CHAPITRE X
Observations sur le Traité de la Tolérance^
vJuELQUES jeunesgens qui ayoientlu le Traité de Voltaire sur la Tolérance , en parloient dans une compagnie respectable ,^et ils en parloient avec un enthousiasme, que la présence d'un vieux docteur de Sorbonne sembloit aUumer encore davantage. Quelle sagesse , quelle force de raisonnement, disoient-ils, pour démontrer la nécessité de la tolérance ! Quel avantage pour la société, quel bonheur pour le genre humain, si l'on se conduisolt par les principes lumineux qui sont présentés dans ce bel ouvrage ! La tolérance établie, quelle union, quelle paix règneroit parmi les hommes! Ils se regarderoleut tous comme frères , tous conspii'eroient au bien général de réta,t , et tous deyiendroient des oi-
DE TOXiTAIRp. 3o3
toyexis paisibles , utiles et hei^i'eux. Quelle obU^ galion n a-tron pas à M. de Voltaire d'avoir mis dans le plus beau joui* des vérités si intéres^ santés! Les jeunes panégyristes ne tarissoieilt point en louanges y ils s'applaudissoient ; ils demandèrent même au docteur ce qu'il pensoit sur C5et objet-
Le vieux docteur étoit un de ce» hommes fermes et décidés, qae le Hihl des parples nér pouvante pas , et qu'un certain ton railleur nç déconcerte pas; c'étoit en même temps un homme , d'une grande érudition , à qui il étoit difficile d'en imposer , et un esprit très-juste , et trèscapable de remarquer les écarts où donn«Rt ces raisonneurs , qui sont si fort à la mode aijr jourd'huî.
Messieurs, dit-Il à la compagnie , je suis prêtre, je suis docteur de Sorbonne; ce ne soi|t pas là des titres à mériter la considération de Voltaire, puisqu'il n'y a personne au monde pour qui il affecte de témoigner tant de mépris que pour un prêtre, un théologien, un docteiîr; n'importe, je n'en dirai pas mon sentiment avec moins de liberté. J'ai lu le traité dont ces jeuue^ Messieurs sont extasiés , et cette lecture ne m*a laissé dans l'ame que des sentiments d'indignation et d'horreur. Je ne regarde ce traité quo comme un ramas informe de déclamations insensées et de calomnies absurdes , qui font le Tésullat de tout ce que soi2.^te ans de haiuf
So4 ^^^ BHRBUKS
contre la religion ont pu rsonasser et faire 61re
de plus atroce contre elle. .
Votus êtes peut-être surpris de la vivacité avec laquelle je m'exprime ; eh bien ! vous le serez bien plus encore des preuves que je suis à même de vous fournir sur tout ce que j'avance ; ces preuves , je les ai par écrit : ce sont des observations envoyées à un homme de qualité , qui avoitlu quelque chose du traité de la tolérance , qui en ftit outré et indigné , et qui me conjura de lui en donner par écrit mon jugement. Je n'entre point dans un détail qui auroit été immense , s'iLavoit fallu relever toutes les erreurs de raisonnements et de faits ; je me renferme dans quelques observations générales, mais bien suffisantes pour se décider et pour juger. Le docteur, à ces mots, tira de sa poche le cahier des observations; les voici telles qu il les présenta ;
Première Observatioit.
Le volume de la Tolérance fi est (fu un amas de déclamations, sans principes, sans raisonnement , et sans liaison.
Voltaire fait un gros volume sur la tolérance î mais demandez -lui ce que c'est que la tolérance , quel est son objet , son étendue, ses boimes , ses lois ; il ne regardera qu'avec pitié ceux qui ont l'esprit assez peu philosophique
DE VOLTAIRE. 3o5
pour faire de pareilles questions. Parcourez ensuite tout ce qu'une imagination sans règle lui a dicté ; alors vous connoîtrez son intention et ses vues ; vous veri'ez que cette tolérance , qu'il demande avec tant de chaleur , n'est autre chose que Fanéantissement de toutes les lois divines et humaines qui sont relatives à la religion , et de toute autorité légitime qui veilleroità la conservation de la religion.
Aussi , sans vouloir ou sans pouvoir s^explîquer sur ce que c'est qu'une tolérance juste et raisonnable , comme il en est si bien traité dan* le Dictionnaire philosophique de la religion , Voltaire ne fait que réclamer , en faveur de» philosophes et de tous les ennemis de la religion , une liberté entière de parler , d'écrire et de .dogmatiser. Il confond toujours adroite-^ ment ou frauduleusement le civil et le moral *, ce qu'exigent le droit social , le droit naturel, et ce que nous prescrit la foi.
En conséquence de cette confusion , de ce mélange d'idées disparates » , il regarde d'un même œil le Chrétien, l'Idolâtre, le Juif, le Turc , le Chinois ; il se récrie avec indignation contre ceux qui ne veulent pas donner place en paradis à ceux qui adoroient Bacchus , Vénus , Junon , et toute cette bande de divinités ridicules , auxquelles le paganisme élevoit des
* M^l. tome XXIX ; p. 176. — * Jbid. p. 180.
3o6 LES ERREURS
autels ' ; il ne traite que de petites nuances ^ toutes les différences de culte et de religion.
Avec cette manière de penser , il est évident qu'il n'y auroit aucune espèce d'impiété , d'héthérodoxie et d'absurdité en matière de reli- . gion , qui ne fut permise ; et c'est là le véritable objet de la tolérance, ^pour laquelle le chrétien Voltaire est si ardent, et pour laquelle il plaide avec tant de feu.
Après cela * , il fait les plus violentes excursions conu^ les beaux sièdes du christianisme naissant. Il ne voit dans les premiers chrétiens que des demi-juifs très-méprisables ; il se moque de ceux qui croient que la religion chrétienne a été établie à Rome par Tapôtre saint Pierre ; il donne hardiment le démenti à dixsept siècles ^, à tous les historiens, à tous les monuments authentiques qui attestent que ce prince des apôtres est mort à Rome sur la croix> comme Jésus mourut à Jérusalem ; il se tourne et se retourne de toutes les manières pour excuser et justifier les barbares empereurs qui ^ pendant plus de deux siècles , inondèrent tout l'empire dusangdes chrétiens; il neprésentenos généreux martjjjs ^, que comme des hommes que leur imprudence, leur esprit fsictiéux, leur désobéissance aux lois ont conduits auxsupplices..
« Mël. tome XXIX. p. iSu ^ • Ib. p. 77. — » i*. p. 73. ~ 4 Jb. page 78.
DE VOLTAIKB. Soj
Enfiiv, le cliristianlsme devient-il la religion dominante dans l'empire ; alors il n'a plus que des horreurs à répandre sur ceux qui l'ont soutenu et protégé ; et quoiqu'on lui ait souvent démontré que tout ce qu'il a dit sur ces objets n'est que mensonges <et calomnies atroces; ces mêmes inensonges , ces mêmes calovmies il les rappelle , il les entasse , il les présente encore à tout propos, pour faire regarder l'autorité de l'Eglise comme l'autorité la plus abominable , et Ips lois des prlncesi en laveur de la religion» comme des lois de tyrans.
On demandera ici lu déclamateur eozoment tout cela explique ce que c'est que là teîirance» et peut prouver la nécessité de la tolérance universelle qu'il réclame , mais on jugera en atten-» dant sa réponse.
