‹ Erreurs des médecins, ou système chrono-thermalChapitre 42 sur 74 · DU CANCER · texte numérisé non relu

DU CANCER

Le Cancer du sein est chose rare, heureusement pour le sexe. Il n’y a peut-être pas une femme sur mille qui soit affectée de cette maladie. Maintenant, qu’est-ce que le cancer? c’est une lente et douloureuse décomposition , une plaie rongeuse ou chancre de l’organe particulier qui est affecté. Voici comment se développe ordinairement le cancer du sein. Une tumeur, de la grosseur d’une noisette et plus ou moins dure , se fait d’abord apercevoir près du tétin. Dans la plupart des cas, l’attention de la malade est excitée par un malaise dans la partie , lequel se change bientôt en une douleur poignante et des élancements. C’est

par ces phrases que les malades indiquent leurs souffrances. La tumeur augmente par degrés, et en volume et en solidité, en même temps que la douleur devient de plus en plus insupportable et lancinante. La maladie est toujours intermittente , et, dans la plupart des cas, cette intermittence est périodique la tumeur étant un jour diminuée et un autre agrandie. Les douleurs disparaissent de même, plus ou moins, pour un temps, et reviennent avec une violence égale à une heure particulière. Quand les chirurgiens avaient plus l’habitude qu’à présent de faire des opérations dans les cas de cette espèce, on divisait les tumeurs après qu’elles avaient été enlevées par le scalpel, et elles devenaient un objet de curiosité. Si, après la division, leur structure interne offrait à peu près la ressemblance d’un navet et d’un cartilage, on décidait alors que la maladie était un vrai cancer, un Schirrus ou Carcinoma . Si, au contraire, au lieu d’une telle ressemblance, la tumeur présentait une apparence cérébriforme, ou un aspect qui tint à la fois du lard et d’une substance gélatineuse, des disputes s’engageaient alors pour décider quel nom ce désordre devait recevoir. Qu’importe pourtant , lorsque la mamelle a changé de structure et de nature , et qu’elle ne produit plus que la misère pour celle à qui elle appartient, qu’importe , dis-je, que ce soit appelé SchirruSj, Garcimona , Cancer, ou tout autre chose! Oh! il

importe bien peu, en effet, que ce changement organique reçoive tel ou tel nom, lorsque les glandules de la mamelle sont entièrement détruites et décomposées !

Quelle est la cause du développement de cette maladie? c’est le résultat d’un changement général de la constitution. C’est l’effet d’une action faible des nerfs sur une origine primitivement faible; et l’on peut se convaincre de cette vérité , lorsqu’on sait que , dans la plupart des cas , le cancer est une maladie héréditaire . Elle commence ordinairement à cette période de la vie où la mamelle n’est plus qu’un ornement pour la femme. Elle se déclare à peu près à l’époque où la sécrétion cataméniale est sur le point de disparaître pour toujours. Une telle terminaison pourrait-elle avoir lieu sans une nouvelle révolution corporelle? non, sans doute : chaque femme souffre alors plus ou moins du désordre de sa constitution. Qu’on analyse ce désordre, et l’on trouvera qu’il peut se résoudre en une action fébrile ^ générale et intermittente de tout le corps, laquelle varie ses apparences dans chaque cas. Le cancer est alors un développement de cette fièvre. Jamais , dans ma vie, je n’ai trouvé un seul exemple de cancer dans aucun état ou degré, que le sujet ne m’ait déclaré avoir eu des frissons et des chaleurs, et même des irrégularités de sécrétion , sans rien dire des variations de la température et de la

