MALADIES CONSOMPTIVES DES JOINTS
Semblables à la consomption pulmonaire , les diverses variétés des maladies des jointures ont été, à cause de leurs symptômes extérieurs, beaucoup trop long-temps renfermées dans le domaine exclusif des chirurgiens. Je ne me souviens plus du nom d’un opérateur très éminent, qui ne sachant rien de la médecine , en adressait ses remercîments à Dieu. Une pareille confession était bien digne d’un boucher ou d’un chirurgien-barbier des temps passés ; car, certainement, l’homme consciencieux qui tient plus à soustraire son malade aux souffrances de la mutilation, qu’à la sotte vanité de passer pour un opérateur habile, rougira toujours d’une renommée qui repose sur l’ignorance et qui n’a d’autre mérite que la dextérité d une main criminelle qui se plaît à répandre le sang humain. Que dirait un tel homme, en lisant les cas que je vais citer?
l.cr Cas. — Harriet Buckle, âgée de sept mois, était affligée de ce qu’on appelle un coude scrofu-
leux. Le joint était très élargi , rouge, douloureux et susceptible de la sonde avec décharge de matière. La malade était sujette à. une fièvre quotidienne. Cette enfant me fut amenée, et, malgré les assurances données par la mère , que les chirurgiens de l’hôpital avaient déclaré qu’il n’y avait plus d’autre ressource que l’amputation , je ne désespérai nullement d’arriver à la guérison par un moyen moins extrême. J’ordonnai de prendre , chaque trois heures , de petites doses d’une poudre composée de calomel , de quinquina et de rhubarbe. Au bout de quinze jours , sans aucune application locale, la malade fut complètement guérie.
2. e Cas. — Un jeune gentleman , âgé de onze ans , avait un élargissement du genou , avec grande chaleur et douleur qui venaient par paroxismes. Son chirurgien avait employé , sans succès les sangsues, les vésicatoires et les purgatifs , et il s’était déterminé à proposer l’amputation de la jambe. La mère du jeune homme recula devant cette opération, et je fus appelé. Je prescrivis de petites doses de calomel et de quinquina , et , dès ce moment , le genou revint graduellement à son état normal. Néanmoins., il resta toujours un peu de raide, attendu que Y ankiiose avait eu lieu avant que l’on m’eût consulté.
3. e Cas. — Un garçon , âgé de six ans, commençait à perdre son embonpoint , à boiter et à
se plaindre d’une douleur au genou , qui l’obligeait, lorsqu’il marchait, à se baisser fréquemment pour placer la main sur la partie affectée; il y avait altération dans la hanche, du même côté, lorsque je fus appelé pour l’examiner. J’adoptai un traitement semblable à celui déjà mentionné , et la santé de l’enfant fut rétablie complètement , ainsi que l’usage de sa jambe. Le chirurgien qui l’avait examiné avant moi , avait déclaré , avec raison, que c’était une maladie de la hanche.
4.e Cas. — Une fdle , âgée de douze ans, avait la cheville grossie , avec un ulcère qui pénétrait dans la jointure. Sa mère rapportait que deux chirurgiens , qu’elle avait consultés , avaient ordonné l’amputation , après douze mois d’un traitement infructueux. Avec de petites doses de quinine et de calomel, je rétablis la santé de la malade, et la cheville fut guérie au bout de six semaines.
Les curieux en nosologie , qui demanderont les noms de ces diverses affections , se contenterontils de la simple dénomination de Consomption des joints ? Us trouveront , certainement , dans les auteurs chirurgicaux , assez de verbiage pour les distinguer , tels , par exemple , que les noms cle scrofules, de gonflements blancs , de morbus coxa riusj, d’écrouelles, etc. ; mais que ces mots soient explicatifs ou non , ils m’inquiètent peu , et je les laisse à la grave préoccupation des têtes plus savantes que la mienne.
Il n’y a pas une maladie, quel que soit son nom ou sa cause , dont les exemples les plus parfaitement périodiques ne puissent être donnés , et la seule différence en eux, dans leur type et dans les formes continues les plus apparentes, est que les périodes de celles-ci sont moins parfaites et les états de leur curriculum moins marqués que dans le premier. Aucun médecin ne saurait douter qu’une maladie purement périodique , quel que soit son nom nosologique, ne participe de la nature de la fièvre et ne soit susceptible d’être soumise au traitement usité pour celle-ci. Pourquoi donc alors nier que la même maladie , moins périodique en apparence , ne participe de cette variété improprement désignée sous le nom de fièvre continue , puisque tous les désordres de cette nature ont, dans tout leur cours, des rémissions et des exacerbations plus ou moins parfaites dans leurs caractères? Que sont ces maladies? Piien que les variétés du type plus purement intermittent. Quels sont les remèdes les plus propres à leur traitement? Tous ceux qui sont reconnus efficaces dans la fièvre simple.
Les rémissions et les paroxismes sont également la loi de ce qu’on nomme maladies locales. Il en est de même des symptômes généraux que l’on considère comme appartenant au domaine exclusif de la médecine. Le célèbre John Hunter semble être le seul chirurgien qui ait remarqué cela.
