‹ Erreurs des médecins, ou système chrono-thermalChapitre 2 sur 74 · SOMMEIL. — MALADIES ET LEURS TYPES. — CAUSES · texte numérisé non relu

SOMMEIL. — MALADIES ET LEURS TYPES. — CAUSES

Nous assistons journellement à la marche de l'intelligence, aux progrès ou à la perfection des diverses branches de la science ; mais nous ne voyons pas la médecine s’avancer simultanément avec les autres connaissances humaines. Est-elle trop en arrière, ou se précipite-t-elle trop en avant des améliorations? Cette question est de nature à être résolue de plusieurs manières. Les hommes irréfléchis qui professent la médecine, peuvent

penser qu’elle a atteint un très haut degré ; peut-être même le doute que j’exprime ici est-il capable d’amener le sourire sur les lèvres de ceux qui supposent qu’il n’y a point a discuter sur un fait depuis long-temps établi ; mais ces derniers s’appuient évidemment sur deux considérations erronées : l’une est la vanterie habituelle et le peu de conscience de ceux qui enseignent; l’autre est le mensonge que propage sans relâche la presse médicale. Les publications de l’époque ne sont en effet qu’un miroir réfléchissant l’esprit de parti, que des organes, plus ou moins bruyants, qui cherchent à repousser toute tentative qui pourrait compromettre les intérêts des coteries et les doctrines des écoles. Sir William Kmghton, médecin de George IV et praticien renommé , joignait à l’expérience du monde toute la sagesse et le savoir que comportait alors l’exercice de la médecine. Je me plais donc à faire connaître l’opinion qu’il a exprimée à la fin de sa carrière :

« S’il est quelque chose d’étrange, a-t-il dit,

c’est de voir que tous les arts et les sciences ont marché avec le temps , tandis que la médecine est restée presque stationnaire , comme si on lui avait imposé de respecter ses antiques errements. Elle semble s’être condamnée à ne jamais franchir ses vieilles limites, quoique cependant des études anatomiques mieux entendues , une matière medicale plus élargie , et des expériences chimiques

perfectionnées , lui aient ouvert une voie spacieuse. » Cette loyale déclaration d’un illustre médecin est une autorité à laquelle j’aime à rallier mes propres opinions. Je citerai aussi le célèbre docteur Bailiie, de qui son contemporain Grégory a dit : — « il ne connaît rien hormis la médecine. » C’est-à-dire qu’il la cultivait à l’exclusion de toute autre chose. Eh bien ! voici ce que pensait ce praticien. Tant qu’il soigna des malades dans le monde, il laissa à la multitude toute son admiration pour Fart de guérir*; mais lorsqu’une fortune assez considérable lui permit de se confiner dans la retraite , il ne se fit plus de scrupule de déclarer qu’il n’avait aucune foi dans la médecine, ni dans quelque doctrine que ce fût. Il n’avança pas précisément que lorsqu’il avait administré de l’opium, il n’avait pas produit le sommeil; qu’avec le mercure n’était pas survenue la salivation ; et que la rhubarbe n’était pas purgative; mais il confessa qu’il ne pouvait rien préciser de la manière dont ces substances agissent, ni définir le principe en vertu duquel on peut les employer avec plus ou moins de certitude. Maintenant, apprenez-moi ce que vous pensez d’un nautonier qui parie ainsi lorsqu’il tient le gouvernail et le compas? Dites-moi si celui qui n’a aucune créance dans les instruments dont il fait usage, est un guide à qui l’on puisse confier un esquif? N’est-il pas rationnel, au contraire, d’en déduire qu’il

