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DE LA GROSSESSE

On dira peut-être que ceci n’est pas une maladie ? Dans ce cas, il faut que j’en appelle aux dames

qui ont eu des enfants, et je gage ma vie qu’elles fourniront un ample catalogue des incommodités qui les ont assaillies pendant cet état , égal en portée à la nosologie du D.rCullen. Dans chaque nouveau phénomène du système animal, que ce soit mâle ou femelle, il s’opère premièrement une révolution corporelle. On le remarque sur-tout dans les périodes de la dentition et de la 'puberté > et on l’observe aussi dans l’état de grossesse. Une jeune plante qui ne fait que de sortir de sa graine, peut-elle devenir une herbe, au milieu de la gelée de l’hiver, ou le jeune arbre atteindre sa maturité, sans une suite de changements dans la température et le mouvement de la terre qui l’entoure? Non, et il en est de même du germe d’enfant, qui ne peut devenir fœtus sans une suite de révolutions fébriles dans la forme de la mère ! Une fois en action il fait une réaction à son tour.

Quoique le cerveau soit, ainsi que le corps, une unité, il a, comme chaque autre organe, diverses parties. Ce n’est point un argument contre la doctrine phrénologique, que le scalpel n’ait pas, jusqu’ici, établi des divisions parmi les parties cérébrales diverses auxquelles les phrénologistes attribuent des fonctions. N’est-il pas vrai que toutes les parties variées différentes de la forme s’étendent l’une vers l’autre : le coude vers le bras, le bras vers la main , etc. ? Qui est plus clairement une unité que la main? Cependant, lorsqu’une ou plusieurs

de ses jointures ou muscles sont affaiblis , on trouve rarement une capacité entière de réaliser un travail particulier, chez celui qui la possède? Alors ne doit-on pas, à priori ^ s’attendre à trouver la même chose dans le cerveau? Qu’est-ce que la monomanie? Le résultat d’un état cérébral analogue. Le monomane peut raisonner avec lucidité sur toute espèce de sujet, excepté un. Je ne désire pas une évidence plus rationnelle que cellelà , de la diversité des parties du cerveau. De même aussi que dans j les autres parties du corps, quelques-unes des divisions cérébrales agissent en association, ou avec simultanéité , tandis que d’autres fonctionnent d’une manière indépendante ou alternativement . On peut à présent concevoir comment le cerveau de la mère influe sur l’accroissement de l’enfant in utero , et le rôle qu’il continue à jouer dans le système corporel de cette mère. Plusieurs de ses portions agissent tour à tour; car, dans cette circonstance elles ne peuvent le faire toutes en même temps. Ici encore, comme dans les autres cas, un défaut d’harmonie peut arriver; il est possible que le cerveau continue trop long-temps à exercer son influence sur l’enfant, tandis que d’autres fois, il négligera l’enfant pour la mère. Gomment ce défaut d’harmonie affecte-t-il l’enfant? On peut seulement le conjecturer par analogie. Une privation trop prolongée de l’influence du cerveau sur l’économie

de la mère, peut, comme on le voit tous les jours, déterminer en elle un grand nombre de maladies, particulièrement ces vomissements 'périodiques qui ont lieu dans la plupart des grossesses, et l’évanouissement ou faiblesse qui vient aussi par occasion. Ces symptômes ne sont-ils pas pareils à ceux qui se présentent chez une personne qui a eu un coup sur la tête, ou qui a été trop abondamment saignée? Il me paraît probable que l'accroissement de l'enfant doit avoir lieu principalement pendant le repos de la mère ; car c’est surtout le matin, quand elle s'éveille, qu’elle éprouve des vomissements et autres symptômes qui démontrent que le cerveau a trop long-temps négligé son action sur son propre système.

Les conséquences naturelles qui proviennent de Y alternation la plus favorable du mouvement cérébral qui a lieu pendant la grossesse, sont, pour la plupart des mères, les frissons, les chaleurs et les sueurs > c’est-à-dire les symptômes, ou les ombres de symptômes de toute autre maladie, dont l’action affecte le cerveau d’une manière nouvelle ou rare. La malade devient, alternativement, pâle et rouge, et, comme dans les autres fièvres, elle se plaint souvent d’avoir mal à la tête. Quand on essaie la saignée dans un état semblable , traitement qui est le refuge ordinaire des ignorants, le sang qui est tiré montre cette même croûte qui , sous le nom de peau de buffle > de croûte enflant -

mée j etc., procure aux praticiens la jouissance de s’étendre sur la singularité d’une vraie fièvre inflammatoire.

La grossesse a été définie par quelques grands médecins comme une opération naturelle. C’est une grande découverte , certainement , mais ils auraient pu en faire une semblable en observant l’état de maladie et de mort.

