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MALADIES CUTANÉES

Il y a des praticiens qui ont trouvé de l’analogie entre ces maladies et le Rhumatisme ; et comme toutes les affections sont alliées avec la fièvre, j’accepte volontiers leur opinion, avec le désir de les aider à en avoir une plus étendue sur les affinités qui existent entre les différentes espèces de maladies.

Quelle excellente chose que de pouvoir faire disparaître les nuées de distinctions et de définitions ridicules, dont les docteurs William et Bateman ont enveloppé et déguisé tout le sujet des maladies cutanées ! comme de distinguer , par exemple , le Psoriasis de la J^èpre, YErythema de l’Erysipèle , maladies dont la seule différence entre elles est d’être aiguë ou chronique, ou plus ou moins

développées. Toutes dépendent de la même unité constitutionnelle, de la même intégrité de condition ; toutes sont plus ou moins sujettes à des principes identiques ! Lord Bacon disait , avec raison , — « que les Divisions ne nous donnent que la paille , la partie externe de la science , tandis qu’elles permettent au jus et aux graines de s’échapper. » — « Gomment, m’objectera-t-on, selon vous l’Erysipèle ou Rose n’est autre chose que le résultat de la fièvre ? l’Erysipèle pour lequel il faut faire, dans la peau, selon M. Lawrence, des entailles d’au moins un pied de longueur ! des incisions grandes comme des blessures de sabre ! » Ecoutons ce que raconte sir James Mackintosh de sa propre indisposition ; et l’on ne pourra contester l’exactitude de son dire, si l’on veut bien se rappeler qu’avant de commencer son étude du droit , il avait obtenu le diplôme de médecin. — « Nous eûmes , écrit-il , une journée très gaie ; mais au moment de me mettre au lit, je fus saisi d’un fort frisson ^ qui, vers le matin, fut suivi d’une Fièvre chaude 9 et, deux jours après, d’un Erysipèle à la figure. La maladie a suivi son cours très doucement ; mais elle est sujette à de telles vicissitudes (accès?) que le malade est toujours à six heures de la mort. » Pour établir la valeur de la quinine ou du quinquina dans cette maladie, je pourrais citer un grand nombre d’autorités ; mais la candeur de

M. Travers me porte à mentionner de préférence son témoignage. A une séance de la Société médico-chirurgicale, il a dit, selon le rapport : — « Un nombre assez considérable de cas d’Erysipèle ont été extrêmement améliorés par l’usage du quinquina et autres Toniques ; et, dans le commencement de la maladie, je les ai vus employés utilement par des praticiens, là où ) aurais administré les antiphlogistiques j si les malades fussent tombés entre mes mains. » (Lancette.)

Tout homme d’expérience sait parfaitement que l’Erysipèle est quelquefois épidémique , ce qui provient apparemment d’une disposition par* ticulière de l'atmosphère ; car pendant son existence dans les villes ou dans les campagnes, la plus petite égratignure sur la peau suffit pour le développer. Je l’ai vu suivre l’application d’un vésicatoire sur la poitrine. Le froid et l’humidité en sont des causes fréquentes ; et il y a des individus qui ne peuvent pas prendre le mercure, même en très petite dose, sans en être immédiatement attaqués. Néanmoins, je m’en suis guéri avec du mercure. La pratique est également convenable pour toutes les maladies de peau , quels que soient les noms qu’on leur donne.

Quelles sont les causes des maladies cutanées, en général? toute chose qui pourrait faire naître une fièvre ; et quel est l’agent dans la nature qui.,

par l’abus, ne la produirait pas? Une maladie cutanée peut être le résultat d’une cause mécanique : un coup, une chute de cheval, etc. Un de mes amis , qui chasse fréquemment, a fait plusieurs chutes, et chacune d’elles a été suivie d’une éruption sur la peau. J’ai vu le même effet produit par l’introduction d’une bougie dans l’urètre* Que diront de ce fait, les gens de l’école humorale ? Nous savons que ces sages trouvent de telles maladies dans un ingrédient morbifique du sang „ et qu’ils regardent une éruption, comme un effort de la nature pour expulser du corps les mauvaises humeurs ! — « Ayez soin , [disent-ils , de ne point les faire rentrer ! ? Or , qu’est-ce qu’une éruption, sinon l’effet d’une tendance à la décomposition, tendance de la matière qui pénètre dans une portion du tissu cuticulaire, et produit, dans les atomes, un mouvement et un arrangement différents de ceux qui ont lieu dans l’état sanitaire? Donner alors un pareil conseil à ceux qui sont affectés d’une maladie de peau , c’est leur prescrire de ne rien faire pour que les atomes cuticulaires reprennent leurs positions respectives et leur mouvement normal , afm que la peau puisse rentrer dans son état sanitaire! telle est la conclusion absurde à laquelle nous conduit la doctrine des humeurs ! Lorsque cette doctrine prévalait plus que cela n’a lieu aujourd’hui, les maladies cutanées étaient généralement classées

