‹ Erreurs de VoltaireChapitre 23 sur 28 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

De la manière dont M. de P^oltaire traite de la religion.

V OLTAIRE est-il chrétien , est-il déiste , est^il matérialiste, qu'est- il? C'est ce qu'on n'examinera point ici. On sait qu'il est toujoui-s prêt à faire, sur l'article de la religion , toutes les pro^ lestations que les circonstances pouiToientexi-

286 LES ERREURSr

ger ; et l'on sait aussi combien on doit compter sur ces protestations. Nous ne jugeons point sa personne ; nous ne jugeons que ses écrits : or , ce qui résulte de la lecture de ses écrits , c'est qu'ils n^ respirent que lé déisme , c'est qu'ils n'inspirent que le mépris pour la religion chrétienne , c'est qu'ils ne sont propres qu'à faire passer dans les cœurs l'aversion et même l'horreur pour la religion catholique.

11 disoit bien plus vrai qu'il ne pensoit , lorsque dans son épitre sur les trois imposteurs , il s'exprimoit ainsi ;

J*ai plua fait daas mon temps que Luther et Calvin !

En -effet , Luther et Calvin n'ont attaqué et n'ont rej&é que quelques-ans des anciens dog-mes ; mais ils ont toujours respecté , soutenu et défendu la révélation , l'Evangile , les mystères en général, et tout ce qui fait le fond du christianisme. Poui: Voltaire, il n'est aucun de ces points sacrés contre lequel il ne se soit élevé de toutes ses forces; il n'a rien respejcté ni épargné; il a eu même recours aux voies les plus indignes , non-seulement de l'honnête liomme , mais encore de l'homme d'esprit , pour altérer dans tous les ccpurs les sentiments de foi et de religion , et pour ébranler tous les fondements de la foi et de la religion. XI a certainement plus £siit que Luther et Calvin >

comme nous allons le démontrer par ses pro-* près écrits.

ARTICI^E PREMIER.

Les écrits de Foliaire ne respirent (fue h déisme*

AvAirr d'entrer en matière, il est bon de remarquer que le déisme dans lequel les gens de la secte philosophique se retranchent, ne peut avoir lieu , dès qu'il y a eu une religion révélée. La déclaration des volontés de l'Etre Suprême par rapport au culte , ne laisse plus i l'homme la liberté de choisir et de raisonner ; elle ne lui laisse que le devoir de la soumission et du respect. C'est en conséquence de ces importantes vérités , que nous allons parler.

Le déisme n'est qu'une irréligion déguisée ; c'est une espèce d'athéisme un peu radouci , qui laisse la même liberté que l'athéisme le plus grossier , mais qui n'est pas si révoltant en apparence , et qui écarte plus adroitement les redoutables difficultés qu'on oppose aux athées. Ce déisme est une religion assez commode , parce qu'elle ne consiste qu'à dire qu'il y a un Dieu , qu'on croit un Dieu i mais ce Dieu des déistes qu'es t-il ? C'est un Dieu qui ne commande rien ^ qui n'exige rien , à qui on - lie doit rien , ou du moins pour qui on ne fait

Sdd LES HRREUHS

rien ; c'est un Dieu qui , étant bon , ne trouve pas mauvais qu'on passe sa vie à se divertir , à s amuser, à se donner tous les plaisii^ qu'on pourra se donner ; c'est un Dieu indulgent, qui ne se courrouce point contre l'homme qui cède à des passions douces ^ et qui sont dans la nature ; c'est un Dieu qui n'a rien d'austère , et qui ne fait point consister la vertu à résister à des inclinations , des goûts , des penchants qui flattent et qui entraînent , et qui laisse à des fanatiques ou à des imbéciles, les tristes vertus de j)atience , de chasleté , de modestie , de douceur et d'humilité.

Tel est le Dieu des déistes ; et c'est par l'idée qu'ils donnent eux-mêmes de Dieu , qu on peut juger et qu'on doit juger de leur religion , de leurs vertus , de leurs mœurs , et de tous les avantages que rétablissement du déisme appoiv teroit dans la société.