Ce n'est encore là cependant qae le prélude de ses ardentes déclamations; il s'enflamme bien autrement quand il peint les horreurs des guerres dont les sectes qui se sont élevées dans l'Eglise , ont été l'occasion. M. Rousseau de Genève , a Téquité d'avouer que les cabales des grands en étoient les vrais principes, et qu'ensuite on ameutoit les peuples au nom de Dieu ** Notre déclamateur ne se pique pas» de la même droiture ; ce sont toujours les catholiques qflî
* Lettre à M. TarcheTlcpie de H^^ktis*
3o8 L«s BRRctrns
ont été les agresseurs ' , lesharbares assassins *, les cruels bourreaux de leurs frères ; et les sectaires ont été des innocents^ des infortunés y des victimes malheureuses de la plus affreuse bar-** barie«
Il prétend Vautoriser par les. témoignages du président de Thou, qu^il appelle le ^véridiqueet respectable de Thouj et de M. Rapin de Thoiras qu'il nomme teccact et judicieux écrivain^ Hais M. Rapin de Thoiras étoit un réfugié , et l'on sait comment ont du écrire tous les réfugiés. Pour M. de Thou, il ramassoit avec soin tout ce qui venoit du parti protestant , et le faisoit passer dans son histoire. Il eut Thumiliation d'être forcé d'en convenir , et Ton en trouve des preuves sans réplique dans Bayle , à l'article Camden. Wijnporte : tout ce qui sert à rendre la religion odieuse, vrai ou fau]L,..est toujours précieux pour l'avocat de la tolérance.
Enfin il présente tout ce que sa noire imagination lui fourni t.Xà lettre qu'il suppose écrite an P. le Tellier , pour faire massacrer dans un même jour tout ce qu'il y a de protestants dans le royaume; l'absurde entretien d'Un théologien avec un mourant ; le discours de fureur qu'il met à la. bouche d'Anne du Bourg, avant a0n supplice ; ses cris perpétuels s^j: les crimes de quelques papes, pour les rendre^ous odieux:
■ Xom. XXIX. page 5i. -« « Ibid. page 98.
DE VbLTAIRE. -^ 3o^
toat cela sent le fanatisme le plus ardent et le plus extravagant qui ait jamais été. Et voilà tout Je fond du traité de la tolérance , et la marche de l'écrivain dans son traité de la tolérance,
Sego^pb Observation.
f^olttare est tolérant comme le Jurent autrefois les Romains.
Ces Romains tolérèrent toutes les abomina« tions et extravagances en matière de religion y et ils ne persécutèrent que la seule religion de Jésus-Christ. Voltaire est tolérant comme le furent les Romains. Il n'est aucune sorte d'er« reurs, d'égarements, d'écarts en fait de religion qu'il ne protège , qu'il ne s'efforce de justifier , ou au moins d'excuser. Manichéens , ariens , mahométans , idolâtres , hétérodoxes d^ toutes les espèces , tous. sont assurés de son zèle pour eux , toiis peuvent compter sur sa protection ; il n'est que les chrétiens qui ne puissent pas trouver gracp devant lui. Jl esttolçrwit comme Je furent les Romains,
« La tolérance de toutes les religions, dit- >» i} , e^t ujie loi gravée dans tous les coaurs ]^ » Il y avpit dans la capitale du monde connu ?> sept cçnts temples » dédiés aux dieuj^ ; cette
• MéL 1. 1, page i38. -- » Tome XXIX, p^ge 79.
SiO îiES ERREURS
» association de toutes les divînîtës du monde^ » cette espèce d'hospitalité divine fut le droit » des gens de toute rantiquité.... Les mystères » dlsis, ceux de Mitras, ceux de la déesse de >» Syrie , furent permis sans contradiction : et » ce qui est très-remarquable , c'est qu'on ne » persécuta jamais personne pour sa maniière ». de penser : ... car de quel droit un être créé M pottrroit-il forcer un autre à penser comme » lui ' ? »
Ne nous arrêtons pas k gloser sur ces singulières expressions de t association de toutes les tUvinités du monde, de cette hospitalité divine y qtdfut le droit des gens de toute t antiquité. Elles seroient venues parfaitement bien dans les Précieuses ridicules de Molière : mais exami- )[ions ce beau texte.
Avec une tolérance ou plutôt une licence aussi étendue que celle dont parle ici Voltaire, il est aisé de concevoir jusqu'à quels excès dévoient aller les dérèglements chez les Romains. Qu'on en juge par ce que nous en présente saint Léon , avec une éloquence majestueuse , que les plus grands orateurs auroient peine à égaler.
a Rome , dit-il , en subjuguaiU toutes les >i nations , s'étoit asservie à toutes leurs supers- M titions ; et en adoptant toutes leurs erreurs
» Tom. I. page aS^,
DE TOLf AÎRÈ» ÎU
i& et leurs absurdités , elle croyoît avoir , en fait » de religion , tout ce qu'on peut désirer. G*est » vers ce centre de Tempire que Pierre dirige » sa marche , afin que la lumière de la vérité , » qui devoit briller pour le salut de tout Tunî- »• vers , se répandît plus sûrement de sa capi- » taie dans toutes ses parties. C'est là qu'il fal- » loit écraser toutes les opinions insensées de la >> philosophie , confondre l'orgueil de la sagesse » humaine , renverser les autels des démons ; » c'est là qu'il falloit exterminer toutes les abo- >i minations de l'impiété et du sacrilège , parce » que, tout ce que l'erreur et l'aveuglement M avoient jamais imaginé et enfanté , Rome » Tavoit réuni dans son sein avec la supers ti- » tion la plus recherchée. »
Les détails honteux de ces abominations et superstitions romaines, on les trouvera dans les Dialogues de lucien , et sur-tout dans ceux où il peint la conduite et les mœurs des philosophes de son siècle ; on les trouvera dans les discours que les anciens apologistes de la religion, Justin, Athénagore, Théophile d'Antioche , Clément d'Alexandrie adressèrent aux païens, pour leur faire connoître les raiscms ^'ils avoicQt eues de renoncer à l'idolâtrie; c'est-là qu\)n apprendra , en frémissant , qu'il n'est sorte de crimes , de dérèglements , d'infamies , d'impiétés , que les Romains ne regardassent avec indifférence» et qui ne fussent to^
Zl2 LES ERREUhS
lérés parmi eux; et c'est en cela que le religieux et chrétien Voltaire nous donne les Romains pour des modèles de sagesse dans la-manière de penser et de gouverner , et pour des modèles que nous devons nous faire une loi d 'imiter.
C'est dans cet esprit d'une douce tolérance , qu'il trouve que l'absurde religion de Mahomet est très-sage et très-raisonnable. « Toutes ses ^ Iois,ldit~il I , qui sont si austères, et sa doc- V trine qui est si sage , attirèrent bientôt à sa » religion le respect et la confiance : cette re- » ligion s'appela Islamin , c'est4^-dire , résigna- » tîon à la volonté de Dieu ; et ce seiJ mot de- » voit faire beaucoup de prosélytes. »
Ainsi parle Voltaire d'une religion donnée par le plus impudique , le plus ignorant , le plus violent de tous les hommes. Je dis l^e plus impudique : Mahomet se van toit lui seul , pour le commerce avec les femmes, d autant de force que quarante hommes ; le plus ignorant : il fait frémir le bon sens toutes les fois qu'il s'avise de parler de l'essence de Dieu , des choses naturelles et surnaturelles, et des histoires de l'ancien Testament : le plus violent : il dit que c'est pour soumettre le monde par les armes , qu'il a été envoyé de Dieu , et il ordonne à ses gens de n'épargner aucuçL de ceux qui l'efuse-» root de se joindre à luif
' Mël. tom. 1. page 56ç.