n entend rien à la profession par laquelle il gagne sa vie? Le docteur Baillie n’en a pas moins prospéré, parce que la grande masse des hommes mesure l’habileté des médecins , uniquement sur leur degré de réputation ; oubliant en cela la remarque de Shakespeare, qu’un nom ne constitue pas plus le mérite, qu’il n’atténue un défaut. Quel qu’ait été au surplus le succès du docteur Baillie , sa déclaration n’en est pas moins précieuse ; et l’argent qu’il a gagné infirme ce que Johnson écrit dans sa Yie de Akenside. — « Qu’un médecin, dans une grande ville, est le jouet de la fortune, attendu que ceux qui l’emploient ne connaissent pas plus son savoir, que ceux qui le rejettent ne sont à même d’apprécier sa nullité. » On pourrait très naturellement se demander comment le docteur Baillie a pu , dans cet état d’ignorance ou d’incertitude, conserver pendant une aussi longue période sa position élevée vis-àvis du public? Yoici la réponse: d’abord sa profession en imposait ; et chacun de ceux qui l’écoutaient étant également dans l’ignorance , se laissait facilement subjuguer par sa grande prétention de sagacité , et par l’extrême aisance avec laquelle il employait son interminable fatras de jargon médical, jargon que nul ne comprenait, mais que nul aussi ne prenait pour une dérision, et que tous prétendaient comprendre. Le docteur Baillie était homme du monde, et il savait tout

l’avantage qu’on peut tirer des deux faiblesses de ce inonde : l’ignorance et la vanité. Lorsque les apothicaires le prônaient, il louait à son tour leur habileté et favorisait leurs intérêts. De l’attention pour ces intérêts , c’est-à-dire la prescription d’un grand nombre de médecines , est un moyen infaillible de succès pour un docteur de Londres. En imposer d’ailleurs au genre humain, c’est courir à la fortune, de même que chercher à faire disparaître l’erreur qu’il a long-temps caressée , c’est vouloir se ruiner. Gomment la découverte de la circulation du sang fut-elle accueillie? Harvey fut persécuté durant toute sa vie ; ses ennemis , par dérision , l’appelèrent le circulator (circulateur) , mot dont l’origine latine signifie vagabond ou charlatan ; et il succomba sous leurs efforts, tandis que , sans leurs machinations réunies , il eût réussi à étendre sa pratique. Tout le monde sait que lorsqu’un membre est amputé, les chirurgiens préservent le malade, en liant les artères, d’une hémorrhagie qui le conduirait à la mort. Avant le règne de François I.er, l’opérateur avait l’habitude d’arrêter l’émission du sang, au moyen d’une application de poix bouillante sur la surface de la plaie. Ambroise Paré introduisit la ligature pour remplacer cette espèce d’emplâtre : le premier il lia les artères. Quelle fut la récompense d’Ambroise Paré? Il fut hué, vilipendé par la faculté de médecine , qui ridiculisa son idée de

faire reposer la vie d’un homme sur un fil, quand la poix bouillante avait déjà subi l’épreuve des siècles. En vain il plaida contre l’imperfection de l’ancien procédé; en vain il montra la supériorité de la ligature. Rarement les corps savants reconnaissent du mérite dans un adversaire, et l’Académie continua à persécuter Ambroise Paré avec la plus implacable rancune. 11 n’est pas un médecin, aujourd’hui, qui veuille contester l’importance de l’antimoine dans la pratique? Qui en a le premier préconisé l’usage? Paracelse. Mais Paracelse n’était pas membre du collège des médecins de Paris, et les docteurs parisiens, fidèles aussi aux règles de leur ordre, s’opposèrent à l’introduction de l’antimoine , prétextant que son emploi était un crime. Ce crime, il fut légalement qualifié, car le parlement, à l’instigation du collège, rendit un arrêt qui infligeait une peine à qui prescrirait ce médicament. C’est aux Jésuites du Pérou , que l’Angleterre protestante doit l’inestimable quinquina. Comment l’Angleterre protestante accueillit-elle ce don des Jésuites? Elle le considéra comme un remède papiste, et repoussa cette drogue qu’elle proclama être de l’invention du père des papistes , c’est-à-dire le Diable. En 1693, le docteur Grœnvelt signala la puissance des cantharides, pour la guérison de l’hydropisie. C’était une excellente affaire pour le docteur Grœnvelt ! Excellente en vérité. Mais il n’eut pas