Or , c'est ce déisme si commode et si doux que Voltaire prêche, enseigne continuellement, et qu'il s'efforce , avec un zèle incroyable , de répandre et de faire adopter par tout l'univers. Il semble que c'est là sa religion favorite, et qu'il n'en reconnoît, n'en aime, n'en adopte lui-même point d'autre. Son poëme de la religion naturelle est le grand code, et la sanction solennelle du déisme. Il fait l'éloge le plus pompeux du déisme, dans l'article qu'il intitule

bÉ VOLTAIRE. 289

Scientifiquement du théisme * , et.qu on trouve dans ses Mélanges. Q s'étend encore plus sur ce beau sujet , dans ses Entretiens chinois , et dans son Dictionnaire philosophique , qu'on peut bien appeler le dictionnaire des impiétés.

Dans un ouvragé qu'il a intitulé Fragments ^ur t éducation ctun prince , il ne recommande rien tant à son élève que la protection du déisme, lequel peut seul faire laxgloire du prince et le bonheur des sujets. Dans son Phi^ losophe ignorant , il transforme en déistes tous les anciens Indiens , les lettres chinois , la plupart des philosophes païens ; il les représente tous comme des hommes admli'ables , quoiqu'il ne les connoisse guère. Tous les hommes qu'il donne pour n'avoir point eu de religion , ont toujours part à ses louanges, il en est toujours le panégyriste le plus ardent et le plus inépuisable. U n'y a aucun de ses volumes , où il ne déclame contre la superstition ; et ses déclama^ tions sont presque toujours des plaidoyers eu faveur du déisme , par l'adresse avec laquelle il inspii*e l'aversion, l'éloignement, le dégoût de la religion.

Enfin, si en cédant à l'autorité de tous les siècles , dé tous les peuples , de tous les grands hommes qui ont unanimement reconnu la nécessité d'une religion, Voltaire laisse échapper

- * Mélaugcs, tome XXVIL

quelques mots assez vagues sur ce même sujet, on reconnoît bientôt quelle est l'espèce de religion qu'il veutbien admettre. Il veut que cette religion soit sans code , sans lois , sans dogme^ sans autorité^ c'est-à-dire , que cette religion ne soit autre cbose que ce déisme favori , qu'il a si fort à cœur, et qui au fond ne vaut pas mieux que l'athéisme même, et que la plus scandaleuse irréligion.

Ce n'est pas seulement dans les ouvrages dont nous venons de faire mention , que Voltaire se montre le promoteur zélé du déisme ; on retrouve le même esprit dans là plupart des autres , soit par les pensées qu'il jette comme tau hasard , soit par les réflexions qu'il fait , et par les traits qu'il paroit citer sans affectation; de sorte qu'on ne peut guère les lire sans prendre le même goût , et sans ressentir un pen- <^hant presque invincible pour une manière de penser si commode , mais funeste. Ce n'est cependant jamais par la force de ses raisons ou de ses raisonnements, qu'il persuade; c'est toujours par l'attrait à la licence , au libertinage , i l'amour de l'indépendance; c'est cet attrait qui fait qu'on goûte et qu'on adopte tout ce que Tapôtre du déisme aura dit et débité. Quelle multitude innombrable de prosélites n'a-t-il pas faits dans FEurope chrétienne, et ne fait-il pas encore tous les jour» sous nos yeux!