— « Les exacerbations, dit-il, sont communes à toutes les maladies constitutionnelles, et paraissent souvent appartenir à des affections locales. » Elles appartiennent à toute espèce de désordre. On peut les observer dans les maladies provenant de lésions locales, et, ici, je peux en apporter un exemple, que j e trouve dans une lettre que m’a adressée M. Radley , de Newton Abbot, Devon , gentelman bien connu par la manière supérieure dont il traite les fractures. Il me dit : — «Bien de la reconnaissance vous est due pour votre livre sur ï Unité des maladies ^ qui contient , plus qu’aucun autre ouvrage que j’aie jamais lu, la vraie philosophie de la médecine. Il s’y trouve plusieurs passages qui m’ont fait éprouver une bien vive satisfaction. Je vous communique un cas qui confirme singulièrement l’excellence de votre doctrine, et qui s’est présenté à moi dans l’une des circonstances que j’aime le plus, c’est-à-dire, qu’il n’est pas le résultat d’investigations méditées , mais qu’il m’est arrivé fortuitement. J’ajouterai, avec candeur, que ce cas eût été perdu pour moi, si votre ouvrage ne m’avait préparé à l’observation. — G. Manning , âgé de quarante-deux ans , se fractura le tibia. C’était une simple fracture, avec une forte contusion. Pour soulager sa douleur , on lui fit prendre une dose de morphine, après lui avoir placé la jambe sur un oreiller. Au bout de trois jours il se plaignait encore de la douleur, et comme je lui demandai où il
souffrait le plus, il me répondit : — C’est chose curieuse pour moi : les douleurs se reproduisent régulièrement de douze heures en douze heures. Elles commencent vers minuit : cela dure de une à deux heures ; puis elles me quittent et reviennent au milieu de la journée. — Ce malade est en bon progrès de guérison, il est traité par le quinquina. » Tous les chirurgiens expérimentés sont convaincus du danger que présentent , chez certains individus , les opérations graves auxquelles on a recours pour obtenir la réunion d’os fracturés. Les sétons que l’on passe , les couteaux et les scies qu’on emploie pour râper et parer , sont des moyens horribles dans des affections constitutionnelles. Le X).r Colles, de Dublin, et M. Bransby Cooper, de Londres, ont bien mérité de l’humanité , pour l’introduction d’une méthode plus rationnelle pour le traitement de ces cas. Entre les mains de ces chirurgiens, le mercure administré intérieurement , a produit chez plusieurs malades , une réunion parfaite des fractures. Etant chargé, il y a quelques années , des soins à donner au 30. e régiment d’infanterie , dans les Indes-Orientales, j’obtins un résultat aussi satisfaisant, chez un soldat de ce corps, par le seul emploi de la quinine. Cet homme avait une fièvre rémittente , véritable cause constitutionnelle qui
s’était opposée à la réunion des os parles moyens ordinaires.
Que l’on interroge ou que l’on examine des individus atteints de goitres ou d’autres tumeurs ; que I on questionne aussi les personnes qui consultent pour un cancer , de même que celles qui souffrent d’un abcès , d’un ulcère , ou de l’anévrisme d’une artère ; tous diront qu’ils se trouvent un jour mieux, un autre plus mal; que les gonflements diminuent à certains intervalles ; que leurs ulcères deviennent , périodiquement , plus ou moins douloureux; que la dimension des uns et des autres varie avec les variations de la chaleur et du froid, de l’humidité ou de la moiteur de l’atmosphère ; qu’ils sont souvent affectés matériellement par une passion , par de bonnes ou de mauvaises nouvelles ; que , dans le commencement au moins , il est des jours où, à divers intervalles , il y a pour eux suspension de souffrance ; qu’enfm ils éprouvent dans leur corps ces variations thermales que nous appelons Fièvre. Quelques-uns ressentent ces variations à la tête ou au dos, d’autres à la poitrine , aux reins , aux bras ou aux pieds. Pourrait-on, alors, douter des avantages qu’offre, dans ce cas, le système chrono-thermal ?
Maintenant il faut faire une pause. J’expliquerai, bientôt, ce que signifie le mot Inflammation ^ et j’exposerai les erreurs terribles qui sont commises dans le traitement des affections ainsi appelées.
INFLAMMATION. — SAIGNEE. — ABSTINENCE .
Lorsque les hommes de Fart entendent dire que je traite les maladies sans recourir à la saignée , ils ouvrent de grands yeux et demandent ce que je fais de Y Inflammation. Qui est-ce qui a jamais vu une partie du corps en feu ou en flammes? Car le mot , s'il a quelque signification , ne peut pas en avoir d’autre que celle-là. Assurément tout le monde a entendu parler decombustion spontanée; mais quant à moi je déclare que je n’en ai jamais été témoin , et je ne sache pas que personne ait eu cet avantage. Qu’est-ce donc que l 'inflammation? Ce terme, que nos grands docteurs modernes nous disent être, dogmatiquement, l’indication de toutes les maladies du corps , n’est qu’une
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métaphore, une expression théorique qui ne signifie autre chose que l’action plus accélérée, une température plus élevée, dans les atomes mouvants d’une structure donnée, et incompatible avec l’organisation sanitaire de cette structure. Lorsqu’il existe un grand degré de chaleur et d’enflure, avec douleur et rougeur dans une partie quelconque , cette partie, en langage médical , e enflammée. Or, que sont ces phénomènes? Les signes d’une prochaine décomposition structurale. Lorsque les changements sont légers, les variations coïncidentes de température ne sont pas toujours très perceptibles ; mais du moment où il y a la moindre tendance à la décomposition, îe changement thermal devient l’un des traits les plus prédominants. Le phénomène de l’inflammation ressemble beaucoup , s’il n’est pas identique, aux phénomènes chimiques qui ont lieu avant et pendant la décomposition des substances inorganiques. Lorsque ce genre d’action continue sans être arrêté, il en résulte , dans la plupart des cas , une tumeur, contenant un e matière purulente > laquelle matière étant un fluide nouveau , diffère totalement, dans son apparence et sa consistance , du tissu originel dans lequel elle s’est développée. Nous appelons cette tumeur Abcès. Et comment est-il guéri? Dans la plupart des cas, la matière, après avoir suivi son cours jusqu’à la surface, s’échappe par une ouverture ulcérée des intéguments, tandis que,
