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DE LA GOUTTE

Que veut dire la Faculté de notre temps, en parlant de la Goutte? Crabbe, qui avait étudié la médecine et y renonça de bonne heure pour entrer dans les ordres, nous dit, en parlant des docteurs de son époque :

« One to the goût contracts ali human pain ,

He views it raging in the frantic brain ,

Finds it in fevers ail his efforts mar.

And sees it lurking in the cold catarrh s. »

Il paraît donc que la goutte pourrait être tout ce que l’on voudrait, puisque cet enfant de Nox et à’ErebuSj ce vox et prœterea nikil > prend toutes les formes de Protée qui conviennent aux au--

1 Le vulgaire s’étonne, lorsque la fantasmagorie s’évanouit dans l’air !

L’un, dans la goutte, renferme toutes nos douleurs : il la voit furieuse ! Dans le cerveau d’un fou ; il la trouve, s’opposant à tout son art, dans les fièvres ; et c’est encore elle qu’il rencontre , cachée dans le froid catarrhe.

teurs qui traitent ce sujet. J’aflirme à tous ceux qui s’y intéressent que rien ne peut conduire aussi vite un praticien à se procurer une voiture, que d’écrire un livre ayant pour titre : Là goutte, attendu que cette maladie étant aristocratique, tout parvenu s’empressera de l’avoir. On ne saurait faire la cour d’une manière plus agréable à un nouveau titré, ou à un marchand retiré., qu’en lui disant qu’il est affligé de la goutte, — goutte rentrée, — goutte rétrocédante, — goutte par-ci, goutte par-là. Et qu’est-ce que la goutte ? C’est

« Of ail our vanities the motliest —

The mer est worcl that ever fooîed the ear.

Front ont the schorlman’s jargon 1 ! » Byron.

Sérieusement, y a-t-il une maladie telle qu’on définit la goutte ? Il semble qu’on ne peut employer ce terme que comme une fiche pour compter. Appréciant ainsi sa valeur, on saura que ce n’est autre chose qu’un argot scolastique, inventé par des hommes qui ne sont pas mieux fixés sur la nature des maladies que les ignorants auxquels ils veulent enseigner. Lorsqu’un homme ou une femme d’un certain âge se plaint d’un gonflement douloureux dans quelque petite jointure de la main ou du pied, on peut dire, pour peu que cela fasse plaisir j que le malade a la goutte. Si la même es-

1 De toutes nos vanités la plus bigarrée ; le mot le plus insignifiant du jargon des écoles, qui ait jamais sonné à l’oreille.

pèce de gonflement se présente au genou ou à la hanche , ou si elle prend la forme d’un gland > ou rend le nez rubicond, on change alors le nom, et de la sorte on arrive facilement à composer un volume pour distinguer ces affections les unes des autres. Cependant, puisque le baptême donné à chaque situation locale n’aide en aucune façon à guérir le désordre, ne serait-il pas plus simple de convenir que cette tumeur, comme toute autre des maladies auxquelles l’homme est sujet, est nonseulement le développement d’un désordre constitutionnel, mais encore que cela arrive par accès ou paroxismes. Or, on trouve toujours cet accès, soit dans un cas parfaitement périodique dans ses retours, soit dans celui qui se montre moins régulier dans ses approches. Le résultat de paroxismes souvent répétés, là où il y a grande chaleur et gonflement, doit nécessairement indiquer une tendance à la décomposition ; et alors le produit est en général un dépôt de matière crayeuse ou terreuse. Dans ce cas , personne ne disputera sur le nom que l’on donne à la maladie; mais si la décomposition fournit de la matière purulente ou de Yichor au lieu de craie et de terre, ce qui ne peut se deviner d’avance, on ne doit pas s’étonner si quelque autre praticien n’arrive pour lui donner un nouveau sobriquet, pour lui imposer une autre combinaison phonique, tout aussi indéfinissable que la première, et qui pourrait être

