..!

Mais voyons les autres parties de ce beau texte,

«Le serpent dut parottre aux bommes, doué >^ d'une intelligence supérieure, etc. » Mais sî les hommes ont dû regarder le serpent comme doué d'une intelligence supérieure et comme immortel, parce qu'il change quelquefois de peau , ils ont dû regaû^der aussi comme doués d'une intelligence supérieure et comme immortels, tous les genres d'animaux qui muent; les oiseaux qui changent de plumes, les chats' qui se donnent chaque année une nouvelle fourmre, etcpiantité d'autres animaux susceptibles de pareils changements. »

Ce grand philosophe , mêlant ensuite les er- ^urs de faits avec les erreurs de raisonnements^ akqu en Egypte et en Grèce le serpent fut lo symbole de l'immortalité. Mais c'est ignoi-erles premiers éléments des symboles égyptiens. Les Egyptiens représentoient la Divinité parlaplug parfaite des figures, qui est le cercle j et comme

iJiù LES ERREURS

dans la langue cbaldéenne le mémemotsignîfioit, ou la vie, ouïe serpent; le cercle uni avec * un ou avec deux serpents , ou formé par un ser-* pent , représentoit Dieu comme auteur delà vie; mais le serpent n étoit point employé comme le symbole de l'immortalité.

Enfin , on ne comprend pas comment celui (jui se picjue si fort de bien raisonner , et qui accuse si facilement tant d'excellents écrivains d'être de mauvais raisonneurs , a pu terminer ces belles observations comme il les termine : ce il n'y avoit qn'un Dieu qui put enseigner i » détruire le serpent, parce que le serpent avoit » quelque «bose de divin* »

Cela étant 5 les peuples dévoient ren^rder comme ides divinités bien puissantes les cigognes d'Egypte, nommées Ibis^ qui faisoient une si cruelle guerre aux serpents; on devoit égaler aux dieux , ou regarder comme des dieux bien puissants , ces peuples d'Afrique, nommés Psillesy qui craignoient si peu les serpents, et qui les exterminoient avec tant de succès et de facilité.

Lecteurs , qu'est-ce qu'on doit le plus admij^r ici ; ^u la profonde et vaste érudition de* M. de Voltaire , ou la justesse et la force de ae^ it^onnements?

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M. de Voltaire a, voulu passer , et veut toujours se donner pour rhomme universel, pour historien, physicien, moraliste, métaphysicien^ et dans tous ces différents genres, on lui trouve toujours Ta même manière de raisonner. On pourra en juger par ce que nous allons dire en-' core de Voltaire physicien.

« La lumièi*e , c'est le feu *. Ce feu nous est » dardé en tout sens du point rayonnant, Cest >» ce qui fait qu'il est aperçu de tous les côtés. M Le soleil qui nous darde cette matière lu- » mineuse , en fournit éternellement , sans pa-» » roître s'épuisera n

Quelques philosophes ont pensé que la lumière étoit une espèce de feu; d'autres ont pensé que c'étoit un élément totalement différent du feu, mais qu'il mettoit l'élément du feu en activité : les uns et les autres conviennent unanimement qu'il y a dans la nature d'autres espèces de feu que celui qu'on supposeroit venir du soleiL Mais M. de Voltaire , bien supérieur à tout ce qu'il y a jamais eu de philosophes et de physiciens, déclare qu'il n'y apoint d'autre feu dans la nature que la lumière; que ce feu est la substance même du soleil ; que qui

* Hiil. deNcv, p, i. o. a.

j4^ tES ERKE0RS

dit lumière , dit feu ; que qiif dit feu , dît lumière , et que c'est absolument une même chose.

Ainsi , selon ce nouveau système , on pourra assurerqu'il est des montagne&dont les entrailles sont' toutes pleines de lumière, telles que les montagnes de Pionnières , de la Motte , de Barrège , d'Aix , d'où il sort des eaux bouillantes et presque brûlantes ; ce qui ne peut pas se faire sans un graud feu ^ ou , ce qui est la même chose, sans une grande lumière. Ainsi oa pourra assurçr, qu'il est des endroits sous terre où il roule des tourbillons immenses de lumière , qui s'échappent ensuite par des volcans, tels que ceux du Vésuve et du mont Etna. Ainsi on pourra assurer que le sang du bouquetin est tout de lumière , parée que ce sang paroît être tout de feu , et que Ton nç connoît rien de plus chaud. On peut affirmer tout cela sans crainte , dès que M. de Voltaire a décide que la lumière et le feu n'étoient qu'une même chose.

ce Ce feu i\pus est dardé en tout sens. Il s e- » lance du soleil jifsqu a nous et jusqu'à San tume , avec une rapidité qui épouvante Tî- >3 magi nation. »