dans d’autres circonstances , cette ouverture doit être pratiquée par le bistouri du chirurgien. Dans l’un et l’autre cas , l’endroit où l’abcès existait revient généralement à son état normal, par la puissance réparatrice de la nature. Il y a néanmoins un autre mode par lequel la cure est obtenue , c’est par Y Absorption^ c’est-à-dire , que la matière de l’abcès , réabsorbée par le système , et par l’opération chimique inscrutable de la vie, se trouve faire encore une fois partie de l’organisme sanitaire du corps. Elle est rendue, en d’autres termes, aux éléments dont elle avait été originairement formée. Ceci est parfaitement analogue aux opérations du chimiste qui , au moyen d’un laiton galvanique, réduit d’abord l’eau en gaz élémentaire, et ensuite , toujours par le même procédé , reproduit l’eau dont la décomposition avait eu lieu. Bien d’autres opérations chimiques sont encore réalisées, chaque jour , parla nature dans le corps animal , et toutes s’accomplissent par l’action électrique ou galvanique du cerveau et des nerfs . On ne saurait le nier lorsque l’on considère que sous l’influence d’une passion ( le moins appréciable des actes cérébraux ) de graves abcès , et même des tumeurs solides , ont souvent disparu complètement dans une seule nuit. Il n’y a pas en effet une passion, chagrin, courroux, terreur ou joie, qui n’ait guéri des abcès ou autres tumeurs aussi efficacement que les agents les plus puissants de la
pratique médicale. Les écrits des auteurs anciens , sont remplis de faits de cette nature. Il y a encore, au surplus ^ d’autres terminaisons de l’effet inflammatoire. Elles peuvent avoir lieu , par exemple, lorsque , le mal ayant suivi jusqu’à un certain point la voie du changement;, mais n’ayant pas atteint les compositions purulentes des atomes de la partie enflammée , il survient un renouvellement général des conditions sanitaires du corps ; ou bien quand , par l’application directe du froid ou d’un autre agent, on rétablit, avec plus ou moins de célérité , les degrés de mouvement et de température qui caractérisent les révolutions naturelles de l’organisme. Cette terminaison est nommée Résolution. Lorsque l’action inflammatoire est rapide avec excès , le résultat peut être la mort complète de la partie affectée. Une masse noire et inorganique remplace alors le tissu dont cette partie était originairement composée. Ce dernier état est appelé Mortification ou Gangrène .
Les hommes de l’art étendent le terme Inflammation à d’autres maladies, telles que la goutte , le rhumatisme et l’érysipèle, sur lesquels je donnerai des explications dans un autre chapitre. On a publié un grand nombre de livres, dont l’inflammation est l’unique sujet; mais j’avoue, franchement,, que je ne me suis jamais trouvé le moins du monde instruit après les avoir lus. Leurs auteurs , presque toujours , se servent d’un langage
qu’eux-mêmes semblent n’avoir pas compris; car, autrement , ils se seraient bornés sans doute à donner à leur terme technique une seule acception , un sens unique, et ils n’auraient pas compris, dans le même mot, les conditions les plus opposées. Si je vous disais que plusieurs d’entre eux emploient le mot Inflammation pour désigner une partie qui est plus froide qu’à l’ordinaire, vous croiriez que je me moque de vous , et , néanmoins , rien n’est plus vrai. Je vous en donnerai un exemple. Un charpentier eut le pouce mordu par un serpent à sonnettes. L’effet du venin est ainsi décrit par l’un des plus doctes écrivains de notre temps , M. Samuel Gooper. — « La conséquence fut que dans dix ou onze heures, le bras , l’aisselle, et l’épaule devinrent froids et gonflés énormément; toute la surface du corps fut aussi bien au-dessous de la température naturelle. On sait que le gonflement est produit par un genre d Inflammation qu’on appelle Inflammation diffuse du tissu cellulaire. » (M. S. Cooper 3 Méd. Gazette). Peut-on voir un pareil abus de paroles , un tel oubli de toute espèce de sens commun? « Le bras était très froid j beaucoup au-dessous de la température naturelle, » et néanmoins, il fut enflammé , en feu!
Restreint au sens que j’ai donné au terme, chaleur, gonflement et douleur, inflammation , comme fièvre > ou tout autre mot abstrait , pour-
rait être employé ainsi qu’une fiche de jeu 1 ; et comme presque tout autre phénomène des maladies , il indique le développement d’un trouble préalable de la constitution. Je ne parle point d’une inflammation locale et immédiate : je laisse cela aux chirurgiens pour en faire une élucubration ou une mystification, selon leurs dispositions particulières; mais j’entends désigner une inflammation produite par une cause générale ou constitutionnelle. Un individu , par exemple , s’il est exposé à un courant d’air froid , ou toute autre influence malsaine , tremble , a de la fièvre , se plaint de douleurs „ de palpipations , de chaleur à la tête , dans la poitrine ou dans l’abdomen , phénomènes graduellement développés , selon la prédisposition au changement organique du malade , dans l’une ou l’autre de ces parties. La Frénésie, la Pneumonie, la Péritonite (termes techniques qui désignent l’inflammation du cerveau, des poumons et de la membrane qui enveloppe les intestins ) , sont les conséquences outrées et non les causes de la maladie constitutionnelle. Mais les symptômes de l’inflammation dans ces parties, sont-ils également intermittents,, comme dans les maladies dont nous avons déjà
i « Les paroles sont les fiches des sages, ils comptent avec elles; mais elles sont la monnaie des imbécilîes, qui les évaluent par l’autorité d’un Aristote, d’un Cicéron, d’un Thomas Aquinas, ou de tout autre docteur. » (Hobbes.)
