DE LA VARIOLE OU PETITE-VEROLE
Parmi les troubles organiques et autres occasionnés par la petite-vérole, j’ai remarqué des maux de gorge, la Surdité, l’Hydropisie la Consomption, les Tumeurs glandulaires, le Rhumatisme et la Paralysie. Cette série dépend sans doute de la prédisposition originelle du sujet, au développement de telle ou telle autre maladie, par un agent capable de nuire à la constitution en général. Et comment en serait-il autrement, lorsqu’on réfléchit que la fièvre de la petite-vérole, comme toute autre fièvre , consiste en une succession de paroxismes qui ressemblent tellement à la fièvre, qu’avant l’apparence d’une éruption on ne peut les distinguer. En ce qui concerne le traitement de l’individu , cette circonstance est peu importante, attendu que, quelque spécifique que puisse être la cause, il n’y a pas pour la maladie
un traitement spécifique. Tenir aussi fraîchement que possible, pendant l'accès de chaleur, et prolonger l’intermittence par l’opium, l’acide hydrocyanique ou la quinine , comprend tout le devoir du médecin dans cette maladie comme dans toute autre. En agissant différemment, le désordre le plus simple pourrait prendre beaucoup de gravité. Lorsque je suivais les hôpitaux de Paris, en 1825, la petite-vérole fut épidémique et le traitement fut si nuisible, que la plupart des sujets portés dans la salle de dissection étaient couverts de pustules. En 1824, un grand nombre d’individus avaient été atteints de cette maladie à Edimbourg, et je me souviens de deux élèves en médecine qui firent une grande impression sur moi, à cause de la différence du traitement employé avec eux, et de celle des résultats. Le B.rMackintosh employa, pour l’un des malades, la saignée et la purgation, ce qui détermina le délire, des pustules confluentes, et le sujet manqua de mourir. Le second malade , qui avait visité l’autre avant d’être atteint lui-même , reçut probablement la contagion de son camarade; mais on le soigna d’une autre manière. Ge fut l’antimoine qu’on lui administra de temps à autre , avec un opiat chaque soir. Les paroxismes qu’on attendait ne se montrèrent point. Ce traitement ayant été négligé pendant deux jours, les nuits qui suivirent furent troublées et fébriles. Néanmoins , le malade se rétablit
promptement, il put sortir au bout de peu de jours, et il n’y avait aucune marque sur sa figure ; tandis que l’autre individu, après avoir été confiné plus d’un mois dans sa chambre, n’en sortit que couvert de cicatrices qui le rendaient méconnaissable pour ses amis. Ces jeunes gens avaient cependant été vaccinés et ils portaient la marque sur le bras. La vaccine serait-elle donc une déception? Non sans doute. Que l’on se rappelle les visages cicatrisés que l’on voyait autrefois, puis que l’on observe le petit nombre qu’on en rencontre aujourd’hui, et l’on pourra se convaincre des bienfaits de la découverte de Jenner. Existe-t-il des doutes sur la garantie que donne la petitevérole contre le retour de la même maladie? Eh bien! la vaccine est tout aussi efficace ; car si quelques personnes se trouvent attaquées une seconde fois après celle-ci, il en est de même avec la petite-vérole. Qu’est-ce que la vaccine? C’est la petite-vérole. La petite-vérole sous une forme très douce , très modifiée. Ce fait soupçonné par Jenner , a été récemment constaté par M. Ceely d’Aylesbury, d’après une expérience bien simple. 11 a inoculé une vache avec la matière tirée d’une pustule de petite-vérole ; puis des pustules résultant de cette inoculation, il a pris de nouvelle matière pour l’insérer dans le bras d’un enfant. Le bras a donné une pustule de vaccine. Ce praticien a répété plusieurs fois cette expérience devant ses confrè-
res, et le résultat a toujours été le même. Ainsi la cause de la petite-vérole, quelle qu’elle soit, se modifie tellement par la vaccination, qu’elle constitue le meilleur préservatif contre sa forme la plus sévère. Quelle est donc la nature de l’agent spécifique qui produit et reproduit, à travers une infinité d’individus, un effet si généralement spécifique? Aurait-il, comme le pensait Linné, un caractère d’animalité? ou serait-il analogue à l’influence produite par l’aimant sur le fer, lequel métal, comme tout le monde sait, peut devenir magnétique de son côté, par son contact avec l’aimant? Ce sont les relations les plus probables sous lesquelles le sujet se présente à nos sens, si encore il n’a quelque analogie avec la continuation et la reproduction de la vie animale.
Il y a quelques questions qui se rattachent à ce sujet, que je me trouverais fort embarrassé de résoudre. Peut-être quelqu’un en donnera la solution pour moi :
1. ° Lorsqu’on a la petite-vérole par suite de l’inoculation , pourquoi est-elle , en général , plus douce que lorsqu’elle provient de la contagion?
2. ° Pourquoi n’y a-t-il après la vaccination, dans la plupart des cas, qu’une seule pustule?
3. ° Pourquoi la vaccine n’est-elle pas contagieuse comme la petite-vérole, puisqu’elle n’est autre chose qu’une simple modification d’un agent identique? La vaccine, selon la connaissance que
nous avons de son action, ne se communique que par l’inoculation directe.
4.° L’espèce de garantie que la vaccine et la variole donnent à la constitution , contre le retour de cette maladie , a-t-elle quelque analogie avec l’épuisement agricultural , c’est-à-dire avec l’impossibilité pour la terre de fournir plus qu’un nombre de récoltes déterminées, d’une durée particulière, dans une période fixe?
Les maladies qui ressemblent le plus à la variole, sont la petite-vérole volante, la fièvre scarlatine et la coqueluche, attendu que, comme la première, elles n’attaquent presque jamais la constitution plus d’une fois dans la vie , quoique , chez certaines personnes , elles reparaissent , comme la petite-vérole, deux et même trois fois. Plusieurs médecins ont regardé la petite-vérole volante comme une modification de la variole , et j’adopterais volontiers cette opinion; car lorsque l’on considère combien cette maladie est modifiée après la transmission du vaccin , on ne doit pas douter de l’amélioration cpa’elle doit encore recevoir en passant par les corps d’autres animaux , outre celui de la vache. Ge qui est incontestable , c’est que les maladies contagieuses ont une parfaite analogie avec la fièvre , attendu que toutes ont des intermittences et des exacerbations plus ou moins parfaites selon leur nature , et que toutes peuvent être soumises au traitement chrono-ther-
mal. Néanmoins , aucun des remèdes de ce système ne peut être considéré comme exerçant sur elle une influence spécifique, d’où l’on doit conclure qu’il n’y a pas de spécifique dans la médecine. Si, dans une maladie spécifique, il n’y a pas d’agent spécifique, comment espérer d’en trouver pour la grande famille des maladies qui sont produites par toute chose qui dérange la santé? Cependant, le D.r Holland pense que quelque beau jour on en découvrira un pour la goutte , et un autre pour la pulmonie, deux affections qui peuvent être produites et guéries par un agent capable de changer les pouvoirs mouvants de certains individus.