]\Iliis voici ce qui doit bien plus encore épouvanter r imagin ation . Le soleil n'est qu'un point, ])ar rapport à la sphère qu'il remplit toute entière dQ sa substance , de s^. lumière et de se«

De Voltàïrb. liUj

feuxi Cette sphère a pour rayon la distance dd Satnme au soleil: son jdiamèli*e est par conséquent de six cent millions de lieues; sa circonférence, d'un milliard huit cent millions dô lieues. Qn'on juge des milliards et milliards dp lieues que contient la capacité de la sphèrCé N'importe , le soleil la lîpmplît toute entière de sa substance. C'est M. de Voltaire qui Va dit.

« Le soleil qui nous darde cette matière » en fournit éternellement, sans paroître s'é- » puiser ». » ^

Voici encore ^n mystère nouveau ; maïs M* de Voltaire n'en est pas épouvanté. Sa péné* tration profonde I)|i fournit des solutions heureuses pour les plus grandes difficultés, «r Ce sa-» » leil, dit-il, perd toujours un peu de sa sub- » stance j», et seroit , dans 1^ suite des' temp*, » réduit à rien , si les comètes , qui tomLent ae » temps en temps dans sa sphère , ne servoient » pas à réparer ses pertes, u

Mais , par malheur pour M. de Voltaire, il n'y a ni démonstration mathématique , ni fait, ni «xpérience par où l'on apprenne que les comètes vont sauter et se plonger dans le solwl pour réparer ses pertes. Tous les astronomes sont bien éloignés de lé penser ; ils démontrent même le contraire ; et ce qui surprendra encore plus, c'est queM. de Voltaire nous dit lui-même^

* Pliil. de New, p. a4o. 2. ■ IbiJ, p. i85.

l5o LES ERREURS

qu'en matière de philosophie , c< oii doit doil- » ter sur tout ce qui n'est pas du ressort des » mathématiques et de l'expérience. » Ainsi c'est lui - même qui a la bonté de nous avertir de ne rien croire de tout ce qu'il nous débite ici f

« La lumière nous arrive du soleil en près » de huit minutes , d'une étoile du dragon , en »i six années et plus d'un mois ; et si les étoiles I» fixes , six fois moins grandes , sont six fois » plus éloignées de nous , elles nous envoient X» leurs rayons en plus de trente-six années et » demie. »

En écoutant la doctrine de ce grand astroïiome , calculateur et physicien , on pourra affiimer, en toute sûreté , qu'Adam a été bien des années sui' la terre , sans savoir qu'il y eût des étoiles au ciel. C'est ce que pourroit d'abord dire un railleur de la belle doctrine. La lumière des étoiles qui sont le plus près de nous, est plus de six ans en marche avant qu elle arrive jusqu'à nous. Celle des étoiles, six fois plus petites encore, étant supposées par-là même six fois plus éloignées , seroit en marche pendant près de trente -sept ans j et si l'on en. suppose de plus petites et de plus éloignées encore , quand èst-çequ on auroit commencé de les apercevoir?

Le grand astronome a oublié de nous iiis-

]>S TOLTAIKB* L^l

truîrc de lamanière dont on parylendroît à coniioître la parallaxe de ces étoiles , qui seroient supposées six foix plus éloignées que celle du dragon, afin d'eu fixer sûrement la distance.

Il a égalemeiit oublié de nous dire , si tous ces rayons lumineux, partis en différents temps des différentes étoiles , ne sont point exposés à •e détourner mutuellement, à se dévoyer, i rencontrer des obstacles i une marche constante et uniforme.

Il ne ûous a rien appris sur la nature des milieux que parcourent ces rayons, lorsquUls sopt encore à des milliards de lieues de distances.

Tout cela pourroit bien faire suspecter un peu les systèmes qu'il nous débite avec tant d'anpbase et de coufia^Ge, Mais tout le inonde sait que Tempbsse est bien plus de son goût qu'une scrupuleuse exactitude dans la manière de raisonner.

xvn.

Après avoir jeté quelques observations sur là manière de raisonner de M. de Voltaire , on pourroit bien en jeter aussi quelques-imes sur sa manière de s'exprimer , et sur ce qui concerne la correction du style , et la pureté du langage dans ses écrits. Û à traité sur cet article, plusieurs de nos grands écrivains avee une hauteur et ime aigreur qiii révolte ; et ce^

pendant il serolt facile de faire voir qu'il dcmne lui-même dans des fautes incomparablement plus grossières et plus impardonnables que celles qu'il leur reproche.