plus tôt commencé à donner de la publicité à son remède, qu’il fut enfermé à Newgate, par ordre du président du collège des médecins, pour avoir prescrit de faire emploi intérieurement des cantharides. Rougissez, aujourd’hui, membres du savant collège! Car votre président actuel, sir Henry Halford, est un humble imitateur du pauvre Grœnvelt ! Avant la découverte de la vaccine, l’inoculation delà petite vérole fut admise, comme devant beaucoup affaiblir les effets de cette terrible maladie. On en doit la première pensée à lady Mary Montague, qui avait été témoin de son succès en Turquie. Heureuse Lady Montague ! Son rang , son sexe , sa beauté , son esprit , devaient sans doute concourir à assurer un bon accueil au mémoire qu’elle répandif! Eh bien! Ecoutons lord Wharncliffe , qui a écrit la vie de cette dame , et dont l’histoire confirme cette terrible vérité , que la persécution a toujours été et sera toujours la récompense des bienfaiteurs de l’humanité. — • « Lady Mary, dit sa seigneurie, protestait que, durant les quatre ou cinq années qui succédèrent immédiatement à son retour dans ses foyers , elle avait rarement passé un jour sans se repentir de sa patriotique entreprise ; et elle répétait souvent quelle se serait bien gardée de propager ce qu’elle avait appris, si elle eût pu prévoir les vexations , la persécution et même la médisance auxquelles elle se mettait en butte. »

Les clameurs soulevées contre son opération , et par suite contre elle-même , furent portées en effet au delà de toute croyance. La faculté, se levant en masse comme un seul homme, prédit à la nouvelle pratique les plus désastreuses conséquences ; le clergé, du haut de la chaire, cria à l’impiété et chercha à signaler cet événement comme en dehors du domaine de la providence; et la populace, excitée contre lady Montague, alla même jusqu’à prétendre qu’elle avait exposé la vie de son propre enfant. Nous lisons cependant dans une Biographie médicale , que cette découverte fut instantanément bien reçue et la méthode adoptée par les principaux praticiens. Il est vraisemblable que ce fait fut ainsi enregistré, parce que toutes les fois qu’une invention ou un projet a réussi, il se trouve des personnes qui en font un moyen pour elles-mêmes et pour se donner une certaine réputation. Plus le peuple est convaincu qu’une chose a été favorisée dès le commencement, et mieux il accorde sa confiance à ceux qui lui recommandent cette chose. Mais que dit à son tour lady Montague , de ce fait et de cette époque? Que les quatre médecins, désignés par le gouvernement pour veiller aux progrès de l’inoculation de sa fille, laissèrent nonseulement percer leur incrédulité quant au succès, mais apportèrent une telle répugnance à la voir réussir, un esprit si évident de rancune et de

malignité, qu’elle ne voulut jamais laisser l’enfant seul avec eux une seconde, de peur qu’ils n’employassent quelque secret moyen pour le faire souffrir.

Gomment encore la glorieuse découverte de l’immortel Jenner fut-elle reçue ? La vaccination ! Comme toutes les autres : avec ridicule et mépris. Non-seulement Jenner fut persécuté par le collège royal des médecins ; mais les plus pédants du plus pédantesque des corps , refusèrent de lui donner la licence nécessaire pour pratiquer sa profession à Londres , parce que , homme d’action et non de paroles , il s’était refusé à subir devant eux , comme un écolier, un examen de grec et de latin. La Religion et la Bible devinrent aussi des machines d’attaque contre lui ; et Errhman , de Francfort , se plaça sur le terrain de celle-ci , pour diriger ses principales accusations contre la nouvelle pratique. Il entreprit gravement, à force de prophéties empruntées à l’Écriture , et de citations des pères de l’église , de prouver que la vaccination était le réel antéckrist ! Comment s’étonner après cela que la médecine ait fait si peu de progrès , lorsque ceux-là seuls font fortune , qui ne connaissent que le jargon et les absurdités qui, avec le vulgaire, passent pour de la science médicale ? Vous voyez encore aujourd’hui , de vos propres yeux , ce que Salomon voyait luimême , il y a deux mille ans, que sous le soleil *

il n’y a ni pain pour le sage „ ni richesses pour les hommes d* intelligence ^ ni faveurs pour ceux qui ont de l’habileté.