parlé? Écoutons Lallemand : — « Dans l’inflammation du cerveau , dit-il , vous avez des symptômes spasmodiques , une lente et progressive paralysie , attendu que le cours du désordre est intermittent. » Ainsi , Tinllammation , comme toute autre action morbifique , est généralement un signe du développement de la fièvre intermittente. Le D.r Conolly, dans son Encyclopédie de médecine , parle ainsi : — « Des rémissions cliurnales sont observées dans tout état d’inflammation. » Or, si l’on préfère l’expérience des yeux d’un autre à ses propres observations,cette déclaration doit convaincre, attendu qu’elle vient du camp de l’ennemi. C’est le langage d’un opposant , rédacteur de la Revue médicale Britannique et Étrangère . C’est le même individu qui„ récemment, a dit à ses lecteurs, que le livre sur l’unité des maladies , était un sot livre. S’il était en effet aussi sot qu’il le dit, pourquoi a-t-il été assez sot pour l’injurier? Mais en opposition à son autorité , si , aujourd’hui , V autorité peut remplacer V examen y on a l’opinion de sir Astley Cooper, qui, avec sa candeur et son bon esprit ordinaires , a proclamé , sans hésitation , que ce livre était une œuvre de grande valeur. Or , quel esprit de bon sens songerait à comparer ces deux hommes ensemble. Astley Cooper, père de la chirurgie anglaise, et John Conolly , le médecin fou? Hypérion à un sa-
tyrePMais on ne saurait imaginer quels tours les rédacteurs de Revues médicales., sont dans l’habitude de jouer. Il n’y a pas long-temps, au surplus, que j’ai arrangé l’un d’eux d’une manière qu’il n’oubliera pas de sitôt. Le D.r James Johnson, s’il était là, comprendrait bien ce dont je parle , car il a fait l’analyse de mon ouvrage intitulé : Erreurs de l’art de la Médecine , comme il est enseigné dans les Écoles. Cet article fut publié dans la Revue médico-chirurgicale. Ce fut une affaire bien malheureuse pour lui, car si je disais quelle réplique j’ai faite à sa critique, on ne pourrait plus, désormais, l’entendre nommer sans rire. En revanche , pourquoi ne taille- t-il pas l’unité des maladies? Le rédacteur de la Gazette médicale avait eu , il n’y a pas long-temps, la prétention de rendre compte de cet ouvrage ; il ne l’a pas appelé , comme le D.r Conolty, un sot livre ; il a déclaré , au contraire , qu’il était profond et incisif ; toutefois, il a ajouté que ce n’était qu’une paille enlevée dans un moment heureux , lorsque le vent de l’opinion médicale tournait contre la manie de saigner > manie qu’il a fortement réprouvée. Je lui ai écrit pour lui demander comment il se faisait , puisqu’il en était ainsi, qu’il n’eût jamais blâmé cette pratique ; et pourquoi , s’il la croyait destructive dans ses effets , il avait permis , contre les sentiments d’humanité, que mes opinions restassent
sans mention dans ses pages, puisque, chaque année , mes critiques étaient placées sous ses yeux? Non-seulement il avait continué de remplir son journal avec des cas traités d’après la méthode sanguinaire, mais encore il avait présenté ces cas comme des modèles de la pratique. Il est vrai que dans deux occasions , où la personne qu’il citait était son ennemie , il avait insinué que le traitement employé par elle était mauvais; mais ces exceptions étaient des misères. Bien loin que mon ouvrage (ai-je ajouté) fût une paille qui montrât simplement de quelle manière soufflait le vent, je suis le premier qui ait eu le courage, seul, et en face de nombreux opposants, de faire souffler ce vent ; et, avant de mourir, je soulèverai encore un orage qui ne manquera pas de purifier l’atmosphère médicale de quelques-unes de ses impuretés et corruptions. Cette lettre n’attira pas le moins du monde l’attention de mon bon ami le rédacteur, chose , au reste, qui ne me surprit point , attendu que la Gazette médicale est bien connue pour être l’organe et l’appui du collège des médecins ; et les libraires qui la publient sont tellement esclaves de ce corps , qu’à peu près deux ans auparavant , quand je leur envoyai mon manuscrit de YUnité des Maladies , ils refusèrent de s’en charger à quelque condition que ce fût. Le rédacteur de la Gazette pourrait seul nous dire à quelle instigation cela eut-lieu, puisqu’il est
l’examinateur de tous les manuscrits sur la médecine , et par conséquent le plus exactement initié dans tous ces secrets particuliers. Gomme un bon serviteur sans doute, sa considération pour ses maîtres a été trop grande pour qu’il se permît de présenter au monde une telle censure de leur pratique. Avant de quitter cette matière, je dirai , en passant , que l’on me demande souvent pourquoi mes écrits n’ont jamais paru dans la Lancette , la Lancette qui parle si constamment et si éloquemment de sa politique réformatrice et libérale! Je pourrai peut-être en donner la raison : c’est que cet ouvrage périodique n’est que l’organe des apothicaires. M. Wakley, son propriétaire, fut, dans sa jeunesse, un réformateur libéral et lit beaucoup de bien dans cette position. Or, je ne dirai qu’un mot de lui, cave canem ! Sir Robert Walpole, après tout, avait raison lorsqu’il écrivait: — - La plupart des hommes ont leur prix. »
