DES MALADIES
Avant que l’heure de la maladie vienne, combien peu de personnes étrangères à la médecine, s’occupent d’un sujet dont l’intérêt cependant s’étend à tout le monde ! Les mêmes hommes qui discutent gravement sur les déclinaisons artificielles d’un verbe grec ou latin , négligent de s’enquérir des lois naturelles qui gouvernent les mouvements de leur propre corps ! Il n’est donc pas étonnant que le monde soit demeuré si longtemps dans les ténèbres relativement à la médecine et à son mode d’action ; il n’est pas plus surprenant que les personnes qui ont une certaine éducation connaissent si peu la propre étude du genre humain, celle de l’homme! Dans les paroxismes des maladies, les prêtres imaginèrent de dire que
les rayages révélaient l’action des démons. Les médecins dans leurs théories, au contraire, ont attribué ces dérangements à la matière morbide dans le sang et les entrailles. Un siècle s’agenouille devant le mot Acrimonie ou Putridité. Un second ne reconnaît d’autre cause que la Crudité ou Y Acidité d’une Humeur. Les modernes croient à une mystérieuse influence , qu’ils nomment Inflammation et qui est le mobile de toute lésion organique. Combien ces doctrines paraîtront absurdes dans la suite ! En attendant , nous allons observer les plus simples déviations de la santé.
Quelles que soient la cause ou les causes d’une aberration dans l’organisne , elles subissent la loi de toute matière , c’est-à-dire , que le premier effet est un changement de température. Conformément à ce principe, le malade éprouve toujours un sentiment de chaud ou de froid. Les muscles, moins soumis à leurs respectives influences , deviennent agités , spasmodiques ; quelquefois fatigués ou paralysés; et les fonctions de quelques-uns cessent entièrement. La respiration est précipitée, ou bien elle a lieu lentement , par effort et par intervalles , comme il arrive à celui qui soupire. Les battemens du cœur sont fréquents ou ralentis. L’appétit est vorace, capricieux, ou n’existe pas. Les sécrétions sont promptes et quelquefois plus abondantes ; ou bien elles sont lentes et même suspendues. Le corps laisse apercevoir un malaise
général ou partiel , et se montre souvent enflé ou bouffi, soit en entier, soit en partie. Sensible au plus léger stimulant, le malade est facilement impressionné, la moindre chose l’irrite ou l’abat. Son esprit perçoit les mêmes influences, les mêmes variations : il se montre triste ou gai , prodigue ou cupide , versatile ou tenace , soupçonneux ou trop confiant. Selon les phases de son imagination , se développent en lui ou de grandes conceptions , ou d’insignes folies. Ses sensations diminuent ou augmentent visiblement. La lumière et le son , par exemple , ou le distraisent, ou amènent en lui la confusion. Pareil au Sybarite , le pli d’une feuille de rose peut l’incommoder. La plus petite augmentation dans la température moyenne de l’atmosphère , lui cause de la chaleur et du malaise , et le souffle le plus léger peut le briser. Enfin, comme on a pu le remarquer dans le cas d’un âge très avancé ou de l’idiotisme , il est susceptible de devenir totalement insensible aux impressions de la lumière, du son, du chaud et du froid.
Que l’on compare maintenant ces symptômes de maladies avec ce que j’ai dit de la santé, et l’on pourra déjà concevoir que la différence entre les deux états consiste dans les variations des mouvements généraux ou particuliers du corps , et dans la différence de l’effet d’un agent externe sur la matière et les fonctions du
corps. Le changement de structure ou la tendance de quelque partie à se décomposer, que ‘ Ton associe si fréquemment, mais à tort, à la cause d’une maladie, n’est nullement nécessaire à sa production, et n’est pas non plus un élément qui soit entré dans un fâcheux résultat. Que sont le Mal de dents ^ la Consomption et le Rhumatisme , si ce n’est le développement d’un changement de la constitution ? Ce sont des phénomènes qui proviennent ou ne proviennent pas d’un trouble corporel général , selon les' habitudes particulières et prédispositions. Par prédisposition , je veux dire la promptitude avec laquelle une partie du corps plutôt qu’une autre , perçoit les influences extérieures , occasionnées par la faiblesse du pouvoir cohésif de cette partie relativement aux autres. Après avoir vu les prédispositions particulières , nous allons passer aux causes des maladies.