DENTITION. — PÉRIODICITÉ HÉRÉDITAIRE
Plusieurs personnes, sans doute, ont lu ou entendu parler du D.r Channïng, de Boston, l’un des plus hardis et des plus éloquents écrivains de l’Amérique. Dans un petit essai de lui, intitulé : La Culture de soi „ je trouve quelques observations qui se rattachent si intimement à mon sujet, que je ne puis résister à la tentation de les transcrire ici. Elles consolideront les principes que j’ai déjà établis et feront mieux apprécier la nécessité d’étudier et de juger par soi-même : — « La culture de l’intelligence, dit cette personne si éminente, consiste non-seulement, comme plusieurs
le pensent, à accumuler des renseignements, quoique cela soit d’une grande utilité , mais encore à se constituer une force de réflexion que l'on puisse diriger à volonté sur tous les sujets qui réclament une appréciation rigoureuse. Cette force se manifeste dans la manière de concentrer l’attention sur les choses observées, l’exactitude et la lucidité avec lesquelles on réduit les sujets complexes à leurs éléments j en remontant de l’effet à la cause; en découvrant les ressemblances et les différences les plus infimes des choses ; en lisant l’avenir dans le présent , et sur-tout en s’élevant des faits particuliers à des lois générales ou à des vérités universelles. Ce dernier effort intellectuel , développant de grandes vues et de nobles principes , constitue ce qu’on appelle l’esprit philosophique , l’esprit le plus digne de culture. Votre propre observation a pu vous enseigner ce que j’entends par ceci. Vous avez sans doute remarqué deux classes d’hommes , dont l’une est toujours occupée des détails , des actes particuliers , tandis que l’autre emploie les faits comme le fondement de vérités plus hautes et plus nobles. Les derniers sont des philosophes. Par exemple, des hommes avaient vu , pendant des siècles, des morceaux de bois , des pierres et des métaux, tombant à terre. Newton, en s’emparant de ces faits particuliers, arriva à l’idée que toute matière tend vers une autre matière ou l’attire; et, de cette première
pensée, il déduisit la loi selon laquelle cette force ou attraction agit à des distances diverses, et démontra un grand principe qui, nous sommes autorisés à le croire , s’étend sur tout le monde et le gouverne. Un homme lit une histoire dont il peut ensuite vous raconter tous les événements ; mais il s’arrête là. Un autre, au contraire, rassemble ces événements , les combine, les embrasse d’un seul coup d’œil * et dans les causes qui travaillent telle ou telle nation , il sait quels sont les voies qui conduisent, soit vers la liberté, soit vers le despotisme, ou bien à telle forme de civilisation. De même un homme parlera continuellement des actions de tel ou tel de ses voisins, tandis qu’un autre observateur ne regardera, au-delà de l’acte, que le principe interne d’où il tire son origine, afin d’en obtenir des données plus larges sur la nature humaine. En un mot, un homme verra toutes choses à partj et en fragments „ pendant qu’un autre tâchera de découvrir Y harmonie, la connexion et I’unité de tout. »
Cette unité pénètre actuellement, et visiblement, mon sujet entier, l’histoire des maladies de l’homme. J’espère avoir mis cette vérité à l’abri des atteintes du censeur et de l’intéressé. A cet égard au moins nous trouvons qu’elle est en harmonie avec l’histoire de chaque autre chose dans la nature. Mais en faisant de la fièvre intermittente ou fièvre le type ou Y emblème de cette unité
des maladies, je dois demander en même temps, qu’on observe l’immense diversité de degrés et de périodes, que les fièvres intermittentes présentent dans leurs progrès. On trouve en effet des nuances sans nombre, entre le plus léger écart de la. santé, produit par un froid ou une chaleur presque imperceptible, et les périodes de froid et de chaleur extrêmes qui caractérisent une fièvre intermittente. Maintenant, comme ce n’est qu’une question de degré qui établit une différence dans les choses , il en résulte que toutes ces choses se ressemblent les unes les autres. Les mêmes différences de degrés dans la température , sont également observées dans la condition motrice des muscles de chaque malade. Un homme, par exemple , peut avoir un tremblement spasmodique, ou un mouvement faible d’un muscle, ou d’une classe de muscles , pendant qu’un autre éprouvera ces changements d’action dans chaque muscle de son corps. Les frissons , les chaleurs et la transpiration , au lieu de s’offrir d’une manière générale dans toutes les circonstances , peuvent au contraire ne se présenter que partiellement. En place même d’une transpiration augmentée extérieurement, il peut y avoir surabondance d’une autre sécrétion interne. On en a la preuve dans les gonflements hydropiques , les diarrhées, les vomissements bilieux et le flux diabétique de l’urine, dont quelques malades sont