l’objet d’une discussion, depuis le commencement d’une année jusqu’à sa fin, sans qu’aucun en devînt plus savant. On voit donc que la différence entre ce qu’on appelle goutte et inflammation > est que, dans le premier cas, le résultat de Faction morbifique devient un dépôt terreux au lieu d’être purulent, c’est-à-dire un dépôt solide au lieu d’être fluide. On peut se rendre compte de cette différence, et par la prédisposition héréditaire, et par l’âge des personnes. Gomme les jeunes plantes contiennent plus de sève que les vieilles, il s’ensuit qu’il existe des nuances entre leurs maladies; et bien que l’on trouve dans le sang de l’homme vieux, ou de moyen âge, les mêmes principes élémentaires que dans celui de la jeunesse, ces éléments néanmoins, se rencontrant dans des proportions qui ne sont pas les mêmes, doivent, mu tatis mutandisj être différents.

Quelles sont les causes de la goutte ? Chaque auteur donne une opinion diverse. Le D.r Henry Holland, l’un de ceux qui ont écrit le plus récemment sur ce sujet, dit que la goutte provient d’un ingrédient morbide qui se trouve dans le sang, et il ajoute qu’on ne saurait le nier. Eh bien! nonseulement je nie la vérité de son assertion ; mais je le défie de nous offrir la plus petite preuve pour la soutenir. Toute sa théorie sur la goutte n’est que fallacieuse, et si l’on se donne la peine d’interroger le malade , il répondra presque tou-

jours que, peu avant le premier accès, il avait, ou trop bu j ou avait été mouillé y ou exposé au vent d’Est, ou bien tracassé par quelque trouble domestique. On voit que la cause de la goutte peut être tout ce qu’on voudra, et que, à l’exception de la petite-vérole et des fièvres contagieuses , la même cause peut produire une foule de maladies. Un accès de goutte a souvent été occasionné par une perte de sang ou une purgation , et j’ai, pour l’affirmer, l’autorité de Parr et de Darwin.

Maintenant, quel est le remède? Si l’on me parle de spécifique, je répéterai qu’il n’en existe pas; et, qui plus est, l’homme qui entend son métier, ne songe jamais*à en chercher pour quelque maladie que ce soit. Les remèdes pour la goutte sont ceux qui guérissent d’autres maladies , c’est-à-dire qu’il faut faire attention à la température pendant Y accès, et appliquer, pendant la rémission j les remèdes chrono-thermaux. La goutte , en effet , est , ainsi que la fièvre , une maladie périodique. Telle était l’opinion de Sydenham, qui en fut victime pendant la moitié de sa vie; et il n’est pas nécessaire de s’appuyer aussi du dire du D.* Johnson dans son Dictionnaire. L’expérience établit que la goutte arrive, comme la fièvre, accompagnée de frissons; et si les esprits, trop préoccupés des théories des écoles, hésitaient à me croire, je leur citerais encore Darwin. En parlant de certaines maladies, il

ajoute : — « Après quelques jours, les malades étaient affectés de frissons, comme dans les accès de fièvre, et la goutte se portait dans leurs pieds. » Pour repousser cette maladie, il faut la traiter purement et simplement comme une fièvre; et avec la quinine, l’arsenic, l’opium et le colchique, je l’ai guérie bien des fois. Cependant, la vérité m’oblige à déclarer que je n’ai pas toujours réussi. Que pourrait-on dire de plus de toute espèce d’affection? Une parfaite unité dans le type de toutes les maladies est chose indisputable , et je n’ai pas le moindre doute non plus sur l’organe de l’unité du traitement. Les divisions des écoles ne sont que floccij, nanti , nihilij, pili! Je rapporterai ici deux cas pour indiquer ma manière de traiter la goutte.

