DE LA PARALYSIE
Cette maladie provient de l’absence d’un pouvoir musculaire , infiniment plus grand que les
deux autres que nous avons examinés. Une erreur commune dans les écoles , est de supposer que ce désordre est toujours l’effet de la pression sur le cerveau ou sur l’épine. La maladie paralytique a souvent été produite par un e purgation ou une simple perte de sang ; et plusieurs personnes faibles ont perdu l’usage d’une jambe ou d’un bras par le seul effet de s’ètre levées subitement de dessus leur chaise. De plus, dans un certain nombre de cas, la paralysie est une maladie intermittente , précédée de froids et de chaleurs , et dont la terminaison est produite par le retour de la propre température du corps. Gomment pourrait-on concilier l’idée de la pression avec un tel phénomène?
Le cas suivant d’une aphonie périodique, ou paralysie des muscles nécessaires aux fonctions de la parole, expliquera comment la paralysie, semblable à toute autre forme de désordre, peut offrir les intermissions les plus parfaites. Ce cas est extrait d’un journal étranger. — «Une paysanne, fille, était atteinte de la manière suivante. Elle devenait muette chaque jour, à quatre heures après midi, éprouvant une pesanteur autour de la langue, laquelle durait un quart-d’heure. La malade alors ne pouvait articuler un seul mot; mais, occasionnellement, elle faisait entendre une sorte de sifflement. Le sentiment intérieur semblait affaibli pendant l’accès. Elle attribuait son impossibilité de parler à une pesanteur sur la
langue. Le paroxisme s’en allait en évacuation d’urine, accompagnée de transpiration et de sommeil. Dix de ces attaques avaient eu lieu, quand le docteur Richter de Wiesbaden fut appelé. Il prescrivit de fortes doses de sulfate de quinine, et les résultats furent heureux dès le premier jour. L’attaque reparut, mais sous une forme mitigée, et, le second jour, elle n’eut d’autre trace qu’un certain degré de débilité et de fatigue qui se montra à l’heure ordinaire du paroxisme {Ileckers3 $ journal^ et Dublin journal). »
Ici la température corporelle n’est pas établie; mais la nature de la rémission périodique et le mode de traitement sont suffisamment démontrés. Je fus appelé, il y a peu de temps, pour un cas semblable qui, de plus, était compliqué avec la paralysie d’un côté du corps. Sarah Warner, âgée de vingt-cinq ans, et mariée, avait souffert périodiquement de la perte de la parole et de l’impossibilité de mouvoir la jambe et le bras d’un côté. De nombreux remèdes avaient été prescrits infructueusement par la gent médicale, qui, toute, voyait dans cette maladie une apoplexie causée, selon elle, par une pression sur le cerveau. Un de ces doctes praticiens proposa, sérieusement, de saigner la malade, mais elle n’y consentit pas. Alors elle s’adressa à moi. Je lui ordonnai une combinaison de quinine et de fer, après l’emploi de laquelle elle n’eut plus d'accès.
Je vais offrir maintenant le cas d’une paralysie que j’ai traitée heureusement, après qu’elle avait été considérée long-temps comme inguérissable.
Mistriss Sargent, âgée de quarante ans, et femme mariée, mère de plusieurs enfants, avait gardé son lit pendant huit années, pour cause de paralysie des extrémités inférieures. Durant cette période, elle avait été soumise au traitement de huit ou neuf médecins ou chirurgiens d’un dispensaire de la province. Tel était l’état de cette femme, que m’avaient confirmé plusieurs personnes respectables qui l’avaient vue dès le commencement de sa maladie. Quand je l’examinai pour la première fois, elle ne pouvait mouvoir ni l’une ni l’autre jambe; sa voix pouvait à peine faire entendre un bruit sourd; elle était sujette à de fréquents vomissements, et se plaignait de spasmes et de douleurs dans les reins et dans les membres. Elle avait des frissons irréguliers et des chaleurs > et il y avait des jours où elle se remuait plus facilement. Un médicament qui contenait du mercure, et qu’elle croyait qu’on lui avait donné par méprise au dispensaire, avait produit la salivation et aggravé les autres symptômes. Je prescrivis une combinaison de remèdes , dont les principaux étaient l’acide hydrocyanique et la teinture de cantharides. Sous l’influence de ce traitement, la voix de la malade revint à peu près en une semaine ; le recouvrement de chacune des autres facultés était complet
en six semaines ; et elle n’eut aucune rechute pendant les trois années qui suivirent , et où elle demeura confiée à mes soins.
