crCAs. — Mary Boddy, de l’âge de dix-huit ans
était atteinte, depuis celui de onze, d’une faiblesse de l’épine et des reins, et elle avait perdu graduellement l’usage de sa jambe droite. Elle resta dans cet état pendant trois années ; et durant seize mois de cette période, elle avait été malade interne dans l’infirmerie de Gîoucester, établissement dans lequel sa mère était employée comme infirmière. Mais les ventouses, les saignées, les sangsues et les vésicatoires étaient tous demeurés sans efficacité. La malade se plaignait d’avoir souffert de frissons suivis de chaleur, et quelquefois de transpiration. Le même mode de traitement, comme dans le cas de mistriss Sargent, avec l’addition d’un emplâtre de galbanum sur les reins, où la malade se plaignait de froid, fut adopté et suivi avec un succès pareil. Gette fille avait à peine été confiée quinze jours à mes soins , qu’elle recouvra complètement l’usage de son membre paralysé? et elle n’eut aucune rechute durant le laps de cinq années.
2.e Cas. — Estber Turner, âgée de trente ans, était au service de M. Ward, maître respectable d’une pension, à Painswick, lorsqu’elle tomba sur l’escalier, et perdit, dès ce moment, l’usage de sa jambe gauche. Après une période de onze années, durant laquelle elle avait été infructueusement traitée dans divers hôpitaux et infirmeries, elle vint chez moi, appuyée sur des béquilles. Elle m’informa qu’elle était sujette à des frissons, avec
des convulsions occasionnelles dans sa jambe, qu’elle disait avoir plus faible certains jours que d’autres. Après avoir essayé plusieurs fois une combinaison d’acide hydrocyanique et de teinture de cantharides, sans qu’une amélioration ait eu lieu, je prescrivis des pilules, composées de quinine , d’argent et de colchique , et dont une devait être prise chaque nuit et chaque matin. La guérison progressa dès ce jour, et au bout de six semaines environ, j’eus le plaisir de voir la malade en possession de l’usage complet de ses membres. Elle retourna au service de M. Ward, qu’elle avait quitté pour se marier.
Je pourrais encore mentionner ici de nombreux cas, plus ou moins remarquables, de la manière dont la paralysie de presque chaque muscle du corps peut se développer et être 'guérie ; mais je me contenterai , pour le présent , de parler de l’expérience que j’ai acquise sur une maladie qui, je crois, n’a jamais été observée sous le même point de vue. Il est question de la courbure de l’épine^ ou du Rachitis. Pour la plupart des auteurs, ce désordre est, dans toutes les circonstances, une affection des os ; quelques-uns l’ont vaguement attribué à une action nerveuse particulière, tandis que d’autres l’ont théoriquement classé dans le relâchement des ligaments. Quand feu Abernethy disait de lui que c’était une rancune dans les muscles, il usait simplement d’une phrase
obscure pour cacher l’ignorance complète où il était sur cette matière. On confia néanmoins aux soins de cet homme éminemment distingué, presque tous les cas de rachitis, qui se présentèrent parmi les plus hauts rangs de la société. Ce que cette maladie est réellement, je vaiële démontrer.
Le mât d’un navire est maintenu par des étais et des autans ; si on divise ceux-ci ou qu’on les relâche sur un côté, le mât penche plus ou moins dans une autre direction. L’épine humaine, ou colonne vertébrale, est tenue droite par un appareil analogue : les Muscles . Si ces muscles viennent à se paralyser sur l’un des côtés , l’épine alors, faute des supports qui lui sont indispensables à cette place, tombe du côté opposé. Toutefois , comme elle est composée de plusieurs pièces ou joints qui se meuvent (les Vertèbres ) , l’épine, différente en cela du mât, ne peut pas conserver sa forme; il faut dans ce cas, quelle subisse celle d’une courbe ou d’un angle obtus, et le degré de cette courbure dépend du nombre et de la localité particulière des muscles paralysés. Cette maladie ou difformité (car Abernethy ne lui permettait pas d’être autre chose), quelle que soit la complication et la variété de son externe et latérale courbure, n’est toujours que le résultat de la paralysie, laquelle paralysie n’est aussi, pour la plupart, qu’un fait de désordre rémittent et général. Que ce désordre soit compliqué ou non avec
celui des vertèbres, les cautères, les moxas, etc., sont sans influence sur lui, si ce n’est pour augmenter, comme la pratique le confirme , l’altération ultérieure et générale de la santé du malade.