Pour revenir à l’inflammation , qui consiste en une augmentation de mouvement et une augmentation de température , elle présente les seules modifications de toute affection morbifique. Quelle soit appelée érysipéloïde, goutteuse, rhumatismale ou scrofuleuse, elle est toujours rémittente ; et, si l’on questionne le malade, il dira, dans la plupart des cas , que la rémittence fut précédée ou accompagnée d’un accès de froid ou de chaud , ou de l’un et de l’autre. L’inflam-
mation ne pourrait-elle donc céder au quinquina, à la quinine? Feu le D.r Wallace, de Dublin, a maintenu l’affirmative, s’appuyant particulièrement sur leurs bons effets dans cette inflammation désorganisatrice de l’œil qu’on nomme Yiriiisy et dans laquelle maladie il les préfère à tous les moyens routiniers basés sur la force d’une théorie que les docteurs ont, de temps à autre, recommandée comme anti-phlogistîque. Il nous dit que pendant une attaque de fièvre tremblante, Yiritis* avec une affection inflammatoire des autres portions de l’œil, se déclara chez une personne qu’il soignait. Pour la première maladie, c’est-à-dire la fièvre intermittente , il administra le quinquina, et ne vit pas alors sans surprise que l’emploi de cette substance avait , non-seulement fait disparaître la fièvre, mais encore Y affection inflammatoire de Y œil. C’est ce cas qui, dans le principe , le conduisit à soupçonner la fausse application de la saignée dans l’inflammation des yeux. Maintenant, je vous apprendrai ce qui m’a amené à avoir des doutes semblables sur son efficacité. Le chirurgien d’un régiment de Sa Majesté,, dans l’Inde, opéra une femme de la cataracte. Le lendemain, l’œil était très enflammé, il suivit la pratique la plus usitée et saigna la malade. Mais à peine avait-il lié le bras , que cette femme tomba en syncope, comme si elle avait été frappée d’un boulet de canon. Il ne par»
vint à la tirer de cet état qu’avec la plus grande difficulté, et ce ne fut qu’après quatre heures de soins et d’anxiété qu’il put la confier à ses domestiques ; car durant la plus grande partie de ce temps., lorsqu’il cessait de frotter les tempes, ou d’appeler autrement l’attention de son cerveau, par l’application de stimulants au nez et à la bouche, elle retombait dans une syncope qui ressemblait à la mort. Plus d’une fois il fut obligé d’enfler ses poumons pour l’empêcher de succomber Dans ce cas même la saignée ne guérit pas l’inflammation ; car, le lendemain, son œil fut plus douloureux que jamais ; et la pauvre femme, après avoir tant perdu de son sang (et personne n’osera dire qu’elle ne fut pas assez saignée) , n’en fut pas moins privée de la vue. Il y a déjà bien des années que j’eus l’occasion de voir ce fait ; mais l’impression qu’il a laissée dans mon esprit ne s’effacera jamais. Si cette femme était morte, tout le monde aurait pu dire même avec justice, que le médecin l’avait tuée avec la saignée, et cependant, le bon homme avait agi consciencieusement , selon la pratique qu’il considérait comme un devoir. On voit alors que la saignée, poussée aussi loin que possible , ne guérit ni l’inflammation , ni n’ empêche son développement ; et je fournirai des preuves de cette vérité, avant de terminer ce chapitre. En attendant, je dirai que ce qui peut conduire à ce résultat, est le quinquina et l’opium. Ge sont des remèdes
qu’il faut administrer avant tout autre moyen ; ils sont les plus propres à soulager l’inflammation après qu’elle est arrivée ; et leur influence utile sera plus généralement certaine dans le dernier cas, si l’on commence par un émétique, et qu’on attende que son action ait cessé avant de les faire prendre.
— « L’écorce du Pérou, disait Heberden, a rencontré plus d’objections qu’aucun des remèdes amers , dans les cas de grande inflammation , où une expectoration libre a de l’importance, parce qu’on présume qu’elle possède, au-delà de toute autre substance stomachique, despropriétés astringentes , et par conséquent le pouvoir d’arrêter l’expectoration. Mais tout cela paraît beaucoup plus plausible ; enseigné dans les Ecoles de Médecine , que démontré par l’attention donnée aux faits et par l’expérience. Le pouvoir incontestable et reconnu du quinquina dans les conditions les plus mauvaises de l’inflammation, lors même qu’il y a tendance à la mortification, fournit une réponse suffisante à la première objection ; et je l’ai administré abondamment moi-même , dans la petite vérole , sans diminuer sensiblement l’expectoration. »
Je fus appelé, il y a quelque temps, auprès d’un jeune gentleman , affligé d’une tumeur sous l’aisselle , qui s’étendait jusqu’au côté. La peau était rouge et chaude , et la tumeur si douloureuse,
qu’elle l’avait privé de tout repos pendant les trois nuits précédentes. Quoique la suppuration me semblât avoir commencé , j’ordonnai l’usage de la quinine , et fis appliquer un cataplasme sur la partie affectée. Ces moyens amenèrent une guérison parfaite en trois jours. Le malade avait été attaqué , dans le principe , de frissons et de fièvre qui revinrent par accès , mais qui disparurent par l’emploi de la quinine. Je ne doute pas que, dans ce cas, la matière n’ait été absorbée ; mais loin que cette absorption ait produit des frissons , ce qui, d’après la doctrine des écoles aurait dû avoir lieu , le résultat fut tout le contraire.
Je rapporterai actuellement un cas d’inflammation réelle, si du moins le mot a une signification quelconque , comme témoignage du pouvoir de l’opium dans le traitement de cette affection.