L’exemple suivant est encore plus intéressant. Charles Overbury, âgé de dix ans, avait été dans un état extraordinaire, antérieurement à ma première visite. Je le trouvai couché sur un lit; chaque muscle de sa face était dans un repos si singulier, que sa contenance semblait indiquer l’idiotisme; ses bras et ses jambes étaient complètement sans action, et si on le prenait sur soi, ses membres se repliaient sous lui, comme ceux d’une personne ivre. De quelque côté qu’on plaçât sa tête, elle était inhabile à se retourner vers un autre ; sa déglutition était difficile ; mais le cœur et l’appareil respiratoire exécutaient leurs fonctions avec assez de régularité. Le malade éprouvait une perte complète de la parole pendant toute la nuit, et presque durant tout le jour ; néanmoins, chaque jour, vers midi, il proférait les monosyllabes oui et non ; mais cette faculté ne s’étendait pas pour lui au-delà d’une demi-heure. Les remèdes auxquels je recourus dans ce cas, furent de petites doses de calomel, de quinine et d’acide liydrocyanique , lesquels remèdes agirent tous heureusement ; mais le dernier fut le plus efficace. En moins de trois semaines, le malade était à peu près bien en chacune de ses facultés ; et sa contenance, passant de l’aspect de l’idiot à celle
de l’être intelligent, était une transformation aussi parfaite qu’il est possible de l’imaginer. Ce cas était l’opposé de celui que présenta 1# célèbre madame Maîibran, laquelle, on doit s’en souvenir, devenait, à certaines époques, tout-à-fait raide et rigide en chaque muscle de son corps. Dans le cas d’Overbury, on a remarqué, je l’espère, les périodiques, quoique imparfaites rémissions qu’il a présentées.
Une jeune femme me fut récemment amenée par sa mère , sur la recommandation du révérend Edward Murray, frère de l’évêque de Rochester. Non-seulement cette femme avait perdu l’usage d’un côté, mais sa raison était égarée. En fait, son apparence était tout-à-fait celle d’une idiote, et toutes ses facultés étaient troublées. De plus , elle avait un accès épileptique chaque nuit, quand elle était mise au lit. Je prescrivis une combinaison de cuivre, d’argent, de strychnine et de. quinine. Quel mélange ! direz-vous. Très bien ; mais remarquez le résultat. Au bout de six semaines à peu près, une personne se promenait dans ma chambre , tenant une lettre du révérend Edward Murray. C’était la jeune fille regardant d’une manière tout-à-fait intelligente, et parlant et allant alors comme elle n’avait jamais pu le faire en sa vie. Ses accès épileptiques avaient à peu près disparu et elle était le moniteur de sa classe! Maintenant M. Murray m’a informé qu’elle
avait été infirme pendant quatre années, et qu'on l’avait renvoyée de l’hôpital de Middlesex comme incurable.
Je fus subitement appelé à voir mistriss T., de Clarges Street, que je trouvai avec la perte complète de l’usage d’un côté, et paralysie partielle des muscles de la face , du même côté. La nuit précédente elle avait été souffrante d’une affliction domestique, et le matin suivant, en rentrant chez elle , elle était tombée comme si elle avait été renversée d’un coup de fusil. Lorsque j’arrivai près d’elle, sa face était pâle et ses pieds froids. Les gens qui l’entouraient prétendaient qu’elle devait être saignée. Mais je lui ordonnai, au lieu de cela, de l’eau-de-vie mêlée à de l’eau chaude. Un gentleman qui avait été autrefois son médecin, se trouvait présent et convint avec moi qu’elle ne pouvait être saignée. Par l’usage de la quinine et de la strychnine, continué pendant environ six semaines, et combiné avec le séjour de la campagne , elle recouvra l’usage de son côté , de manière à pouvoir se promener sans bâton, et put bientôt après se servir de son bras. Si cette dame avait été saignée , ou soumise aux sangsues, il est probable qu’elle dormirait actuellement dans un cercueil!
Je vais passer à des exemples remarquables de guérison de la paralysie d’un seul membre.