Les anciens s’efforcèrent d’élever la médecine à la dignité de la science, mais ils faillirent. Les modernes , avec plus de succès , se sont efforcés de la réduire au niveau d’un métier. Tant que la fortune des médecins dépendra de la quantité de drogues qu’ils infligeront impitoyablement à leurs dupes ; tant que les chirurgiens resteront de simples mécaniques ; tant que les médecins ne seront autre chose que les marottes des apothicaires; tant que le terrible système d’ escamotage et de charlatanisme prévaudra dans nos cités ; l’art médical sera toujours un instrument de destruction , un but pour le ridicule que lui infligera celui qui aura du discernement. Les hommes d’esprit, de tous les temps et de tous les pays, se sont toujours égayés aux dépens des médecins; ils ont dirigé contre la médecine toutes les flèches de leur satire ; et dans les nombreuses aberrations ou inconséquences des professeurs, ils ont trouvé amplement matière pour tracer leurs scènes les plus comiques. Molière , qui fut si long-temps la terreur des apothicaires de Paris , fait dire à l’un de ses personnages : — « Appelez un docteur: si vous ne goûtez pas sa médecine , vous en trouverez bientôt un autre qui condamnera le remède. » Rousseau montrait aussi la défiance que lui in-

spirait la faculté , lorsqu'il disait : — « La science qui nous instruit et la médecine qui nous guérit, sont choses excellentes , certainement ; mais la science qui fourvoie et la médecine qui tue , sont également choses excécrables : enseignez -nous comment on les distingue ? » Dans les premiers temps de sa vie , lord Byron eut une fièvre violente. Il se guérit avec de la tisane d’orge, et en refusant de voir son médecin. Telle fut du moins sa réponse à un ami à qui il rendait compte de sa maladie. Lorsque, plus tard, sa seigneurie fut contrainte à subir un traitement plus orthodoxe, pour line attaque précisément semblable elle ne put s’en sortir aussi heureusement. On peut déduire de cette circonstance, qu’il faut toujours une victime à l’erreur, c’est-à-dire à l’art médical que l’on professe dans nos écoles.

Les grandes autorités en médecine furent tellement en contradition sur chaque sujet médical, que je ne connais pas une maladie sur laquelle deux membres de ce corps souverain aient eu une opinion analogue. Prenez la consomption pulmonaire, par exemple : — «Un médecin (Stohl) attribue la fréquence de cette maladie à l’introduction du quinquina. Un autre (Morton), au contraire , considère cette substance comme un excellent remède. Un troisième (Beid) atteste qu e l’usage du mercure engendre cette maladie, tandis qu’un quatrième (Brissonet) affirme qu’elle

est seulement guérissable par ce minéral. Un cinquième (Rush) dit que la pulmonie est une maladie inflammatoire , qui doit être traitée par la saignée , la purgation , les rafraîchissants et la diète,, pendant qu’un sixième (Salvadori) prétend que c’est un état d’atonie , qui ne peut être attaqué que par les toniques, les stimulants et une nourriture substantielle. Galen recommande le vinaigre comme le meilleur préservatif de la consomption pulmonaire, et Dessault et plusieurs autres sont d’avis que cette affection provient principalement de l’abus que les jeunes gens font du vinaigre pour se préserver de l’obésité. Le docteur Beddœs prescrit la digitale , comme un spécifique puissant dans la pulmonie ; et le docteur Parr, au contraire , est convaincu que cette plante est d’un emploi préjudiciable dans cette maladie *. »

Maintenant, que faut-il déduire de tout cela? Non pas, comme on pourrait être tenté de le croire, que la science est toujours erronée ou incompréhensible, mais bien que ceux qui l’enseignent négligent , pour la plupart , de s’attacher à connaître les véritables principes en vertu desquels les remèdes agissent, et la nature réelle des maladies qu’ils traitent cependant avec tant de hardiesse. Quel est le résultat ordinaire de l’igno-

i Sir Arthur Clarke.

rance et de l’incertitude en médecine? Les écrits de Frank nous l’apprennent : — « Des milliers de malades sont massacrés avec calme dans leur chambre. Les gouvernements devraient tout d’un coup bannir les médecins et leur art, ou prendre des mesures pour que la vie du peuple fût moins en péril qu’aujourd’hui ; et loin de là, ils surveillent moins les pratiques dangereuses de cet art et les meurtres commis par elles , qu’ils ne le font pour les plus vils trafics. »