Dans le commencement de la plupart des cas de ce genre, le malade a la taille plus élevée un jour que l’autre, ce qui constate la rémission ; et je n’ai jamais eu un malade, atteint de cette affection, qui n’ait éprouvé des frissons et de la chaleur. Je citerai deux cas dans lesquels ces phénomènes furent observés.
1. er Cas. — Une jeune lady, âgée de seize ans , avait une courbure latérale des vertèbres dorsales , qui forçait l’angle inférieur de l’omoplate à se jeter en avant. Je prescrivis le calomel et la quinine en petites doses, et ordonnai en outre que le dos fût frotté chaque nuit et chaque matin, avec un liminent savonneux. En moins d’un mois, la malade avait gagné trois pouces en hauteur, et en deux mois au plus elle était droite.
2. me Cas. — Une lady, âgée de quarantecinq ans et mère de plusieurs enfants, avait son épine si courbée, vers la partie des reins, que, pour me servir de sa phrase, sa hanche sortait en dehors. J’ordonnai "d’appliquer sur l’épine un emplâtre chaud, et je prescrivis ensuite l’acide hydrocyanique et la quinine. Au bout de trois semaines elle se tenait droite. Quatre ans après elle eut une rechute, et les mêmes moyens furent
mis de nouveau en pratique, et heureusement»
Mais il ne faut pas s’attendre à toujours rencontrer la courbure de l’épine , sans qu’une affection des vertèbres n’ait lieu en même temps. Je vais rapporter deux faits remarquables de cette complication.
l.cr Cas. — Mistriss Craddok , âgée de vingtcinq ans, avait, depuis plus de dix-huit mois, une grande faiblesse vers la partie supérieure du dos , où une tumeur de mauvaise apparence avait , petit à petit, augmenté sa dimension. Par rapport à la situation de cette femme, on l’avait admise malade interne dans l’infirmerie de Gloucester, où , durant sept mois, elle avait été traitée au moyen de cautères et autres mesures locales , qui toutes étaient demeurées sans effet. Quand je la vis, elle ne pouvait marcher sans aide. Je lui trouvai une excroissance considérable , enveloppant les quatrième et cinquième vertèbres dorsales , lesquelles vertèbres étaient douloureuses, élargies , et la peau qui les recouvrait était rouge et brillante. La malade paraissait extrêmement abattue , elle répandait des larmes pour la moindre chose et était sujette à des tremblements et des spasmes. Elle était généralement frileuse et souffrait beaucoup, sur-tout du froid aux pieds. Elle pensait que la tumeur qu’elle avait sur le dos était moins volumineuse certains jours que d’autres , et ces jours-là , elle trouvait aussi que son
esprit était plus libre. Je discontinuai les cautères et j’ordonnai une combinaison d’acide hydroeyanique et de teinture de cantharides qui devait être prise trois fois par jour. Ce remède fut à peine continué une quinzaine, que l’amélioration dans l’apparence générale de la malade était déjà très visible, et la protubérance avait considérablement diminué pendant cette période. La santé devint de jour en jour meilleure, et, en moins d’un mois, la cure était accomplie. Seulement, une légère courbure, mais nullement à comparer avec la première, se laissait encore apercevoir.