DE VOLTAIRE. «gt

ARTICLE IL

Les Oa\frages de P^oltaire rCinspirent que le mépris de la Religion Cl^rétienneé

L'auguste religion de Jésus^hrist, venuiî du ciel , a triomphé de Tenfer , de l'idolâtrie ^ des puissances de la terre, des passions àe$ hommes ; et Voltaire semble s'être proposé à son tour de triompher de cette religion auguste^ de l'écraser et de l'anéantir. Pour en venir à bout , il l'attaque avec toutes les armes que Fimpiété et la mauvaise foi peuvent fournir ; il fait tous ses efforts pour en ébranler les four déments , par un déluge d*objections et de blasphèmes qu'il a ramassés de toute part con« tre les livres saints , contre la personne adorable de Jésus-Christ , contre celle de la Vierge sa mère , contre les prophètes , les apôtres , et contre tous ceux que Dieu a suscités comme des vases d'élection. C'est là le sujet d'une multitude innombrable de brochures, où il se montre bien plus envenimé que fécond , puisqu'il ne fait que répéter toujours les méme^s horreurs.

Pour surprendre et pour entraîner les esprits dans Tincrédidité , il affecte le ton de l'homme qui fait la discussion des faits la plus, exacte, qui les examine avec la critique la mieux rai«

sonnée ; il est d'une hardiesse égale à affirmcp ceux dont la fausseté est la mieux démontrée, et à nier ceux qui seroient contraires à sa manière de penser. Mais de tous les moyens de combattre le christianisme, celui dont il fait Iç plus d^usage, c'est de substituer la raillerie au •défaut de preuves et de raisons.

Il se moque à tout propos de ces chrétiens qui sont assez peu philosophes pour croire que rétablissement de leur religion est véritablement divin, l*a brillante preuve de sa divinité par les triomphes et le fang de ses ma^rtyrs , il n'oublie rienpourraueantir.il nousreprésenle comme des hommes admirables ses phis violents persécuteurs , et comme d'horribles monstres tous ceux qui l'ont honorée? et protégée. Il avoue qu'il n'ose et qu'il nç peut pas désapprouver ceux qui ont nié la divinité dç sQii auguste fondateur Jésus-Christ ; lïiais il ne fait pas difficulté de .désapprouver plusieurs textes du nou- • veau Testament , qui prouvent clairement que Jésus-Chri?t est Dieu. Enfin , dès que cètt;^ religion est échappée aux horreurs de troîa sièclés de persécutions, et qu'elle a commencé à jouir de la paix, H n'a plus que du fiel à vomir contre elle ; il vous x-epyésente l'univçrs comme pialheureux d'avpir embrassé le christianisme ; jil ne cesse de parler dps fleuves de sang que cette religion a tait couler depuis Constantiu jusqu'à ces derniers siècles; Une p^iut lesclué?»

tiens que comme des furie«u , toujours adiaTnés et toujours les armes a la main les uns contre les autres ; que comme des monstres , che2 qui il n'y a jamais eu ni humanité, ni justice, ni tranquillité. Et voilà Thomme qui est Fidole d'un royaume très-chrétien î

Les^ preuves de ce que nous venons d'exposer se trouveront dans la Philosophie de t Histoire ^ le Dictionnaire philosophique portatif , les premiers volumes de t Essai sur {Histoire générale^ {Examen important de MilordBolinghrockey 1« Traité de la Tolérance; elles se trouveront dan& ses Mélanges. Qu'on parcoure les articles où il est parlé des Juifs, des Quakers, des Anabaptistes, de Newton, et ceux où il est parlé de Pioclétien, de Cîonstantln , de Julien; qu'on parcoure rin^ime rapsodie des Questions sur [Encyclopédie^ on verra toutes ces "preuves présentées avec une hardiesse qui n'avoit point en^ €ore eu d'exemple.

Et quoiqu'on lui ait souvent démontré toutes les noirceurs des calomnies , des mensonges , des falsifications qu'il a fait passer dans ses écrits , cependant l'opiniâtreté à combattre la religion a toujours été plus puissante sur lui que. l'honneur et que le respect pour la vérité ; le fiel et la bile qu'il avoit répandus dans ses premiers ouvrages , il les a répandus dans quantité d'autres qui ont suivi : on les retrouve dans toutes ses éditions \ toujours convaincu et tour

jours obstiné , il n'a jamais youln entrer en réconciliation ni avec la vérité , ni avec la religion ; .et il peut se vanter hardiment de n'avoir pas donné un écrit où il n'y ait quelque trait pour l'outrager.

