‹ Erreurs des médecins, ou système chrono-thermalChapitre 51 sur 74 · DES EMPLATRES ET DES BANDAGES · texte numérisé non relu

DES EMPLATRES ET DES BANDAGES

L’utilité de ces applications locales , dépend du changement de température qu’elles sont capables de produire. L'effet variera selon la constitution. La plupart des malades qui souffrent d’affections chroniques, indiquent l’endroit particu-

lier où ils sont le plus incommodés d'accès de froid. Dans ce cas, l’application du galbanum ou autre emplâtre chaud devient convenable. Un emplâtre de cette espèce, appliqué aux reins, m’a servi pour guérir une multitude d’indispositions qui avaient résisté cà d’autres remèdes. La même application sur la poitrine, lorsque l’on se plaint d’une sensation de froid dans cette partie , a été d’un grand secours chez des malades pulmonaires. Dans les cas où l’on éprouve une sensation de chaleur, il suffit d’éponger l’endroit avec de l’eau froide , pour obtenir un excellent effet.

Comment appliquer un bandage bien serré, sur le corps , sans altérer les mouvements de cette partie, sans en changer la température? On voit alors, dans les ulcères et les tumeurs, une amélioration semblable à celle que l’on remarque dans les hôpitaux , après les pansements à froid ou à chaud. Oue sont les onctions, les vésicatoires et les lotions, sinon les combinaisons des agents avec lesquels on combat les fièvres? Leur influence salutaire dépend des changements de mouvement ou de température qu’ils produisent, par leur action électrique, sur les nerfs de l’endroit sur lequel ils sont dirigés.

Je vais maintenant examiner les doctrines de Hahnemann, fondateur de l’école homœopathique. Son mémoire, intitulé : — « Esprit de la doctrine Homœopathique » commence ainsi :

- — « Connaître l’essence des maladies et les changements occultes qu’elles opèrent dans le corps, est au-dessus de la portée des lumières humaines. »

Laquelle proposition se trouve contredite dans le passage qui suit :

- — « Il est nécessaire que nos sens soient en état de discerner clairement ce que , dans chaque maladie, il faut ôter afin de rétablir la santé, et ce que chaque remède indique d’une manière distincte et appréciable, afin de l’employer avec certitude contre une maladie quelconque. »

Par cette phrase, on voit bien que Hahnemann, ainsi que le D»r Holland et les professeurs de la doctrine humorale 3 regarde une maladie comme une chose fantastique , une entité susceptible d’être enlevée j, au lieu d’un état à changer, et comme il se sert de la phrase repousser une maladie > dans une autre partie de son ouvrage, il évident qu’il ne comprenait pas en quoi consiste une maladie.

Il dit encore :

— « Les substances matérielles dont se compose l’organisme humain, ne suivent plus, dans leurs combinaisons vivantes , les lois auxquelles obéit la matière en l’absence de la vie. Elles reconnaissent seulement les lois propres à la vitalité. Elles sont alors animées et vivantes comme le tout est animé et vivant. Dans l’organisme, domine une puissance fondamentale, mais tout-à-

fait indispensable, qui détruit toute tendance des parties constituantes du corps à se conformer elles-mêmes aux lois de pression, de concussion, de vis inertiœ , de fermentation, de putréfaction qui les assujettissent exclusivement aux lois merveilleuses de la vie, c'est-à-dire , les maintiennent dans un état de sensibilité et d’activité nécessaire à la conservation de l’ensemble vivant , dans son état dynamique et presque spirituel. »

Quelle est la substance de tout cela? Rien de plus ni de moins que si l’on presse les parties molles du corps, elles ne céderont pas à une substance résistante ; que l’on ne peut pas être secoué par une concussion , ou avoir un bras ou une jambe cassé par un agent externe; que l’on est dans un état dynamique presque spirituel! Quelle est la signification du mot dynamique? Il veut dire pouvoir mouvant. Gela est compréhensible ; mais lorsque l’auteur, mécontent apparemment du terme qu’il invente, veut porter l’explication plus loin, en ajoutant les mots presque spirituel , phrase obscure et indéfinie, on voit que ce n’est que d’une manière vague qu’il pense que les différentes parties du corps sont en mouvement. Mais il est incontestable que les substances matérielles du corps suivent les lois auxquelles toute matière est assujettie dans les circonstances particulières où la matière qui le compose est placée. Le corps obéit aux lois de la gravitation qui, comme on le sait, n’est