2.mc Cas. — Un jeune gentleman , âgé de neuf ans, était atteint d’une courbure externe des vertèbres dorsales, lesquelles, une ou plus, se trouvaient dans un état cancéreux , comme l’établissait l’écoulement d’une ouverture en rapport avec l’épine. Sa mère faisait observer qu’il se tenait plus droit certains jours que d’autres. Lorsque je fus consulté, il avait un cautère sur chaque côté de l’épine; mais ce moyen , comme dans le premier cas, n’avait produit rien de bon, et j’ordonnai de le discontinuer. Prenant en considération la rémittente et constitutionnelle nature de cette maladie, je prescrivis de petites doses de calomel et de quinine. Peu après, l’écoulement était beaucoup diminué, et au bou t de six semaines la guérison avait eu lieu. Cependant, quoique l’ulcère fût complètement guéri, il subsista une faible courbure,
mais à peine sensible relativement à son état primitif.
Je pourrais eneore énumérer bien d’autres exemples ; mais mon but est de démontrer un principe, et nullement d’établir la confusion dans les détails. Les deux cas que je viens de mentionner sont suffisants pour faire connaître la nature et le meilleur mode de traitement d’une affection que l’on pourrait appeler, si on voulait, Consomption vertébrale 3 quoique je ne sois pas certain le moins du monde que les écoles consentissent à accueillir cette dénomination. Le premier cas présente cette maladie dans son état débilitant, l’autre vient l’offrir pleinement développée.
Lorsque, par occasion, il arrive que la matière d’une vertèbre affectée , au lieu d’établir sa voie par le dos, la fraie intérieurement au bas des reins, jusqu’à ce qu’elle atteigne Laine, où elle forme une tumeur, celle-ci se nomme Lombaire ou Psoas. A l’exception d’une ouverture, cette tumeur, lorsqu’elle est étendue, est une maladie semblable à celle déjà détaillée, et se traite presque entièrement par Ifs mêmes moyens constitutionnels, ces moyens tendant à l’amélioration de la santé générale. Il a été de mode, pendant long-temps, de soumettre tous les rachitiques à une position horizontale, et les faiseurs de lits et de machines ont retiré une riche moisson de cette pratique. Dans le plus grand nombre de cas , ce traitement est
erroné. Astreindre le malade à une posture unique et au repos, c’est augmenter son irritation nerveuse , tandis que le laisser à ses mouvements volontaires, est la meilleure direction qu’on puisse lui donner. Dans ceci, il n’a point de théorie, et souvent le docteur n’est pas mieux éclairé.
J’ai trouvé le principe de traitement que j’indique, également efficace dans cette paralysie particulière de un ou plusieurs muscles du globe de l’œil , qui détermine le regard louche , ou Strabisme , comme le désigne la faculté. Les parents qui ont des enfants ainsi affectés, pourraient dire que les petits malades ont des jours où ils ne louchent point. On voit alors que cette affection , dans le commencement du moins, est un nouvel exemple de maladie intermittente . Une telle rémission peut-elle, comme celle de la fièvre, être prolongée à une période indéfinie par le quinquina, l’opium, etc.? Oh! je pourrais citer cinquante exemples où j’ai guéri par ces remèdes. Dans un cas récemment confié à mes soins, le strabisme revenait régulièrement tous les deux jours à la même heure. Le sujet était un garçon de onze ans. Après avoir pris quelques petites doses de quinquina , le strabisme ne se remontra plus. Dans un autre cas , qui semblait identique , je recourus sans succès à la plupart des remèdes clirono-thermaux; mais j’obtins la guérison avec le musc. Je fus consulté récemment pour un
jeune gentleman affecté de strabisme et d'une tendance au rachitis. Quelques doses de calomel et de quinquina, le guérirent de l’un et de l’autre. La disposition que manifeste le sujet, dans tous ces cas , au froid et à la chaleur corporels , démontre évidemment que ces affections locales sont simplement des développements de la fièvre rémittente. Si les praticiens s’entendaient un peu mieux qu’ils ne le font aux signes constitutionnels, ils ne feraient point usage , j’en suis convaincu , des sangsues , des vésicatoires et des ventouses, pour application locale , comme iis le font trop généralement.
