‹ Erreurs de VoltaireChapitre 9 sur 28 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Delà force et de la justesse des raisennements ' de M. de Foliaire. .

V OUS raisonnez à la Voltaire, disoit un jour un vieux magistrat à un jeune légiste qui avoit de l'esprit et qui lisoit avidement tout ce qui lui tomboit entre les mains de brochures philosophiques; vous raisonnez à la Voltaire. Vous - me faites beaucoup d'honneur , Monsieui* , reprend le légiste , et je serois bien flattjé de rçjH semblçr par quelque endroit à ce grand homme, qui y par retendue ^ l'éclat et la variété de sf « talents , est le prodige et Fadmiration de soa siècle, et qui uV jamais, eu: son égal dans aiii- • /

l3o ^ lES ETlREtJRS'

cun siècle. Mais cpi'entenilez^ottS |mr csfts mois, raisonner à la .Voltaire? ..

Monsieur , reprend le magistrat , raisonner à la Voltaire^ a est arancer, avec le ton leplu« as^ré^ des choses très*Absifrdes; c'est débiter, en matière tîe philosophie , de morale , de lé-? gislation , de religion , tout ce qui vient à ht. tête «sans fais» attention êxa oonséqnea^es ri* dicules ou détestables qu'on en peut tirer; c'est dire le blanc et le noîr , se démentir , se contredire d'une manièrer qui couvriroit de 00»fusion un homme qui auroit un peu d'honneur et de sentiment ; c'est...* Arrêtez , Monsie^ju- , oseriez-votis prendre ce ton , si vous étiez en présence de M. de Voltaire ? Ne seriez-vous pas , au contraire , saisi de respect pour celui qui a travaillé si efficacement à nous délivrer de la servitude des préjugés , à rsetaiblir la raison dans tous ses droits-, i faire di^paroître l'empire du fanatisme /et qui a fait connoître tout le prh: d'une tolérance qui est si nécessaire et qui est si conforme aux sentiments de rhumanité, et à ce que dicte la raison , et même }e véritable espiît de religion ?

Il paroit , reprit le magistrat j que tous avez lu Voltaire avec beaucèi^ d'tvidité ; mais il ne paroît pas que vous Tàyea lu avec beaucoup de réflexion. Vous parler comm» parlent ses enthousiastes panégg^ristes ; mais il est rare que l'enthousiasme et le jugement sa tuouveitt en-

1>12 VOLTAÏKl?. l3l

semble. "(Jaand je vous dis , vous raisonnez à la Voltaire, je ne Retends vous dire autre chose , , sinon qu'ôti trouve très-souvent dans les cerits de Voltaire, des raisonnements et des pensées absurdes, fausses, l^ucbes, extravagantes , et que ce censeur , si mordant , prête souvent à des censures et â des critiques trèspiquantes et trèS-bumîUantes ; et pour vous en convaincre , tenez , jetez les yeux sur quelques extraits que j'ai faits en Usant quelquesuns de ses ouvrages.Le magistrat remit en même temps au légiste quelques feuilles , dont il ftit tiré plusieurs copies , et c'est ce que i^ous allons communiquer au public.

« Tout homme du peuple qui peut élever » soîi fiU dans un art utile et ne le fait pas » mérite punition ; c'est un grand défaut dans n là police moderne '. »

ïïé quoi î si Dieu av^it donné à un enfant du peuple des talents sublimes , uu génie à égaler ou les Descartes , ou les Newton , 'ott les Corneille , ou 1(^ Bourdaloue , les Bossue t , les Fénélon ; le père qufauroit voulu qiie son fils cultivât ces heureux talents , mériteroit-il punition? ne mériteroit-il pas, au contraire, une

« Phil. de Vhist. tome. XXXIV. p. 369.

i.>2 LES ISKKEURS»

punition sévère 9 s^illaissoit enfouir destalenU <jui peuvent ^txe si utiles?

D'ailleurs les philosophes d'aujourd'hui , conimentj:«garderont-ils cette proposition? Et combien y en a-t-il parmi eux, et parmi ceuxlà mêmes que Voltaire loue avec le plus d eà- , thousiasme, aux({uels^ selon cet arrêt , il aurait fullu mettre , non pas la plume, mais le mar^te0u ou la lime entre les mains? Alors quelle perte pour I4 société !

Si quelqu'un venoît vous dire que la pensée est divisible , et qu'on peut avoir des moitiés , des tiers, des quarts de pensée, vous ne pourriez pas vous empêcher de lui rire au nez. Hé bien | rie? donc au nez de M. ^e Voltaire ; car voici compient il décide sur ce point , en 3'adjL'çssapt à l'auteur du Système de la nature : <c La pensée, dites-vous, est divisible ' ; je >j elbois la chose démontrée , malgré toutes les » écoles : elle n'est pas divisible par des ins- » trumients mécaniques, mais elle est réelle- » meut divisible parle temps. Oa peut très- » aisément séparer une ^nsée en plusieurs » parties, On a donc réellement des moitiés , » des quarts de pensée. »

' Vkil. de ritUi, tomj XXXIV. page ti3.