affligés. Dans de tels cas, la peau est presque tou» jours sèche, et la même diversité de degrés qu’on remarque dans les symptômes ^ peut également être observée dans la période. Le degré de durée, l’achèvement et l’exactitude du paroxisme et de la rémission , diffèrent dans chaque cas. La période de froid, qui, communément, saisit d’abord le malade, peut quelquefois cependant être précédée par celle de la chaleur. De plus, après une ou plusieurs répétitions de l’attaque, la fièvre intermittente la plus sévère , peut devenir , par deg rés , de moins en moins régulière dans ses paroxismes et ses périodes de retour ; passant, dans un cas, à la fièvre continue, en apparence ; et revenant, dans l’autre, par des degrés successifs, à cet état de température plus heureux et plus harmonieux que Shakspeare figure comme « la fièvre agitée d’une vie saine. » Si l’on prend ou si l’on place la santé comme une sorte d’étendard, chaque chose qui se trouve dessus ou dessous ce point, soit qu’on ait égard au temps, à la température, au mouvement ou au repos, est une maladie. Quand on analyse avec soin les symptômes de telle ou telle maladie, on trouve, constamment, qu’ils sont identiques aux symptômes , ou aux ombres de symptômes de la lièvre intermittente. La fièvre, au lieu d’être une chose à part, chez l’homme, comme les préceptes des écoles prétendent le faire croire, n’est qu’une expression pour
désigner un changement plus ou moins considérable dans les révolutions de la matière de son corps. Fièvre et maladie sont, alors,, une et identique. Elles ne sont ni des essences à extraire , ni des êtres à combattre. Elles sont simplement des variations dans le phénomène des mouvements corporels; et, dans la plupart des cas, heureusement pour le genre humain, elles peuvent être guéries sans l’aide de médicaments et de méde-
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cins. Le même pouvoir de réparation , par lequel un doigt coupé (sous des circonstances favorables) est réuni et guéri , est propre également à rendre à chaque partie lésée du corps son action et son harmonie. Combien de fois la nature n’at-elle pas, de cette manière, triomphé de la médecine, même dans les cas où le médecin n’était nullement occupé de son intervention ! C’est alors cependant, où l’on échappe malgré eux, que la majeure partie des médecins s’attribue la cure.
— «Une observation charmante de Parmenio, remarque lord Bacon, bien quelle ne fût qu’une spéculation de sa part, c’est que toute chose s’élève graduellement vers Vanité. » Sans doute je n’aurai pas de meilleure occasion de dire que chaque chose sur la terre, susceptible d’être pesée ou mesurée, est de la matière, matière sous une forme ou sous une autre. Quelle différence y a-t-il entre un morceau d’or et un morceau d’argent de même grandeur? Seulement une différence de degré des
memes choses , une gravité spécifique différente, une couleur différente, un cercle différente un degré de malléabilité différent, un lustre différent. Mais qui, avec du raisonnement, peut nier que ces deux substances approchent plus l’une de l’autre par leur nature, qu’un morceau de bois avec une pierre? Si elles ont des différences, elles ont aussi des ressemblances, quelque chose de commun qui nous met à même de déduire leur unité , quand nous parlons de tous deux comme métaux. L’or et l’argent ne sont-ils pas plus semblables l’un à l’autre , que l’eau avec l’un ou l’autre de ses gaz élémentaires? Comment pourrait-on être sûr que les deux métaux ne sont pas une même matière et seulement diffèrent l’un de l’autre, dans leur condition et leur forme? Chaque chose ne change-t-elle pas tour à tour en quelque autre chose, l’organisme passant dans ce qui n’est pas organisé , les solides dans les fluides et les gaz, et vice verset? Plus on réfléchit sur ce sujet, et plus on arrive à cette conclusion que toutes -choses ne sont seulement que des modifications ou des formes variées d’une seule. L’unité des maladies est admise, même pour les opposants de la doctrine, quand ils appellent une apoplexie et un mal de dents, maladies ou désordres. Mais la tendance vers l’unité peut être démontrée dans chaque chose de la nature. Ainsi, par exemple, en ire les races d’hommes, les révo-
