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DE LÀ DENTITION

Pour les mères et les nourrices, il n’y a pas, après la grossesse et la parturition, de sujet plus intéressant que celui de la dentition. La naissance de la première dent, comme l’avénement du premier enfant, est attendue par la mère et la nourrice avec une vive anxiété, sinon avec une véritable frayeur. Pourquoi cela? Pourquoi? parce que, comme dans la grossesse, avant que le germe dormant soit mis en action, la dent en embryon peut, au moment où elle se développe, causer une révolution corporelle entière, une fièvre intermittente plus ou moins forte , et selon les conditions diverses des constitutions particulières. L’enfant le plus sain et le plus vigoureux , sera ordinairement le moins absorbé par cette lièvre, et la dentition , par conséquent, s’accomplira avec moins de douleur. G’est justement sous

l’empire des mêmes circonstances, que la mère qui est prête à accoucher, donne avec moins de danger le jour à ses enfants. Si, au contraire, l’enfant est maladif ou malsain , la fièvre sera sévère à proportion. Après avoir été assez bien pendant le jour, la plupart des enfants qui font leurs dents , deviennent fiévreux à quelque heure particulière de la nuit. Quoique dans le premier moment, la fièvre cause seule la souffrance, celle-ci est bientôt augmentée par le développement de la nouvelle dent qui s’étend dans la gencive et prolonge le désordre constitutionnel. C’est premièrement un effet et ensuite une cause ajoutée ou augmentée. On a , dans cette fièvre , un exemple nouveau de l’unité des maladies , une preuve de plus que la fièvre intermittente , dans quelques-uns de ses degrés , est une révolution constitutionnelle , qui détermine chaque espèce de désordre. Que de maladies ne sont-elles pas produites par la fièvre intermittente de dentition ? Elles comprennent presque toutes les affections spasmodiques et paralytiques que l’on peut désigner, telles que les convulsions, l’apoplexie, le strabisme, l’hémiplégie , le rachitisme , toute la famille des désordres structuraux de l’ébullition du sang, l’éruption cutanée jusqu’à la désorganisation mésentérique , et la dysenterie. La gencive doitelle être percée dans ces cas? Qui peut en douter? Lorsqu’on trouve une tension douloureuse

produite par la matière d’un abcès, ne doit-on pas , pour prévenir un plus grand désordre constitutionnel , faire sortir la matière avec une lancette? Les cas sont analogues. On peut alors , dans plusieurs circonstances de la dentition, se servir de la lancette pour la gencive avec beaucoup d’avantage ; mais on en trouvera un plus considérable encore en dirigeant son attention sur la température du corps de l’enfant. Quand il est chaud ou brûlant, quand sa petite tête semble comme en feu sous la main, il faut verser de l’eau froide dessus; et quand on a assez rafraîchi le malade partout, il s’endormira presque toujours dans les bras de sa nourrice ou de sa mère. Pendant la période froide ^ au contraire, on pourra lui donner de temps en temps une petite cuillerée d’eau-de-vie dans de l’eau avec un peu d’aneth ou d’anis ; cela le soulagera et ramènera la chaleur en lui. Il est bien aussi de recourir à la friction , avec une flanelle chaude, ou à un bain chaud. Pendant la période de rémission, un traitement avec de petites doses de calomel , de quinine ou d’opium, et d’acide prussique par occasion, préviendra souvent le retour des convulsions ou les rendra bénignes en comparaison de celles qui les avaient précédées. Mais il faut que je prévienne que, fréquemment, on pourra rencontrer beaucoup d’opposition de la part des innocents de la profession, quand on leur proposera la quinine ou

