‹ Erreurs des médecins, ou système chrono-thermalChapitre 13 sur 74 · SANGUINS · texte numérisé non relu

SANGUINS

Que font les vieilles femmes pour un saignement de nez? Elles appliquent une clef froide sur le dos, et changent ainsi la température du corps. Elles agissent alors en vertu de notre principe, et

les bons effets qu’elles obtiennent auraient du suggérer, depuis long-temps , dans les cas d’apoplexie et autres hémorrhagies, une pratique meilleure que celle adoptée par les médecins en faveur. L’eau froide a plusieurs vertus ; mais la plupart dépendent de son mode d’application. La rapidité du choc est la seule chose essentielle dans les cas de cette nature. Yoiià le traitement convenable du malade pendant l’épanchement du sang ; mais que faut-il faire pour empêcher le retour de celui-ci? Les médecins anglais, sans exception , veulent saigner et purger. Que le cas que je vais citer puisse ouvrir leurs veux! Je le rapporte avec d’autant plus de confiance, que je ne l’emprunte pas à ma pratique personnelle, mais bien à un journal allemand, de quelque réputation. — « Un homme robuste, âgé de vingt-sept ans, était attaqué, tous les deux jours, d’un violent saignement de nez, qui durait de quatre à six heures et que l’on ne pouvait ni arrêter, ni diminuer par les styptiques ordinaires , ou tout autre des moyens dont on fait usage en pareille circonstance. Prenant enfin en considération la périodicité remarquable de cette perte de sang, on remplaça le précédent traitement par une forte dose de quinine „ avec de l’acide sulfurique. Pendant les vingt-un jours qui suivirent, le saignement ne se reproduisit que deux fois et fut facilement arrêté. Après cela , le malade continua à se

bien porter. » [Med. Zeitung , n.° 33, 1836?

Dans le cas d’une jeune dame affligée périodiquement d’un vomissement de sang , pour lequel on l’avait saignée plusieurs fois sans aucun avantage, ou plutôt avec un grand désavantage pour sa santé en général, j’obtins une guérison rapide, en combinant la quinine avec l’alun. Souvent aussi j’ai guéri la même maladie avec l’arsenic, l’opium et l’acide prussique.

On sera maintenant disposé, sans doute, à apprécier la valeur du traitement meurtrier usité communément pour le crachement de sang.

Quelle est la première chose mise en réquisition dans cette maladie? c’est la lancette, et la mort est presque toujours le résultat de son emploi. Que disent les anciens auteurs sur cette maladie? Ecoutons Heberden , un docteur qui , pendant trente années, eut la pratique la plus étendue de Londres. — « Il me paraît très probable, écrit ce vétéran en médecine, d’après toute l’expérience que j’ai acquise dans de pareils cas, que là où l’hémorrliagie provient de la rupture de quelque large veine ou artère , l’ouverture d’une autre veine ne saurait arrêter le flux du sang , et celuici s’arrêtera sans le secours de la lancette , s’il provient d’une petite veine. Dans le premier cas, la saignée ne fait aucun bien; dans le second, elle fait beaucoup de mal , en diminuant la force du malade. Mais si l’ouverture d’une veine est des-

tinée à arrêter l’hémorrhagie , par privation ou révulsion, n’est-il pas rationnel de demander si cette doctrine est assez clairement établie pour dissiper toute espèce de crainte de nuire, et s’il n’y a pas danger, au contraire, d’adopter avec une personne qui a déjà perdu trop de sang, une pratique qui lui en fait perdre davantage. » Avec cette manière de raisonner, nous ne pourrions manquer d’être tous d’accord. 11 serait possible que les gens qui ne savent rien de mon système , contestassent ce raisonnement , en disant que les malades renouvellent si promptement leur sang, qu’il est utile de les saigner périodiquement pour comprimer la disposition à l’hémorrhagie ; mais ceux-là se trompent. Ils sont conduits dans cette fausse et fatale pratique, par le retour d’un accès fébrile j accès qui revient toujours, à des périodes plus ou moins régulières, tant il y a de sang et de vie dans le corps; et plus on tire de sang dans de semblables circonstances, plus aussi est grande l’hémorrhagie dont on s’attache à prévenir le retour. N’est-il pas logique de conclure que plus on rend le corps débile , plus on affaiblit également la construction originelle des parois vasculaires qui constituent la disposition à l’hémorrhagie? Au lieu d’être la conséquence d’une disposition constitutionnelle à une plénitude de sang, l’hémorrhagie n’est qu’un effet de la faiblesse véritable de la doublure des vaisseaux qui en con-