qu’une partie de la loi d’attraction. Lorsque l’on frotte l’ambre, il est dans un état différent de ce qu’il était auparavant : alors il attire la soie, et la soie, par cette attraction, devient si changée dans son état, qu’elle est repoussée par l’ambre Lorsque les diverses matières dont se compose la terre sont devenues la matière du corps humain, leur état est également changé ; en sorte que les changements chimiques de leurs atomes se modifient comme les atomes d’un corps non organisé, et sont excités au repos ou au mouvement par la différence de température ou de mouvement des corps qui les environnent. Lorsque l’aimant attire le fer, ce n’est pas contrairement à la loi de gravitation, mais en conformité avec la loi plus compréhensible dont la gravitation fait partie, c’est-à-dire avec l’électricité ou le galvanisme; et l’électricité, semblable à la doctrine de Y attraction élective * n’est qu’un fragment de la grande doctrine de la vie. Le mot vie j appliqué au règne animal dans les hautes considérations au moins, n’est qu’un terme abstrait expressif de la somme totale des effets produits par les forces principales de la nature* lorsqu’elles agissent ensemble dans une parfaite bar- . monie de mouvements, soit simultanés , soit alternatifs. Le galvanisme, l’électricité, la chimie et la mécanique, jouent tous leurs rôles périodiquement dans cette heureuse combinaison de forces. Nous trouvons la même harmonie de mouvement

dans ce que l’on appelle la vie végétale ; mais les forces employées sont, ou moins nombreuses, ou plus faibles dans leur action. Les extrêmes de la vie animale et de la vie végétale s’approchent. Dans le zoophyte ou animal plante > nous avons le chaînon qui lie ensemble l’une et l’autre. L’une et l'autre sont formées de matière inorganique : les métaux, les minéraux, l’air, la terre et chaque chose matérielle, deviennent successivement et à leur tour des atomes organisés et vivants. L’homme, qui tient la plus haute position sur l’échelle des êtres animés, est considéré comme un microcosme ou petit monde en lui-même; néanmoins ce n’est qu’un parasite sur la surface du globe, et le globe lui-même n’est qu’un atome dans la. vie de l’univers! Mais écoutons Hahnemann : — « La vie de l’homme, et ses deux conditions, santé et maladie, ne peut être expliquée par aucun des principes qui servent à expliquer d’autres objets. La vie ne peut être comparée à rien dans le monde, excepté à elle-même; aucune relation n’existe entre elle et une machine hydraulique, ou une opération chimique, ou une décomposition, ou une reproduction de gaz, ou une batterie galvanique; en un mot, elle ne ressemble à rien de ce qui ne vit pas. La vie humaine n’obéit à aucune loi, sous aucun rapport j qui soit purement physique, qui n’ait de force qu’avec des substances inorganiques. » Je pense que la totalité, ou la presque to-

talité de cette hypothèse n’est qu’une exagération; et s’il y a de la vérité dans la nature, cette exagération est une erreur. Dans l’ossification du crâne, nous avons un exemple d’une charpente parfaite. Les joints du corps comprennent tous les principes du gond; les muscles, les tendons, les os, sont autant de cordes de poulies ^ de leviers; les poumons agissent comme un sou fflet ; les intestins sont des tuyaux. En ce qui concerne le système vasculaire, le cœur et les vaisseaux sanguins sont une espèce d’appareil hydraulique , comme on peut le démontrer en liant une artère, ou en comprimant une veine : le sang, dans le premier cas, étant arrêté dans son cours, de la chambre gauche du cœur; et dans le second, dans son progrès au côté droit. Que sont l’assimilation, la sécrétion, l’absorption, le changement de matière d’un organe en un autre, les fluides en solides, et vice versât sinon des opérations chimiques? Et tout le système nerveux, qu’est-il, sinon l’appareil galvanique ou électrique par le moyen duquel ces opérations sont effectuées ? Que le corps humain obéisse aux lois purement physiques, c’est encore plus évident dans la fracture d’un os ou la rupture dïm tendon ; et la réunion de l’un et de l’autre est le résultat de la sécrétion et de l’attraction chimique sous l’influence électrique des nerfs qui en fournissent à ces parties. Pendant l’enfance, si le grand nerf d’un membre du corps est para-

