‹ Erreurs des médecins, ou système chrono-thermalChapitre 25 sur 74 · DE LA SYPHILIS · texte numérisé non relu

DE LA SYPHILIS

On est tellement familier avec cette combinaison alphabétique , que si l’on disait à quelqu’un que cette maladie n’existe pas, on s’exposerait à faire douter de l’état sanitaire de son cerveau. On aurait, pour celui qui avancerait cela, le sentiment qu’éprouverait le savant sir Mathieu Haie, s’il venait à ressusciter, et qu’on prétendît, devant lui, que le sortilège n’existe pas. — « Comment, s’écrierait-il , il n’y a pas de sortilège! mais vous êtes des fous! n’ai-je pas fait le procès et fait pendre des sorciers par douzaines, d’après l’évidence la plus claire possible? » Le monde répondrait en effet de la même façon. Gomment! point

de syphilis! point de lues venerea! point de symptômes secondaires! Et l’on se mettrait très gravement en devoir de prouver que l’on a vu et guéri mille et un cas, avec ce fameux spécifique que l’on nomme mercure ! Et pourtant, qu’est-ce que cette syphilis, sinon la conjuration de l’ignorance médicale , dans les temps les plus obscurs de l’art de guérir? Elle n’est, comme le scorbut et le scrofule, qu’une relique de cette fausse doctrine qui attribuait toutes les maladies à un e humeur dans le sang. Depuis dix-sept ans que je pratique la médecine, je n’ai jamais vu ni syphilis, ni lues venerea , quoique j’aie passé huit de ces années au service médical de l’armée ; et assurément , si une semblable maladie existe quelque part , elle doit se rencontrer dans un hôpital militaire. Les ulcères vénériens qu’on nomme chancres ou plaies primaires j et l’écoulement de l’urètre que l’on appelle gonorrhée ; se sont présentés à moi des milliers de fois ; mais ce n’est nullement ce que les médecins désignent sous le nom de syphilis. Ils entendent , par ce dernier mot , certaines affections constitutionnelles qu’ils supposent avoir été produites par l’imbibition, dans le sang, de la matière locale de ces maladies, lesquelles ils nomment symptômes secondaires ou syphilis. Quelles sont donc les maladies que l’on désigne aussi mal? sontce des affections des os, du nez^ de la peau, de la gorge , des ulcères ou autre chose d’analogue ?

Bien souvent, j'ai entendu des docteurs discuter, pour savoir s’il convenait mieux d’appeler syphilis ou scorbut, ces symptômes particuliers d’un cas donné. Le fait est , qu’après une considération sérieuse des maladies en question, je reste convaincu que la plupart du temps , elles sont le résultat du mercure, agissant, sur certaines constitutions, comme un poison, tandis que, dans d’autres cas, elles ne sont produites ni par ce minéral, ni par un virus vénérien imaginaire, mais bien par le froid, l’humidité ou d’autres influences externes. Pourquoi une maladie désorganisatrice du nez ou du palais, serait-elle considérée comme provenant de l’effet exclusif d’un agent particulier , plutôt qu’on ne le fait d’une affection semblable des dents ou des poumons? Qu’on les nomme Consomption du nez, Consomption du palais, et l’on verra de suite l’erreur du dogme, que tous ces désordres proviennent uniquement de la même cause, et que, différents des autres maladies, ils ne peuvent être guéris que par un seul agent. Y-a-t-il dans la nature une autre affection pour laquelle nous ayons un spécifique? Non, assurément. Ne soyons donc pas dupes de cette idée, que dans le mercure on peut trouver un spécifique pour une maladie du nez ou du palais, ou pour une affection des os ou de la peau, quel que soit le caractère qu’on leur attribue. Que ces maladies soient quelquefois guéries par le mercure,

c’est aussi vrai que de voir ce minéral réussir également dans la consomption pulmonaire, résultat que j’ai eu l’occasion de remarquer dans plus d’une circonstance, particulièrement dans le cas d’un homme que je croyais destiné à mourir dans l’hôpital de Bath, et qui fut sauvé au moyen du mercure. Mais en opposition à ce fait, je puis en citer un autre, où un jeune et beau soldat du26.e régiment d’infanterie, qui entra à l’hôpital avec un ulcère primaire vénérien, et qui, quoique assez bien portant sous d’autres rapports, n’en mourut pas moins au bout d’un mois d’admission. Il avait été atteint d’une consomption pulmonaire, suite de la fièvre produite par le mercure qu’on lui avait administré pour guérir sa plaie. Cet exemple fit une forte impression sur mon esprit et sur celui du médecin qui l’avait traité.