tiennent une partie ; de manière que non-seulement l’opinion que l’on fait trop de sang, est un non sens absolu, mais encore les moyens que les médecins ont employés, pendant des siècles, dans le traitement des maladies hémorrhagiques, ont eu, tous, une tendance aussi fatale, que la théorie qui les guidait était fausse en principe. Que l’on regarde les figures pâles et tirées des malheureux qui sont sujets au crachement sanguin ou à l’apoplexie, et qui ont été victimes de si cruels errements , et qu’on dise ensuite si ces pauvres créatures font trop de sang? Trop de sang! qu’on place seulement le doigt sur l’artère du poignet, et on la trouvera compressible comme celle d’une femme qui a souffert de pertes de sang. Même pendant le paroxisme fébrile, on peut voir, par la rougeur circonscrite de la ligure, que le malade est mourant d’étisie ou d’inanition. Quelles erreurs fatales a produites la croyance que l’on fait trop de sang! La saignée, dans le cas de rupture d’un vaisseau sanguin, est la folie la plus absolue. Si l’on ouvre une veine dans le bras d’un malade et qu’on laisse couler le sang, peut-on penser qu’en ouvrant une autre veine, on empêchera cet écoulement? Loin de là, les deux veines continueront à saigner, jusqu’à ce que le malade tombe en syncope ou qu’il meure. Est-ce qu’un fait aussi simple n’aurait pas du, depuis long-temps, ouvrir les yeux de la faculté sur les dangers de sa pratique ! Gomment

peut-on douter un seul instant que le tissu des vaisseaux sanguins ne soit ^ de même que tout autre vaisseau du corps, atteint de cetle dé b iiité générale ^ qui ne saurait manquer d’être produite par quelque cause que ce soit, lorsque cette cause enlève ou empêche l’introduction de cette matière si indispensable à l’organisation sanitaire de tout le corps humain? Saigner ou affamer une personne atteinte d’une prédisposition héréditaire au crachement de sang ou à l’apoplexie, est la méthode la

plus propre à développer ces maladies dans les formes les plus désastreuses! C’est cependant la marche journalière des médecins les plus éminents de l’Angleterre ; et c’est une preuve, parmi beaucoup d’autres, que, dans cette profession, la célébrité est moins souvent obtenue par des résultats heureux > que par l’emploi de ces actes vils , de ces petites intrigues, qui réussissent constamment, dans le cours ordinaire de la vie, auprès des esprits faibles. Quant à la pratique, le médecin le plus distingué se renferme dans la mode du jour, surtout si cette mode est profitable aux apothicaires ; car dans ce cas il est sûr de devenir la poupee fortunée de ceux dont le pain dépend beaucoup moins des guérisons qu’il a obtenues, que de la quantité de médecines dont il a procuré la vente. Quelle heureuse nation d’imbécilles serait celle qui croirait qu’une classe d’hommes quelconque placerait les intérêts publics en rivalité avec

ies siens propres! Peuple aveugle et mal dirigé-1 Vous demandez aux hommes de soulager vos souffrances, et vous leur offrez vous-mêmes tout ce qu’il faut pour qu’ils vous retiennent sur votre lit de douleur ! Vous payez pour des drogues > ce que vous refusez au talent ; pour une longue maladie , ce que vous n’accordez point pour un prompt rétablissement. Croyez-vous que les médecins soient des anges dont l’intégrité résistera à toutes vos tentations ? Votre manière de les rémunérer ies force à être corrompus ; et cela dans un moment où il y en a un si grand nombre, que si la moitié pouvait vivre par une pratique honorable, l’autre moitié serait affamée. Ecoutez le célèbre Âbernethy sur ce sujet : — « Depuis quelques années, dit-il, il y a une augmentation énorme dans le nombre des médecins; mais, sur ma foi, tes* maladies ont augmenté en proportion , ce qui est une considération fort rassurante. » Pour qui donc est-ce chose rassurante ? Est-ce pour le public ou pour la faculté? Lorsque vous appelez un médecin recommandé par votre apothicaire , qui est-ce qui vous prouve que ce n’est pas un confédéré, ou bien qu’après la farce d’une consultation terminée , vous n’êtes pas la dupe d’une intrigue pour vous piller?... Homme sans charité ! J’entends dire : comment pouvez-vous parler avec un tel mépris des membres de votre profession? Moi, je réponds., qu’attendu que le