lysé, sa croissance en longueur et en largeur est arrêtée. Or, les nerfs sont les pouvoirs mouvants, et si on les coupe, ou si on les divise, ni un os cassé, ni un tendon rupturé ne peut se réunir assez pour faire son office. Ne voyons-nous pas des effets analogues ayant lieu dans toute sorte de matière, sous l'influence du conducteur galvanique? Par ce moyen, nous décomposons et recomposons des corps; nous produisons des changements variés de mouvement et de température, d’attraction et de répulsion d’atomes, qui, si nous venons à rompre la chaîne de continuité du laiton conducteur, cessent d’avoir lieu, mais recommencent du moment où les deux bouts du conducteur sont remis en contact. Il est parfaitement vrai qu’un homme vivant, dans un four, peut supporter un degré de chaleur capable de rôtir un morceau de chair morte. Â quelle autre cause faut-il attribuer ce fait, si ce n’est que le plus grand pouvoir d’attraction maintient mieux les particules du corps dans leur état vivant que dans celui de mort. Néanmoins on peut tellement élever la chaleur, qu’on l’amènera à décomposer des portions du corps vivant, et à le réduire tout entier à un état incompatible avec la vie. Tous les corps, même For et l’argent, peuvent être également influencés ou altérés, selon leur condition électrique. Gomment dire alors que le phénomène que nous nommons la vie ne ressemble à rien de ce

qui n’est pas vivant? Le fait est qu’il ressemble à tout ce dont nos sens peuvent prendre connaissance.

— « Il n’y a pas de pouvoir ni d’agent dans la nature, dit Halinemann, capable d’affecter morbifiquement l’homme en état de santé , qui , en même temps, ne possède le pouvoir de guérir certains états morbifiques. » Mais qu’est-ce que tout cela, si ce n’est nous dire, dans le langage de Shakspeare : — « Dans le poison il y a un remède. »

— « Or, continue Halinemann, attendu que le pouvoir de guérir une maladie, et celui de produire une affection morbifique chez des personnes en bonne santé, sont inséparables dans tous les remèdes, et que ces deux pouvoirs proviennent évidemment de la même source > c’est-à-dire de la propriété qu’ont les remèdes de modifier dynamiquement l’état de l’homme, ils ne peuvent par conséquent agir sur les morts d’après aucune autre loi inhérente et naturelle, que celle qui préside à leur action sur les individus en santé; et il s’ensuit que le pouvoir de la médecine qui guérit la maladie dans le malade, est le même que celui qui cause dans l’homme sain des symptômes morbifiques. »

Que les remèdes guérissent ou fassent mourir par un principe unique, je l’ai déjà démontré; mais la propriété qu’ont les remèdes de modifier

dynamiquement Tétât de l’homme, ne veut dire autre chose sinon qu’ils ont un principe mouvant. J’ai cité Shakspeare pour faire voir qu’il en savait autant. L’explication de ce principe réside dans le pouvoir galvanique ou électrique par lequel, au moyen de l’intermédiaire des nerfs, ce pouvoir peut troubler la température et le mouvement de l’organe sur lequel son action exerce la plus grande influence, ce qui est démontré par ses effets dans les maladies et la santé. Cette proposition est, je crois , la première qui doit être faite , comme je l’expliquerai plus tard.

— «Aussitôt, continue Hahnemann, que nous avons sous les yeux le tableau des symptômes morbifiques particuliers, produits chez un homme bien portant par des substances médicales , il nous reste à réaliser les expériences qui peuvent seules déterminer quels sont les symptômes médicaux, ou autrement les symptômes que produisent ces médicaments chez le sujet en bonne santé, et qui arrêtent toujours le mal d’une manière prompte 'et durable, afin de savoir d’avance lequel de ces remèdes, dont les effets ont été étudiés, est le plus propre à guérir chaque excès de maladie. »