l’acide prussique pour la maladie enfantine. Je fus une fois invité à voir un enfant, fds d’un gentleman , demeurant dans Hertford-Street ; cet enfant avait souffert des convulsions et des flatuosités. On se rappelle ce que j’ai mentionné de cette maladie , c’est-à-dire qu’une convulsion enfantine suspend toujours un épuisement cérébral. Cette convulsion est souvent l’effet du froid, et quelquefois aussi elle est la suite d’une purgation. J’ai même vu la maladie se manifester après l’application des sangsues. — « C’est un fait bien constaté, dit le D.r Trotter, pour l’observateur médical , que des convulsions fréquentes sont le résultat ordinaire d’une grande perte de sang. » On peut d’ailleurs se rappeler que , dans l’expérience de l’animal qui fut saigné jusqu’à la mort, par le D.r Seeds, la flatuosité et les convulsions étaient du nombre des symptômes produits par l’évacuation. Mais, pour en revenir à l’enfant dont je parlais , le pauvre petit , avant que je l’eusse vu, avait été en proie à treize convulsions distinctes , avec un intervalle de rémission de plus ou moins de durée entre chaque. A quel traitement croira-t-on que cet enfant avait été assujetti, en premier lieu , par le médecin qui en avait soin? Quoique son âge fût de moins de six mois , et la maladie clairement et évidemment rémittente, ce médecin l’avait fait ventouser derrière l’oreille , redoutant, comme il me l’expliqua, la présence

du vieux fantôme , c’est-à-dire une pression sur le cerveau ! Quelle doctrine compatible , qu’une permanence de cause avec une rémission de symptôme! La quantité de sang extrait fut à peu près une once; mais les convulsions revinrent comme auparavant. Ce fut à cause de cela que l’on me pria de venir. L’enfant, lorsque j’arrivai, n’avait pas de convulsion. Ainsi, après avoir pris la peine d’expliquer la nature des symptômes au Sangrado en exercice , j’indiquai la quinine comme un préservatif du retour. L’homme aux ventouses et aux lancettes était ébahi , mais il accéda. La quinine, au premier essai , fut sans résultat fructueux. Alors je changeai le médicament, selon ma coutume, et j’employai l’acide prussique. Peu après l’avoir pris , l’enfant fut délivré de ses convulsions pour une période de cinq ou six semaines au moins. — Le paroxisme convulsif se reproduisit alors par une cause que je ne pus reconnaître , à moins que ce ne fût quelque purgatif que la mère eût administré, sans jugement, le matin même du retour. La flatulence qui troublait aussi l’enfant depuis le début de la maladie , diminua dès le moment qu’il eut fait usage de l’acide prussique. On me demandera peut-être en quelle dose je prescrivis l’acide prussique dans cette occasion. J’ordonnai d’en mêler une goutte avec trois onces d’eau de cannelle, et de donner une petite cuillerée de la potion, chaque deux

heures, pendant le jour. Ainsi, il n’y a pas un autre agent sur la terre , quelle que soit son action, même en petite quantité, qui puisse, étant mélangé ou réduit de quelque manière qu’on puisse l’imaginer , obtenir les mêmes avantages , les mêmes résultats, selon le degré de force, d’âge, ou toute autre condition de la vie dans laquelle on ait le désir de l’employer ; à cet égard , la médecine ressemble à chaque chose dans la nature. Prenez des couleurs , par exemple : le bleu le plus intense et le cramoisi le plus foncé , et tous deux, par l’art du peintre, seront ménagés de telle manière, que l’œil ne pourra découvrir, dans son dessin , la trace particulière de l’un ou de l’autre. Dans le cas de l’enfant en question , la dose d’acide prussique était, à peu près, la vingt-quatrième partie d’une goutte , et ses bons effets furent immédiats et très évidents. Néanmoins, lorsque le médecin de la maison arriva le matin , pour voir le petit malade, qui alors était tout-à-fait hors de danger, il fut si épouvanté du remède qui avait produit l’amélioration, qu’il dit à la famille qu’il ne pourrait pas, en conscience, partager davantage avec moi la responsabilité du traitement. Conformément à cette manière de voir, il prit congé de l’enfant qu’il avait lui-même introduit dans le monde, parce que lui, accoucheur, ne pouvait pas approuver le traitement qui avait sauvé la vie de cet enfant. Cependant, cette