1. cr Cas. — Le colonel D., âgé de soixante ans, avait un accès de goutte qui revenait toutes les deux nuits, et pour lequel on avait employé, sans succès et avant que je fusse appelé, des sangsues et des purgations. J’ordonnai une combinaison de quinine et de colchique ; mais ces remèdes n’ayant pas arrêté l’accès, je les remplaçai par l’arsenic, après l’administration duquel le malade n’eut plus de retour de l’accès.

2. e Cas. — Le capitaine M. , âgé de cinquante-six ans, avait un accès de goutte qui revenait toutes les nuits pendant son sommeil. Je prescrivis de l’arsenic, qui fut sans effet ; mais alors je fis usage de

la quinine, dont l’action fut magique. Cette même personne ayant eu un retour, l’année suivante, fut surprise de l’inefficacité de la quinine. Je revins à l’arsenic, qui n’avait pas agi la première fois, et sa réussite fut complète. Excellente leçon pour les gens qui ont croyance dans les spécifiques.

L’influence des passions, pour causer ou pour guérir la goutte, est bien connue. Je me souviens d’un cas guéri par cette influence. Un ministre protestant était saisi d’un accès très violent. Sa femme ayant entendu parler de la puissance qu’une surprise pouvait faire sur une pareille affection , s’avisa d’en essayer d’une. Elle acheta un lièvre vivant, que l’on avait attrapé avec un lacet, et le couvrit des habits de son enfant. Elle entra avec ce lièvre dans la chambre du malade, feignant d’être tout éplorée. — « Voyez, mon ami lui ditelle , l’horrible changement qui s’est opéré tout d’un coup en notre fds! » Le bon homme regardant l’animal avec un effroi superstitieux, se mit d’abord à sauter dans son lit ; puis se levant ensuite, pour se sauver dans une autre pièce, il ne fut plus question de la goutte.

Ce désordre étant, comme la fièvre, une maladie rémittente et guérissable de la même manière, comment pourrait-on prétendre qu’il provient

d’un ingrédient morbide dans ie sang ? que ferait

donc cet ingrédient pendant les rémissions? Est-il

— no —

éveillé ou endormi pendant la période d’immunité? Comment se fait— il aussi que l’arsenic, la quinine et le colchique neutralisent si souvent ses effets , tandis que la' saignée et la purgation reproduisent si fréquemment l’accès I II faut le dire, ces mots d ’ ingrédient morbide dans le sang, n’étaient que des lutins qui flottaient dans l’imagination du D.r Holland, des fantômes qui le troublaient dans l’obscurité, et qui étaient destinés à s’évanouir au premier rayon de lumière î

Ayant exposé les raisons qui me font repousser la théorie du D.r Holland sur la goutte, il n’est point hors de propos d’appeler l’attention du lecteur sur quelques points d’une assez grande importance qui, par une singularité curieuse, rallient les opinions de ce médecin aux miennes. Je citerai à cet effet les passages suivants, extraits de ses notes et réflexions médicales.

— « Dans nos raisonnements pathologiques y a-t-on suffisamment pesé les principes cjui associent ensemble tant de faits dans l’histoire des maladies , particulièrement la tendance de plusieurs actions morbifiques à intermission distincte , plus ou moins longue et plus ou moins parfaite dans sa nature? L’assujettissement des maladies à cette loi commune , établit des relations que l’on n’aurait pu apprendre d’autres sources, et qui ont une grande valeur, même dans les détails de la pratique. »

En parlant de l’Influenza et autres épidémies, le docteur dit : — « Je dois appeler l’attention sur la singulière analogie des formes du Typhus et de la fièvre intermittente y que ces épidémies ont de temps en temps présentée » Il ajoute plus bas : ™ « J’ai prescrit, avec avantage, du quinquina dans leur traitement. » Puis encore : — « Ce sera probablement l’un des résultats des recherches futures, que d 'associer ensemble > par la connexité de causes pareilles, des maladies considérées maintenant comme totalement distinctes ^ et arrangées comme telles , dans nos systèmes de nosologie. Cette observation s’applique , sur une large échelle , à tout le généra des maladies. Nous pouvons à peine toucher le sujet de la fièvre (particulièrement celle que nos connaissances nous obligent à considérer comme de nature idiopathique), sans y trouver une liaison avec laquelle on peut associer ensemble les formes très variées des maladies ; mais c’est un nœud si compliqué , que nos recherches n’ont pas encore réussi à le dénouer. »