Ainsi nous avons là une répétition de la doctrine tant condamnée des spécifiques, ou remèdes qui ne manquent jamais d’arrêter et de guérir certains symptômes morbifiques! Toute cette longue phrase est tant soit peu obscure; mais néanmoins

on peut en conclure, ainsi que d’autres passages, que, pendant que Hahnemann concevait le principe en vertu duquel agissent les remèdes, c’està-dire l’unité de la source de leur pouvoir d’affecter, soit en mal, soit en bien, les mouvements de certaines parties du corps, non-seulement il ignorait la véritable nature de cette source, mais aussi l’impossibilité de prédire, dans aucun cas de maladie, quel remède pourrait, avec certitude ^ opérer, non une cure, mais simplement une amélioration. Il n’aurait pas écrit cela, s’il avait su que chaque pouvoir médical étant une force répulsive dans un individu, et attractive dans un autre, peut agir d’une manière inverse dans deux cas de la même maladie. S’il y a une vérité plus établie qu’une autre en médecine, c’est celle-ci, qu’avant d’avoir essayé un agent médical dans un cas particulier, on ne peut, par aucun moyen, savoir si c’est un remède, ou une cause aggravante dans ce cas particulier. Un fiévreux peut se présenter; mais que ce soit le quinquina, l’arsenic, l’opium ou l’acide prussique qui arrête sa maladie, on ne peut pas plus le prédire qu’on ne pourrait affirmer qu’un châtiment rude ou doux est capable de corriger un enfant opiniâtre, ou de dompter un cheval rétif. Des essais et l’expérience sont les seuls guides. On est du moins autorisé à affirmer ceci, que dans la grande majorité des cas d’une maladie quelconque, les agents qui possèdent un pouvoir

défini pour opérer le bien ou le mal sur des parties bien définies du corps, sont de la classe de ceux dont on doit attendre le plus d’efficacité dans une affection de ces parties, ce qui ne saurait être enseigné toutefois que par l’expérience ; car comment savoir, sans cette expérience, que l’opium est capable de faire vomir, la rhubarbe d’exciter l’épilepsie , ou l’ipécacuanha de causer l’asthme dans certaines conditions? C’est ce qu’ils font tous cependant, comme tout le monde sait. Lorsqu’un médecin ordonne un bain froid, peut-il savoir d’avance si le malade en sortira ardent , heureux et bien remis, ou s’il sera froid et frissonnant et plus mal qu’auparavant ? Jusqu’à ce qu’il ait pu examiner les effets, il lui serait impossible de savoir avec certitude par quel moyen donné il est possible de guérir une maladie quelconque. C’est ainsi que l’art de guérir est et sera toujours imparfait.

Le principe similia similibus curentur, qu’Hahnemann prétend avoir découvert, était connu bien avant lui, non-seulement des médecins, mais encore du vulgaire, comme on peut s’en convaincre en lisant, dans la tragédie de Roméo et Juliette* un passage où Shakspeare fait dire à Benvolio :

— « Tut man! one tire burns out another’s burning,

One pain is lessened by another’s anguish,

Turn giddy, and be holped by backward turning,

One desperate grief cures witli another’s languish ;

Take tliou some new injection to thine eye,

And the rank poison of the old will die \ »

Plus loin, il dit encore :

— « Discases desperate grown,

By desperate appliance are relieved 2. »

Qu’est-ce que tout cela, sinon le similia similibus curentur?

Ainsi, on le voit, Hahnemann, au lieu d’être un grand inventeur, est tout au plus un homme habile qui ressuscite un ancien principe : néanmoins, ni lui ni ses disciples ne suivent ce principe. Ils disent une chose, ils font le contraire; car, tout en déclarant qu’ils guérissent par des agents ayant précisément la même action que la cause de la maladie, comment peuvent-ils concilier avec cette déclaration leur manière de traiter de graves maladies par l’action dissemblable d’une dose infinitésimale ? Qu’est-ce qu’une dose infinitésimale ? Est-ce la division d’un grain d’opium en quatre, en seize, en soixante ? Non , ni même en centaines, mais en un million, en dix millions de por-

* Bah ! un feu consume un autre feu; une douleur est étouffée par une autre douleur ; si , en tournant dans un sens, on éprouve un vertige, on le fait disparaître en tournant à l’inverse; un chagrin, quel qu’il soit, se guérit par une nouvelle peine; l’infection récente est détruite par l’ancienne ; et le vieux poison est absorbé par celui du jour.