personne , sans la moindre hésitation , avait déchaîné tout à coup les huit lancettes de l’instrument, pour ventouser sur la tête d’un enfant dont l’âge, autant que je m’en rappelle, allait tout au plus à six mois. Quoique je ne m’abaisse pas à nommer l’individu , qui , dans cette occasion et en voulant avaler héroïquement le chameau , a fini par trouver le moucheron , je puis dire pourtant que c’est un très grand petit homme à sa manière, puisqu’il n’est rien moins qu’un des accoucheurs principaux de Sa Majesté, preuve sans réplique que les fous de la Cour sont aussi communs aujourd’hui qu’autrefois. Vraiment, la seule différence que je puisse y voir, c’est que ces personnages , au lieu de se montrer, comme dans les temps anciens, avec une marotte pour égayer les fêtes et les festins, se répandent et se montrent sous un masque moins imposant encore , et jouent leurs rôles avec bien plus de ridicule dans les occasions les plus graves.

Un grand obstacle à l’avancement de la médecine , a été la préférence générale que les femmes anglaises ont donnée aux accoucheurs, au lieu de se servir d’accoucheuses; car, au moyen de cette introduction dans les familles, un nombre considérable de gens mal élevés, surprenant la confiance des personnes respectables, et par les vils artifices auxquels ils s’abaissent, et par les collusions et les conspirations qu’ils arrangent

entre eux, ont été conduits à s’emparer d’une sorte de monopole de la pratique dans ce pays. Et quelle affaire infâme la pratique médicale est devenue dans leurs mains! Afin d’arrêter le progrès de ces gens-là, sir Anthony Carlisle écrivit au journal le Times une lettre devenue fameuse , et dans laquelle il déclara que — - « la naissance d’un enfant était une opération naturelle, et non pas une opération chirurgicale. »

Malgré les hurlements et le dédain avec lesquels cette lettre fut reçue par les apothicaires, il est consolant de voir que le public commence, à présent, à donner son attention à ce fait, qu’il y a beaucoup plus d’enfants qui périssent par l’intervention des accoucheurs intrigants , qu’il n’y en a de sauvés à Laide de leurs instruments. Le nombre de personnes que détruisent les remèdes inutiles, peut être apprécié par le jugement le plus ordinaire, puisque, suivant l’usage du jour , le médecin s’empare de l’enfant dès que celui-ci abandonne la matrice , et qu’on lui fait prendre de l’huile de castor , même avant qu’il ait appris à placer ses lèvres au tétin ! Qui aurait pu , si ce n’est un apothicaire , suggérer une semblable pratique? Quelle autre créature, à moins qu’elle n’eût l’esprit d’une machine et les habitudes d’un boucher, aurait songé à appliquer l’instrument à ventouses derrière l’oreille d’un enfant, pour arrêter sa flatulence et ses convulsions? Les nourri-

ces et les accoucheuses de l’ancien temps connaissaient mieux ce qu’il était convenable de faire en pareil cas, lorsqu’elles plaçaient une feuille de laurier sur la langue de l’enfant. Les hommes de la routine se moqueront de ce qu’ils appelleront un remède de vieille femme, remède qu’ils déclareront ne pouvoir produire aucun effet favorable , et il ne viendra à la pensée d’aucun de remarquer que l’odeur forte du laurier et son goût amer , proviennent de l’acide prussique qu’il contient! On peut avoir des avis fort bons , même parmi chaque espèce de vieilles femmes , à moins que ce ne soit celles qui appartiennent à la profession. Les médecins pédants s’avisent de railler au sujet de la feuille de laurier, qu’ils affectent de considérer comme une chose impuissante ^ et cepen-

dant ils frémissent d’épouvante lorsqu’il s’agit de ce remède administré avec précision , sous la forme d’acide prussique ! Ce sont les mêmes hommes qui, dans leurs étranges caprices, se montrent saisis de frayeur au nom de l’opium ou de l’arsenic , pendant qu’ils dosent leurs malades jusqu’à ce que mort s’ensuive, avec le calomel et la coloquinte , ou qu’ils versent le sang , source de la vie, comme s’il était question de l’eau d’un fossé.

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