Au sujet de la température , le D.r Holland s’exprime ainsi : — « Le malade peut choisir une température à son goût; et, dans la plupart des cas j un mal réel, ou un grand inconvénient, résulterait de contrarier son désir. Ses sensations, dans ces circonstances, sont rarement l’effet des suggestions d’une théorie , quoiqu’elles soient

quelquefois comprimées par ce qui n’est autre chose. Ces sensations représentent un état du corps bien défini, dans lequel le changement de température que souhaite le malade, est toujours le meilleur moyen qui se puisse employer pour obtenir un soulagement immédiat. La preuve qu’il est utile se trouve dans les avantages qui en sont la suite. Cette règle peut être prise comme applicable à toutes les fièvres, même à celles qui sont d’une nature exanthémateuse. (Par ce dernier terme , on entend la petite-vérole , la rougeole , et il y en a même qui y joignent la peste.) »

Le D.r Holland demande encore — « si la saignée n’est pas employée, généralement, avec trop peu de circonspection, dans les différents désordres du cerveau , et spécialement dans les diverses sortes de paralysies ?» Je crois que les observations les plus exactes dans la pratique de la médecine, sont d’accord avec cette opinion. La pensée vague que toutes ces maladies dépendent de quelque inflammation ou d’une pression qu’il faut détruire, dirige trop souvent les médecins dans leur manière de les traiter ; et, si l’attaque est subite , cette méthode est employée avec une ardeur très dangereuse. La théorie devrait avertir que , dans plusieurs de ces affections, la perte du sang est nuisible ; l’expérience le prouve , et il y a bien des raisons de croire que ce mal, bien qu’il soit

— &hb —

un peu diminué depuis quelques années > existe toujours à un certain degré.

Si l’on veut connaître par quelle influence ce mal a été diminué , je dirai que les lettres que j’ai reçues de plusieurs médecins, constatent que mes écrits , long-temps avant la publication du premier volume du D.T Holland , y avaient essentiellement contribué. Le volume du docteur fut publié par MM. Longman et Compagnie , en 1839. Qu’on veuille bien remarquer cette date, et faire attention que trois ans auparavant, c’est-à-dire en 1836, ces mêmes libraires mirent au jour un de mes ouvrages ayant pour titre : The fallacy of tke art of Physic as Taugth in tke schools (des erreurs de l’art médical, comme il est enseigné dans les écoles). Dans cet ouvrage, je dis :

Nous espérons prouver, positivement : l.° Que la fièvre, soit rémittente, soit intermittente, présente toutes les formes et nuances que les maladies peuvent prendre;

2. ° Que plusieurs cas de maladies participent, nous le savons, de la Fièvre rémittente , et sont soulagés par les remèdes qui sont usités dans cette affection périodique ; mais qu’aucun auteur, ancien et moderne n’a découvert ce Type , ou recommandé ce traitement , dans toutes les formes et variétés des maladies;;

3. ° Que l’attention à la température est l’objet principal de toute saine pratique ;

4.° Que la saignée est nuisible dans toute maladie, même dans le cas d’apoplexie.