2 Des maladies désespérées sont soulagées par des remèdes désespérants.

fions ! Et des règles pour une subdivision si infime sont imprimées dans des livres sur l’homœopathie. C’est ainsi qu’un grain d’opium, dose ordinaire de ce médicament, est divisé en portions pour dix mille personnes; et sur ce même principe, un pain doit faire dîner toute une armée ! Si une maladie grave pouvait résulter de la décillionième partie d’un grain, où est l’apprenti apothicaire qui pourrait compter sur un seul jour de santé, lui qui respire constamment des drogues dans des proportions bien plus considérables ? Néanmoins c’est par de telles doses ( si la matière ainsi divisée imperceptiblement mérite le nom de dose ) que l’on prétend guérir des maladies! Où est donc la similarité du remède avec la cause dans le traitement b o m œ o p a t h i qu e ?

Dans son Organon , Hahnemann nous dit que presque toutes les maladies chroniques sont le résultat d’un miasme morbifique, qu’il nomme psoricjue. , ou le principe de la gale, lequel, avec deux autres miasmes malins, le syphilitique et le scrofuleux, peuvent être regardés comme les causes de toutes les maladies de l’homme. Ce sont les fantômes d’une imagination exaltée; la fantasmagorie d’un esprit entouré de nuages, habité par des spectres et des monstres, ou de ces pépinières d’enfants adultes des universités germaniques^ Cette assertion est la plus grande preuve de son ignorance des véritables mouvements et change-

ments dans la matière organique du corps , soit en bonne, soit en mauvaise santé, ainsi que des mille causes morbifiques visibles et invisibles qui se présentent tous les jours dans la vie. Avec la lumière de la vérité , on réduit ces songe-creux à leur propre valeur.

Lorsque j’entendis parler pour la première fois de la doctrine homœopathique et de ses doses infinitésimales , je fus tenté de croire que ce n’était qu’une invention malveillante de ces ennemis de toute vérité médicale , de ces rédacteurs de Revues; car je connais tous les mensonges et les fausses interprétations que donnent tous ces genslà , pour mieux servir les praticiens et les commerçants dont ils sont les mercenaires. Mais le volume de Habnemann me détrompa. Son Organon développe combien de secousses et de frottements il faudrait pour que la millionnième partie d’un grain de quinine devînt un des poisons les plus mortels, et pour que la dix - millionnième partie d’un grain d’opium causât un sommeil éternel. Mais Habnemann est disciple de Mesmer , et il vous engage à observer les miracles produits par le magnétisme animal. — • « Faites cela, dit-il , et vous n’aurez plus de doute sur les cures obtenues par les closes infinitésimales. » Je suis en effet si bien disposé à croire tout ce que lui et ses disciples me disent sur ce point, que j’ai , pour ma gouverne, une maxime médicale, savoir : que tout peut faire

ou ne rien faire, selon l’ignorance ou la crédulité du malade , si c’est un charme, ou , selon la constitution et l’exigence du cas , si c’est un agent médical. De quelle manière la médecine infinitésimale doit être envisagée? c’est ce que le monde, réfléchissant décidera à son loisir.

Il n’y a que la foi ou la fantaisie qui puisse engager les gens à se mettre entre les mains d’un docteur homœopathique. J’ai démontré l’influence de la seule crédulité sur le corps, en rapportant le fait de la garnison de Breda, en 1625. Pendant le siège de cette ville , quelques gouttes d’un remède purement imaginaire, mélangées dans quatre litres d’eau, passèrent pour avoir une puissance curative. La chose fut crue : c’était tout ce qu’il fallait pour que les malades quittassent leurs lits et allassent se promener. Dire à la portion raisonnable du genre humain, que l’on peut guérir une maladie avec la millionnième ou la décillionnième partie d’un grain d’opium, de quinine ou d’aconit, c’est s’exposer, je crois, au ridicule; mais combien peu il faut pour influencer la conduite de la multitude, qui est toujours crédule, parce qu’elle est faible et ignorante ! On se rappelle ce que j’ai dit dans mon dernier chapitre. La même puissance réparatrice de la nature qui guérit un doigt blessé, guérira, dix-neuf fois sur vingt, sans l’aide de la médecine. De pareils cas, traités homœopathiquement, c’est-à-dire avec des espéran-