lutions des empires et l’histoire de l’esprit individuel , les affinités les plus fortes peuvent exister. Les révolutions du corps humain , comme celles d’un pays, sont une suite à' évènements. Le temps et le mouvement sont les éléments de tous les deux. — «Un annaliste ou un historien, dit Hume, qui se chargerait d’écrire l’histoire de l’Europe, pendant un siècle, pourrait être influencé par le rapport du temps et du lieu. Tous les événements qui arrivent dans cette portion d’espace et cette période de temps, sont compris dans son travail, quoique, à d’autres égards, ils soient différents et sans liaison. Ils ont même une espèce d’unité parmi toutes leurs diversités. »
La vie de l’homme est une suite de révolutions. Je ne parle pas à cet instant du mouvement diurne de son corps, et de quelques autres moins sensibles. Je fais allusion aux grands changements de son système, à ces périodes climatériques , quand certains organes qui étaient d’abord en rudiments et inactifs, se développent successivement avec plus ou moins de rapidité. Telles sont les périodes de sa dentition , de sa puberté et celle où il atteint son entière maturité corporelle , et son pouvoir intellectuel. La fille, le garçon, l’homme, sont tous differents , et cependant ils sont les mêmes. Quand on parle de l’homme par abstraction , on veut dire de tout âge et des deux sexes. Mais entre la femelle et le mâle, chez les
animaux., il y a une conformité ou une unité bien plus caractérisée qu’on ne pense, laquelle est surtout plus grande dans le commencement . Cecis’harmonie avec chaque autre chose dans la nature. Le germe ou fœtus de chaque animal est, dans l’origine, hermaphrodite ^ et il dépend entièrement du degré plus ou moins grand du développement de ses parties diverses, que les organes destinés à la conservation de la race, prennent la forme du mâle ou celle de la femelle. Gomment reçoiventils l’une ou l’autre forme ? on ne le sait pas. Cela tient-il à la position? Il faudrait qu’il existât un rapport quelconque avec la température. Même pendant une assez longue durée après la naissance, la poitrine d’un garçon et celle d’une fdle gardent la même apparence. On peut voir cela de ses propres yeux* Mais l’anatomiste fera remarquer d’autres analogies , d’autres ressemblances également vraies, dans la condition première des organes reproductifs des deux sexes. Pendant l’état le moins avancé du fœtus , les rudiments des testes et des ovaires sont si exactement identiques par la place qu’ils occupent et leur apparence, qu’on ne saurait dire si, plus tard, ils deviendront l’un ou l’autre. Ce qui, dans le mâle, devient la glande prostate , prend, chez la femelle , la forme de la matrice. En résumé , les organes générateurs des deux sexes sont à peine des inversions l’un de l’autre; cependant, chaque heure
qui s’écoule pour l’enfant, dans la matrice de sa mère, convertit de plus en plus l’unité de son sexe en diversité . Mais cette diversité , même long-temps après la naissance, est moins remarquable que dans ’ la vie adulte. Il est toujours difficile de dire , à première vue , quel est le sexe d’un enfant âgé de deux ou trois ans; mais cette difficulté n’existe plus à l’époque de la puberté. Alors le garçon devient barbu et sa voix change. Alors les mamelles de la fille, qui, jusqu’à cette période , avaient peu différé de celles du garçon (du moins en apparence), prennent graduellement la forme nécessaire pour la nouvelle fonction qu’elles doivent accomplir. Une autre et une plus grave révolution s’opère en elle avec le pouvoir de sécréter la première nourriture de l’enfant. Mais , même avant que la fille puisse devenir mère , une sécrétion nouvelle doit avoir commencé ; une sécrétion qui, attendu que cette période diffère de toutes les autres (elle a lieu tous les mois seulement) , est nommée, par les médecins , Cataménie ou Menstrues. Gomment de telles choses pourraient-elles arriver sans un grand changement de constitution , sans une révolution fébrile de tout le corps? Qu’on observe la ‘pâleur et la rougeur alternative de la joue et de la lèvre, les tremblements , les spasmes , les palpitations avec toutes les dépressions et les exaltations auxquelles la fille est sujette , et l’on aura peu de difficulté à
découvrir le type de chacune des nombreuses maladies dont elle est menacée à cette remarquable époque. Les médecins peuvent les appeler Chlorosis ou leur donner tout autre nom ; mais on y reconnaîtra toujours le développement d une fièvre intermittente, aussi varié dans ses degrés que quelque fièvre que ce puisse être; produisant de même, chaque aberration de temps et de localité que l’on puisse concevoir; et les guérissant toutes d’une manière analogue, en rétablissant les mouvements atomiques des parties du corps , tels qu’ils existaient primitivement.