BE VOLTAIRE. SlS
C'est dans cet esprit d'une douce tolérance qtiUlose justifier rarianisme, le socinianisme , là déisme, en élevant au-dessus de tous les autres hommes ceux qui ont combattu le dogme de la Trinité. C'est ce qu on voit dans les articles de ses Mélanges ' , sur les sociniens ou ariens , sur Newton , et sur jplusieurs autrcjT objets. Les dogmes d'Ârius et de Socin anéantissent entièrement la religion chrétienne; et c^est cet anéantissement , que notre philosophe veut qu'on tolère avec douceur et huma-^ nité.
Nous avons dit que Voltaire étoit tolérant comme ces Romains qui laissoient à chacun la liberté de se livrer à toutes les abominations , et qui ne persécutoient que la vraie religion : car cette ame si indulgente pour tous les genres d'égarements et de libertinages; ce tolérant si humain et si doux , est tout-à-coup transformé en frénétique , dès qu'il s'agit du christianisme et de la foi *. « C'est nous , dit*!-il , c'est nous , » chrétiens , qui avons été persécuteurs , bouiv », reaux , assassins de nos frères ; c'est nous qui n avons détruit cent villes le crucifix à la main, » qui n'avons cessé de répandre du sang , d'al- » lumer des bûchers depuis le règne de Cons- » tantin. w II ne peut pas pardonner aux prin- V ces et aux peuples qui ont voulu arrêter ceux
^ Tom. XXIX, page i8i, — • Ibid.
3l4 Î^ES ERREURS'
qui iroubloîent la société en altérant la religion , ou qui ont osé punir des rebelles armés contre l'autorité souveraine. Il ne présente que comme des monstres, les grands princes qui ont employé leur autorité et leur puissance en faveur du christianisme. Mais le barbare Dio^ clétîen est peint comme le plus sage des princes; le monstre Néron est excusé sur les horreurs qui lui ont été reprochées ; l'apostat Julien est montré comme le premier des hommes. Avoir protégé toutes les abominations, et avoir per^ secuté lés chrétiens , ce sont là les deux pre-t îniers titres pour mériter les louanges et le suffrage de Fauteur de la Tolérance, de l'Es^i sur l'Histoire générale , etc. etc. Il est tolérant eonunç le furent les Romains.
Troisième OBSERVATiew..
Raisonnements singuliers que fait P^oltaire^ pour prouver lOf nécessité dufie tçlérç^nca universelle.
J'ai souvent cl^erphé en moi -même, disait lin ancien , à quoi ï'on pourroit comparer les philosophes séducteurs et sophistes ' ; et après bien des examens , j'ai trouvé qu'il n'y ayoit rien à quoi ils ressemblassent davantage qu'à une courtisane ; celle-ci , par sa parure et ses para»
» Qlymp,
DE VOLTAIRE. îlS
ies doucereuses , surprend et séduit ime jeunesse inconsidérée ; ceux-là surprennent et séduisent cette même jeunesse par Féblouissant de leurs sophismes et le faux de leurs raisonnements ; celle-ci amollit et corrompt les cœurs pai^ ses caresses; <^ux4à les cont>mpeBt et les amollissent par les leçons lubriques , et les maximes voluptueuses qui sont répandues dans leurs écrits. Il y a aujourd'hui des légions de ees sortes de philosophes. Ce seroit manquer à ee qu'on doit à M. de Voltaire, que de ne le pas reconnoître pour le général de ces légions , puisque c'est lui principalement qui les a formées et exercées. Amusons -nous à observer quelques-uns de ces raisonnements sophistiques , dont il a. garni son traité de la tolérance.
ce Moins de dogmes , moins de disputes ; et » moins de disputes , moins de malheurs : si » cela n'est pas vrai , j'ai tort ' ! »
Voici les conséquendfes qu'on tire de ces maximes que Voltaire débite* ayec la plus grande assurance.
Moins de dogmes , moins de malheurs. Donc
Fmiivers seroit bien plus heureux , s'il n'avoit
pas embrassé le christianisme , qui est chargé
'de tant de dogmes; donc le sort des païens ,
« Mél. T<Hn. XXIX. p, 173.
5l6 ' LES ERRBtJftS
qui n'avoient point de dogmes, comme le dit si couvent Voltaire avec affectation, étoît bien préférable à celui des chrétiens ; donc Jésus^ CSbrist auroit bien dû se dispenser de nous ré^ vêler tous ces dogmes qui sont essentiels à la religion chrétienne ; donc nous ferions bien de reprendre le train du paganisme : si cela riest pas vrai , jai tort !
Moins de dogmes y moins de malheurs. Mais dans ces malheurs que les dogmes et les disputes ont quelquefois occasionnés dans le christianisme , y a-t-il quelque chose de comparable i ce qui est arrivé chez les païens qui étoient sans dogmes? Un siècle du paganisme vous offrira plus d'horreurs , de «éditions , de guerres civiles, de massacres , de fureurs et d'achiaLtnements réciproques , d'assassinats de princes , qu'on n'en trouvera , malgré toutes les exagérations vpltairiennes., dans toutes les monarchies chrétiennes, et dans les dix-sept siècles écoulés depuis l'établissement de la religion : si €ela nest pas vrai , fai tort !
Moins de dogmes , moins de malheurs : mais ces malheurs, d'où viennent-ils ? N'est-ce pas de l'orgueil 9 de l'ambition, du libertinage, de favarice , de l'amour de l'indépendance dans quelques particuliers , qui ontensuite séduit les peuples ? Depuis les infâmes gnostiques et les impies ariens , -ne isont-ce pas toujours les passions qui ont porté le trouble dans l'Eglise ? H
ne faut donc pas dire : moins de dogmes y m^ins de m^alheurs; mais moins de passions, moins de malheurs : si cela rCest pas vrai, fui tort }
Il n y a donc ni bon sens ni vérité dans ces grandes maximes de Voltaire ; on n'y trouve , à les bien examiner , qu'une enveloppe d'absurdités, d'irréligion etd'impiété«
« Pour qu'un Gouvernement ne soît pas en » droit de punir les erreurs des hommes *, il » est nécessaire que ces erreurs ne sioient pas a» des crimes : elles ne sont des crimes, que » quand elles troublent la société ; elles trou- » blent la société, dès qu'elles inspirent le fa- » natisme. Il faut donc que les hommes com-<^ » mencent par n'être pas fanatiques , pour » mériter la tolérance. »
Mais ces propos ne sentent-ils point le fanatisme ? S'ils sentent le fanatisme, celui qui ose les tenir, mérite-t-il la tolérance? Soit dit en passant.