La vérité est que le mercure peut causer et guérir toutes les maladies que les médecins groupent ensemble sous la dénomination de syphilis, et ainsi peuvent opérer d’autres agents curatifs. Dans la plupart des climats où les transitions de température sont rapides, ces maladies sont très communes. Mais elles n’ont de relation avec l’affection vénérienne qu’autant que le sujet aurait eu précédemment cette maladie. Néanmoins, quoique la plupart des individus n’en aient pas été atteints et qu’ils persistent à en donner l’assurance à leurs docteurs, ceux-ci sont toujours plus disposés à

prétendre que le malade se trompe, qu’à convenir que leurs professeurs peuvent avoir en tort. Ils oublient en cela la maxime de Descartes , qui dit : — « Aucun ne peut prétendre au titre de philosophe, s’il n’a, au moins une fois dans sa vie, douté de tout ce qu’il avait préalablement appris. » Si on avait transporté, dans un hôpital de Londres, la majeure partie de ceux qui furent malades pendant la guerre du Ragoon, il est présumable qu’ils auraient été tous traités comme des syphilitiques. Dans les hôpitaux de l’Inde, on aurait pu voir , après cette guerre , toute espèce d’ulcère à la gorge et au palais , toute espèce d’éruption de la peau, et des maladies des os qui ne pouvaient être attribuées au virus vénérien. Quelles étaient les causes de ce désordre? Des aliments détériorés, beaucoup de travail, et une exposition continuelle aux intempéries. Oui vraiment, toute espèce de décomposition osseuse et cutanée, toute espèce de changement organique du palais et du nez, et même la consomption pulmonaire, furent les fruits de cette guerre accablante. Les jeunes médecins qui voyaient ces affections pour la première fois et les croyaient syphilitiques, prescrivirent le mercure; mais celui-ci ne ht, dans le plus grand nombre des cas, que rendre plus graves les symptômes existants, tandis que l’arsenic, comme je le prouverai plus tard, les améliora. Nous entendons citer comme

un fait, que dans l’Inde, où l’on administre le calomel si souvent, ses effets ne font jamais apercevoir ce qu’on appelle les symptômes secondaires, Ce n’est pas exact. Étant stationné- à Bangalore, j’ai vu les os du nez se détacher chez un malade traité avec le mercure pour la Dyssenterie, et j’ai signalé bon nombre d’éruptions de la peau et de maladies de jointures provenant de l’usage de ce minéral. Il y a une chose qu’il faut expliquer. En Angleterre, la rapidité des transitions thermales et autres influences du climat déterminent les affections du nez, de la gorge, des poumons et des jointures, tandis que, dans l’Inde, le climat donne lieu à la décomposition du foie et des entrailles. Voilà la véritable raison pour laquelle, en Angleterre, le mercure donne lieu, plus fréquemment que dans l’Inde, à ce que l’on nomme symptômes syphilitiques ; dans la dernière contrée , il produit cette maladie dyssentérique, cette destruction hypathique que cependant, dans d’autres circonstances, je l’ai vu prévenir ou guérir. C’est, comme tout autre agent dans la nature, une épée à deux tranchants, taillant à droite et à gauche, selon la constitution ; et cela démontre la nécessité, lorsqu’on fait essai de son pouvoir, de commencer avec de petites doses et d’observer ses effets avec une attention très scrupuleuse. Mais en ce qui regarde les symptômes secondaires des poisons vénériens , le seul

que j’aie vu résulter d’une Gonorrhée, ou ulcère primaire, a été ce gonflement glandulaire que l’on désigne , techniquement , sous le nom de Bubon. J’ai remarqué aussi , dans des cas très rares, cette traînée de symptômes connus sous le nom de Rhumatisme. On dira probablement de ceux-ci, qu’ils établissent l’évidence d’un poison dans le sang, du virus syphilitique, du lues venerea! Mais la même traînée de symptômes a lieu, journellement, après la contusion d’un petit doigt, ou l’introduction d’une bougie dans le canal de l’urètre. Se peut-il qu’il y ait, dans l’un ou l’autre cas, du poison dans le sang? J’ai attribué aussi aux mêmes causes, des éruptions de la peau, et il est très possible que ces éruptions soient l’effet de la fièvre de la Gonorrhée, chez les personnes disposées préalablement aux maladies cutanées. Cependant, dans ce cas même, on peut être trompé par le traitement ; car le copahu, si souvent administré pour guérir la Gonorrhée , est capable de produire des maladies de peau et le Rhumatisme. J’ai vu beaucoup d’affections déterminées par l’emploi de cette substance, et qu’on attribuait à ce fantôme qu’on appelle syphilis. Lorsque le mercure les guérissait, on croyait trouver dans ce fait, la preuve complète de la cause imaginaire.