Il y a encore une autre affection paralytique des
yeux , qu’il faut aussi que je mentionne. Je veux parler de celle qu’on nomme Amaurose ou Goutte sereine. Dans ce cas , une personne qui n’appartiendrait point à la praticpie ne pourrait pas dire que le malade n’y voit pas, car les yeux ont une apparence aussi saine que dans l’organe non altéré. Or, cette affection, dans le commencement et à moins qu’elle ne soit causée par un malheur soudain ou par un choc , est presque toujours une maladie rémittente. Quelques malades sont aveugles tout le jour., et d’autres, toute la nuit seulement. Ces cas sont appelés, par la profession, Hêmêrolopie et Nyctalopie , c’est-à-dire, cécité de jour ou de nuit. Ceux-ci alors sont des exemples d’une Amaurose intermittente: et ils ont été causés
et guéris comme la fièvre , par à peu près toutes les choses qu’on pourrait nommer. Cette affection se manifeste fréquemment dans les grands voyages; elle n’est pas produite par les marais , ou exhalaisons marécageuses , mais bien par une nourriture dépravée et l’exposition à l’humidité, le froid et de rudes travaux. Dans la Lancette (8 décembre 1827 , on mentionne le cas d’une fille âgée' de douze ans , qui avait une cécité intermittente des deux yeux , les membres paralysés, et était sujette à la folie et à l’épilepsie. Elle recouvra toutes ses facultés, par l’usage du cuivre ammoniacal , remède chrono-thermal. Ce cas confirme pleinement les relations que ces divers symptômes maintiennent les uns avec les autres ; et leur caractère rémittent , joint au mode de guérison , explique la constante et grande affinité qu’ils ont avec la fièvre.
Les remèdes que j’ai trouvés du meilleur effet dans l’Amaurose permanente, ont été les remèdes clir on o-t lier maux de la fièvre , combinés , occasionnellement , avec le mercure ou la créosote. Je citerai un cas dans lequel je l’ai traitée heureusement avec l’emploi d’un remède interne. Charles Emms , âgé de vingt-cinq ans , mé dit qu’il avait été complètement aveugle au-delà de neuf années, durant quatre desquelles il avait été admis au refuge de Bristol, où, après avoir été confié aux soins d’un officier de santé de rétablissement, on
lui avait enseigné le métier de vannier, comme l’unique moyen de gagner sa vie. Précédemment 9 il avait été malade interne à l'infirmerie de Worcester, sous M. Pierrepoint; mais il en sortit sans aucune amélioration. Il y avait des jours où il percevait des éclairs de lumière; mais alors même, il lui était impossible de discerner la forme ou l’ombre des objets externes. Avant de devenir complètement aveugle, il voyait mieux ou pis en certains jours. Quand il vint me consulter pour la première fois , son apparence générale était très malsaine : il avait la face pâle et amaigrie , sa langue était épaisse , son appétit défectueux et capricieux. 11 disait lui-même qu’il était très nerveux, sujet à des frissons et à de la chaleur, à des palpitations et des tremblements ; enfin, ses esprits étaient abattus. Ma première prescription, la quinine, n’eut point de succès; mon second essai, l’argent, ne réussit pas mieux; mais lorsqu ’en troisième lieu je fis usage de l’acide liydrocyanique , le malade recouvra graduellement la vision ; et , au bout de quatre mois , il était assez bien rétabli pour pouvoir lire avec facilité une impression un peu grosse. Tel a été son état pendant au-delà de deux années. Je n’ai pas besoin d’ajouter que sa santé générale avait matériellement profité à son appétit, qui était même devenu trop bon pour les circonstances.
Si l’on demande aux malades qui sont sujets
à la surdité, s’ils entendent mieux certains jours que d’autres, la grande majorité répondra par l’affirmative. Ainsi cette surdité est pour la plupart du temps une maladie rémittente; elle est un exemple de plus du développement général du désordre constitutionnel , et des frissons et des chaleurs auxquels le grand nombre des malades affectés par lui reconnaissent être sujets. La surdité causée par le changement organique de l’oreille, est infiniment moins fréquente que celle qui provient d’un désordre nerveux ou fonctionnel. Jusqu’ici, l’amélioration obtenue dans la grande majorité des maladies de cet organe est venue simplement du retour du malade à une santé générale. Par l’observation du principe chrono-thermal, j’ai pu faire profiter l’ouïe dans une centaine de cas. Les mêmes bons effets peuvent être aussi obtenus dans le tintement des oreilles, etc. ; car il est très peu de gens qui, hors l’état de santé, ne souffrent plus ou moins de quelque incommodité dans les oreilles.