Un vieil officier, le major F. , du 89. e régiment d’infanterie, qui avait déjà perdu un œil, par suite d’une grave ophthalmie , eut l’autre œil attaqué d’une manière semblable , quoiqu’il eût observé le régime antiphlogistique le plus sévère. Il éprouvait une grande souffrance, accompagnée de rougeur et de palpitations. Je le trouvai la tête appuyée sur le dos d’une chaise et la figure indiquant une agonie extrême. Pendant dix nuits , m’assurait-il, il n’avait pu supporter une autre position ; et ce n’était seulement que vers la matin qu’il pouvait, accablé par la souffrance , obtenir quelque chose
qui ressemblait au repos. Ses douleurs commençaient à l’heure clu coucher, avec beaucoup de gravité, et leur rémittence avait lieu ordinairement l’après-midi. Trois grains d’opium, que je lui fis administrer une demi -heure avant le retour du paroxisme, lui procurèrent une nuit de sommeil profond , et le matin , à son grand étonnement , son œil était sans douleur et seulement légèrement vasculeux. Il avait été saigné plusieurs fois , on lui avait appliqué des sangsues , des vésicatoires , on l’avait purgé , tout cela sans le moindre soulagement, même temporaire; et cependant, chose incroyable , le médecin qui l’avait soigné se vantait de l’activité de son traitement !
Mais comment , me demandera-t-on , serait-il possible de guérir , sans saignée , la Pleurésie et la Pneumonie? Que sont la Pleurésie et la Pneumonie? Toute tendance rapide à un changement atomique dans la substance des poumons , de la douleur réelle et augmentation présumée de température , en même temps développée , est appelée Pneumonie , ou , vulgairement inflammation des poumons. Une tendance semblable dans les relations atomiques d’une membrane ( Pleura ) qui couvre les poumons , ou de cette portion qui est étendue sur la surface interne de la poitrine , est nommée Pleurésie. Or , les auteurs croyaient que c’était une belle chose de pouvoir distinguer la Pleurésie de la Pneumonie , mais ce n’est paspos-
sible; et qui plus est, si c’était possible, il serait, du moins en ce qui regarde le traitement, oiseux de s’en occuper. De telles distinctions ne peuvent conduire qu’à des disputes interminables , sans améliorer le moins du monde la pratique. Une chose toutefois dont je suis certain , c’est que lïme et l’autre maladie ne sont que les développements d’une fièvre intermittente et que toutes deux peuvent co-exister en même temps. Dans la Gazette Médicale > on rapporte un cas excellent de cette nature , et comme il fournit un exemple remarquable de ma doctrine et de mon traitement , je reproduirai ici les paroles de l’auteur. — « Les symptômes apparents chez le malade, étaient une respiration difficile , une toux sèche, une expectoration filandreuse , et un pouls plein. La maladie avait commencé par un violent accès de frissons , suivi de chaleur et d’une toux pénible. Chaque jour, vers midi, il y avait une exacerbation de tous ces symptômes commençant par de grands frissons, de la toux, des douleurs intolérables à la poitrine , un accès de suffocation > et finalement une transpiration. Au bout d’une heure le paroxisme était terminé. Une mixture ammoniacale fut d’abord administrée, et après cela deux grains de quinine chaque deux heures. Le lendemain , l’accès était à peine sensible ; le jour suivant il n’y en eut pas. Une observation digne de remarque , c’est que les symptômes de la Pleuro-pneumonie , qui conti-
nuaient partout , à un léger degré , durant les intervalles des paroxismes , disparurent complètement , dans un temps très court , par Teffet du sulfate de quinine. »
Quelles sont les personnes les plus sujettes aux inflammations de la poitrine? les théoriciens répondent que ce sont les travailleurs robustes et sains, et les gens trop exposés à l’air. Combien ces messieurs se trompent! S’il m’est permis de m’en rapporter à ma propre expérience, je peux affirmer que les faits sont tout-à-fait contraires à cette assertion. Les personnes atteintes de maladies de poitrine, que j’ai vues, étaient, pour la plupart, d’une constitution délicate, quelques-unes confinées dans des chambres rien moins qu’aérées, et le plus grand nombre affaiblies par la diète, par la saignée, ou par de précédentes maladies. Tout le monde a entendu parler de Louis, médecin de Paris, qui fit une étude particulière des maladies de poitrine. En parlant de ses malades, affectés de la consomption, qui devenaient sujets aux maladies Inflammatoires j il fait cette observation : — « Comme nous l’avons déjà remarqué dans la Pneumonie , l’invasion de la Pleurésie coïncide, chez un grand nombre de nos malades, avec les périodes d’une faiblesse extrême et de l’amaigrissement. » (Trad. de Louis, par le docteur Cowan.)