Mais de quelque manière que puissent être produites les nombreuses affections constitutionnelles attribuées à la syphilis, elles ne sont pas,

plus que la petite-vérole ou la rougeole , des maladies spécifiques ; elles ne sont pas non plus^ de même que les maladies reconnues comme spécifiques y susceptibles d’être traitées par des spécifiques. L’origine spécifique de la petite-vérole est certaine : néanmoins on n’emploie pas de spécifique pour la traiter. Pourquoi donc supposer que des affections dont l’origine nous est inconnue forment une exception à tout ce que nous savons réellement des maladies et de leur traitement? Semblables à toutes les autres maladies qui existent, celles que nous considérons peuvent céder à tout agent de la matière médicale, ou bien lui résister. Déplus, ces affections peuvent se guérir sans l’emploi d’aucun remède. Le même principe s’applique aux maladies primaires, elles ne sauraient être traitées spécifiquement. Le copaliu guérira un homme, tandis qu’il faillira avec un autre; et, ce qui paraîtra plus extraordinaire, je l’ai vu guérir le même individu dans un cas, et aggraver sa maladie une autre fois. J’ai été témoin d’une gonorrhée guérie par une fièvre, et d’une fièvre qui avait ramené cette affection , après qu’elle avait entièrement disparu. Un verre de genièvre et d’eau peut avoir un effet curatif dans un cas, et aggraver la maladie dans un autre. Oh! que je voudrais voir un spécifique pour un désordre quelconque!

Je suis assez âgé pour avoir bien observé la

pratique des hôpitaux dans le traitement de la gonorrhée. Dans ceux de Londres, les hommes mêmes que Ton considérait comme des oracles dans tout ce qui concerne la maladie vénérienne, administraient le mercure jusqu’à ce que la salivation fût produite. Douter de l’excellence de leur méthode, c’était s’exposer à toute sorte de calomnie et de ridicule. Néanmoins il n’y a pas aujourd’hui un chirurgien , de quelque capacité , qui voudrait suivre une telle pratique.

Lorsque l’on fit connaître, pour la première fois, que quelques médecins propageaient l’idée qu’on pouvait guérir toute espèce d’affection vénérienne sans avoir recours au mercure, la grande majorité des docteurs se montra incrédule, ou plutôt elle affecta de l’être; car il n’était pas dans son intérêt de croire à ce fait. Quand on montrait à ces docteurs une personne ainsi guérie, ils répondaient en secouant les oreilles, et disaient : — « Ah! elle est certaine d’avoir alors des symptômes secondaires » ; et cette crainte imaginaire parvint, pendant long-temps à rendre timides et les jeunes médecins et le public. Remarquons maintenant le résultat du changement opéré dans la pratique, changement que les médecins de l’armée et les hommes intelligents, qui ont suivi la clinique des hôpitaux et le nouveau mode de traitement, ont imposé aux praticiens des villes. A mesure que ce traitement sans mercure a été employé contre les

symptômes primaires, les symptômes secondaires ont disparu dans la même proportion. Ces derniers, comme on s’en est convaincu récemment, ne sont autre chose que les symptômes primaires d’une mauvaise pratique. Oui , tous les crânes pourris que l’on étale dans nos musées, tous ces beaux spécimens d’os altérés qui, dans notre jeune temps , étaient si communs dans les hôpitaux , toutes ces reliques, dis-je, ne sont que les produits d’un long et pénible traitement par le mercure! Ce qui est vrai, c’est que ce minéral peut être employé avec avantage, comme tout autre agent, dans les maladies osseuses, les plaies et les éruptions de la peau, comme il pourrait l’être dans d’autres affections; mais le préconiser comme spécifique, pour une maladie quelconque, est un exemple d’ignorance que j’espère voir, avant de mourir, banni de la pratique de la médecine. Lorsque le traitement par le mercure était plus à la mode, les symptômes secondaires étaient plus nombreux ; mais les médecins de ce temps-là , quoiqu’ils eussent les faits sous les yeux, attribuaient ces symptômes à un emploi trop minime de mercure. Trop peu de mercure ! et cependant ils poussaient leurs malades à la salivation, jusqu’à la perte de leurs dents! Ces docteurs ressemblaient au célèbre Sangrado, qui, lorsque ses malades venaient à mourir par une trop grande perte de sang, ou pour avoir avalé trop d’eau chaude,

déclarait que la mort n’aurait pu avoir lieu, s’ils avaient été assez saignés, ou s’ils avaient bu assez d’eau chaude.

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