Ce qui achève de mettre à découvert ses vrais sentiments sur le christianisme , c'est l'aflecta* tion avec laquelle il présente les tableaux des différentes religions qu'il y a eu dans le monde, et parmi lesquels on remarque que celui de la religion chrétienne est toujours le moins avan-« tageux. Tout a été sage, raisonnable, juste, modéré dans les religions des autres peuples , à ce qu'il fait entendre ; et tout a été de superstition, de violences, de cruautés, d'injustices parmi les chrétiens. Il vous présente les Guêtres , les Banians , les Parsis , qu'on ne connolt guère que de nom , comme heureux avec leur religion simple; les païens , comme des hom* mes tranquilles avec la pluralité de leurs dieux ridicules ; les mahométans , comme jouissant d'uneprospéritéconstante, avec leur seul dogme >de l'unité de Dieu.

Hais quand il s'agit des chrétiens , il n em« ploie pour les peindre que les couleurs les plus affreuses ; il n'a plus que des horreurs k rapporter ; il ne cesse de gémir sur les malheurs , les désastres , les fléaux que leur religion a attirés sur l'univers. On reconnoît d'abord que dans ces tableaux tout es( d'un anti-chrétien ,

qui est allé Infiniment plus Ipin que' les Celse, les Porphyre , les Julien , et que tous les plus fameux adversaires de la religion de Jésus- Christ. Aussi tous les chrétiens, soit catholiques, soit protestants, s'accordent- ils assez à regarder Voltaire comme le nouveau Celse , qui ne se propose point d'auti'e but , et qui n'écrit que pour saper , détruire , anéantir , s'il le pouvoit, cette auguste religion.

ARTICLE III

On apprend dans les écrits de f^oltaire ànere^ garder qiiai^ec horreur la religion catholique^

Mais de toutes les religions , et de toutes les sociétés religieuses , celle que Voltaire paroit détester le plus, celle dont il est l'ennemi le plus irréconciliable et le plus implacable^ c'est celle dans laquelle il est né , dont il fait encore quelquefois profession , sur-tout lorsqu'il auroit quelque chose à craindi*e de la part des puissances : c'est la religion catholique , aposr tolique et romaine.

L'homme sage et judicieux sait que la religion est établie parmi des hommes, qu'elle est gouvernée par des hommes, et que ces hommeç, malgré la sainteté de la religion , sont toujours sujets aux passions. Il n'est donc point étonné qu'elle ait souvent ^ gémir des égarements de^

396 'les ERÎlEtTRS

ses enfants i. Il n'ignore pas que Jésus-ClirÎ5t a annoncé qu'il y auroit des scandales et des hommes d'iniquité dans son royaume , c'est-àdire , dans l'Eglise *. Il se souvient que ce grand apôtre, qui fut surnommé le vase d'élection , dit que dans l'Eglise même il s'élèveroit des hommes pei-vers , qui semblables à des loups ravissants , dévoreroiept le troupeau de Jésus- Christ. Cet homme sage et judicieux n'est donc point surpris que ces tristes prophéties aient été souvent vérifiées par les événements, et qu'elles se vérifient encore aujourd'hui par les événements. Mais il ne peut envisager que comme une noirceur détestable , l'aflectatiiKL d'un écrivain à ne présenter jamais cette re^ ligion que par ces scandales et les malheur^ qu'elle a essuyés , et qui avoient été si claire<ment prédits par l'Homme-Dieu.