Maintenant, quel est le traitement ordinaire de la pleurésie et de la pneumonie? ne consiste-t-il
pas, presque entièrement, dans la saignée, l’abstinence et la purgation, avec des vésicatoires et quelquefois le mercure ? Mais quels en sont les résultats? rechutes ou répétitions des paroxismes de temps à autre; indispositions prolongées ; faiblesse toujours après; et mort le plus souvent. Même dans ces cas d’extrême débilité, Louis appliquait les sangsues! Que l’on compare actuellement le fait de la Gazette Médicale ^ que j’ai indiqué plus haut, avec le cas et le traitement de cet individu, dont le pouvoir omnipotent de faire rire tout le monde est encore frais dans la mémoire de plusieurs personnes. Je veux parler du célèbre Joseph Grimaldi, dont le nom seul excite le sourire; mais dans la circonstance que je vais rapporter, le pauvre paillasse, au lieu d’être en veine d’exciter l’hilarité, ne pouvait réclamer que de la sympathie. - — - « Le lundi 9 octobre, dit M. Charles Dickens, était le jour fixé pour la représentation au bénéfice de cet acteur; mais le samedi auparavant, il fut saisi d’une indisposition grave, qui se manifesta d’abord par une difficulté très pénible dans la respiration. On appela en aide un méde cin qui le saigna jusqu’à ce qu’il fût prêt à tomber en syncope. Il fut soulagé pour un instant; mais peu après il eut une rechute (n’est-ce pas une exacerbation?) et au bout de quatre semaines, il était à peine en état de sortir de chez lui. Un changement radical eut lieu, sans aucun doute,
dans sa constitution ; car, antérieurement cette à attaque, il n’avait jamais éprouvé un seul jour d’indisposition, tandis qu’après il n’eut jamais un seul jour de parfaite santé. » Si l’on fait attention que le médecin fut appelé au premier indice de la maladie, on sera amené comme moi à conclure que le changement de constitution de Grimaldi n’est point le résultat de la première attaque ellemême, mais bien le produit du traitement sanguinaire adopté dans cette occasion. Je ne sais pas, à présent , si l’on avait ajouté X avantage médical d’une abstinence complète; mais afin qu’il ne soit pas conclu que la durée de la maladie fut causée par l’inobservation de cette partie essentielle de la pratique antiphlogistique , je dirai, en passant, qu’on a vu souvent des inflammations des poumons, occasionnées par la faim. Témoin le verdict d’un juré, dans le cas d’un mendiant mort, il n’y a pas long-temps, dans la maison de refuge de White-Chapel. — « Le défunt est mort, dit le juré, d’une inflammation des poumons, résultant de l’exposition au froid et de la faim. » Ce verdict était parfaitement d’accord avec le témoignage du chirurgien de l’établissement.
Dans une maladie aiguë de la poitrine , soit qu’elle attaque simplement le pleura „ ou la substance intersticielle des poumons , ou X appareil musculaire des tubes respiratoires , le premier devoir d’un médecin est d’administrer l’émétique ;
car, bien loin d’agir exclusivement sur l’estomac , les médicaments de cette classe exercent aussi une influence primaire cérébrale d’où résulte alors un pouvoir puissant sur chaque membre et matière du corps. On peut, par des émétiques, changer les relations existantes de tous les atomes corporels, plus rapidement et plus efficacement que par tout autre agent également sûr du matériel médical. Chaque espèce de maladie de poitrine n’étant qu’un effet, ou le développement d’une fièvre, la chose qui devient un soulagement pour celle-ci, soulage également l’autre. La puissance des émétiques dans les fièvres ordinaires, ne saurait être niée par aucun médecin ; et la rapidité avec laquelle ces médicaments peuvent changer la condition d’une partie enflammée , peut être appréciée par leurs effets sur l’œil, dans les affections inflammatoires de cet organe. On n’a aussi qu’à les essayer dans les maladies de poitrine,, pour être convaincu de leur valeur inestimable dans les cas de ce genre. Ainsi, au lieu de vanter le bien temporaire obtenu , occasionnellement , par un coup de lancette, dans les inflammations de la poitrine, qu’on se rappelle plutôt le grand nombre de morts que l’on a remarquées, toutes les fois qu’il a été fait un usage trop libre de cet instrument ; sans compter de longues indispositions qui ont été la destinée de ceux qui ont pu échapper aux dangers réunis d’une maladie de
poitrine et d’une perte de sang. Quelle que soit l’influence favorable de la saignée, comme soulagement temporaire > elle est infiniment inférieure à ce qu’on peut obtenir de l’émétique, remède qui possède l’avantage additionnel de soulager le malade, sans le priver du pouvoir constitutionnel des principes de la santé. Son influence pour le garantir du retour des paroxismes , est aussi très considérable, tandis que la saignée, d’après toutes les expériences que j’ai vues, ne fait, au contraire, que prédisposer davantage le malade à ce retour.
Lord Bacon dit , dans ses œuvres , que si les disciples connaissaient seulement leurs propres forces , ils ne seraient pas long-temps à découvrir la faiblesse de leurs maîtres. Qu’est-ce qui l’a conduit à cette conclusion? Rien que le fait qu’il a été lui-même dupe de ceux qui l’instruisaient. Et pourquoi Descartes, s’est-il écrié aussi, que personne ne pouvait prétendre au titre de philosophe, à moins qu’on n’eût une fois, dans sa vie, douté de ce qu’on avait précédemment appris ? C’est que lui, comme l’autre , avait été aveuglé par de prétendus maîtres en philosophie. Mais on me dira , peut-être, que tout cela a eu lieu dans d’autres temps, que tout a bien changé depuis, que les professeurs d’aujourd’hui sont les hommes les plus éclairés et les plus respectables du monde ! Ils vont à l’église où ils sont des modèles de piété; on ne les a jamais surpris faisant un mensonge ;
ils sont exempts des passions de leurs semblables, et n’ont pas alors de motifs d’intrigues ni d’ambition ; enfin , ce sont de véritables anges! Maintenant, je désire que l’on sache de quelle manière la plupart de ces vénérables personnes obtiennent leurs chaires : les roueries , l’esprit de parti , la bassesse et l’hypocrisie les conduisent seuls à ce but. Si l’on examine un moment ces moyens , il est présumable qu’on ne soumettra plus aussi facilement son jugement aux rêves théoriques et aux illusions dont ces gens-là font métier. Jeunes gens, soyez hommes, et au lieu de prendre pour vérités d’évangile les doctrines incohérentes et absurdes que l’intérêt et l’intrigue ont posées dans les amphithéâtres académiques , usez de vos propres yeux , exercez votre propre raison et suivez le moyen que je vais vous indiquer, moyen par lequel vous apprendrez le meilleur traitement à employer dans les maladies inflammatoires de la poitrine , moyen qui ne pourra aucunement vous tromper. Prenez un certain nombre de gens malades de la Pleurésie ou de la Pneumonie ; soignezles, saignez-les , appliquez-leur des vésicatoires, purgez-les d’après les règles les plus orthodoxes , et faites tout cela de manière que vous ne puissiez être en état de dire , si la maladie continue , que c’est l’effet de la cause primitive , ou bien celui des moyens héroïques par lesquels les malades ont été tracassés durant leur indisposi-
tion. Prenez ensuite un nombre égal d’affligés des mêmes maladies , et traitez-les chrono-thermalement, c’est-à-dire commencez par un émétique , et lorsque vous aurez obtenu , par cette méthode, une rémission des symptômes , faites en sorte de prolonger cette période de rémittence, soit par la quinine , soit par l’opium ou l’acide liydrocyanique. Comparez après cela les deux modes ensemble. Si vous ne trouvez pas une immense diminution de souffrance et de mortalité par le dernier traitement , je consens à être stigmatisé par vous, comme un imposteur et un charlatan , en un mot , comme un homme qui attache plus de prix à propager l’erreur qu’à répandre la vérité. Rappelez - vous néanmoins , avant de commencer , que le système chronothermal a sur -tout, pour première supériorité sur tout autre , l’avantage de donner beaucoup de brièveté à la maladie et au traitement , circonstance qui, sans aucun doute, ne doit pas le recommander à ceux dont les émoluments sont gradués sur la durée de la maladie et la quantité de drogues administrées !