Nous savons de l’ingénieux John Brown , qu’il gaspilla plus de vingt années en travaux et recherches en médecine. Les cinq premières années furent employées à écouter et à étudier ensuite ce qu’il avait appris, et sa foi lui fit penser qu’il était en possession de la science , comme on l’est d’un véritable héritage. Les cinq années qui suivirent se passèrent pour lui à se rendre un compte bien rationnel de ce qu’il avait entendu ou lu, et à donner un poli plus délicat à ce qu’il savait. Durant un espace égal, son esprit se refroidit insensiblement; et, comparant les hommes éminents avec ceux qui n’étaient que vulgaires , il se mit à déplorer que l’art de guérir ne fût que conjectural et incompréhensible. Ce temps s’écoula donc sans l’acquisition d’aucun avantage, ni sans obtenir rien de ce qui de toutes choses est le plus agréable à l’intelligence, c’est-à-dire, la lumière de )a vérité; et la plus grande et la plus précieuse

portion de l’existence passagère de l’homme fut ainsi perdue pour lui. Parvenu seulement entre ses quinzième et vingtième année d’études, il était comme un voyageur égaré, pendant la nuit, dans une contrée inconnue, courant après la plus faible clarté et impatient de voir l’aube du jour poindre sur lui.

Il était dans ma destinée de me trouver ébranlé de bonne heure , par le peu de concordance qui règne dans les doctrines, pour expliquer les maladies et leur guérison. Je me déterminai aussi à lire sur-tout dans le livre de la nature, et à l’interroger plutôt par la lumière du sens commun que Dieu a placé en moi , que par l’examen fallacieux des commentateurs. Cette investigation m’a amené à voir avec un esprit bien différent de celui que j’avais apporté à mon entrée dans les écoles de médecine , pour arriver à la vérité. Durant mon noviciat, je m’étais abandonné à la foi la plus implicite en mes maîtres ; j’eus ensuite à me mettre en garde moi-même, et contre un trop rigoureux scepticisme sur les faits signalés par eux , et contre un trop grand mépris de leurs doctrines. Ainsi que lord Bolingbroke , j’ai pu dire avec raison : — « Peu d’hommes en ont consulté d’autres , à l’état de vie et de mort , avec moins de présomption et avec un plus grand esprit de docilité que je ne l’ai fait; et plus j’ai consulté , moins j’ai pu arriver à cette conviction

intime sans laquelle l’esprit ne peut absolument se trouver en repos. J’avais d’abord pensé que la faute en était à moi et que je ne pouvais me méfier de mes maîtres, qui sont gens de grands noms, anciens et modernes; puis, en définitive, je me suis arrêté à cette conclusion qu’il valait mieux avoir confiance en moi-même qu’en eux, et qu’il était plus sûr de m’aider de mon propre entendement , que d’errer avec eux dans un ignés fatui philosophique. »

Après un long et laborieux examen de la nature, dans cet esprit , je suis parvenu à pouvoir offrir une doctrine sur les maladies , laquelle comprend l’unité des principes et l’universalité des applications. Établie de bonne foi, elle n’a pas seulement pour objet de propager une théorie en contradiction avec celles des diverses écoles , mais bien de fonder une supériorité telle dans la pratique, qu’elle parviendra à délivrer la médecine et les médecins, de la satire, si ce n’est du mépris, dont la portion pensante du public les accable.

L’objet du présent livre est de prouver I’unité ou identité de toute action morbide , et l’unité et identité de la source , du pouvoir et des agents variés par lesquels elle peut être causée ou guérie. — « L’univers , dit un célèbre étranger, doit paraître, à celui qui possède assez de compréhension pour l’examiner à la simple vue , comme

un grand fait , line immense vérité. » C’est aussi dans le même esprit que sir James M’intosh fait observer — « que la logique de l’entendement fait découvrir l’identité dans les faits qui paraissent les plus dissemblables , et permet de les lier en un système que l’on croirait d’abord sans connexité , et contraire aux résultats de l’expérience. »