Cest à cela cependant que semble s*être spécialement voué et principalement consacré l'historien , le poète, le philosophe Voltaire. Dans s^s poésies , ses écrits philosophiques , ses histoires , on retrouve toujours la même manière de présenter la religion catholique. Des imputations fausses et odieuses , des railleries indécentes et souvent très-plates, des raisonnements captieuiL et séducteurs : telles sont les armes qu'il emploie contreelle. Les écrits des auteurs

» Matth. i5. — » Acl. ao.

les plus suspects , c'est-à-dire , les écrits de tous ceux que le libertinage , le schisme , Fliérésie ont soulevés contre l'Eglise , sont pour lui dès sources précieuses , et où il va toujours puiser, Les grands hommes, au contraire, qui ont combattu pour la religion , qui l'ont soutenue et étendue par leurs travaux, qui l'ont honorée par leurs vertus, qui l'ont maintenue par leur autorité et par leur puissance , il n'oublie rien pour les décréditer et les avilir ; et plus ils sont illustres et estimables , plus il fait usage de la satire et de la mauvaise foi , pour détruire Fidée avantageuse qu'on doit s'en fonner.

Presque tout ce qui caractérise la religion catholique devient la matière de ses railleries et de ses sophismes , soit dans ses Mélanges , soit dans son Histoire. Pratiques de piété , in-* vocation des saints , miracles , reliques , pèlerinages, vœux, mortifications, jeûnes , tout cela est ordinairement traité ou de fanatisme ou de superstition. Les abus qui s'y glissent quelquefois , et que la foiblesse humaine rend comm^ inévitables , c'est sur quoi l'infatigable déclamateur rebat continuellement ; mais ce qu'il y a de respectable , d'utile , d'autorisé et d'édifiant dans ces établissements, pratiques'et opinions ; ou il le supprime, ou bien il le déguise, pour le combattre.

A l'entendre, toutes les hérésies ne sont venues que par les passions de ceux qui domi- * i3.

^9^ LES jsureurs

noient dans l'Eglise catholique ; tous les chefs des hérésies ont été fondés à s'élever contre elle ; toutes ses décisions dnt été le fruit de la politique, de la puissance et de l'autorité. Aussi tous les chefs de sectes , depuis lès temps du concile de Nicée jusqu'à ceux du concile de Trente ; les Arius , les Nestorius , les Pelage, les Photius , les Bérenger , les Pierre de Valdo , les deux chefs des hussites, sont-ils toujours loués par "Voltaire , et représentés comme des hommes admirables, ou par leurs talents, pu par leurs vertus, et toujours très-supérieurs à ceux qui les jugeoient!

Pour répandre du ridicule sur ce qui s'enseigne dans l'Eglise catholique, il rapporte quelquefois les opinions singulières de quelques théologiens obscurs ; opinions rejetées , méprisées , évanouies dès leur naissance ; et cethonnête et sage écrivain les rapporte comme ayant été le grave enseignement de l'Eglise catholique, et comme la preuve du mérite et du génie de ^iix qu'on nomme théologiens.

Mais il n'est rien qui l'irrite davantage que l'autorité et la puissance qui est dansJ'Eglise catholique ; aussi est-ce contre cette autorité et cette' puissance qu'il se roidit avec le plus de violence , et qu'il dresse ses plus furieuses batteries. D'abord il s'efforce de soulever tous les ^oi« et les magistrats contre elles , et de le A représentc^r cette autorité et cette puissance

PJE VOLTAIRE.» 299

comme attentatoires aux droits des souverains, à la consei'vation des lois les plus sacrées , et au bonheur des peuples. Il .soutient qu'il n'y aura jamais ni ordre ni bonheur dans l'univers , que lorsque les vicaires de Jésus-Christ et le9 évéques seront dépouillés des bîjens qu'ils ont., dit-il y usurpés , et de l'autorité qu'ils se sont arrogée ; que lorsque la marotte de la hiérarchie sera anéantie, et qu'on se sera défait de l'extravagante idée de la primauté de lEglise de Rome , de ces différents degrés de juridiction, de ce pouvoir arbitraire de donner des dispenses; parce que, dit-il, chaque évêque , dans son diocèse , est aussi puissant que le pape même , sous Tautorité de son souverain.

C'est là le but de l'écrit plus que fanatique , qu'il intitule le Cri des Nations ' ; c'est le but des déclamations de t Homme aux quarante écus, des Recherches sur les droits des homniesy de la Beguéte aux magistrats ; c'est le point qu'il rebat , et sur lequel, il revient à tout propos , et hors de tout propos , dans ses Histoires, ses Mélanges , et dans la plupart de ses autres écrits.