On se souvient de l’anecdote de Denis le Critique. Ayant inventé une nouvelle manière de produire le tonnerre au théâtre, il avait présenté son invention aux directeurs ; mais ces grands personnages s’étaient moqués de lui. Quelques jours après, le critique alla voir une pièce où il y avait une scène de tonnerre. — «Maintenant, pensait Denis, je pourrai rire de leur tonnerre, comme ils ont ri du mien. » Mais qu’on juge de sa surprise ! au lieu du mauvais prestige habituel, ses oreilles furent ébranlées par un tonnerre aussi fort , aussi naturel, que Fêtait celui de sa propre invention. 11 reconnut son enfant et fit cette exclamation : — « Par Jupiter ! c’est mon tonnerre! ! » Je fus prêt à imiter Denis, la première fois que je lus les passages que je viens de citer des Notes et Réflexions médicales , de ce bon et naïf docteur. Ce sont mes doctrines proclamées et mises en œuvre trois années auparavant ; les mêmes que le D.r James Jonhson , médecin extraordinaire du roi, avait stigmatisées, deux ans avant la publication du D.r Holland, comme un Periximania „ ou folie fiévreuse. Que pense-t-il de ces doctrines, à présent qu’elles ont en quelque sorte pour patrons, un membre de la société royale , et un médecin extraordinaire de la reine? C’est la demande que je lui ai adressée. Que croit-on qu’il

ait répondu? Il a loué le D.r Holland avec exagération , en a dit toute espèce de bien, et a fini par déclarer — « qu’il était imposibie d’avoir lu son ouvrage, sans être d’accord avec l’opinion publique, qui le place au premier rang des praticiens de Londres. » Il a ajouté que sa manière envers ses confrères est droite et ouverte , et que son esprit candide* nourri d'études élégantes et poli par l’usage du monde, ne se refuse jamais d’accorder à chacun le mérite qui lui est dû! À côté de cette flatterie, il n’a pas eu, lui, la candeur de condamner cette prophétie du D.r Holland, qui dit — « que la fièvre sera un jour le lien qui associera ensemble plusieurs formes de maladies » Il a eu soin d’oublier que lorsque cette prophétie fut accomplie par moi, à la lettre, quelques années avant que le D.F Holland l’eût annoncée , lui , D,r James Johnson, la traitait de folie fiévreuse [fever mad~ ness). Si dans le cours de ses généreuses études, l’auteur des Notes et Réflexions médicales n’a jamais rencontré un ouvrage ayant pour titre : les Erreurs de l’Art médical , comme il est pratiqué dans les Écoles ; ni le compte-rendu de ce même ouvrage par M. le I).r Johnson ; ni la critique également impartiale du D.r Conolly; ni la controverse insérée dans le journal la Lancette et suggérée par cette critique du D.r Conolly; ni entendu les remarques faites dans le monde par les plaisants de la faculté, lorsque cette controverse fut

terminée ; il faut avouer que les rapports qui existent entre les deux ouvrages, sont vraiment étonnants! De plus, on ne saurait nier que ces rapports ne fournissent encore une preuve à ajouter à tant d’autres, de la réalité d’une découverte que le docteur Holland (k qui je veux bien accorder, ainsi qu’au D.r Johnson , toute l’impartialité qu’il mérite) voudra bien me permettre de revendiquer, à tout jamais, comme mienne. 11 examinera sans doute les dates et les faits qui rendent ma réclamation incontestable. En attendant, je suis heureux de pouvoir m’appuyer sur le témoignage d’un médecin aussi distingué , en faveur du mérite de cette découverte dans les détails DE LA PRATIQUE. »

Nota. Peu de temps après l’impression de ces observations, le D.r Holland m’adressa une lettre d’explications. Je ne me crois pas autorisé à faire connaître cette correspondance , puisque le docteur m’a exprimé le désir qu’elle fût confidentielle ; néanmoins, il m’est permis de dire que quoique ces explications soient revêtues du langage le plus poli, elles ne me paraissent pas suffisamment ’ claires et franches. Le dernier paragraphe surtout , est tourné avec tant d’habileté, que je ne puis résister à la tentation de le transcrire ici. — « J’apprends avec grand plaisir que vous avez trouvé des vérités ou des idées utiles dans ce que j’ai publié. Je serai enchanté si l’occasion se pré-

sente de traiter avec vous des sujets d’un égal intérêt pour tous deux ; mais que ce soit plutôt verbalement que par le moyen de la presse. Recevez, monsieur , l’assurance de mon dévouement. H. Holland. »

DU rhumatisme.