Toute chose, dans la nature, n’est-elle pas une opération naturelle, depuis la chute d’une pomme, jusqu’à la composition de l’Iliade? Chaque objet que l’œil peut voir, ou l’oreille entendre, est naturel. Les miracles seuls sont miraculeux ; car ce sont des événements contraires à l’ordre des choses naturelles. La grossesse est alors, en réalité, une opération très naturelle ; mais, pour cette raison, en est-elle moins un état fébrile? n’est-elle pas, en dépit de toute considération, une fièvre intermittente? Que de maladies n’ont-elles pas eu leur origine dans la grossesse? Et lorsqu’elles existaient avant elle, combien n’en a-t-elle pas guéri, comme le fait toute autre fièvre? Si elle a produit l’Épilepsie, l’Apoplexie, le mal de dents, la Consomption , la Paralysie et la Manie, elle a aussi amélioré, suspendu ou guéri chacune d’elles. Je me rappelle d’une dame qui, avant son mariage, louchait d’une manière remarquable ; mais du moment où elle devint grosse, le strabisme diminua , et long-temps avant son accouchement il

était guéri. Jamais je n'ai vu une figure qui ait aussi bien profité d’une grossesse ; mais si celle-ci à guéri le strabisme, j’ai vu d’autres cas où elle l’a produit. Gomme cet état s’harmonie alors entièrement avec l’unité qui pénètre la maladie en général !

DE l/ACCOUCHEMENT.

J’ai déjà dit que l'accouchement ou parturition est une suite de douleurs et de rémissions; mais qu’on ne le regarde pas comme une fièvre intermittente, et qu’on ne lui trouve aucune ressemblance avec cette affection! C’est au moins ce que m’ont assuré de fort habiles médecins, et ils m’en ont dit autant de la grossesse! Cette question est donc décidée par la négative P Certainement la chose est résolue à la satisfaction de tous ceux qui établissent leur croyance sur Y autorité humaine seulement. Mais l’autorité humaine est rarement d’accord avec moi ; et toutes les fois que j’ai été intéressé à découvrir la vérité, j’ai toujours fait appel des décrets de cette cour imparfaite à la décision moins erronée de la cour du fait. Et qu’est-ce que le fait dit dans cette circonstance? il dit que le travail d’enfant, dans presque chaque cas, commence avec des froids et des chaleurs, qu’ils se répètent d’encore en encore, avec des périodes d’immunité plus longues ou plus courtes pendant son progrès. Comment sais-je tout ceci, moi qui regarde l’art moderne

d’accouchement avec horreur! Je vous dirai que, vraiment, je l’ai deviné. Je ne pouvais croire en effet que la parturition, alors dissemblable à toute autre grande révolution du corps, put être, ou sans douleur , ou un état périlleux, ou qu’elle fût libre de ces froids , de ces chaleurs et de ces rémissions, que j’ai toujours observes dans les désordres de ce caractère. Mais comme je ne suis pas une personne facilement satisfaite avec une conjecture, j’ai pris la peine d’interroger avec soin la nature ; et , aussi sûrement que le soleil éclaire cette terre, la nature a confirmé entièrement mes prévisions, et je puis affirmer que l'enfantement, dans toutes les circonstances, est un état de fièvre intermittente. Dans quelques-uns de mes livres de médecine, j’ai trouvé aussi que les frissons, entre autres symptômes nombreux , étaient mentionnés comme accidentels chez les femmes en couches. — « Quelquefois , dit le D.rPiamsbottom, qui lui-même est accoucheur, les frissons deviennent assez violents pour ébranler le lit sur lequel la malade est placée , et causer un claquement de dents semblable à celui que donne le froid de la fievre. Souvent aussi pendant qu’elle se plaint d’avoir froid, sa surface est chaude et même beaucoup plus chaude qu’à l’état normal. » Or, cette sensation est précisément celle dont se plaignent des individus atteints de la fièvre, même dans l’état chaud. En dépit donc de toutes

les assertions contraires et malgré la résistance des médecins et autres, la grossesse et la parturition sont des fièvres, des fièvres dans chaque sens du mot; car leur révolution, non-seulement a lieu de la même manière que la fièvre ; mais encore, ainsi que la fièvre, ces deux états peuvent être influencés par les médicaments, aussi bien que par les impressions mentales. Dans plusieurs cas de la parturition , le travail pourra même s’arrêter instantanément , par suite d’un nouveau mouvement cérébral, excité par une frayeur ou une surprise. Avec quelques femmes, le travail ne revient pas , et des conséquences terribles en sont le résultat. Si le fœtus est tout-à-fait développé ou si le travail est accompli , la santé n’est point altérée; mais si , dans le progrès de la grossesse et de la parturition , comme dans le progrès des autres fièvres, une espèce quelconque de maladie vient à se déclarer, elle peut se développer jusqu’à la mortalité.

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