Et peut-on , en effet , supporte? , peut-on passer à un homme qui se pique de savoir sa langue , qui estmembre deFacadémie Irangoise, qui. affecte toujours le tondWacle; peut-on lui passer ces expressions singulières : « tuer n un livre ; écraser un livre ; dire du verï> biage? » C'est cependant là du Voltaire ; et c'est ainsi qu'il s'expri]|ie dans l'épiti'e au roi -de d'Anemarck ' .;

Un livre est-il Atavais, rien ne peut l'excuser. Est-il bon ? Tous les Rois ne peuvent Vécraser,,^, Tu peux bien empécker tes-malades de vivre ; Tu peux les tuer tous , mais non pas un bon livre» '

L'autre expression » , il l'emploie en annon» çant j avec ce ton si fier et si haut qui lui est ordinaire , c< que les écoles ne disent que du » verbiage.»

JRegaréera-t-on con^e dignes d'im académicien ces expressions toutes neuves : « organi-r » ser les astres ; être éclairé par les ténèbres; le » sentiment des couleurs ? » C'est cepetidant en - CKKrelà du pur Voltaire, a Soupçonnerons-nous, p dit*il ^ , que Dieu qui a si bien organisé tous

« l^hU. de rbist tome XXîI. —• /M. tome, XXIV. page lia. — * ' Jbid, tome XXX| p. 48.

» ks astres , n'a pu bien organiser tous les hom - » mes? O Dieu ! dit-il ailleurs, il faut que » tu m'instruises , car je ne suis éclairé ni par » les ténèbres des autres hommes , ni par Icd » miennes ». » Après cela , il vous fait la plus indécente et la plus dégoûtante description du corps d'une femme ; et il ajoute : « cotte desj> cription n'est pas dans le goût de TibuUe. » D'accord, ma bonne. Mais je ne suis pas ert » humeur de te dire des galanteries. » Enfin , quelle manière de parler , le sentiment des couleurs *? Ne sait-on paâque le sentiment n'est qâe dans la puissance qui sent , et non pas dans les corps ^ qui , en ébranlant nos fibres , ne sont que l'occasion du sentiment?

M. de Voltaire aime le singulier ; il se plaît à donner du singulim* , et l'on s'amuse , en retrouvant très-souvent dans ses écrits ce singulier , soit' pour la pensée , soit pour lexpression.

Ainsi , l'on s'amuse , en voyant les efforts qu'il fait pour donner de magnifiques idées de Dieu , qu'il appelle tantôt V artisan étemel , parce que cette expression et cette comparaison lui paçoîssent être tout ce qu'on peut imaginer de plus noHe et de plus divin , et tantôt le Dieu de tous les globes. C'est ainsi qu'il s'exprime dans cette enfilade de blas-

r » Pha. de V\à$\. t. XXVII p. 37J. — » Ihùî. page 079,

loi LES ERREURS

pliêmesi qu'il a intitulée, /& Semum des cin^ quante.

Ainsi Ton s amuse, eu lui voyant Jouner le uom àe journée navale^ à ce quW écrivain correct appelleroit un combat ou bataille navale. C'est ainsi qu'il s'exprime , en parlan,t du combat de Toulon , de 1 744, On s'amuse , en voyant son idée de réforme , d'appeler le mois 4'aoùt , le mois auguste , comme il fait dans son précis du siècle de Louis XV, On s'amuse , en lisant dans ses mélanges, « que Dieu a soin des M globes roulants autour de leurs soleils dans les y> plaines de l'Etre '. » On est dans l'admiration , de la belle découverte qu il a faite de ces plat-' nés de l'Etre ; plaines dont aucun auteur rai- ^ni^able n'avoit encore eu aucune connoissance. Je me suis amusé de bien d'autres textes^ aussi remarquables que ceux-ci ; mais il seroit trop long de les tous transcrire , et de les tous rap* porter.

O Crébillon ! 6 Rousseau 1 6 la Fontaine ! 6 écrivains illustres du siècle de liouis XIV ! 6 vous \ que Voltaire a si souvent traités de har-bares , d'écrivains qui corrompoient notre lan-r gue , venez vous instruire auprès de Voltaire ; venez lui rendre hommage avec extase j vene?

jecounoîti'e et admirer la correction de sou style , la délicatesse de son goût, la finesse dç

\ Phil. de Vhist, t, XXIX. p. 568* .

&K VOLTÀIE]ft^ fit

ses pensées , la justesse et la force de ses raisonnements , la pureté dé son langage et de ses expressions.

On trouvera encore un grand nombre de ces raisonnements louches et absurdes de Voltaire^ dans le chapitre de la tolérance , troisième ob-^ seryation, etc.

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