Tous ceux qui comptehtpourrien la religion, applaudiront sans doute à l'argument que fait ici Voltaire ; mais ceux qui la respectent , lui opposeront celui-ci :
Ou les é dits des empereurs pour punir les chrétiens étoient des édits de tyrans , ou les
» Mdl. Tom. XXÏX.
3l8 LES ERREURS
chrétiens ëtolent des Cmatiques , qui ne mérî^ toient point de tolérance. Si les édits des empereurs étoient des édits de tyrans , pourquoi le dédamateur Voltaire est-il toujours leur avocat le plus zélé y et leur défenseur le plus ardent ? Si les chrétiens étoient des fanatiques , pourquoi le philosophe Voltaire reste- 1 -il encore dans une secte de fanatiques? pourquoi n'abjure-t-il pas le christianisme? Qu'il se décide en philosophe courageux ! -^
« C'est une impiété ' , dit Tertullien\ d^ôter^ » en matière de religion , la liberté aux hommes, » d'empêcher qu'ils ne fassent choix d'une Dî-^ » vînîté. Aucun homme, aucun Dieu ne vou- » droit d'un service forcé. » C'est ainsi que Voltaire fait parler Tertullien en faveur de la tolérance.
Ici Voltaire prend le blanc pour le noir \ et le noir pour le blanc. Tertullien, pour démontrer l'injustice de l'intolérance romaine envers les chrétiens , s'exprime ainsi : c< Romains, vous » nous accusez d'impiété, parce que nous n'a- » dorons pas vos faux dieux ». Et n'est-ce pas » vous-mêmes qui êtes coupables d'impiété, en » persécutant la religion du vrai Dieu?.... Pre-
* Tom. XXIX^ p. i5o. — ? Apolog. ch. aS. et a4*
DE VOLTAIRE. Sig
i> nez gai*de que la plus.grande des impiétéisne :•» soit d'ôter aux. hommes la liberté en matière • M de religion, en sorte que vous m'empêchîe >3 d'adorer ce que je veux , et que vous me for- » ciez d'adorer ce que je ne veux pas.... Dans » votre empire , chaque province , chaque ville '» a son Dieu; et il n'y a^que le vrai Dieu que '>ï vous ne permettiez pas d'adorer. »
Voilà un texte bien difTérent de celui que présente Voltaire. S'il est fâcheux pour lui de se montrer comme mauvais raisonneur, il Test bien plus encore d'être repris comme falsifica* leur.
« Mais quoi ! sera -t- il permis à chaque ci- » toyen de ne croire que sa raison ' , et de pen- » ser ce que cette raison éclairée ou trompée te lui dictera ? D le faut bien , pourvu qu il ne » trouble point l'ordre; car il ne dépend pas » de l'homme de croire , mais il dépend de lui ^ » de respecter les usages de sa patrie. ».
Voici la permission la p}us ample et la plus étendue qu'on ait jamais accordçe au genre humain en matière de croyance. Mais je ne sais pas chez quels peuples ni à quels tribunaux cette permission pourra jamais être homologuée et enregistrée ; elle ne le sera d'abord chez aucune
* Mél. Tom. XXIX. p. 102.
320 LES ehîieurs
des nations chrétiennes , parce qu'elles croiciEtt ce que leur annonce la Foi : elle ne le sera pas chez les Turcs, parce qu'ils adoptent tout ce que leur dit leur Alcoran; eUe ne le sera pas chez les Juifs, qui ne respectent rien plus que leurs Livres saints.
D'ailleurs , chacun étant autorisé à ne croire que sa raison, que doit-il en résulter? La plus épouvantable cacophonie , of^sition et confusion de sentiments dans la société humaine: jcar alors , dans quelque espèce d'écart, d'égarements , d'erreurs et d'iabsurdités qae l'on donne, on pourra toujours dire qu'il est permis à chaque citoyen de croire sa raison i chacun pourra toujours dire que c'est sa raison qui lui dicte cette manière de penser. Alors Manès pourra dire que c est sa raison qni l'engage à admettre deux principes : Arius , par cette même raison , se dira autorisé à rejeter le dogme de la divinité de Jésus -Christ : Spinosa, à nier l'existence de Dieu : tout le paganisme , à admettre ces légions de dieux mâles et femelles , qui faisoient souvent entr'eux si mauvais mé* nage.
Est-il possible qu'un aussi grand philosophe que Voltaire, n'ait pas aperçu le ridicule de ces belles maximes et de ces beaux raisonnements ?
Il tache de se mettre à couvert par la clause, poun^u qiCil ne trouble point tordre : mais de quoi sert cette clause? L'homme, fortement
DE VOLTAIRE. S^2l
prévenu , donne le nom d^ordre à ce qui s'accorde avec ses idées , et le nom de désordre à ce qui pourroit les combattre. Concluez sur la^va* leur de la clause.
ce Si vous disiez que c'est un crime de ne pa» » croire à la religion dominante S vous accu- )> seriez donc vous-mêmes les premiers chré- » tiens vos pères , et vous justifieriez ceux que » vous accusez de les avoir livrés aux supplices. »
Four faire sentir à Voltaire le ridicule de son sophisme, on se contentera de lui proposercette question : La religion dominante , quelle qu'elle soit , d'où tire-t-elle son autorité? Est-ce de Dieu , est-ce des hommes? Qu'il réponde ce qu'il voudra : de quelque côté qu'il se tourne,, il est nécessairement pris.
S'il répond que la religion dominante tii'e- «on autorité de Dieu, il est donc évident quœ c'est une obligation indispensable de s'y. soumettre, et ce seroitun crime de n'y pas croire.
S'il dit qu'elle ne tire son autorité que des hommes , il restera évident qu'il n y a aucun crime de n'y pas croire ; et c'est le sentiment de Voltaire lui-même; car il décide « qu'aucun»
» être créé n'a le droit de forcer un autre à.
* MéL iome XXIX. p. loa.
» penser comme lui ' ; il soutient que ce seroit » être tyran que d'exiger que les autres soient » persuadés comme vous , et qu'il ne voit pas » comment, en suivant le principe du droi t bu- » main , un homme pourroit dire à un autre , » crois ce que je crois , ou tu périras '• >»
Il s'ensuit de ce raisonnement que nous avons proposé, 1." que les premiers chrétiens n'étoient point coupables de ne point croire à la religion dominante , puisqu'elle n'étoit appuyée que sur l'autorité des hommes, et qu'elle n'étoit qu'absurdité, extravagance et abomination; 3.^ que les persécuteurs ne sont point justifiéspuisqu'ils n'agisspient qu'en tyrans, etco^»tre les principes du droit humain. Il n'y a donc ni bon sens , ni droiture , ni vérité dans ce qu'a proposé Voltaire par son sophisme»
Quatrième Observatioh-
Sur lès recherches que fait Voltaire pour sa-yoir si [intolérance est de droit divin.
Voltaire , pour exprimer le mépris qu'il fait de nous antres docteurs, dit dans ses vers suar ie désordre de Lisbonne :
J« jui* comme un docteur , h£i9s\ je ne sms rieitw
« Ma. t. I. p. aSo. — 9' Tom. XXIX. p. 3o5.
