‹ Erreurs de VoltaireChapitre 6 sur 28 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De T Autorité et du Crédit de M. de Foltaire en matière d'Histoire^

JU A première Joi de l'hisloire , nous dit le plus éclairé des philosophes romains, c'tst qu^on ne se permette jamais de rien avancer de ce qui seroit faux , et qu^ou ait toujours le cou* rage de ne rien taire de ce qui seroit vrai s Né ijuidjalsi dicere audeat^ ne guidveri dicere non audeat* Mais , en lisant les écrits historiques de Voltaire , il semble qu'allant tout au rebours de Cicéron , il ait pris pour sa maxime et ])Our sa loi favorite : Ne quid veri dicat^ ne quîd^ falsi dicere non audeat. Ne dire jamais la vérité, ne jamais ci'aindre dVffirmer les plus grandes faussetés.

Aussi en voltigeant, comme il a fait, sur toutes sortes de sujets historiques , sacrés ou profanes , il travestit , il déguise , il altère tout ce qu'il présente ; il donne une multitude à^at* necdotes dont il ne peut foui*nir aucun garant, et qui ^sont détruites par les autorités les plut

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încenlestaLles , il prête atix événements, de« causes.., et aux personnages , des intentions qnî n'ont jamais existé que dans une imaginatioa Kardie et déréglée ; enfin , les auteurs lesj)li» caustiques , les plus médisants, les plus satiriques, les plus suspects, sont toujours les sources précieuses où il va puiser,

IL est vrai que , dans plusieurs excellents ouvrages , tels que FOracle des nouveaux philosophes , les Trois Siècles de la littérature , les Lettres des Juifs portugais , le Tableau pliilo* sophique de l'esprit de Voltaire , on l'a convaincu d'une midtitude innombrable d'infîda»lités grossières et révoltantes. N'importe : ilue s'en est pas moins tenu à sa maxime favorite : Moquons-nous de la vérité , ne craignons pas d'avancer les plus grossières faussetés-: Ne qiùd veri dicat, ne qiud Jàlsi dicere non aydeaù n a toujours continué d'écrire avec la même hardiesse et la même infidélité. Ainsi , pour apprendre aux lecteurs jusqu'à quel point o^

oit se défier de tout ce que Voltaire présente en qualité d'historien, nous ferons voir, i.^ combien sont suspectes les sources où il est allé puÎA sér; 3.<» la fausseté et l'absurdité des anecdotes qu'il débite avec le ton le plus ferme et le plus assuré ; 5 . * l'extravagance des déclamations qu'il renouvelle à tout propos contre la puissanc»

pontificale ; et nous finirons par quelques observations curieuses sur son histoire de &us3ic« * 4

8a LES ERRETfUS

ARTICLE PREMIER

Les Histoires de F'oltaire ne sont puisées que ^dans les sources les plus suspectes.

Qu'on ne soit pas surpris de ce prodigieox raioas de mensonges et de récits indécents et scandaleux qui remplissent les écrits liistoriques de Voltaire. Ce sont les plus zélés défenseurs et protecteurs de l'idolâtrie, ou les écrivains les plus licencieux et les plus lubriques, ou les sectaires les plus passionnés , qui sont toujours ses guides et ses oracles ; et autant que les oiseaux de nuit craignent et fuient la lumière, autant Thistorien Voltaire cr^int-il et fuit-il les auteurs qui ]^\ présenteroient le flambeau de la vérité.

Tout ce que la licence païenne , et le zèle pour les superstitions idolàtriques avoient inspiré ^ux défenseurs du paganisme, d'aversion de haine fgir de mépris pour le christianisme naissant , et pour les premiers chrétiens ; tout ce qu'ils ont dit et écrit contre nous , tout cela devient pour l'historien Voltaire, autant de monuments authentiques et précieux. C'est là qu'il va puiser , glaner , extraire les tntits et les expressions , pour nous faire connoître ce beau siècle de l'Eglise naissante , et pour nous apprendre à juger de ce que c'étoit que ces pre-

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mièrs chrétiens. L'épicurien et libertin Celse, Tenthousiaste et envenimé Porphyre , Textrayagant apostat Julien, et quelques autres écrivains de la même espèce : ce sont là les oracles qu'i 1 consulte, les mattres qu'il écoute, les modèles qu'il se propose.

Aussi , faut-il présenter aux lecteurs le portrait de ce prince que Dieu suscita pour placer la religion sur le trône des Césars , et pour la faire recevoir par tous les peuples de l'empire? Ce ne sera que du fameux apostat Julien , et du furieux Zozime , que Voltaire empruntera les couleurs et les traits^ pour peindre le grand Constantin. Ce Zozime étoit un païen fanatique , qui n'écri voit que pour déchirer les chrétiens ; et c'est pour cela que Photius " l'appelle le chien enragé. Pour ce qui est de Julien, son surnom d'Apostat le fait assez connottre , et annonce suffisamment comment on doit^e regarder.

Un mot de l'impie et railleur Lucien , quf fut nommé le grand Athée , suffira à Voltaire pour noircir tous les héros de l'Eglise naissante. Aussi vous cite-t-îl avec complaisance Lucien, dans un très -grand noi^bre'de ses brochures historiques. Pour infirmer l'autorité des livres saints , il vous citera gravement le radoteur Sanchoniaton , ou , pour mieux dire, -.

' Pkotii hihlion^ .