Dans les cas de la perte du sens du toucher, et dans ceux d’un engourdissement partiel ou général, le plus grand nombre d’exemples démontrent l’existence de rémissions dans le cours delà maladie. Il en est de même de presque chaque exemple de ce degré exalté de sensibilité, connu sous les noms de 77c douloureux , de Sciatique , etc. , selon la localité où les nerfs affectés ont leur siège.
Qu’on regarde à l’histoire de ces maladies. Qu’est-ce que l’escamotage des chirurgiens a obtenu pour le soulagement, avec les moxas , les vésicatoires et la division des nerfs? Les seuls moyens auxquels cèdent ces maladies, sont les remèdes chrono-thermaux, c’est-à-dire, l’arsenic, le fer, l’acide prussique, etc. , les remèdes, en un mot, qui sont reconnus pour efficaces dans le traitement de la fièvre. Je peux rapporter ici un cas remarquable du Tic, lorsqu’il enveloppe les nerfs de la face, lequel cas est mentionné dans le London medical and surgical Journal. La douleur, qui s’était manifestée la première fois à la suite d’une peur, revenait chaque jour à deux heures, commençant à l’origine du nerf suborbital et le parcourant dans toute son étendue. La durée de l’accès était d’une demi-heure à une heure. Deux grains de sulfate de quinine, donnés chaque deux heures pendant trois jours, produisirent, dans cette courte période, une cure complète. Les mêmes effets, prompts et favorables , furent obtenus dans un cas de Tic frontal , qui était survenu sans cause connue. Or, le tic frontal est communément connu sous la dénomination de Fièvre du sourcil. Pourquoi alors nous mystifier avec les noms de Neuropathie ^ Neuralgie , et cette armée d’autres termes assommants qui , bien loin d’éclairer l’étudiant en médecine , ne sont propres au contraire qu’à le conduire au sein de l’obscurité et de la confusion?
Toutes ces affections, je le répète encore, ne sont simplement que des variétés de la fièvre, le siège de la douleur constituant Tunique différence.
L’appétit dépravé et la perte du goût, dépendent également de l’état constitutionnel du corps. Un exemple de ce qu’on nomme Bulimia „ ou appétit excessif, se présente dans les cours d’Abernethy. — «Une femme qui était à l’hôpital, demandait constamment à manger. On croyait l’avoir nourrie suffisamment lorsqu’on lui donnait une portion à rebuter tout le monde; mais elle engloutissait tout , et ne cessait d’avaler que lorsque sa mâchoire était fatiguée. Cet état ne changeait que quand elle mettait ses pieds dans Veau froide : alors elle n’avait plus faim. » Quel motif pouvait pousser cette femme à mettre ses pieds dans l’eau froide? N’était-ce pas leur température élevée, ou la fièvre à laquelle elle était en proie ? Un gentleman, qui avait l’habitude de jouer, me disait que quand il perdait beaucoup d’argent, il était toujours sûr de devenir goulûment affamé ; mais que cela n’arrivait jamais lorsqu’il gagnait. La température de son corps était différente dans les deux cas.