ces et des balivernes, sont proclamés comme des cures merveilleuses. Et, merveilleuses elles sont, au surplus, en comparaison du système des apothicaires; système au moyen duquel toutes les maladies sont aggravées, par l’intervention de gens routiniers , qui , en spéculant sur les craintes des malades, et en faisant de l’estomac un magasin de drogues , trouvent le secret de prolonger la maladie aussi long-temps que le sujet continue à se conduire conformément à leurs règles. Ici le docteur homœopathe peut en toute sûreté rétorquer les arguments du vieux praticien. Avec le plus grand nombre, il lui suffit d’affecter une connaissance supérieure du monde visible et invisible; de parler de cures réelles ou supposées obtenues par sa méthode, et des secousses et des attouchements par lesquels il communique un pouvoir magique ou magnétique à ses drogues infinitésimales. S’il subsiste un doute, il peut insinuer que l’électricité * et le galvanisme renferment des merveilles , car ce petit mélange de vérité fera mieux avaler ses momeries , de même qu’une apparence de candeur donne cours à la calomnie ou à la médisance. Dans l’un et l’autre cas, le manque de principes est le premier élément de succès pour l’imposteur; et la bonne foi et la faiblesse de la dupe augmente la force du trompeur. Celui-ci peut seulement engager l’autre à l’écouter, il sait lui inspirer la fantaisie d’essayer; cela seul est une espèce de croyan-

ce ; et quelque petite qu’elle puisse être au commencement, elle augmente à mesure que l’on s’occupe de la nouvelle méthode. Un peu d’opposition est une bonne chose, parfois elle sert à échauffer le malade. S’il a une tendance vers l’amélioration , son progrès sera rapide ; s’il se trouve du pé, il n’en parlera pas; il serait fâché si d’autres ne devenaient pas aussi dupes que lui. Les malades qui se livrent aux doctrines homœopathiques, se réunissent, parlent, discutent, et font de la théorie jusqu’à ce qu’ils en aient la fièvre; et cette lièvre ou rage qui les excite, les anime, sera plus utile à leur constitution que les drogues et les mélanges qu’on leur inflige , pour satisfaire non pas à leurs besoins, mais bien à ceux du praticien routinier. Une fois devenus disciples, ils ont

du plaisir à augmenter les prosélytes. Ils ont alors ce qu’ils n’avaient pas auparavant, un objet devant eux, et ils se remuent de toutes leurs forces en faveur de sa cause. Peut-on s’étonner que quelquefois ils se guérissent par l’excitation de cette nouvelle manière de vivre? Voilà tout le secret du succès obtenu par le traitement homœopatliique. Gomme la médecine expectante des Français, c’est un système de balivernes. Ce qui est nouveau en cela, n’est pas vrai; ce qui est vrai, n’est pas nouveau. Savage-Landor dit avec justesse : « En

discutant on va ordinairement à côté de la vérité, ou on passe par dessus. » Dans le cas de similia

.s imilibusj Hahnemann a fait les deux : il a fait choix de sa devise, mais il pratique d’après un principe inverse. Que veut-il dire? Le pouvoir oppose le pouvoir. Mais, que faut-il en déduire? La doctrine les semblables guérissent les semblables , était si facile à voir, qu’elle est devenue un axiome populaire de chaque âge. Mais ce n’est que l’aperçu d’une proposition majeure ou le fragment d’une grande loi abstraite : aucun pouvoir

APPLIQUÉ A UN DEGRÉ, ET DANS UNE PÉRIODE ABSOLUE, NE PEUT CAUSER, GUÉRIR, AUGMENTER OU SOULAGER AUCUNE FORME DÉTERMINÉE D’UNE MALADIE, s’iL n’eST EN HARMONIE AVEC LE TEMPÉRAMENT DU MALADE.

Nota. — Depuis la publication de la première édition de cet ouvrage, j’ai entendu dire que les homœopathes m’accusent de ne pas bien interpréter leurs principes. Tout ce que je puis dire en réponse cà cela, c’est qu’au moins j’ai lu leurs livres; et si je suis assez peu intelligent pour n’être pas capable de comprendre leurs écrits, ils sont bien plus ineptes encore de ne pas écrire plus intelligiblement :

« Le manque de sens embrouille plus que le sens. »

IDENTITÉ DE LA MEDECINE ET DES POISONS. — MOYENS CURATIFS RENFERMÉS DANS CHAQUE CHOSE DE LA NATURE. — PREUVES QUE INACTION DES SUBSTANCES MÉDICINALES EST ÉLECTRIQUE. — ■ REMEDES PARTI- CULIERS , ET POURQUOI ILS PÉNÈTRENT LES PARTIES PARTICULIÈRES.

