DES TUMEURS
C’est une erreur bien commune chez la plu-
part des médecins, de mentionner, dans le rapport qu’ils font des maladies , qu’une personne saine s’est présentée à eux avec une tumeur particulière. De tels praticiens ne sont occupés que de distinctions artificielles , distinctions qui n’ont aucun fondement, ni dans la nature ni dans la raison , et ils négligent d’observer le cercle d’actions qui constitue l’état du corps, nommé la santé. Une tumeur ne s’est jamais montrée chez un sujet parfaitement sain. Pendant le cours de ma carrière professionnelle, j’ai vu des tumeurs de toute sorte, mais je n’en ai jamais trouvé une qui ne pût être attribuée, ou à un désordre antérieur de la constitution , ou à l’effet d’un mal local chez un sujet qui n’était pas sain auparavant. Presque chaque malade déclare avoir des froids et des chaleurs ; et la plus grande partie se ressouvient que , dans le commencement , la tumeur était alternativement plus ou moins volumineuse.
J’ai déjà démontré que chaque individu est prédisposé à quelque maladie d’un tissu particulier. Ce qui dérange la santé générale, peut aussi développer la partie faible de celui qui était sain auparavant, et cette circonstance peut également déterminer une tumeur dans un ou plusieurs tissus. Ce qui diffère dans l’apparence des textures variées du corps, expliquera les apparences diverses des tumeurs elles-mêmes ; et lorsque les tumeurs
présentent de la différence dans le même tissu, on trouvera que cette différence existe seulement dans la totalié de la substance qui entre dans ce tissu, ou dans le nouvel arrangement de principes élémentaires qui le composent.
C’est une loi du système animal , que quand une sécrétion donnée devient morbide, quelque autre la remplace par une abondance surnaturelle. Si l’on ne transpire pas suffisamment, on verra la sécrétion des rognons , où de quelque autre organe, augmenter en quantité. Je fus consulté , il y a quelque temps, par une femme malade, dont les mamelles étaient devenues énormes par l’excès d’un dépôt adipeux ou gras. Dans l’état de cette femme, l’urine était toujours peu abondante , et elle ne transpirait jamais. Chaque tissu du corps est formé par la sécrétion. La substance des muscles, des os et de la peau, est un fluide avant qu’elle prenne la consistance d’un tissu , et les atomes de chaque contexture se transforment constamment les uns les autres par une opération qu’on peut appeler la chimie vitale. — « Le grand travail de la nature, dit le professeur Brande, tel que la végétation des arbres et des plantes, et les phénomènes de la vie organique, est lié généralement avec une suite de changements chimiques. » Les sécrétions de toute espèce d’un changement chimique , et les tumeurs, au lieu d’être produites, comme le D.r Hun-
ter le suppose, par l'organisation du sang extravasé , sont le résultat des erreurs de la sécrétion. Elles proviennent principalement de l’excès de quelque portion du tissu dans lequel elles paraissent, ou sont le résultat de combinaisons nouvelles de quelque principe récent qui entre dans sa composition.
Si on consulte les faits enregistrés par la médecine au sujet des tumeurs, on trouvera que les agents médicaux qui les ont guéries ou diminuées, apartiennent en définitive aux substances que l’on considère comme de la plus grande efficacité dans le traitement de la fièvre intermittente. Un praticien (Carmicliael) fait l’éloge du fer; un autre (Alibert) parle favorablement du quinquina ; les natifs de l’Inde préfèrent Y arsenic; tandis que la plupart des praticiens ont trouvé Yiodine et le mercure plus ou moins utiles dans leur traitement. Il n’est pas nécessaire de dire que ces substances ont toutes réussi ou failli dans la fièvre intermittente! Il ne faut donc pas s’étonner si chacune d’elles a été louée un jour et décriée l’autre, dans toutes les maladies qui portent un nom et parmi lesquelles il faut placer les tumeurs.