Il faut aussi attribuer à l’état de température corporelle , les divers degrés de soif qui font souffrir les personnes invalides. Semblable à la faim , c’est une sensation dépravée. Si Ton a une fièvre intermittente , il faut aussi que Ton
compte la faim et la soif intermittentes au nombre des phénomènes morbides. Dans ses Personal mémoirs and correspondance „ le colonel Shaw mentionne la remarque suivante : — « J’ai appris, de mes longues marches à pied, que les hommes qui sont altérés ^ et qui ne boivent que de l’eau seulement , n’en éprouvent qu’un soulagement momentané; mais s’ils mouillent leurs jambes , et quoiqu’il n’y paraisse pas tout d’abord, il est positif qu’ils détruisent le tourment de la soif. » Jusqu’ici je me suis renfermé dans le cercle tout simple des maladies fonctionnelles, à l’exception de la consomption vertébrale, que j’ai cru devoir classer avec le rachitis , afin de rendre le sujet plus compréhensible. Dans le chapitre suivant, j’entrerai dans l’examen des désordres qui manifestent plus ou moins, dans leur cours, un changement de structure. Ces maladies sont nommées Organiques > par les auteurs, et à un certain point elles sont plus compliquées que celles que j’ai déjà mentionnées. Jusqu’à un certain point aussi, elles admettent des modifications dans le traitement. Dans la plupart des cas de ce genre, mais non pas encore dans tous , j’ai l’habitude de prescrire un ou plusieurs des moyens chrono-thermaux , avec un ou plus ayant une application locale toute spéciale. J’ai nécessairement , selon l’occasion , combiné des remèdes qui peuvent, partiellement, se décomposer l’un
l’autre. En procédant toujours de même , je me trouve justifié par des résultats heureux , Tunique pierre de touche de la vraie médecine , la dernière issue et le but de tout traitement médical. Une accusation d’ignorance de la chimie , a été occasionnellement élevée contre moi , par des chimistes et compositeurs de drogues. Mais que dit Locke? — «Si c’était mon métier d’apprendre la médecine , ne serait-il pas beaucoup plus sûr de consulter la nature même , dans l’histoire des maladies et leur cure, que d’épouser les principes des dogmatiques , des méthodistes et des chimistes ? » Cette accusation, alors, je consens à la supporter avec de nombreux médecins que le monde a toujours reconnus comme éminents en leur art. Par eux, il a été souvent répondu , que l’estomac humain n’est point un alambic de chimiste , mais bien un organe vivant , propre à modifier l’action de chaque substance qui lui est soumise. A ce propos, je peux mentionner ici , ce que sir Astley Cooper, quand je lui adressai mon travail intitulé de l’Unité des inaladies m’écrivit , avec cette candeur et ce noble sentiment par lesquels il est non moins distingué , que par sa haute réputation chirurgicale :
— Cher monsieur, je vous remercie très sincèrement pour votre précieux travail. Je n’ai pas le moindre regret de n’être point chimiste , si je puis être utile ; et je pense, avec vous, que
l’estomac vivant n’est pas un mortier d’apothicaire.
Votre véritable
Astley Cooper.
« D.1 Dickson, clargess Street, piccadilly. »
wmmt
Prédispositions héréditaires. — Apoplexie. — Hémorrhagies.Maladies du coeur. — Consomption pulmonaire. — Affections glandulaires. — Maladies
CONSOMPTIVES DES ARTICULATIONS.
Jusqu'ici, nos analyses de l’unité et de la nature intermittente des maladies, ont été tirées, presque entièrement, des formes de ces affections que les professeurs de notre époque appellent fonctionnelles, c'est-à-dire, celles qui sont compliquées d’une décomposition organique , ou qui sont remarquables par une tendance de cette nature. Or, dans le commencement, toutes les maladies sont simplement fonctionnelles. Sous cette dénomination , je ne comprends pas les maladies organiques qui sont l’effet immédiat d’une lésion mécanique ou autre lésion directe, telle que le