plus grand nombre de ma profession descend à des pratiques qui dégradent la médecine et l’assimilent au plus vil des métiers ; que plusieurs font partie de collusions et de conspirations systématiques, qui n’ont pas d’autre but que de dépouiller les malheureuses victimes qui ont foi en leur honneur ; que leur conduite abominable est si flagrante, que les éditeurs mêmes des journaux de médecine sont forcés d’apporter de l’attention aux lettres qu’ils reçoivent pour signaler cette conduite; je trouve qu’il est bien temps que la crédulité du public soit mise sur ses gardes. Vous pouvez me croire ou ne pas me croire, comme il vous plaira ; mais , à coup sûr, le médecin qui aura la hardiesse de nier le genre d’infamie que je viens de mettre à nu , en sera luimême profondément entaché. Toutefois , pour que je n’aie par l’air d’être absolument seul de mon avis, je citerai les paroles du docteur Fort h : — « Le monarque, dit-il, qui pourrait expulser de ses états cette peste de médecins et d’apothicaires et interdire entièrement la pratique de la médecine , serait digne d’être placé au rang des plus illustres bienfaiteurs de l’humanité. Il n’y a peut-être pas dans le monde une profession moins honnête que la médecine , dans sa pratique actuelle. » (. Rhapsodien ixber medizen.)

Mais revenons au sujet de la rupture des vaisseaux sanguins. Dans tous les cas où cette rup~

ture n’a pas été produite par un agent local ou mécanique, elle est l’effet du développement d’une maladie intermittente, guérissable comme d’autres lièvres , par un jet d’eau froide sur la tête ou un émétique , durant les accès chauds ; et , pendant l’intermittence , par le traitement chronothermal. Quelquefois l’affection cède à l’influence de l’opium ou de l’arsenic ; dans d’autres cas , c’est à l’action du cuivre , de la quinine ou de l’acide prussique , attendu que ce qui convient à une constitution , ne peut pas toujours convenir à une autre. Je pourrais citer un très grand nombre de cas de ce genre , c’est-à-dire , d’hémorrhagies constitutionnelles qui ont été guéries de cette manière ; mais les détails d’un seul sont l’exposé de tous. Je répète donc que par une application faite à propos, de chaleur ou de froid, selon les positions morbides du corps qui constituent Y accès fébrile j et par l’administration judicieuse des médicaments chrono-thermaux pendant l’intermission , j’ai traité avec un succès parfait toute espèce de maladie hémorrhagique. Le même système de traitement m’a fait obtenir aussi la guérison de plusieurs cas de varicoses j et cela me rappelle celui d’une femme âgée, atteinte de cette maladie, pour laquelle je prescrivis l’usage interne de l’arsenic, ce qui produisit un soulagement immédiat de ses douleurs, et, plus tard , la guérison complète de son ulcère. D’après

ce résultat , le chirurgien mécanique peut apprendre qu’il y a des moyens de traiter les varicoses bien supérieurs aux bandages et aux bas lacés. J’ai dit maintenant tout ce que je me proposais de dire sur l’hémorrhagie, et j’ai même anticipé un peu sur ce qui se rattache naturellement au traitement de la maladie de poitrine , dont je vais m’occuper longuement.

11 a toujours été de la politique des professeurs d’affecter le pouvoir de pénétrer plus avant dans une meule que leurs élèves , et attendu que la plupart ne sont pas plus éclairés que ceux auxquels ils prétendent communiquer la lumière, il faut leur pardonner, en ce sens seulement que leur réputation se trouve engagée. La grande meule de nos jours , c’est la poitrine > et elle a fait inventer un joujou, une espèce de baguette divinatoire, au moyen de laquelle les savants modernes cherchent à nous persuader qu’ils pénètrent dans tous les mystères de cette partie du corps. A les en croire cette invention , qu’ils nomment stéthoscope , est la plus admirable de nos temps. Par ce moyen on peut découvrir tous les mouvements et changements qui ont lieu dans les organes internes de la cavité thoracique, et peut-être même plusieurs dont on n’a jamais soupçonné l’existence. Quel superbe instrument doit être le stéthoscope ! La baguette d’un enchanteur n’est qu’une paille en comparaison la

verge d’Aaron n’est pas digne de lui être mise en regard! Mais, sérieusement, qu’on remarque un peu avec quelle gravité les escamoteurs des hôpitaux jettent de la poudre aux veux avec leurs phrases : ici c’est Y Hypertrophie, plus loin Y Atrophie; dans un lieu ce sont des Cavernes , dans un autre la Contagion ; puis viennent le Ronclms, le Râle , Y Egophonie , le Sybilus, et Dieu sait quels autres sons et lettres qui, dans le plus grand nombre de cas., n’ont pas plus de signification réelle que le prétendu bruit de la mer , avec lequel l’enfant trompe son imagination lorsqu’il présente une conque à son oreille.

Je vais d’abord m’occuper des maladies du cœur.

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