Sans entrer dans des discussions très-inutiles, il suffît de lui répondre ici que cette hiérarchie qu'il déteste a pour auteur Jésus-Cly'ist et les apôtres \ qu'elle a été confirmée par les concit-

» Mclauges , tome XXX..

'3o4) LE$ euréurs

leê généraux, c'est-à-dire, par les plus respectables assemblées qu'il puisse y avou- dans l'uniyers ; qu elle a été respectée par les premiers césars chrétiens, et par les plus grands princes ; qu'elle est absolument nécessaire à Fordré de TEglise , et à la conservation de la religion.

A tout ce que le fanatisme lui fait dire et répéter sans cesse, que la puissance ecclésiastique est contraire aux droits des souverains et au bonbeur des peuples , on n'opposera que le règne de Louis XIV, c'ést*à-dire, le règne le plus vigoureux et le plus ferme , le règne le plus glorieux et le plus avantageux à la nation , et en même temps le plus favorable à la religion. Sous ce règne, le libertinage et l'impiété, mal- [ gré l'enveloppe philosophique dont on se couvre aujourd'hui , ne se sei^oient pas présentés ni montrés impunément. Quel avantage et quelle gloire pour la nation et pour la religion, si on voyoit renaître un règne semblable î

Quant aux biens que possèdent l'Eglise romaine et quelques autres Eglises puissantes, et dont Voltaire désire si ardemment de les voir dépouillées, on peut dire que les titres de leurs possessions sont bien plus légitimes et plus justes que ceux de tant de conquérants , contre la mémoire desquels il se garderoit bien de déclamer. Et qu'on ne s'y trompe pas ! lorsqu'il paroît parler en faveur des souverains , ce n'est

DB VOLTAIRE. 3ci

jamais par zèle poiur les souverains mêmes : ce n'est que par haine pour l'Eglise, Qu'on lise dans le se^îond volume de cet ouvrage le chapitre de la Subordination , et l'on verra que jamais homme n'a été plus ennemi de l'autorité des rois , et n'a parlé plus fortement et plus dangereusement contre l'autorité des rois , que celui qui lés exhorte ici à se rendre les maitres absolus dans l'Eglise ; alors on reconnoîtra les vrais motifs qui l'engagent à parler ici pour eux*

Enfin , il n'y a rien dans l'Eglise , soit pour la juridiction, l'autorité et les droits; soit pour les ordonnances , les jugements, les décisions; soit pour les différents états d'évêques, de prêtres, de religieux, de vierges consacrées à Dieu : il n'y a rien qu'il ne déteste , n'abhoiTC , et sur (quoi il ne s'efforce de faire passer dans tous les cœurs tous les plus violents sentiments de haine et de mépris ; et nous voyons avec douleur , qu'il n'a que trop bien réussi dans ses vues.

Dans l'exposé que nous venons de faire de la manière de penser de Voltaire sur la religion , nous n avons dit que la vérité. Voltaire nous en fournit lui-même les preuves, dans les articles delà collection de ses QEuvres, que nous avons indiqués. Mais si nous n'avons dit que la vérité , quels désordres cette affreuse collection ne doit-elle pas causer dans toutes les sociétés chrétiennes ? Quel poison plus funeste pouvoiton lui présenter? Ayec quelle horreur l'homme

.3o2 LES BIVREUHS

sage doît-Il la regarder ? Quelle obligation Je-> yant le Seigneur , pour les premiers pasteurs , de rinterdire , de la proscrire , d*user de toute lautorlté , de recourir même à Tautorité souveraine, pour Tcxterminer et l'anéantir? C'est à eux principalement que Jésus-Christ adresse ces terribles paroles : Qui non est mecum, cour . ira me est ; c'est être contre moi > que de ne pas se déclarer pour moi.

Page 1