DE VOLTAÏRfî. 523
Mais ne vaudroit-il pas bien mieux pour lui qu'il fût comme un docteur , et qu'il ne sût rien , que de faire les ridicules recherches doiit je vais vous rendre compte. Pardonnez-moi , Monsieur, si je m'exprime avec cette vivacité; et pourquoi tant de ménagements pour celui qui n'en a lui-même pour personne? Je me garderai bien cependant d'employer ces termes grossiers, indécents, injurieux, qui lui sont si familiers : mais je ne pourrai pas m*empêcher de dire, que je n'ai jamais rien lu d'aussi mal conçu et d'aujssi mal raisonné que ses recherches sur la tolérance parmi les Juifs.
- Il est aisé de connoître la sévérité des lois que le Seigneur avoit données aux Hébreux contre ceux qui manqueroient aux devoirs du culte , et à ceux de la morale. Qu'on parcoure les chapitres vingt et vingt-quatre du Lévitique , le quinzième chapitre du livre des Nombres , les chapitres sept, douze, treize du Deutéronome: on y verra des arrêts divins ^ capables de répandre la frayeur dans l'ame de Voltaire lui-même, et de tous ses sectateurs..
Outre les défenses les plus sévères faites aux Hébreux d'avoir aucun commerce avec les Cananéens , il y a encore les peines les plus rigoureuses décernées contre ceux qui violeroient ces défenses. Il y a peine de mort contre tous les idolâtres et les imitateurs des superstitions païennes; peine de mort contre tous ceux qui
prêcaeront l'impiété ; peine de mort contre les blasphémateurs; peine de mort contre ceux qui auront violé la sainteté du sabbat.
Ce qui intéresse les mœurs est l'objet d'une multitude d'ordonnances, qui ne sont pas moins rigoureuses que celles qui regardent le culte. Peine de mort pour presque tous les crimes qui sont contre la pureté; peine de mort contre tous les incestueux: , à quelque degré qu'ils soient ; contre toutes ces infamies qu'on nomme des péchés contre nature; conUe tous les adultères; contre la plupart des séducteurs* Pour d'autres objets de morale , on trouve quantité de cas où la peine de mort est décernée , comme contre les homicides volontaires, contre les enfants rebelles à leurs parents; enfin, on trouve la peine du talion pour tout le mal qu'on aura causé à, ceux qu'on doit regarder comme ses frères.
Tout cek est clairement énoncé dans les loi»
que le Seigneur donna lui-même aux Hébreux. Elles sont presque toujours accompagnées de cette majestueuse sanction : EgoDomiitus. C'est moi le Seigneur qui vous donne ces lois.
Après cela peut-on concevoir qu'il y ait au monde un homme assez hardi pour affirmer que Dieu toléra tout chez les Hébreux sur l'ar^ ticle de la religion et des mœurs? Peut-on con- ,cevoir que cet homme ose se dire chrétien et philosophe? Qu'il se dise chrétien, cela n'est
pas surprenant ; c est un nom quHl est obligé â« prendre; il nest pas aussi puissant que Tapos* tat Julien : mais qu'il se dise philosophe , c'est ce qui doit étonner, vu l'inconséquence de ses raisonnements. Nous allons vous mettre , Mon- 6ieur, à même d'en juger.
« n y eut des Hébreux qui adorèrent ^ dans » le désert, Moloc, Remphan et Kium ^ Donc^ » conclut Voltaire, Dieu toléroit l'idolâtrie. »
« Salomon est paisiblement idolâtre ; Jéro-^ >» boam fit élever deux veaux d'or ; le grand- » prêtre Urias érige dans le temple , à la place » de l'autel des holocaustes, im autel du nÀ » de Syrie. Donc il n'y avoit aucune contrainte » sur la religion *• »
« Les Juifs immoloient des hommes à la Di- » vinité ^. Ezéchiel même leur promet, pour » les encourager, qu'ils mangeront de la chair » humaine. Dans l'histoire de ce peuple, il
» Mël. t. a. p. lia* — • Ihid. p, 119. — * Jbid, i5o.
32* liES ERREURS'
» échappe toujours des raycms d'une toléi^nce » universelle. ^^
. tt Dieu déclare NabùchoddnoSdr , qui étoit » idolâtre,' son serviteur et son favorî '. Il ne » favorise pas moins le Kir, ou Koresh , ou » Gosroës , que nous ap{>elons Cyrus , quoiqu'il » suivit la religion de Zoroastre. Ainsi donc , to sous les Moïse , sous les juges , sous les rois , » vous voyez des exemples de tolérance. >»
Voilà ce que le philosophe Voltaire nous donne pour des preuves démonstratives tirées des livres saints, que Dieu tolère tout en matière de religion. Reprenons maintenant toutes ces preuves, les unes après les autr^.
1 .** Je crois que ce seroit rendre un vrai service à Voltaire que de lui envoyer la Logique de Port-Royal, afin qu'il apprit à raisonner d'une manière moins louche et moins baroque.
Peut-on en effet raisonner plus en barroco que le fait ici ce chef des philosophes?, Parce qu'il y eut quelques Hébreux qui s'abandonnèrent à l'idolâtrie dans le désert , il en conclut que Dieu toléroit l'idolâtrie. N'est-ce pas comme si l'on disoit ; voilà un père qui est très-sage , et qui a néanmoins un de ses enfants qui donne dans de grands égarements ? Donc ce père tolère ce» éga-
:Ma Tom. XXIX. p. 119.
DE VOLTAIRE. Sa?
Téments ! La conséquence est juste , lui répondra-t-on , si le père laisse faire cet enfant , saiis le remontrer ; mais elle est absurde ^ si le père remontre , corrige et punit : or, le Seigneur r^ montra, corrigea et punit. Tous les Hébreux , qui ayoient sacrifié aux fausses divinités , furent condamnés à la mort; tous passèrent par le glaive ; on en trouve la preuve dans le livre des Nombres ' . O Voltaire ! ne vous exposezvous pas à, être mis vous-même à la place où vous mettez les docteurs ?
2." Parce que Salomon , Jéroboam , Urias , donnèrent dans l'idolâtrie. Voltaire conclut qu'il n'y avoit nulle contrainte sur la religion.
Mais lorsque des scélérats sont au-dessus des lois , par l'autorité et par la puissance , sensuitil que la scélératesse soit permise ? Les exemples que cite Voltaire , non-seulement ne prouvent pas ce qu'il prétend, mais ils prouvent tout le contraire. Dieu déclara à Salomon , qu'en punition de son idolâtrie, il feroit passer la plus grande partie de son royaume à un de ses sujets : il fit annoncer à Jéroboam , que dans peu toute sa maison seroit exterminée. Le règne de l'intpie Acbaz , qui séduisit le grand-prêtre Urias , ne fut qu'un enchaînement de fléaux et de malheurs sûr la nation. Il est vrai que Dieu
" Ch, 2u 3o.
ne contraint pas sur la religion ; mais il ayertity il punit ceux qui manquent à la religion.
5.° Il dit que les Juifs immoloient des hommes à la Divinité ; et on lui a démontré , dans le Dictionnaire philosophique de la religion % que ces reproches n'étoient que des calomnies qui retomboient sur le calomniateur.