Nous apprenons , de l’histoire de la médecine , qu’après les charmes sont venus les simples , ou plantes. A la liste de nos moyens curatifs, le hasard et l’expérience ont ajouté successivement les poisons. — « Pourquoi, demandait Pline, notre mère, la terre, produirait-elle des drogues mortelles, si ce n’était pour qu’elles fussent employées par nous quand, lassés de la souffrance, nous désirons le suicide? » Si telle fut l’opinion d’un Romain po-

lice, peut-on alors être surpris de la crédulité du Caraïbe grossier, et du Bosclimann, plus barbare encore, lorsqu’il pense que les poisons sont envoyés pour la destruction de leurs ennemis? Les partisans du système chrono-thermal , regardent la matière sous un autre aspect. Communément la croyance du symbole chrétien admet que le créateur de toutes choses, n’a rien répandu dans le monde qui puisse détruire ses créatures Par le mouvement de la main des hommes, les pyramides furent produites. Le même mouvement, agissant dans un sens inverse, pourrait les faire disparaître des plaines où elles sont demeurées pour l’admiration des siècles. Si donc, la même force qui a premièrement érigé l’édifice peut faire, d’un temple ou d’une tour, un amas de ruines par une application différente des matériaux qui les composent, pourquoi la force motrice d’un agent médical, laquelle, administrée à tort, a souvent détruit la vie de l’homme, ne pourrait-elle pas être employée d’une manière lucide, afin de conserver son existence?

— « La philosophie , la sagesse et la liberté se soutiennent mutuellement: celui qui ne veut pas raisonner est un bigot ; celui qui ne peut pas„ est un fou; et celui qui n’ose pas est un esclave1! « Les gens malhonnêtes et intéressés, à tous les

1 L’auteur des Questions Académiques.

âges, ont gouverné le genre humain par la terreur. En cela le prêtre a méconnu le sens-commun ; le despote, les droits du peuple. C’est ce que le charlatan rappelle, quand il parle d’une manière dédaigneuse de substances particulières qu’il traite de poisons, pour les mieux distinguer de sa propre panacée! Quel est le vrai sens du mot poison? Dans son acception populaire, il signifie toute chose qui dans la nature, et en petite quantité, peut altérer, ou être plus ou moins pernicieuse pour la vie. C’est donc un terme relatif, un terme qui dépend entièrement du degré, du volume, de la grandeur. Mais qu’est-ce qu’il y a sous le ciel, qui, ainsi éprouvé, ne puisse devenir un poison? La nourriture, le feu, l’eau, l’air sont-ils eux-mêmes absolument innocents! Le gourmand meurt du repas dont il s’est gorgé ; mais est-ce une raison pour qu’il nous soit défendu de jamais manger? L’enfant, par accident, est enveloppé dans les flammes d’un foyer : faut-il, pour cela, nier le bienfait de la chaleur de l’âtre pendant l’hiver? L’air a glacé, et l’eau a noyé ; en résulte-t-il qu’il faille se priver d’air et d’eau? Cependant, voilà de quelle manière plusieurs sages parlent sur la médecine! Suivant ces bavards on devrait discontinuer l’usage de l’opium dans la pratique médicale, de l’opium, qui, administré à un certain degrés a si souvent fait disparaître la souffrance ; et cela parce que, dans quelques occa-

s ions j il a servi au suicide ! Il faudrait aussi renon-

cer aux bons effets que l’arsenic a produits dans la üèvre, parce que, avec mille fois la quantité nécessaire pour obtenir le bon effet , le coupejarret et l’empoisonneur ont tué leurs victimes avec ce même arsenic ! On doit mener une existence languissante jusqu’à la mort et dans les agonies de la goutte ou du rhumatisme, plutôt que de recourir au colchique qui a si souvent guéri les deux, attendu que, par accident, des personnes ont été tuées par ce colchique, employé dans une quantité qui n’est jamais prescrite ni pour le rhumatisme ni pour la goutte! Combien de maladies l’acide prussique n’a-t-il pas guéries ou soulagées? cependant, il serait bien de répudier son influence favorable dans cette maladie, puisque des filles malades d’amour, et des hommes, exaspérés par le malheur, ont mis un terme à leur vie en faisant usage d’acide prussique , mais dans une proportion que personne n’a jamais songé à donner pour aucune maladie ! Par respect pour cette philosophie éclairée, on ne devrait pas non plus taper la tête d’un enfant, puisqu’un coup pourrait le jeter à terre !