On me demande souvent comment je traite Y Entérite * ou inflammation des intestins, sans le secours de la lancette? Avant de répondre , je demanderai , à mon tour, si les médecins peuvent se vanter d’avoir obtenu quelque succès de la saignée, dans cette maladie ; et, dans l’affirmative,
pourquoi ils apportent tant de sollicitude à placer le système sous l’influence du mercure, ou pourquoi ils administrent la térébenthine dans le traitement ? N’est-ce pas parce que la nature du soulagement procuré par la lancette n’est que temporaire ou bien une déception, ou n’est, ainsi que je l’ai éprouvé moi-même, qu’un moyen nuisible dans la plupart des cas ? — « Les symptômes de l’Entérite , dit le docteur Parr, sont un frisson * avec un malaise dans les entrailles , qui se transforme bientôt en une douleur violente , rémittente occasionnellement, et devenant ensuite continue. Généralement, l’abdomen entier est affecté en même temps de douleurs spasmodiques, qui se prolongent jusqu’aux reins , et sont causées probablement par les vents. Le pouls est petit , fréquent, ordinairement doux, quelquefois dur, et, à la longue , irrégulier et intermittent. Les extrémités sont froides , la force diminue rapidement. » — « Peut-être , ajoute-t-il , la saignée est moins nécessaire dans cette maladie que dans toute autre inflammation ; car il y a une tendance rapide vers la mortification , et si la saignée ne soulage pas tout de suite, elle devient fatale. » Dans une lettre que j’ai reçue de M. Hume, l’un des officiers de santé du 43. e régiment, il dit : —
« Je suis convaincu que la Pneumonie et Y Entérite, maladies qui sont aujourd’hui l’épouvantail de la Faculté, doivent leur principale existence
aux remèdes employés dans les cas ordinaires , principalement la saignée et la purgation , qui sont pourtant si peu nécessaires. Je n’ai jamais vu un cas de l’une ou de l’autre de ces maladies (et j’en ai beaucoup vu) , dont le sujet n’eût pas été , ou le pensionnaire d’un hospice dans lequel il avait subi le régime antiphlogistique accoutumé, ou l’habitant d’un climat très chaud, qui l’avait rendu débile. » Or, ceci est le langage d’un médecin expérimenté de l’armée, qui n’a aucun intérêt à servir, et qui n’accepterait pas une existence privée dans la société , si on la lui offrait. Son témoignage est donc , pour le moins , aussi digne de croyance que celui de ces gens dont le pain quotidien dépend de la durée et de l’étendue des maladies qui les entourent. Je rapporterai aussi un fait de ma pratique personnelle , dans le traitement de l’Entérite. Un soir, je fus prié de me rendre auprès du majordome de la duchesse douairière de Roxburgli; je le trouvai avec une douleur extrême dans l’abomen , sensible au toucher ; la langue était chargée, le pouls dur et la peau chaude. Il me dit qu’il avait eu plusieurs frissons , que la douleur avait été intermittente dans le principe , et plus tard continue. Il avait vu le matin un médecin qui lui avait ordonné de la térébenthine et du calomel., preuve que le médecin considérait ce cas comme une inflammation des entrailles. Le malade n’ayant obtenu
aucun soulagement, je fus appelé. Je lui donnai
un émétique , et je me retirai au salon pour attendre le résultat. Vingt minutes après , je revins à son chevet. Le vomitif avait agi si puissamment, qu’il pouvait déjà, sans douleur, se retourner dans son lit , ce qui lui était impossible auparavant. J’administrai ensuite l’acide prussique et la quinine. Dans peu de jours il fut parfaitement remis. Au lieu de se livrer à des réflexions théoriques contre cette manière de traiter l’inflammation des entrailles, j’engage les membres de la Faculté à la mettre à l’épreuve. Il est impossible qu’ils aient moins de succès avec cette nouvelle méthode qu’avec l’ancienne , et l’on sait combien ils se vantent , lorsqu’avec cette dernière ils sauvent la vie à un malade.
Je vais entrer à présent avec détail dans l’examen de la saignée.