Ezéchiel , ajoute-t-il , promet aux Juifs qu'ils auront le plaisir de manger de la chair humaine ; et dans le texte qu'il ose citer , U n'est pas seulement fait mention des Juifs *; il n'est parlé dans ce texte que de ces multitudes de barbares que le Seigneur a exterminées y et dont les cadavres serviront de pâtures aux oiseaux de proie et aux animaux carnassiers; c'est pour cela que le prophète invite les aigles , les vautours, les loups , les ours et les lions à venir se rassasier. Ici Voltaire prend les bétes pour des gens : il en est d'autres qui prennent les gens pour des bétes : on se trompe de part et d'autre.
4.** Parce que Dieu se servit de NabuAodonosor pour punir les Juifs de leur idolâtrie , et de Cyrus pour les rétablir après leur captivité et leur pénitence , Voltaire conclut que Dieu tolère tout. Un homme qui eût raisonné juste ^ eut tiré de l'histoire des conclusions toutes contraires. Dieu n'envisagea point avec des yeux
• Article Jephté. — • Ezéch. ch. Sg.
DE VOXTAIBB. 3j^
toléraals l'idolâtrie des Juifs , puisqu'il les eu punit par une captivité de soixante-dix ans ; il n'envisagea point avec des yeux tolérants l'orgueil de Nabuchodonosor , puisqu'il l'en punît de la manière la plus humiliante et la plus instructive pour ce prince , comme nous l'apprenons du prophète Daniel * •
L'érudition que prétend montrer Voltaire , en parlant de Cyrus est à-peu-près du même aloi et de la même valeur que ses raisonnements. Kosroës , dit-il , que nous appelons Oyrus , suivait la religion de Zoroastrel Jamais les Orientaux n'ont donné le nom de Kosroës à Cyrus ; ils ne l'ont donné qu'à ceux que nous con* iioîssons sous le nom d'Artaxerxès. Le nom de Cyrus, ils le conservent encore avec la terminaison arabe, en écrivant et en prononçant Cyresïi; Il ajoute que ce conquérant suivoit la religion de Zoroastre ; mais dans quel auteur a-t-il trouvé cette anecdote ?Bayle remarque* que tout ce qu'on a dit de Zoroastre n'est qu'un amas dincertitudes et de contes bigarrés.
Ce Zoroastre , à ce que prétendent démontrer plusieurs habiles critiques , vivoit du temps dé Cambyse , fils de Cyrus ; comment donc pourrat-on prouver que Cyrus étoit zoroastrien? Après cela , extasiez-vous sur l'érudition , les raison* néments et les affectations de Voltaire !
' D^. 4. — * Bayle ; art. Zoroastre* ^
55o LES EftRStJRir
Cinquième OBSERVAxicHf .
Sur les déclamations que fait F'oluUre contfe les intolérants.
Voltaire est tout de feu quand il déclame contre les intolérants. Vous jugerez , Monsieur , par Texposé que nous aUons faire , de ce qu il y a de justice et de vérité dans ses ardentes déclamations.
Ce n est pas assez de dire que les Romains fure&t intolérants à Tégard des chrétiens -^ il faut ajouter qu'ils portèrent la barbarie à un point qu'aucun peuple n'a jamais égalé ; cette l]iarbarie dura plus de deux cents ans. Rome 9eule vit couler le sang de plus d'un million de chrétiens : on peut jug^er par-là de ce qui s'en jrépandit dans le reste de l'empire.
A la barbarie Romaine succéda , environ un siècle après, celle des rois Vandales, en Afrique : ces princes , pendant plus de quarante ans , ne cessèrent d'employer le fer, le feu, les tortures, pour exterminer la catholicité dans toutes les provinces africaines.
Dans le sixième siècle, Cosrhoè's I , fils de Cabadès, fit mourir plus de quatre-vingt mille chrétiens; et son petit-fils, CosrhoësII, qui assassina lui-même son père , et qui fîit à son tour assassiné par son propre fils, ne les épar-
DE rOLliAIRE. 35t
^a pas davantage. C'est ce Cosrhoës que Voltaire appelle le Grande et qu'il auroit dû appeler le grand parricide , comme ayant été l'assassin de son père , et ensuite assassiné lui-même par son fils.
tes empereurs iconoclastes exercèrent leurs fureurs contre les catholiques, dans les huitième et neuvième siècles f et dans le seizième, la reine Ëlizabeth porta , contre les catholiques de ses états des édits sei;nblables à ceux que les empereurs Romains avoient autrefois portés contre les chrétiens.
C'étoit là une ample matière aux déclamations d'un ami zélé de la tolérance.
Mais parce que ce ûe fut que contre de»
chrétiens ou contre des catholiques que ces princes exercèrent céS ôntautés , le zèle du philosophe Voltaire n'éclate point contre eux; il se déclare même lem* défenseur le plus ardent , et leur panégyriste le plus enthousiaste. Tout le sang çhrçtien, répandu par ces persécuteurs , il ne l'attribue qu'à la conduite imprudente , indiscrète, factieuse des chrétiens. Tous les défenseurs de l'idolâtrie et de l'hérésie n'ont été, si on veut l'en croire , que des sages , des hommes jastes, des princes dignes de toute notre estime, notre respect, notre admiration. Ce n^est même qu'avec vénération qu'il veut qu'on prononce les noms du cruel Dioclétien , de l'impudique et ivrogne Trajan , de lapostat Juliei»^
3Sa 1.ES ERKBUR5
du. sanguinaire Gosphoës, etc. Qu'on. en juge par ks louanges excessives qu'il donne à tous ces persécuteurs , soit dans son Histoire générale , soit dans ses Mélanges !
Mais ce n'est pas ainsi qu'il traite les grands hommes et les grands princes qui ont fait servir leur autorité et leur puissance à maintenir , étendre et faire régner la religion chrétienne*, n veut qu'on ne les regarde que comme des intolérants abominables , que comme des monstres , des barbares , des hommes dignes de l'exé* ctation de tout le genre humain.
Eutrope , Aurélius Victor ^ tout païens qu'ils sont , représentent Constantin comme un dés pltis grands hommes qui aient gouverné Vem^ pire ; le chrétien Voltaire le représente comme le monstre le plus^ détestable et le plus odieux. Aurélius reconnott dans Théodose toutes les grandes qualités de Trajan , et il ajoute qu'elles, ne furent point déshonorées par les vices honteux par lesquels Tmjan se déshonora. Voltaire fait de Théodose le plus barbare et le plus sanguinaire de tous les tyrans. Le savant historien Cave , quoique Anglican , met Gharlelnagne au-dessus de tous les princes qui ont jainais été sur le trône impérial; Voltaire ne le présente que comme un brigand , et comme le plus féroce de tous les maîtres.
En vient- il ensuite aux dissensions, %ux guerres civiles ^ aux rébellions , que les opinions
DE VOLTAIRC» 353
nouvelles excitèrent en Europe dans le seizième siècle; alors il pe se possède plus : il n'y a plus ni décence , ni raison , ni respect pour la vérité tjui le retienne ; c'est sur les catholiques qu'il rejette toujours les horreurs de ces temps maU heureux; ce sont les catholiques qu'il présente toujours comme les premières causes de tous ces désastres ; c'est contr'eux qu^il voudroit soulever tout le genre humain. Mais dans ceux qui abandonnèrent l'église romaine pour embras^ ser les opinions de Luther, de Calvin et des autres reformateurs , il ne voit que des homines sages, éclairés, pacifiques, et qui ne demandoient que la liberté de servir Dieu d'une manière qui leur paroissoit plus conforme a l'Evangile.