Le mot Rhumatisme* comme celui de goutte , n’est que l’expression d’une théorie fausse qui a donné naissance au terme. Mais comme nous sommes forcés, par suite d’une longue habitude, de retenir celui-ci parmi beaucoup d’autres tout aussi inexacts , la faculté s’est décidée à classer sous cette dénomination plusieurs affections des grosses jointures, sur-tout celles qui se développent subitement et qui sont accompagnées de fortes douleurs et de gonflement. Tous ces cas se manifestent, au commencement, par des accès de fièvre. Les personnes jeunes, ou d’un moyen âge, sont plus sujettes au rhumatisme que celles d’un âge avancé. Comme la goutte, cette maladie est intermittente j et le D.r Haygarth a écrit, depuis long-temps, un ouvrage pour prouver que le quinquina est utile dans le traitement de ce désordre. La manière dont je le traite, est de commencer par un émétique , et d’employer ensuite un mélange de quinine et de colchique. Si ce moyen ne réussit pas, j’ai recours à l’arsenic, à l’opium, au mercure, à l’argent, à la térébenthine, au copaliu,

à Farnique des montagnes, à Faconit, au sou-» fre, etc. Seuls, ou combinés entre eux, ces remèdes m’ont réussi ou ont failli dans la fièvre. Dans le plus grand nombre de cas de rhumatisme aigu, la première combinaison a du succès. Cependant, lorsque la maladie date de long-temps, on est forcé d’essayer tantôt l’un de ces médicaments , tantôt un autre , et quelquefois d’en combiner plusieurs pour arriver à un bon résultat. Je dois déclarer que, dans toutes les occasions où Fon avait fait un grand usage de la déplétion et du mercure, comme cela arrive communément dans le principe du traitement, je n’ai pu ensuite parvenir à aucune heureuse terminaison.

Les médecins comprennent, sous le nom de Rhumatisme, certaines douleurs musculaires qui se font sentir dans différentes parties du corps , mais qui ne sont accompagnées d’aucune augmentation morbifique apparente. J’ai souvent guéri ces douleurs par Faction du nitrate d’argent et de Facide prussique ; et, quand tous les autres moyens avaient été sans succès, il m’est arrivé de réussir avec l’usage du bain froid. Je donnerai deux exemples de cette manière de traiter le rhumatisme aigu.

i.er Cas. — Un jeune homme de vingt-cinq ans avait souffert extrêmement d’un rhumatisme , pendant quatre ou cinq jours, avant que je fusse appelé. Les jointures de ses poignets et de la che~

ville du pied étaient enflées et douloureuses ; son cœur était oppressé et il y ressentait des douleurs qui 1 'empêchaient de respirer ; sa langue était très chargée, et il avait eu plusieurs fois le délire. Je lui prescrivis un émétique qui fut d’abord sans effet, mais qui ensuite le soulagea d’une manière remarquable. Après cela je lui fis prendre des pilules composées de quinine , de pilule bleue et de colchique. Au bout de deux jours il put se lever, le gonflement des jointures avait disparu et dans le même espace de temps il fut guéri. Pendant la durée de cette maladie, il n’y eut pas une seule goutte de sang de tirée.

2.e Cas» — Un gentleman âgé de trente ans, qui s’était exposé au froid et à la pluie, fut saisi du frisson de la fièvre , et presque chacune de ses jointures devint enflée et douloureuse. On le saigna on lui fit prendre du mercure, tout cela sans résultat. Je fus alors appelé. Je lui ordonnai une combinaison de quinine, de colchique et d’opium qui produisit un effet si salutaire , qu’au bout de trois jours tous les symptômes avaient disparu, à l’exception de la faiblesse , qui pouvait être aussi bien la suite du premier traitement que de la maladie. Dans tous les cas il avait beaucoup souffert

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