»:e voL-ïAiiiîf:. i33

Voilà la démonsU^atîon cpie fournît ce grand philosophe , qui n a traité qu'avec mépris les Descartes, les MaHebraucbe , les Abbadie, et tous les plus habiles philosopha qu ait donnés le christianisme. Il faut pourtant l'avertir pai* charité, qu'il se trompe lourdement en prenant une suite de plusieurs peu&ées pour une pensée îLuique.

ni.

Voltaire , qui a beaucoup plus en revenus qu'il ne devoit espérer d'avoir en principal , parle toujours en faveur du luxe, et fait à tout propos l'apologie du-luie. « Le luxe , en gé- » néral , vous dit-il , est unepreuve infaillible >> d'un empire puissant. » Il répète dans plusieurs brochures tes deux vers qu'il a faits , et dont la pensée est si fausse*

Sa<4iez ^ sitr-tout , que le lose enridiit Ua giyind £ut , s'il eo penl im petit.

Hais ne peut-on pas lui répondre sur-lechamp : sadiez aussi , IlL, l'orateui' du luxe , sachez que c'est ce luxe m^me que vous vantez^ qui est la marrjue la plus infaillible d'un empire dépérissant ; que c'est le luxe qui fit pitsseï: l'empire des Perses sous le joug des Grecs, les royaumes d'Asie sous* celui des Romains , ensuite Tempire romain même sous celui des.

'i3^ LBS BRREURS

Bai4>aces» Sachez que ce luxe est non-^eùlemeut la rqiae des empires , mais encore des familles particulières , et que , pour le prou- Ter , nous n'awns-pas besoin de recourir aux livres , parce que nous en trouons des preu" ves sensibles dans toutes nos villes. Sachez en-» fin que le luxe est l'enfant de Torgueil et de la irolupté , qu'il est nécessairement la cause de bien des désordres, de bien des injustices , de bien des dérèglements , et que toutes vos apologies du luxe ne sont que de brillantes et de jléduisantes absurdités.

iv/

Voici les argumqfits de M. de Yoltaire .cpn|tr« Ja liberté»

m Mes idées entrent dans mon cerveaix- né-* y> ccssabement ' $ donc ma^olont^ agit aussi » nécessairement. .^ t

M liCs astres obéissent à des lois éurnellies ; )> donc Thomme ne peut pas agir comme il lui 5> plaîroit. ^ • .

• »' Les lois de la nature sont toujours le^ % mêmes ; donc je ne suis pas phis libre dans » les cliosel fui me paroissent les plus indif- » férentes , que dans celles du je.me sens sou- , » rais à une force invincible. »

•* * Pbîl. de riiirt. tome XXVIII. p. i9$.

D«ïVOLTAIRI3* l5&

Ainsi aTgumente le femeux oracle dc^ pliilosophes d'aujourd'hui , et il en conclut que « la liberté ne consiste pas dans le pouvoir » de choisir , mais d agir. » Oa pourra donc conclure au3$i<£uujae liarloge , quand elle est remontée , n'est pas moi|^ libre que l'honuaCi^ parce qu'alors' elle a le pouvoir d'agir.

O, Voltaire! les schola^Uques , doiat VOuA aimez tant à railler , ont^ils jamais autant apprêté à rire par leurs arguments, que vousp*^ les vôtres!

. Qui se seroit jaiDEiais'-imaginé qu'on put mett Ire /ei» pai^Ilèle pour les talentj^ poétiques^, k prophète David et Horaoe, et que dans ce p«radlèle on mit le poëte laltin. beaucoup au-* dessus du prophète inspiré ptfr le Saint-fir* prit/ Qui scijMsrott imagine qu'un homme à^es-* fxiu Gif S&mpl im eompliiikcnt Juun granid prince , lifi dit qu'il a bien lu son Horace , «| que du pied' des Alpes il ciif«)]fad«m<ier p«ur conseil au phanodHittioi^de laGbine dç Kr# avec soin le méine p^^ef £!'est ce ^e &it ce«* pendi^nt M, de Voltaire , dans les vers les pius ' plats qu'ait encore jamais faits ajUcUn rimeur*

Oa sait daas l'Occidej^t que , malgns mes tra^r^rs > ' J*ai toujours fort «im^ les Rois qui font des ycrr. David même jftt flvf, fttQH|«'à âîTs «mu Maft«> ^

i'5J5 fcXS B AU BU II s

. n pr6&e trop 8oii^€ntM trhU Oitr êma^.*^

Frcdéiic a plu» d'art...,.

Il a lu son Horace , il riii|it« , et vraiment

Ta majesté Chinoise en devroit fair« autant.

' Qaellc }:k)ésie ! qu elle harmonie I quelles pensées î cdais contentonst»-nous d'avoir compassion fVun homme qui a eu le malheur de sun^ivre » «es udeiils et à son jugement,

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