sensation de la partie affectée. Dans ce moment, je donne des soins à la sœur d’un membre du Collège Pioyal des médecins, qui était déjà disposée à me consulter, sachant que je considère la fièvre intermittente comme le type principal ou le modèle de tous les désordres. Le cancer dont cette dame est atteinte a été précédé, m’a-t-elle assuré, par des frissons qu’elle avait attribués à un froid soudain. Pendant tout le progrès de la maladie , elle a souffert plus ou moins des sensations de la fièvre. Avant que je ne l’eusse vue, elle avait été visitée par un chirurgien en réputation , qui lui avait ordonné de mettre des sangsues ; mais l’effet de leur office fut une augmentation de douleur. Ce n’est nullement étrange, et si le grand homme avait seulement pris la peine de s’enquérir des choses, il aurait trouvé qu’au lieu de Y inflammation théorique qui sans doute lui a suggéré l’emploi des sangsues, la mamelle était, dans cette circonstance, ordinairement froide! N’eût-il pas été beaucoup mieux alors d’appliquer un emplâtre chaud? On peut au moins l’essayer, et si on ne trouve pas qu’il produise plus ou moins de. soulagement, dans la plupart des cas, je conviendrai que je ne sais rien de la science que j’ai maintenant la prétention d’enseigner. Mais une application locale ne sera jamais d’une efficacité durable dans cette maladie comme dans toute autre, si l’on néglige de faire attention aux principes

chrono-thermaux , c’est-à-dire aux paroxismes et aux rémissions. L’arsenic, la quinine ^ l’opium, le cuivre, l’acide prussique ^ peuvent être successivement essayés. Mais il faut que l’on se rappelle toujours que le cancer est une maladie chronique 3 une maladie de temps ; et, de plus, on doit se ressouvenir de ce que j’ai déjà dit au sujet de la plupart des cas de maladie chronique, savoir, qu’un seul remède ne produira jamais un effet avantageux par sa continuation dans cette classe de désordres, attendu qu’une fois que la constitution est accoutumée à son emploi , ou il perd son influence tout-à-fait, ou il agit d’une manière opposée à celle qu’il avait primitivement. Jadis il n’y avait point de remède plus réputé que l’arsenic , dans le traitement du cancer. On le considérait comme le spécifique le plus merveilleux dans tous les cas de cette nature. Quelle en a été la conséquence? celle qui a lieu pour tout ce qui appartient à ce monde, dans lequel personnes ou choses y médecins ou remèdes, finissent toujours par perdre la réputation dont ils ont joui. Après quelques fautes reconnues dans diverses circonstances, l’arsenic a été presque entièrement abandonné dans la maladie qui nous occupe. Cependant, malgré cet abandon, je ne connais pas un remède qui puisse être employé avec plus de succès que l’arsenic dans le traitement du cancer. — « Nous avons vu par son usage, dit le D.r Parr (dans son Diction-

naire , publié en 1809) qu’un mal cancéreux , d’une grande étendue, s’était rempli des granulations les plus saines, que le teint était devenu clair, l’appétit augmenté, et la santé en général améliorée. » — « Mais malheureusement , ajoute-t-il , ces bons effets n’ont pas été permanents. En augmentant la dose, nous avons gagné un peu plus, mais à la fin ces avantages ont été perdus, selon les apparences. » En est-il jamais autrement d’aucun autre remède? Rien sur la terre ne peut toujours agir sur le corps vivant avec la même puissance. La corde la plus forte finit par se rompre , et le meilleur remède cessera , après un temps , de produire les bons effets qu’il aura d’abord obtenus. Mais un médecin ne doit pas dédaigner un pouvoir dont le temps a prouvé les avantages. S’il en était autrement, ce ne serait pas plus raisonnable que le voyageur qui, au lieu de se montrer reconnaissant pour le cheval qui lui a fait parcourir un grand espace, se plaint de ce que l’animal ne l’a pas conduit jusqu’au ternie où il voulait atteindre. Il n’y a pas un cheval, sur la terre, qui pourrait toujours aller sans se reposer. Dans les circonstances mentionnées par le D.r Parr, ce que lui ou tout autre médecin devrait avoir fait, et ce que je puis avec confiance recommander de faire dans chaque occasion pareille, c’est ceci : lorsqu’on a obtenu tout le bien possible de l’arsenic ou de tout autre remède , il faut le changer contre une non-