H LBS BRUSÛRS

le radotage attribué à Sanchoaiaton ; ear C6t

auteur n'est regardé , par les plus savants cri^

tiques , que comme un personnage imaginaire^

SQUs le nom duquel le philosophe Porphyre f

le plus gi*and adversaire du christianisme, s^est

déguisé.

Les auteurs les plus licencieux, le« plus caïustiques , les plus scandaleux , sont toujours les plus précieux et les plus chers à Voltaire^ Cest 4 ces titres que le Pogge , auteur Florentin , a mérité d'être cité avec respect dans FEssai sur Thistoire générale , à cause de tout ce qu'il dit de mordant contre les Pères du concile de Constance ; et c'est ce Pogge dont Erasme dit , qu'il est si obscène, que malgré tout son esprit, une ame honnête ne peut en soutenir la lecture»

C'est à ce .titre , qu'il ^lébite et qu'il réveille, toutes les horreui's , dont le furieux , ingrat et factieux Buchanan a rempli son histoire d'Ecosse, laquelle a été si servilement copiée par M. de Thon-

Le Dictionnaire de ÏBayle est le grand arse^ nal où vont «e fournir tous les adversaires de la religion. Tout ce qui s'est jamais dit ou écrit conti'e- elle^ y est fidèlement annoncé. (^ peut en juger , pour la partie historique , par les articles Illyricus et A^'enUn. Cet Ulyricuft étoit le chef des centuriateurs de Magdebourigf c'est-à-dire , de ces écrivains protestants qui donnèrent une histoire ecclésiastique , que la

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eardinal Baronius a si heiireusement réfutée pas ses annales*

Pour Ayentin , c'étoît un luthérien caché % <{ui composa des annales de Bayièi^e , dans lesquelles il a fait entrer tous les contes les plu» outrageants et les plus déshonorants pour le clergé et pour les papes } contes qu'il alloit ramasser dans les tavernes et dans les cabarets« Aventin n'osa pas faire imprimer son histoire de son vivant. Ziéglernela donna au publie que vingt ans après la mort de lauteur , et en l'ctrancha , conune il le dit dans sa préface, des invectives contre le clergé , et des contes rî-i dicules et absurdes ^ qui ne faisoient rien à Vhistoire de Bavière. Mais les protestants iSrent tant de recherches , qu'ils trouvèrent im ma^ nuscrit de ce même ouvrage sans aucune mutilation , et le firent imprimer à Baie vingt--sut ans après l'édition de Ziégler.

C'est dans ces belles sources , que tons lei ennemis de l'Eglise vont puiser ; et c'est che# ces ennemis , que Voltaire va ramasser les horreurs dont son [Histoire générale est si bien garnie. Bayle , tout zélé protestant qu'il est i avpue bien que ces écrivains sont quelquefois trop passionnés , et qu'ils adoptent des faits dont on démontre la fausseté. Le catholique Voltaire n'a pas cette droiture et cette délica-

» Voye» Bayle , articU Aycntiii.

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tesse. n ne discute rien , il n'examine rien : mais dès qu un trait peut noircir ou les chrétiens, ou les catholiques , il le rapporte, 1 amplifie , l'exagère , et le présente comme -une chose dont il n'est pas permis de douter

Aussi l'Essai sur l'Histoire générale ne peut être regardé que comme la satire la plus outrageante qui ait jamais été faite contre l'Eglise chrétienne ; et c'est pour cela qu'un des derniers souverains poatifes * a caractérisé Voltaire par ces mots remarquables : A«teurplus fameux encore par son impiété que par ses talents : Scriptornon thm ingenio quàm impie^ taie nohilis.

D'abord , dans sa préface ou discours préliminaire, il s'efforce de renverser tous les monuments de l'histoire sacrée, sur laquelle porte toute la religion. Il est vrai que ce discours n'est qu'un ramas d'absurdités, comme noua l'avons ci-devant démontré. Mais il n'en est pas moins séducteur pour bien des gens , que l'i-gnoranceprésomptueuse,legoûtdulibertinage, et sÙT^tout te dédain et le mépris de toute autorité , indisposent contre la religion.

Rien n'annonce mieux la toute-puissance de Dieu, que la naissaùce de l'Eglise chrétienlie* i^e courage invincible de ses martyrs , l'éclat des miracles les plus frappants , l'héroïsme àëé

» Clém. XIU.

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vertus les plus admirables ; oette Eglise naissante , toujours nageant dans son sang, et tour jotfrs triomphante : ce sont là , pour Thomme. qui est capable dépenser, et qui n est pas. aveuglé ou abruti par les passions , autant de démonstrations qui Tentrainent , qui le forcent d'avouer que rétablissement du christianisme est l'ouvrage de Dieu même. L'historien Voltaire, en sent toute la force , il en voit toutes les conséquences ; et voiq ce qu'il fait pour y , parer.

1 .'' Cette multitude innombrable de martyrs généreux , que toutes les puissances de la terre n'ont pu intimider , et qui ont attesté sur les échafauds et au milieu des plus horribles supplices , la sainteté et la vérité de la religion , Voltaire ne les présente que comme des fana- Jtiques , des factieux: 9 des rebelles. Du nombre prodigieux que l'Eglise reconnott , à peine en passe-t-il , en admet-il deux ou trois cents ; et encore paroi t-il toujours douter de la bonté de leur cause.

2 ."" Pour ce qui est des miracles, il n'en parle jamais qu'avec mépris ; il disserte d'une manière qui fait pitié, et qui fait encore plus horrettr. Pfous ne touchons point ici est article , parce qu'il est traité avec la plus grande exactitude dans le Dictionnaire philosophique dp la Religion.

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