CHAPITRE Y
Du Jugement gue porte F'oltairè sur les auteurs qui ont paru avant lid.
JjI» de voltaire se donne fort modestement pour llionmie de toutes les ùinnoissances et de tous les talents ; et avec cette universalité de iconnoi^sances et de talents qu^il s'attribue , il se croit en di'oit de juger souverainement tous les auteurs , poètes , historiens ^ orateurs ^ phi-losophes , écrivains , en quelque genre que ce soit. Mais trouve-t-on dans ses jugements , ce ion d'honnêteté et de décence ? Y trouve-t-on cette sagesse et cette équité que recommande a bien Horace, quand il dit -. w lorsque je trou- » verai de grandes beautés dans une pièce , je » ne la condamnerai pas pour quelques légers » défauts qu'on pourroit y remarquer , et qui » aupoient échappé par cette inattention etf ai cette f oiblesse qui est si naturelle à rhomme^»»
iS6 iiES ERRETTRâ
Verùm ubi plura Ditent in carminé, non ego pancî* OtTendar maculis y quas aut incaria fudit , Aut humana parùm cayit natura...,.,
M. de Voltaire se seroit fait beaucoup d^hooneur , s^il eut suivi ces conseils dlloireice ; mais au lieu de marquer cette considération , et davoir ces égards- si justes pour nos grands auteurs^ il semble qu'il ne se soit proposé autre chose que de faire voir que ce n'est que faute de goût et de lumières , qu'on a si fort admiré les Corneille , les Rîicîne , les Rousseau , les la Fontaine , les Descartes , et tant d'autres écrivains fameux du beau siècle de Louis XIY. Il voudroit faire entendre , que si on y trouve de très-belles choses , on y en trouve encore plus de foibles et de défectueuses ; que c'est rendre un vrai service aux lettres et au public , que d'apprendre à juger plus sainement de tous ces auteurs ; et que c'est à lui , Voltaire, qu'on aura cette, obligation.
Cette manière de traiter nos plus grands hommes, a généralenient révolté. C'est une basse jklousie , ont dit les uns ; c'est un orgueil impardcmnable , ont dit les autres. Ceux-ci ont
Î>rétendu qu'il ne s'efforçoit tant de rabaisser es grands hommes, que pour paroitre lui seul grand homme ; ceux-là, qu'il vouloit s'élever au-dessus de tous les auteurs, comme Louis XIV à la place des Victoires est élevé au*d$s-
DE VOÎ.TAIRE. i^f
SUS des nations vaincues et abattues. Cette ma^ nîère de juger à été généralement regardée comme trop fière et en même temps comme très-injuste. C'est ce qui a été assez bien développé dans quelques entretiens auxquels j'ai été présent , et dont je vais rendre un compte fidèle. Ils sont sous les noms d'Eudoxe , d'Ariste et d'Eugène. On a empruc^l;é ces noms , afin de rapporter avec plus de liberté tout ce qui s'y est dit.