sous ie nom de Scorbut. Quiconque avait une affection chronique de la peau, était donc censé atteint du Scorbut, aux yeux des demi-savants. Si ce terme n’avait pas plus d’importance que celle d’une fiche pour compter au jeu , il n’en serait pas résulté grand mal; mais ce Scorbut, semblable à la Goutte et aux Scrofules , prenait, au bout d’un certain temps, un autre caractère, et devenait une chose corporelle , une essence, un fait positif qui jouait un rôle dans l’économie animale, tantôt par-ci, tantôt par-là. Un grave professeur fit croire à ses élèves qu’il avait enfin saisi dans le sang cet être mystérieux; et dès-îors la faculté baptisa celui-ci de maladie spécifique et s’occupa de trouver un autre spécifique pour la guérir. Spécifique! pourquoi s’il vous plaît? pour une abstraction, une idée vague qui ne se logeait que dans les rêves fantastiques de cerveaux mystifiés ! On s’en étonnera sans doute, mais telle est la vérité. Quelle est la madie que les docteurs appellent Scorbut marin ( Ship-scurvy )? A cette raisonnable question je tâcherai de faire une raisonnable réponse. Ayant passé moi-même plusieurs mois à bord d’un bâtiment, mon témoignage vaut bien autant que celui de tant d’autres, qui ont traité le sujet. Forcés, pendant de longs et pénibles voyages, de coucher entre des ponts où pénètre peu d’air; obligés de travailler, de veiller, et n’ayant qu’une nourriture insuffisante ; en

proie à cette inquiétude d’esprit qui provient d’espérances trop long-temps éloignées de la réalité, lorsqu’elles ne sont pas tout-à-fait déçues, les marins voient leur constitution s’affaiblir de jour en jour et donner des signes certains de détérioration. Leur visage devient pâle et boursoufflé ; la peau est rude , pourprée et offre quelquefois des ulcères hémorrhagiques ; les gencives sont spongieuses et exsudent aussi du sang; les cheveux, durs et secs, se détachent facilement; le malade est sujet au dévoiement, une fièvre lente le consume de jour en jour, et, à la longue, le plus petit effort le fait tomber en syncope. Yoilà le Scorbut marin. Il ne provient point de quelque chose de malsain dans le sang, mais bien de ce qui manque pour assurer le nécessaire à l’état de santé. On doit penser, naturellement, que pour guérir cette maladie, il faut sur-tout de la nourriture et un bon air? Mais les savants simplifient ce traitement : selon eux du jus de citron suffit! Pour eux, ce jus est non-seulement un préservatif de la faim et du mauvais air, mais c’est encore le meilleur substitut de la nourriture et d’une atmosphère salubre. Ils ont une admirable logique, les hommes de science !

G’est un fait curieux dans l’histoire du Scorbut marin, qu’à peu près à l’époque où le jus de citron devint à la mode, comme remède, de grandes améliorations commencèrent à avoir lieu dans la

navigation, dans la construction des navires, et dans l’approvisionnement, comme dans les précautions sanitaires prises à bord des flottes. On fait d’ailleurs aujourd’hui , à peu près dans un mois ou deux , le trajet qui réclamait autrefois la durée d’une année , et l’effet qu’ont dû produire ces changements sur les habitudes du matelot est facile à concevoir. Néanmoins , MM. les docteurs ont complaisamment attribué cet effet à leur jus de citron, et ce qu’il y a d’étonnant, c’est que des philosophes s’unissent aux imbécilles, pour propager cette absurdité dans un monde crédule.

Je puis affirmer , avec confiance ^ qu’il n’y a pas de maladie cutanée que je n’aie guérie avec de la quinine, tandis que j’en ai eu à combattre, qui ont résisté à tout autre remède; et ici je ferai la remarque, relativement aux maladies de cette nature, en général, que je ne me suis trouvé embarrassé pour aucune, tant que j’ai eu à ma disposition la quinine, l’arsenic, Foxymuriate de mercure, l’hydriodate de potasse, la créosote, le fer et le plomb. Dans un cas opiniâtre de Teigne, dont le sujet était un jeune artiste distingué, j’obtins la guérison, en quinze jours, au moyen d’une combinaison de belladone et de stramoine. La maladie avait résisté, pendant une année, à tous les médecins les plus distingués de Dublin et de Londres. J’ai souvent aussi fait usage, utilement, dans les maladies de peau, de bains dont je par-

lerai plus tard; mais, en définitive , ees remèdes n’opèrent efficacement , qu’en produisant un changement thermal.

Dans le plus grand nombre des cas de désordre local, auxquels les médecins donnent le nom de maladie et auxquels ils apportent toute leur attention, il n’y a guère que l’indice d’un trouble universel dans le système ; et les tendances locales à la désorganisation , loin d’être la cause de ce trouble, ne sont qu’une prédisposition héréditaire, ou un développement accidentel qui se manifeste pendant son cours, développement qui indique d’ordinaire les parties faibles de l’individu, bien que ce soit quelquefois occasionné par le climat ou autre cause spéciale. En Angleterre, par exemple, ce sont les viscères de la poitrine qui souffrent le plus, tandis que dans les îles et dans les Indes, ce sont le foie et autres parties de l’abdomen. Je n’ai pas besoin d’ajouter que la fièvre intermittente est la source de tous.

Des contusions, des blessures, des poisons et des passions, sont donc capables de produire le même trouble constitutionnel, avec toute espèce de changement organique auquel les sujets* sont exposés par suite de la faiblesse de configuration originelle qui les y prédispose. Pour me servir d’une phrase qui a passé en proverbe, — « Quand la maison tremble, la chambre la plus mal construite est celle qui souffre le plus » , et cela est

différent selon les maisons. Un coup sur la tête , même le mal éprouvé par le plus petit membre que ce soit, peut occasionner une maladie rémittente dans tout le corps, et produire un abcès des poumons ou du foie, selon la prédisposition du sujet. Même dans le progrès des fièvres contagieuses ou pustulaires , on voit toute espèce de changement organique se développer , changement qu’aucune personne de bon sens ne regardera comme la cause de ces fièvres.

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