passage d’une épée à travers les poumons et le foie. J’appelle maladie „ d’après l’acception médicale de ce mot, la situation dans laquelle un ou plusieurs paroxismes constitutionnels s’annoncent avant qu’un changement organique se trouve développé. Parlez à la séquelle de ces fièvres pour lesquelles le traitement ordinaire de la routine n’a rien produit ; ne comprennent-elles pas tout changement structural auquel nos nosologistes ont donné un nom? Hémorrhagies ou rupture des vaisseaux sanguins partout où ils sont placés ; maladie des poumons, par quelque nom qu’on la désigne; altérations viscérales, qui ont reçu des désignations plus ou moins expressives des localités dans lesquelles elles s’offrent à nous ; le cœur élargi , amolli , ou tout autrement désorganisé , ainsi que le foie , la rate et les articulations ; et enfin , les indurations et autres changements qui ont lieu dans les glandes du corps „ quel que soit le nom qu’on leur donne, scrofuleux, consomptifs, cancéreux ou squirreux. Lorsque les malades , ainsi affligés , se plaignent des accès fébriles qui occasionnent leurs souffrances, les médecins indiquent, trop souvent, la localité comme cause , lorsque, en réalité, l’affection locale n’a été qu’une simple indication ou effet des paroxismes de cette nature qui se reproduisent fréquemment. 11 n’est pas jusqu’au célèbre John Hunter qui, avec toute sa sagacité, ne soit tombé
dans cette erreur. Il dit : — « Nous avons aussi la lièvre provenant des altérations des parties , et particulièrement du foie, de la rate et de l’induration des glandes mésentériques. » Ce n’est que dans ces dernières années , que les membres les plus éclairés de la profession ont commencé à soupçonner que les altérations structurales , au lieu d’être la cause du trouble constitutionnel * n’ en sont que le résultat. Us se servent néanmoins de cette phrase, dans plusieurs occasions, sans avoir une idée bien arrêtée de sa signification. Lorsqu’on les questionne à ce sujet, ils répondent d’une manière confuse, et dans un jargon de théorie si incompréhensible , qu’ils avouent par-là n’avoir que des notions impossibles à formuler d’une manière lucide. Les troubles constitutionnels* bien analysés, consistent, ni plus ni moins, dans un accès ou une diminution de la température sanitaire et des mouvements variés du corps. Somme toute, quand la maladie est récente* ou aiguë * elle offre les caractères les plus marquants de la fièvre intermittente ; et quand elle passe à l’état chronique , elle arrive aussi aux symptômes les plus modérés de cette affection universelle. Entre ces deux extrêmes , il existe des nuances sans nombre , lesquelles dépendent , ou de la durée de la maladie , ou de la constitution du malade.
Tout enfant d’Adam, entre dans ce monde avec une partie faible , une prédisposition à une
maladie locale quelconque du tissu de sa structure. Beaucoup de personnes en outre ont un côté faible , par suite de causes accidentelles ; mais les parties du corps qui , dans ce cas , ont reçu des lésions externes , se rétablissent facilement , et n’oceasionnent aucun inconvénient , tant que la bonne santé se maintient. Cependant, à mesure que l’âge avance, ou que la santé générale commence à déchoir, certains symptômes de faiblesse qui se présentent alors dans les parties qui avaient été lésées , viennent rappeler les anciens accidents. Pour conserver à ces parties une force convenable, il ne faut jamais jouer avec sa constitution. Les individus ainsi affectés , savent prédire les changements atmosphériques ; ce sont des baromètres vivants 9 qui peuvent vous dire avant de se lever , le matin , l’espèce de temps qu’il fera dans la journée. Cette aptitude provient, chez eux , de l’expérience de sensation qu’ils éprouvent dans leurs anciennes blessures. Or , cela est précisément ce qu’on devait être préparé à concevoir. Les atomes des parties lésées doivent toujours avoir une faiblesse d’attraction les uns envers les autres, faiblesse qui n’a pas lieu chez les atomes des autres portions du corps ; et il en résulte aussi , par la nature des choses , qu’ils sont plus exposés aux influences des agents extérieurs, de tout ce qui, en un mot, possède le pouvoir de mettre la matière en mouvement . Quelle que