Pour rendre la religion catholique odieuse , il crie sans cesse : la Ligue , la Ligue , la Saint Barthélemi , les assassinats de Henri ni , de Henri IV ! Mais il ne dit pas ce qu'il seroit essentiel de dire , que la Ligue ne fut qu'une con« tre-fédération que firent les catholiques , pour l'opposer aux confç^lérations que les réformés avoient faites douze ans auparavant, pour abolir la catholicité; mais il ne dit pas que le protestantisme renversa du trône Sigismond III ^ roi de Suède ; qu'il chassa de ses états la reine d'Ecosse , Marie Stuart ; qu'il attenU à la liberté de nos rois, François II et Charles IX; qu'il «ouleva les Pays-Bas contre leurs légitimes sou-
i34 I^ES ERREUR^
Verains ; qu'il fit périr plus d'uu million d'hommes en France pendant les guerres civiles.
Il s'enflamme toutes les fois qu'il parle du massacre de la Saint Barthélemi. Cette sanguinaire exécution révolte quiconque a des sentiments humains. Ce fut un procédé indigne d'un roi; mais après tout, ceux qui furent immolés étoient des rebelles , des ennemis de la religion, des perturbateurs de l'ordre et, du repos public. Ce fut contre toutes les formalités qu'ils furent condaiAnés , il est vrai ; mais n'étoientils pas réellement coupables, et bien plus cou«pables (pie le maréchal de Montmorenci , qui fut décapité à Toulouse avec toutes les forma* lités?
Voltaire est-il donc un homme équitable, un historien fidèle dans ses ardentes déclamations contre les intolérants ? Est-il un homme équitable, un historien fidèle, lorsque d'une part il tait absolument, ou dissimule, excuse « et même entreprend de justifier toutes Içs barbaries des empereurs romains, toutes les rébellions et cruautés des anti^tholiques , et qtte de l'autre il peint avec les couleurs les plus noires , il amplifie , il exagère tout ce qu'une défense légitime , ou des représailles forcées ont fail faire aux catholiques , pour défendre ou venger leur religion !
L'homme sage sera bien éloigné d'approuver tout ce qui se passe dans des guerres civiles /
^ns des. guerres de religion, même de la part du parti le pliis juste et le plus légitime. Il sait qu'alors des esprits ardents se laissent aller à des excès qui font horreur; que les ressentiments se portent à des cruautéa que la justice , la raison, l'humanité ne peuvent s'empêcher de détester : 11 sait que ce sont-là les eiTets néces^. «aires des mouvements violents que la passion met dans Tame. Il trouvera donc 'à condamner dans les deux partis. Mais les plus coupables à «es yeux , seront ceux qui ont été les agresseurs, qui se sont armés contre leurs souverains , qui ont ei?itçepris 4e renverser une religion établie et soutenue par les )ois.
De cette ob^eryatiQU que nous venons de feire , il faut conclure que Voltaire prêche la tolérance , comme le furieux qui , le fer et le feu à la maiu, prêcheroit la paix , ou cooune le père diti mensonge , le monarque infernal pré« pheroit 1* vérité.
jSixiâME Observatioit.
éSjUr /e^ suites de la Tolérance , telle jtjue la développe f^oltaire.
Eu réunîssgint , en rapprochant divers mprpeaux répandus dans ce beau traité de la tolé-* rance, on peut conuoître, çu au moins conjecturer asse« sûrement quelle e«t la véritable
536 LES CRRETJnS
manière de penser de Voltaire sur la religios.
D'abord la révélation , îa divinité de Jésus- Christ, l'autorité de l'Eglise , et tout ce qui s'ensuit de-là, sont des dogmes dont , à son avisy on peut fort bien se passer; et tout le christianisme portant sur ces dogmes , on doit par conséquent le regarder comme une religion dont on peut se passer également. Il ne le traite , ce christianisme , que comme l'impie Lucien traitoit le paganisme; il n'en parle que pour le déshonorer, et pour en railler. S'il dit quelquefois, notre sainte religion ', s'il proteste quelquefois qu'il respecte tout ce qu'enseigne l'Eglise », qu'on y fasse attention ; il n'use de ces termes , il ne fait ces protestations , que lorsqu'il croit avoir trouvé quelque objection redoutable , ou quelque raillerie cruelle contre la religion.
On sera peut-être surpris qu'un docteur ose faire augrand Voltaire un procès aussi odieux ; mais on doit être bien plus étonné encore, que le docteur fournisse des preuves aussi fortes de, la justice et de la honte de la içause qu'il défend. Je le dirai très-hardiment; ceux qui, par égai-d pour Voltaire , trouvent mauvais qu-on relève un peu fortement ce qu'il débite contre la religion , donnent lieu de penser qu'ils n'en Ont pas beaucoup eux-mêmes , ou du moins quils ne prennent pas beaucoup d'intérêt, et
: « Mél. tom. I. — » Ib, tom. XXIX. p. 179.
n'ont pas dans Tame un grand respect pour la religion. Maïs venons au fait , et fournissons les preuves que nous avons annoncées.
1 .** Voltaire ne parle qu'avec un souverain mépris, de la révélation.
On sait que depuis plus de trente siècles , Sfoïse est regardé comme le principal organe dont Dieu se servit , pour manifester aux hommes ses vî>lontés , que le peuple hébreu fut choisi pour être le dépositaire de cette révélation et de ces ordonnances sacrées , et que c'est dans FAralDie , près de la Mer Rouge , que cette solennelle révélation fut promulguée. Les juifs et les chrétiens n'ont sui- cela qu'un même sentiment. « C'est à Jacob , dit le prophète roi ' , » que le Seigneur a fait entendre sa parole, , » et qu'il a manifesté ses ordonnances et ses » lois. Il n'en a pas usé de même envers les au- » ti'es nations , et il ne leur a pas^ annoncé » comme à Israël ses volontés. C'est aux Juifs , » dit saint Paul , que le dépôt des oracles di- » vins a été confié. » Depuir. dix-sept siccles , toutes les communions chrétiennes, quoique divisées sur d'autres points , se sont toujours réunies à croire , à adopter , et à révérer celuici , et voici le ton railleur avec lequel Voltaire a osé le présenter :
« Un homme , haut d'environ cinq pieds * ,
' Ps. 147. — » MéL tom. XXIX, p. 176.
» a dît à quelqu'un de ses voisins , dans TA- M raLie : écoutez-moi, car le Dîeu de tous les M mondes m'a éclairé ; il y a neuf cent millions » de petites fourmis comme nous sur la terre, 3» Mais il n'y a que ma fourmilière qui soit M chère à t>ieu , toutes les autres lui sont en M horreur. Si je leur parlois ainsi , les autres » fourmis m'arrêjeroient et me demanderoient^ ». quel est le fou qui a dit cette sottise. »
Il faudroit être de la dernière imbéciUIté pour ne pas reconnoîlre qui est celui qu'on présente sous cette enveloppe légère. C'est celui que Dieu a choisi pour eu faire l'organe de la révélation. C'est Moïse qui parle au peuple hé- ' brjcu dans l'Arabie, qui annonce les lois du Seigneur , qui déclare qu'Israël est le peuple çhç^isi de Dieu , qui promet que Dieu énven'a un nou* veau législateur-, que tous les peuples de la terre seront obligés d'écouter.