Le système le plus parfait est toujours celui qui peut rassembler et concentrer le plus grand nombre de faits dans la sphère du sujet. C’est en quoi consiste pricipalement la gloire de Newton , dont la découverte ne repose que sur des démonstrations d’un ordre peu élevé. Cependant , comment cette découverte fut-elle accueillie ? Voici ce qu’en dit le docteur Chalmers : — « L’autorité se montra dédaigneuse pour elle * le goût en eut répugnance ; la fashion en fut honteuse ; et toutes les belles spéculations des jours précédents furent cruellement en émoi à l’apparition de cette nouvelle philosophie qui jetait au vent les fragments d’une vision aérienne , sur laquelle les générations passées s’étaient endormies dans une agréable et profonde rêverie. » Pendant dix siècles, la fausse philosophie d’Aristote a retenu esclaves les esprits de l’Europe civilisée , puis elle s’est dissipée et a péri. Ainsi le temps même n’est pas la sauve-garde d’une doctrine, pas plus qu’il n’est un moyen sur pour l’apprécier. A la na-

ture , à l’éternelle nature , il faut que la vérité fasse toujours son premier et dernier appel. D’après cette unique considération, je pense que le nouvel édifice médical que j’ai tenté d’ériger sur les ruines et les rêveries. du passé, peut être mis à l’épreuve ou en pratique, jusqu’à ce qu’il se présente dans le monde des faits plus positifs et en désaccord avec les principes que je vais établir. Je dois faire remarquer, au surplus, que mon innovation ne saurait m’être imputée comme un crime. Hippocrate, Galien , Boërliave et Cullen, géants de la médecine en leur temps, étaient tous des innovateurs , même des révolutionnaires dans l’art médical. L’innovation que je propose , différente de celle de quelques-uns de mes prédécesseurs , est dégagée sur-tout de l’accusation d’être douloureuse ou sanguinaire dans ses caractères; et les agents qu’elle repousse, sont sur-tout les sangsues, la lancette et les ventouses. Nous allons entrer actuellement dans le développement de ce nouveau, mais système naturel.

L’homme, qui possède la plus grande puissance de réflexion et d’action , puissance que l’on désigne sous le nom d’intelligence et d’esprit, et qui le place au-dessus de tous les animaux , est cependant inférieur à plusieurs d’entre eux, dans ses relations avec une foule de choses immédiates, c’est-à-dire , avec ce qui se passe autour de lui.

Ainsi , l’aigle est doué d’une vue plus perçante ; l’ouïe de la taupe est plus sensible; le chien et le vautour perçoivent des odeurs qui sont entièrement inappréciables par lui ; et les animaux mêmes qui sont affranchis de l’état sauvage, ont les sens du goût et du toucher plus parfaits encore qu’il ne les possède. Dans la faculté de la perception, les bêtes semblent donc l’emporter sur lui; et la sagacité de l’éléphant, la prévoyance de la fourmi, et l’édifice qu’habite le castor, lui prouvent que sa grande supériorité sur eux consiste principalement dans la formation d’un cerveau plus complet , avec un développement relatif de facultés intellectuelles. Toutefois , les rudiments de ces facultés diversement développées, doivent être considérés comme les chaînons de la grande chaîne des êtres animés, dont l’homme est incontestablement le chef. Dans toutes les variétés de races qui habitent le globe, que ce soit dans leur configuration interne ou exterme , nous reconnaissons des traits d’affinité. Ainsi il ne faut pas considérer, même l’être le plus chétif, comme indigne de notre examen , puisque chaque production organique du commun créateur, n’est qu’une même matière dont le type se rencontre aussi pour l’homme dans le sein de sa mère. La forme du fœtus , qui participe de la nature du végétal, du ver, du poisson et du reptile, a progressivement élevé les échelons de l’échelle , pour

atteindre, dans une entière plénitude, l’organisation de l’enfant parfait. Le corps de celui-ci, de même que cela a eu lieu pour les autres êtres, croît , s’affaiblit et meurt. Lorsqu’il est lésé dans quelqu’une de ses parties il a le pouvoir ou de réparer ou de reproduire , et cette faculté extraordinaire est d’autant plus grande , qu’elle s’achemine vers les derniers degrés de l’échelle. Ainsi, par exemple , dans le crabe et le homard , un ou plusieurs membres peuvent être réparés et reproduits ; dans le ver, la génération de la moitié du corps est possible; tandis que chez l’homme, le plus élevé dans la chaîne, il n’y a que des portions très restreintes de son tissu , qui puissent être offensées et réparées. Après cela , la maladie et la mort sont le partage de tous les êtres ; et pour bien mettre à portée de comprendre l’un et l’autre, je ferai d’abord connaître ce qu’est la santé.

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