soit la chose qui, dans des circonstances ordinaires, trouble ou affecte le corps en entier, cette même chose et dans les mêmes circonstances , acquiert une importance beaucoup plus grave pour les parties faibles ; et cet argument s’applique , avec une force égale , aux atomes du corps des individus chez lesquels , par une prédisposition héréditaire, se manifeste une faiblesse du pouvoir attractif. Attendu que l’enfant n’est qu’une extension du principe vivant de ses père et mère , sa structure participe naturellement, jusqu’à un certain point, de la force ou de la faiblesse qui ont caractérisé les auteurs de ses jours, soit moralement, soit physiquement. Il leur ressemble , non-seulement dans ses traits extérieurs, mais encore dans sa configuration interne. On voit ces similitudes s’étendre aux plus petites parties, soit que leur développement soit complet ou défectueux , soit même que leur structure soit poussée à Y excès. Je pourrais citer des familles dans lesquelles la production de six doigts à la main , s’est continuée pendant plusieurs générations ; et d’autres où les mêmes membres , réduits au-dessous de la largeur ordinaire , se sont également répétés. En ce qui concerne les ressemblances intellectuelles héréditaires , on voit souvent des enfants , nés après la mort de leur père , qui manifestent la même facilité ou entêtement de dispositions, tantôt moroses, tantôt
gaies , qui avaient caractérisé l’auteur de leur existence. Les amis , les parents expriment souvent leur surprise , de cette ressemblance mentale des enfants avec leurs père et mère , et rien n’est plus commun que d’entendre dire : — « C’est un fac simile de son père. » Les médecins et le public sont parfaitement d’accord sur la prédisposition héréditaire ; et lors même que cela ne serait pas , peu importerait , car il suffit d’avoir des jeux et de regarder autour de soi pour se convaincre soi-même. Néanmoins , il faut que j’ajoute que, dans certains cas de cette prédisposition héréditaire, il dépend beaucoup de quelques circonstances que cette prédisposition soit plus ou moins développée et visible chez les individus d’une même famille. Une personne, par exemple, qui appartient à une famille dans laquelle le cœur ou les poumons sont la partie faible , peut , en se préservant des changements trop rapides de la température et en tirant parti d’une position heureuse dans la société , neutraliser en partie les éléments morbides et se procurer une existence à peu près saine, tandis que son frère, moins fortuné et miné par des troubles domestiques ou autres, souffrira non-seulement dans tout son être en général , mais verra encore , assurément , la partie faible de la constitution de sa famille se développer en lui. Donc nous sommes tous, plus ou moins, le jouet des circonstances.
Parmi le nombre infini de maladies qui affectent les habitants des îles Britanniques, je signalerai, comme les plus fréquentes , le crachement de sang, la consomption et les désordres glandulaires. La transition subite de la température, qui caractérise ce climat , prédispose les habitants à ces affections. Tandis que dans la région la plus chaude de l’Est , les dissenteries et l’abcès du foie enlèvent un très grand nombre de ceux qui composent la population ; les personnes nées dans l’Inde et qui meurent dans notre pays , sont généralement victimes des maladies des glandes et de la poitrine. Ces effets des transitions thermales agissent même sur les organes respiratoires du singe , et plus de la moitié de ceux de ces animaux qui arrivent en Angleterre , périssent de la consomption pulmonaire. Les maladies de poitrine et des glandes sont, sans aucun doute, héréditaires ; mais on peut aussi en ranger d’autres dans cette classe, telles que l’Épilepsie, l’Apoplexie, la Paralysie, la Manie, et peut-être toute affection purement constitutionnelle. Si l’on pouvait surveiller et diriger l’espèce humaine, aussi facilement qu’on le fait pour les animaux domestiques, on obtiendrait des avantages incalculables, soit au moral, soit au physique, d’un croisement judicieux des races les unes avec les autres. La tendance aux passions et aux maladies particulières, qui caractérise les nations et les familles, pourrait,
de cette manière , être aussi certainement modifiée, que la beauté de la figure et des formes serait perfectionnée par ce moyen, puisque Tune et l’autre dépendent essentiellement d’une configuration héréditaire , ou d’une association particulière des atomes de quelques parties du corps, qui sont remarquables dans certaines familles. Il faudrait avoir égard , également , aux modifications externes produites par le climat , la température et l’affinité sociale et politique. Quoi qu’il en soit, tout ce qui agite le corps d’un individu , tout ce qui attaque, d’une manière quelconque, la stabilité ou la force de ce corps, affecte plus gravement encore ses parties faibles , quelles qu’elles soient. Je vais appliquer maintenant cette doctrine à l’apoplexie.