Cependant , c'est ce Moïse qui est traité de fou , et ce qu'il dit de la part de Dieu est traité de sottise. Encore ]ine fo}s , il faudroit être hébétqpour ne pa* voir que c'est de la. révélation 4Ivine que l'écrivain se joue , et plus qu hébété encore , pour s'attendre qu'il en fasse janjàis l'aveu.
Au reste , ce qu'il dit ici , c'est ce qu'il avoit déjà dit ailleurs avec cette liberté hardie que donne toujours J'impunîté. Voici ses paroles | » Tout législateur profane qui osa fei|idre qiie
DE VOLTAIR;^ 359
» la Divinité lui ayoit dicté ses lois , éloil vi- » siblement un blasphémateur et un traître ; » un blasphémateur, puisqu'il calomnioit lès » dieux; un ^traître, puisqu'il asservissoit sa » patrie à ses propres opinions. Si je m'étoîs » trouvé vis-à-vis , je lui aurois crié : arrêté , » ne compromets point ainsi la Divinité ; tu » veux me tromper; je te défère au peuple, com- » me wa. tyran qui blasphème ». « Qu'on pèse ce texte , et qu'on juge du respect de l'auteur pour la révélation !
2.° Le dogme fondamental du christianisme, c'est celui de la divinité de Jésus-Christ. Il paçbît que M. de Voltaire n'en fait pas plus de cas que de la révélation. « Ayez-voiis , dit-il y » les titres de la famille divine ? Que vous îmj» . porte que le Logos soit fait , ou engendi'é , » pourvu qu'on prêche une bonne morale , et ; » qu'on la pratique si Fon peut. Qu'y a-t-il de » plus fou que de dire aux hommes : ce n'est » pas assez de pratiquer toutes les vertus ; il » faut encore que vous sachiez comment onjest^ » engendré de toute étemitç , sans être fait de » toute éternité ; et si vous ne savez pas disUn- » gaerVIiomousioriy dans l'hypostase, nous vous » déclarons que vous serez brûlés a jamais , et » en attendant nous allons vous égorger. Voilà » pourtant ce qui ouvrit la porte à tous ces
• MA, tom. 1. p. a53.
^4o LES ERRBtTRS
» fléaux, qui vinrent de l'Asie inonder TOccî- » dent. Il sortît de chaque verset contesté, une M furie armée d'un sppliisme etd'un poignard, » qui rendit tous les hommes insensés et » ciiiels. »
Peut-on railler avec plus d'indécencei , déclamer avec plus de fureur , et débiter plus de blasphèmes contre les dogmes de l'incarnation du Verbe , et de la divinité de Jésus-Christ ?
3." Ce réformateur du christianisme seroit* aussi fort d'avis qu'on retranchât du symbole , ces paroles : Sanctam Ecclesîam Catholicam.
Jésus-Christ a bien dit * qu'z7 rij aurojt qu^un bercail et qiHun pasteur. Saint Paul à bien dit qu'iï ny a qiCune Foi et qiCun baptême *• On' annonce au symbole qui se chante à la Messe , que l*Eglise est Uyie, Sainte, Apostolique» Tous les chrétiens regardenl cela comme des oracles divins. Voltaire ne croit pas qu'on y doive faire la moindi^e attention. « Le juif, dit-il *, le ca- ^ tholique , le grec , le luthérien , le calviniste, >3 l'anabaptiste , le socinien , le memnonite , le » morave vivent en frères dans l'Allemagne, la » Hollande et l'Angleterre. IJîerre le Grand a » favorisé tous. les cultes dans sou vaste empire." » L'Eglise y est entièrement dépendante du M pouvoir suprême. On n'y connoit, pas plus
» Joan. 10, — » EpWg. 4. — » Mél.t. XXIX. p. 54-
» q-j'eni Angleterre, la distinction des deux » puissances ; et ces mots mêmes , les deux » puissances , sont un crime de lèse-majesté. »
Ainsi il 6te à J'Egîise toute autorité relative- ment à la conservation jde la pureté de la doc- . trlue et de la foi ; il la prive . du droit d'exami- .ner, de juger, de décider ; il laisse à toutes les erreurs la «liberté de se npmdre et de s'enra- ,ciner,et, quand liks scroient soutenues par Jes puissances, de dominer avec autorité. Voilà , l'Eglise de Voltaire^^ U ne trouve d'erreurs ré- ^rçliexftsibles et condamnables , que celles qui ^inspirent Içjwiatisme; et il taxe de fanatiques, tous ceux qui n adoptent pas la licencieuse doc- ^ttixke desfijiilosopihes de nos jours.
; 4*^ U veut qu^on ait autant d'aisance et de 4iberté sur l'article de la murale , que sur l'article du dogme. Il fait main-basse suar tout ce qui concerne la pratique des veatus ou Féloi^ .cernent des vices, a Car la religion * , dit-il h, ^ est instituée .po^r nous rendre heureux dans >j» oeUe vie et dans l'autf e. Que faut-il pour être » beureux dans la vie à venir? Etre juste. Et ». pour être heureux en celle-ci, que faut-il ? » Etre inJulgent. »
J|^s4^hrist dit aux chrétiens, que pour être heureux dans la vie à venir, il faut dans celle^ ei être humble , chaste , doux , généreu^iL à par-
. < Ma. tom.XXIKi p. 16a. — *lbiéU^. 173.
34? LES ËRRfiURS
donner; il exclut de ce bonheur les hommes de plaisirs , Jfes médisants , les vindicatifs , les usuriers , et tous ceux qui ne sont pas plus justes que les phainsiens ; ces hommes dont le caractère étolt Tox'gueil, l'hypocrisie , l'avarice, Teiprit de séduction. Voltaire nWtend point du tout cela, n abrège la morale du législateur divin. Qu'on soit juste et tolérant, dît-il, il suffit; et quand on' donneroit dans tous les écarts du libertinage , de l'incrédulité , de l'impiété ; comme tout cela n'est point contre les règles db la justice, cela n'empêcheroit pas d'être keureux dans la vie à veuir. C'est là le christianisme de Voltaire.
Vous m'avez demandé , Monsieur, mon jth gem^it sur le traité de la Tolérance. Je vous l'ai . donné ; vous êtes maintenaBt à même d'y joindre le vôtre. Je <îroi(B que vous ne pourrez-^lull regarder ce ftaité que comme une e^^avagants rapsodie , par laquelle Voltaire prétend auto* riser une licence générale en matière de foi €| de mœurs ; un ramas informe de calomnies contre l'Eglise , contre les premiers chrétiens, contre les jnKrtfTSy contre les catholiques, contre toutes les puissances qui ont protégé la religion ; une infâme apologie des preiioiiers persécuteurs du christianisme , et de tous ceux qui les ont ensuite imités ; une défense feinati-* que de tous ceux qui ont attaqué la doctrine et les dogmes de l'Sglise ; une authentique déda-
Ifation des sentiments de mépris qu'il a pour la religion dans laquelle il est né.
Les philosophes , c'est-à-dire , les incrédules, les libertins applaudiront à cette oeuvre de Voltaire ; et c'est paf cet important suffrage même, Monsjieur , que vous apprenez plus sûrement encore , comment vous devez vous-même en juger.
.34'4 X/BS BEEBURS