velle substance en rapport avec la constitution du malade, et changer encore, jusqu’à ce qu’on ait atteint un bon résultat. Quand celui-ci cesse de se montrer satisfaisant, on passe de rechef à un autre traitement. On peut même avoir recours , avec avantage , à un ou plusieurs des remèdes qu’on avait premièrement essayés fructueusement ; car lorsque la constitution (si je puis parler métaphoriquement) a eu le temps d’oublier un remède qui Ta déjà influencée avec profit, ceremède(eomme un livre admiré qu’on relit avec plaisir après que l’esprit avait cessé d’y rêver) peut de nouveau agir sur le système corporel avec la force et la fraîcheur qu’il avait dans l’origine. Dans de pareilles circonstances , on doit changer, combiner et régler ses médicaments et ses mesures de mille manières, afin de produire une amélioration soutenue. L’arsenic, l’or, l’argent, le mercure, la créosote, l’iodine, l’opium, etc. , peuvent être tous employés avantageusement, comme remèdes internes et applications locales , selon les indications et les changements fournis par le désordre.

Quand le cancer peut suivre son cours sans interruption, au moyen du scalpel du chirurgien, ou des remèdes du docteur, sa terminaison est ordinairement celle-ci : un petit ulcère se montre sur la peau de la prtie la plus saillante de la tumeur, prolongeant, par degrés, sa dimension. Les attractions atomiques de la substance de la ma-

nielle deviennent si excessivement faibles , pendant le changement produit par la maladie, que l’air atmosphérique a à peine effleuré la tumeur, qu’elle commence à se mortifier et meurt bientôt. Dans la plupart des cas, et après un certain temps, elle devient une masse corrompue , comme cela eut lieu dans le cas de la dame dont j ’ai parlé. L’ulcère qui reste est toujours extrêmement fétide, et montre une grande disposition à s’étendre. En voici la raison. Premièrement, la constitution du malade est plus ou moins faible; secondement, les particules de la substance morte ou à moitié morte, qui s’attachent au fond de l’ulcère, nonseulement sont privées du pouvoir de réparation en elles-mêmes, mais encore elles sont les sources qui produisent le manque de pouvoir réparatif dans les parties avec lesquelles elles se trouvent en contact. La même chose a lieu précisément quand une partie quelconque d’un vieil arbre vient à se pourir : si les autres portions de cet arbre ne sont pas isolées de celle qui est affectée , il ne faut pas espérer d’arrêter le progrès. Pour ce qui est du cancer, toute sa surface devrait être cautérisée et détruite entièrement, soit avec du fer chaud, du nitrate d’argent, de l’ammoniac, ou de la potasse. On peut aussi avoir recours à tous les quatre à la fois avec avantage, dans plusieurs cas. Non-seulement il ne faut épargner aucune des parties qui indiquent même un symptôme de fai-

blesse, mais encore on doit cautériser jusqu’à ce qu’on obtienne des granulations rouges et saines en apparence. Pour les pansements, on peut user, avec beaucoup de succès , des onguents ou des autres préparations de l’oxide de mercure rouge, de l’iodine, de l’arsenic, de la créosote, du plomb, etc. ^ et chacun de ces remèdes, comme tous, ne prouvera un bon résultat, que dans des, cas particuliers , et pour des périodes particulières. La loi qui est confirmée, dans l’usage des remèdes internes , sera plus apparente encore dans les applications externes j, principalement en ce sens que toutes les forces médicinales ont un rapport incontestable avec les personnes et les périodes seulement, et que, dans aucun cas, il ne faut pas s’attendre, à priori^ à faire plus que de produire une action temporaire. Si cette action est d’une nouvelle espèce, elle produira le bien; mais si, au contraire , le mouvement qui est augmenté par cette action, est dans la même direction qu’auparavant (ce qu’on ne sait pas avant d’avoir essayéj le résultat d’une telle épreuve sera une plus ou moins grande aggravation de l’état, pour l’amélioration duquel on avait prescrit le traitement.

