DES MALADIES DU COEUR
Toutes les personnes qui sont en proie aux maladies du cœur, déclarent qu’un jour elles sont mieux, que l’autre elles sont plus mal. Gomment faut-il parler des maladies de cet organe ; des palpitations et des cessations temporaires, ou de la rémittence de son action ; de ces maladies généralement mal comprises et constamment mal traitées? Se plaint-on d’une douleur à la poitrine, ou d’une perturbation quelconque dans cette région? Vite le stéthoscope. Cet oracle merveilleux est immédiatement appliqué. Etonné, et souvent même alarmé, le malade respire convulsivement, les battements du cœur deviennent plus rapides ,
et c'est dans ce moment de doute et d’inquiétude que l’on enregistre, comme infaillibles, les indications obtenues par l’instrument. — « N'avonsnous pas , disait feu le docteur Uwins, beaucoup trop entendu parler des maladies du cœur, depuis que le stéthoscope est à la mode? » Le docteur James Johnson , dont j’aurai occasion de parler plus tard, oubliant les injures dont il m’avait accablé pour avoir condamné l’usage de cet instrument , a fait insérer , dans la Lancette , l’extrait suivant d’un discours prononcé par lui devant la société de médecine : ■ — « C’est une erreur très commune, parmi les jeunes médecins, que de considérer le cœur comme organiquement malade , lorsque ses fonctions sont troublées , et cette erreur est devenue fins générale ^ je le déclare avec peine , depuis que le stéthoscope est un instrument à la mode. » Ici le docteur Johnson limite son observation aux jeunes médecins, ne voulant pas se l’appliquer à lui-même; mais j’ai vu des hommes aussi âgés que lui , tombés dans l’erreur qu’il reproche ; des hommes qui jouissent d’une grande réputation de sagacité stéthoscopique ; je connais enfin des cas où le docteur a failli comme les autres, et, s’il le désire, je les publierai.
Des malades, les uns après les autres, des gens de la profession et d’autres qui y étaient étrangers, se sont présentés à moi avec le rouleau fatal du stéthoscopiste ; et ils avaient le cœur palpitant^
les jambes tremblantes , pendant qu’ils cherchaient dans mes jeux la confirmation de leur arrêt de mort. Néanmoins beaucoup de ces malades se portent fort bien aujourd’hui, et sans doute ils rient, comme j’espère faire rire aussi, aux dépens de l’instrument et de ses oracles. Combien peu le médecin connaîtrait son devoir, qui priverait l’affligé du baume de l’espérance ! Combien peu il saurait apprécier l’influence des passions qui s’exercent sur les douleurs du malade ! Cependant, de mes yeux j’ai vu, entre les mains d’un malade, une sentence de mort: sentence qui, par le fait, ne devint qu’une prophétie absurde , mais qui n’en était pas moins un acte de la dernière inconvenance.
Que le médecin détourne un moment son attention d’un symptôme isolé; qu’il observe comme les autres muscles de son malade palpitent de temps en temps, de même que le cœur, et comme ils agissent convulsivement. Alors , s’il trouve que ces symptômes sont rémittents dans tous les cas , que quelquefois ils sont compliqués par d’autres, également rémittents, pourra-t-il persister à employer les petites saignées, les sangsues
et les purgations , moyens propres par eux-mêmes à produire les divers changements organiques qu’il s’était persuadé avoir découverts ?Ne devra-t-il pas, plutôt , envisager avec horreur l’ancien mode de traitement , et chercher une meilleure voie pour
arracher son malade à cette mort subite que son imagination lui présente? Combien de médecins, avec un tel pronostic , obtiennent une réputation de sagacité et de prévoyance , tandis qu’ils préparent simplement les amis du malade à un événement q u eux-mêmes contribuent à accélérer ! Dans ce cas , par exemple , les prophéties ont réellement une tendance à se vérifier.
J’ai vu deux médecins stéthoscopistes examiner un malade qu’on supposait atteint d’une affection du cœur, et arriver à des conclusions tout-à-fait opposées. L’un déclarait que l’organe était élargi, l’autre, avec une confiance égale, affirmait tout l’inverse. L’absurdité de chercher à distinguer, pendant sa vie , la forme d’une affection de cœur d’une autre , par un signe ou un symptôme particulier, est suffisamment démontrée par ce seul fait, que les symptômes constitutionnels de chaque état se résolvent dans les symptômes ou les nuances de symptômes de la fièvre. Mais lors même qu’une telle distinction pourrait être établie avec une grande exactitude , elle serait totalement sam valeur, pour toute explication pratique y attendu que les remèdes , pour toute espèce de maladie de poitrine , arrivent en définitive à la même action , que cette action soit appliquée directement à la surface du corps par le froid ou la chaleur, ou qu’elle soit administrée intérieurement en forme de médecines. G’est toujours
l'influence électrique , le mouvement interne et la température , par le moyen des nerfs. Avec le système chrono-thermal , j’ai réussi à guérir toute espèce de maladie de cœur qui se soit jamais offerte à l’attention d’un médecin , sauf la conformation défectueuse originelle de l’organe. Je mentionnerai quelques cas pour preuves.
