DES CAUSES DES MALADIES
Les causes des maladies sont infinies : elles comprennent chaque chose qui nous lie » direcment ou indirectement , avec le monde extérieur, qui agit sur nous d’abord par les modifications diverses des perceptions nerveuses. Les causes des maladies n’ont donc jamais leur source dans un organe du corps , à moins que cet organe ne soit prédisposé par la faiblesse inhérente du pou-
voir attractif des atomes qui les constituent à recevoir l’impression grave des agents qui affectent les portions les plus stables de ce meme corps. Je pense avec Hobbes , que « rien ne prend commencement en lui-même , mais bien de l’action immédiate d’un agent du dehors. » Si cela est vrai , combien alors est illusoire l'idée de ces professeurs qui voient les causes des maladies dans les corps morts. Dans les écoles, nous entendons répéter en effet constamment , que l'anatomie est le fondement de la science médicale. Sydenham , au contraire , en fait bon marché , et il dit : — « l’anatomie est une étude de caprice pour les peintres. » Il aurait même pu ajouter . et pour les chirurgiens ; car la médecine gagne si peu à cette étude , que les meilleurs anatomistes ont été rarement de bons médecins. Tous se sont montrés trop mécaniques en leurs idées. Sérieusement , quels sont les avantages obtenus pour l’art, même après des siècles de dissection? Nous entendons parler d’un grand nombre ; mais les poumons décomposés, les foies élargis, les os, les muscles et les viscères en divers états de corruption, semblent comprendre la totalité de ces avantages. Il y a néanmoins ce que les professeurs modernes appellent avec exaltation : magnifiques spécimens ! superbes collections ! Offrant à leurs crédules élèves des trophées de science, lorsqu’ils auraient mieux fait de faire une description des
triomphes de la mort sur leur habileté tant vantée. On peut dire d’eux, avec Gray :
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Maintenant , qu’a fait pour la médecine l’étude la plus laborieuse de ces gens-là? Nous a-t-elle donné un nouveau remède , ou montré d’une meilleure manière comment il fallait employer les anciens? Où a-t-on trouvé les propriétés du quinquina et de l’opium ? Est-ce dans l’amphithéâtre? Non , certainement ! L’une est la découverte d’un paysan péruvien qui se guérissait luimême de la fièvre intermittente par son emploi. Qu’a de commun l’anatomie avec cela? Quant à l’autre , nous devons remercier les brahmes de l’Indoustan , de ce qu’ils ont la dissection en horreur. D’où nous vient la connaissance de la rhubarbe , de l’antimoine et du mercure ? Des charlatans et des vieilles femmes , qui feront éternellement et avec succès concurrence aux médecins , tandis que ceux-ci , occupés avec le corps des morts , négligeront l’examen des puissances et des principes qui agissent sur les vivants. — « Un impotent qui se dirige en droite ligne , disait lord Bacon , peut battre un cheval de course qui va de travers. » L’étude minutieuse et exclu-
1 Riches fenêtres qui excluent la lumière , et passages qui ne conduisent nulle part.
sive de l’anatomie est on si grand obstacle à la connaissance propre de la médecine, que le docteur Baillie, le plus grand patron de la dissection, a confessé, comme je Fai dit, son manque total de foi pour la médecine, en d’autres termes, son entière ignorance des principes d’une profession qui l’avait cependant enrichi. L’expérience de sa vie entière fut également la satire des connaissances anatomiques, et de la valeur attachée à la réputation médicale.
Nous avons déjà analysé la vie de santé. Si, dans le langage de Shakspeare , la vie est , en vérité , une suite d’accès fébriles , que pourraient être les modifications morbides de cette vie, si ce n’est des modifications d’une fièvre intermittente? — « Toutes les maladies, dit Hippocrate, se ressemblent dans leur forme, invasion, marche et déclin. » Il ajoute que le type de toutes les maladies n’est qu’une et même chose. Qu’est-ce donc que ce type? Si nous pouvons réussir à démontrer que l’Asthme, l’Épilepsie, le Mal de dents , la Goutte, la Manie et l’Apoplexie, ne viennent que par accès ; que tous ont des intermittences fébriles de chaleur et de froid; que des rémissions „ ou périodes de calme sont communes à tous; et que chacune de ces affections peut être guérie par l’un des agents employés dans le traitement
de la FIÈVRE INTERMITTENTE , OU FIÈVRE D’ACCÈS ,
comme on le dit vulgairement ; à quelle conclu-
sion pourrons-nous alors arriver? C’est que cette fièvre est le véritable type commun et le lien qui associe ensemble toutes le maladies qui portent des noms différents. Je prouverai également, dans le cours de cet ouvrage, que les inflammations viennent aussi par accès , que ceux-ci ont leurs périodes de cessation de souffrance , et qu’ils cèdent avec une promptitude pareille aux mêmes moyens curatifs. Personne , après cela , ne sera assez déraisonnable pour douter ou contester que la fièvre est le type de