Le seul médecin que j’aie connu qui ait traité convenablement le cancer de la mamelle, est le D.r Abel Stuart, gentleman qui, pendant sa pratique dans les Indes-Occidentales, où la maladie est plus commune qu’en Angleterre, avait eu de

nombreuses occasions de l’étudier dans chacun de ses états. A Londres, où il pratique à présent, il m’a fait observer plusieurs affections de cette espèce traitées par lui avec le plus grand succès. Ilne faut pas que l’on suppose, ainsi que le font le vulgaire et quelques membres de la profession, que le cancer de la mamelle est nécessairement une maladie mortelle. Aussi long-temps qu’il est possible d’empêcher l’ulcère de s’étendre , et de maintenir la santé générale à un degré satisfaisant, il ne saurait y avoir de danger. La mamelle n’est pas un organe vital ; elle n’est pas, comme le poumon ou le cœur, nécessaire à la vie de l’individu ; c’est une partie ajoutée au profit d’une autre génération. On voit des femmes qui avaient été remarquables par la dimension de leurs mamelles, perdre plus tard presque jusqu’à l’apparence du sein, par suite du travail lent et imperceptible de l’absorption intersticielle, sans que leur système général en souffre. Si ce n’était sa disposition à s’étendre, et la douleur qui l’accompagne, le cancer aurait rarement une terminaison fatale. C’est principalement la douleur qui constitue le danger, et non pas la perte de l’organe même. Cette douleur peut user le tempérament le plus robuste. Le principal est donc d’adoucir la souffrance autant qu’il dépend de soi; mais il faut éviter les sangsues et la déplétion, qui, je ne cesserai point de le répéter, sont les moyens les plus prompts, non-seulement pour épuiser la

force de la malade, mais encore pour produire cette sensibilité extrême des nerfs, ou cette intolérance d’impression extérieure, qui convertit le moindre attouchement en un coup de poignard. Les personnes robustes ne se plaignent guere de la douleur : ce sont ordinairement celles qui sont enflées et amaigries, qui sont le plus sensibles. Que l’on conserve donc la santé de la malade par tous les moyens dont on puisse faire usage, et elle pourra vivre autant d’années avec un cancer de la mamelle, que si elle n’avait jamais été en proie à une telle maladie. Sir B. Brodie parle de l’état d’une dame qui a vécu vingt ans avec un cancer, et qui ne mourut que d’une affection des poumons, avec lesquels le cancer n’avait aucune connexion. Que dirai-je de l’amputation de la mamelle? Cette amputation harmonie-t-elle les sécrétions? améliore-t-elle la constitution en aucune manière ? Les malades qui ont consenti à souffrir l’opération , ont eu rarement à se louer d’avoir écouté leurs chirurgiens, puisque le désordre s’est presque toujours reproduit, dans une période plus ou moins éloignée, dans la cicatrice de la partie blessée. Il suffit d’examiner la pâleur , l’enflure ou l’amaigrissement des personnes qui souffrent du cancer, pour être convaincu que leur état réclame autre chose qu’une opération chirurgicale seulement , mesure toujours douteuse lorsqu’elle se montre la plus favorable, et qui devient fréquemment fa-

taie. Les frissons, les chaleurs, les sueurs, la diarrhée ou l’hydropisie, sont les signes constitutionnels qui indiquent qu’il n’y a autre chose à faire qu’à disséquer une structure malade, laquelle, au lieu d’être la cause , n’est réellement que l’effet d’une infirmité générale. J’ai vu un grand nombre de mamelles condamnées comme cancéreuses, qui pourtant ont été guéries. Que l’on puisse employer quelquefois le scalpel avec avantage, je ne le conteste pas ; mais au lieu d’être la régie ^ ce moyen ne doit être considéré que comme Yexcep tion. La majorité des chirurgiens honorables et instruits, conviendra que cette opération les a peu servis dans la plupart des cas, si ce n’est à amener une rémission temporaire seulement. Lorsqu’on entend un homme, aujourd’hui, signaler l’avantage d’en venir à l’opération, sur-tout au commencement de la maladie, on peut, sans se tromper, l’accuser d’ignorance, à laquelle, je regrette de le dire, l’intérêt s’unit aussi quelquefois pour agir de concert. Les honoraires que procure l’amputation d’une mamelle, sont souvent l’unique calcul du chirurgien. J’ai vu deux fois le cancer dans la poitrine de l’homme ; le premier sujet était un Européen , et l’autre était né dans les Indes.

Page 1