Un gentleman, âgé de trente ans, avait été longtemps malade et se plaignait de l’état de son cœur , qui ne se trouvait pas comme lorsqu’il jouissait de la santé. 11 avait aussi des palpitations très douloureuses ; et tel était l’abaissement de son esprit, que les plus petites choses lui faisaient verser des larmes. La température de son corps était au-dessous de l’état normal, et il souffrait beaucoup du froid aux pieds. Gomme de raison, il avait des rémissions, étant tantôt mieux , tantôt plus mal. Il habitait la campagne, et comme son état ne s’y améliorait pas, il crut devoir essayer d’un médecin de Londres. Il arriva donc dans cette ville, et consulta le docteur H., qui ayant écrit un gros volume sur les maladies du cœur, était, nécessairement , une grande autorité dans la circonstance. L’ application du stéthoscope à la poitrine du malade ne manqua point , son arrêt fut sépulcral. Il n’offrait effectivement aucun avenir flatteur, l’élargissement du cœur était prononcé , et la sentence solennelle était prophétiquement exprimée! Néanmoins un traitement fut
indiqué. Ce fut la cascarille , l’ammoniac , avec des laxatifs et une saignée tous les mois ou toutes les six semaines. Mais, loin d’obtenir un heureux résultat de cette combinaison , la santé du malade , comme on peut bien le penser,, empira de jour en jour. Il devint étique et perdit toute l’énergie de son esprit. Il avait aussi une tendance constante à tomber en syncope. Dans ce misérable état , et d’après les conseils du docteur Selwyn de Ledbury, il vint me trouver. On peut deviner le traitement que j’adoptai : ce fut le chrono-thermal. Je prescrivis une combinaison d’acide prussique et de créosote que je fis suivre de l’arsenic et de la quinine , et j’ordonnai un régime généreux avec du vin. Quel fut l’effet de ce traitement? Malgré la faiblesse à laquelle le malade avait été réduit par la saignée , son état s’améliora chaque jour, et, au bout de six semaines, il était si bien rétabli qu’il put reprendre ses fonctions d’avocat. Il les poursuit en ce moment avec ardeur, sans aucune indisposition , et une lettre que je viens de recevoir du docteur Selwyn, m’annonce même son mariage. S’il avait fallu croire les prédictions du docteur à stéthoscope, il y a long-temps que ce malade serait mort et enterré.
Pour confirmer le pouvoir de l’arsenic dans les maladies du cœur , je rapporterai un cas que Darwin a publié le siècle dernier : — * « Un gent-
leman , âgé de soixante- cinq ans, avait eu, pendant dix années, un pouls rémittent et de fréquentes palpitations de cœur. Dans les derniers temps , les palpitations semblaient avoir lieu à des périodes irrégulières , mais l’intermission , à toute troisième ou quatrième pulsation, était constante. Après l’administration de quatre gouttes d’une solution saturée d 'arsenic „ chaque quatre heures, non-seulement les palpitations cessèrent, mais Fintermission même ne revint plus tout le temps que le malade prit le remède. »
Je mentionnerai aussi les cas qui suivent , provenant de ma pratique personnelle :
1. er Cas, — Une jeune lady était affligée d’une palpitation de cœur. Parfois elle avait de la toux, et une si grande difficulté de respiration , que , pour lui procurer le sommeil , il fallait la soutenir avec des oreillers. Elle avait de fréquents frissons; ses jambes étaient gonflées; et tous les symptômes réunis étaient si affligeants , que ses amis avaient perdu l’espoir de son rétablissement. Cependant , par l’usage de l’argent, de la quinine et de l’acide prussique , la santé lui fut rendue , au grand étonnement de tout le monde.
2. e Cas. — Un jeune gentleman, de seize ans, avait une palpitation de cœur violente , accompagnée de maux de tête, d’un appétit vorace, de quelque soif et d’un grand abaissement d’esprit. Il était étique , avec tendance à une éruption de
la peau. De plus, ses mains et ses pieds étaient très froids pendant le jour, et devenaient sieliauds la nuit qu’il ne pouvait pas dormir. Il fut complètement guéri par une suite de bains froids alternés avec des douches et l’usage simultané de la quinine et du fer combinés , et tous les symptômes de sa maladie avaient disparu au bout de quelques semaines.
â.e Cas. — Le cœur du major M. P. palpitait si violemment de temps à autre, qu’on pouvait apercevoir ses mouvements à l’autre bout de la chambre. Tel était son état lorsqu’on me pria de le visiter. J’ordonnai de l’acide prussique et du musc , qui arrêtèrent les palpitations au bout de deux minutes. Au milieu de la nuit il fut menacé de leur retour; mais elles furent arrêtées à l’instant même par le remède précédemment employéî II continua ce traitement pendant six semaines , et fut complètement guéri.
Nous allons, maintenant, examiner la Phthisie, ou consomption pulmonaire.