Je ne cesserai de répéter que tous ces agents, dans leur dose médicinale, sont aussi sûrs que la rhubarbe dans sa dose habituelle, et plus sûrs que le vin, pour quelques personnes, quand il est pris dans la quantité ordinaire à table. Je conviendrai

toutefois que, même clans leurs doses médicinales, ces substances, comme chaque autre chose qui existe, peuvent aussi produire, quelquefois, des incommodités temporaires, d’une sensation désagréable; mais ce n’est nullement un motif de les abandonner comme remèdes dans les maladies qui, pour la plupart , sont soumises à des souffrances plus désagréables encore ? Quelle chose, sur la terre, pourrait jamais se réaliser sans courir une chance pareille? — On ne peut jamais traverser une rue sans s’exposer à y être poussé, ergo ne faut-il jamais traverser une rue?

Ubi virtiiSj, ibi virus > est aussi vrai dans la plupart des choses, que dans la médecine. Le poison et la médecine sont, en vérité, un ou identiques ; car, tous les agents que la terre produit, peuvent devenir les deux à leur tour, selon la manière de les employer ou d’en abuser. Un poète allemand a dit :

— « Divide the thunder into single notes,

And it is but a Lullaby for children ;

But, pour it in one volume ou the air,

And the intensity makes heawen to shake ] . »

La même règle est confirmée dans la médecine. Chaque fois il dépend de la quantité dans laquelle

1 Divise le tonnerre en simples notes, et ce n’est qu’une chanson pour les enfants; mais versé en un volume dans l’air, son intensité ébranle le ciel.

on administre une susbtance au corps, et des conditions et des circonstances particulières de ce corps, que les substances deviennent un remède ou un poison. Qu’y a-t-il, appartenant à la terre ou à l’air, qui ne puisse être employé au profit de l’homme P Si, dans son ignorance et son état dépravé, il destine un pouvoir particulier à faire le mal au lieu de réaliser le bien, le blâme en serat-il attribué au Tout-puissant , qui lui a donné cette faculté comme une grâce? Que les babillards prennent garde à la manière dont ils parlent sur ce sujet; qu’ils cherchent à bien comprendre que quand on décrie un agent quelconque dans la nature, et qu’on le représente comme un remède dangereux ou un poison, non-seulement on fait injure à la bonté de Dieu , mais on accuse en même temps une ignorance complète de ses lois. Dans les choses où les hommes n’ont pas porté leur examen , il serait plus politique à eux de garder le silence. Les praticiens parlent-ils en effet le langage de l’imbécillité ? Trop souvent. Mais quelquefois aussi ils agissent plutôt par défaut de lumières sur le sujet, que dans le désir de déprécier un compétiteur. Des médecins sordides savent bien qu’il n’y a pas une manière plus facile d’influencer les malades , que d’éveiller leurs craintes. Une semaine ne se passe pas, que quelque malade ne me dise : — « Oh! j’ai montré votre ordonnance au docteur un tel , et il dit qu’elle

contient du poison! >' Je réponds ordinairement :

— « Bon Dieu ! quelle chose étonnante ! Pourquoi, alors, le D.r un tel ne trouve-t-il pas moyen de dénoncer le collège des médecins qui a introduit de telles substances dans la pharmacopée? Pourquoi ne l’assigne-t-il pas en raison des cours de chimie qu’il autorise pour la préparation de l’arsenic médicinal , de l’opium médicinal , de l’acide prussique médicinal? Pourquoi ne l’oblige-t-il pas à déclarer, franchement , que toutes ces préparations sont des essences concentrées pour la mort et la destruction ; qu’aucune science ne peut les rendre précieuses; qu’aucune combinaison ne peut les rendre propres au soulagement des souffrances de l’humanité? Que le D.E un tel mette seulement par écrit, que l’une de ces substances ait jamais empoisonné quelqu’un à la close et à Y âge auxquels, moi et d’autres l’avons prescrite, et j’aurai le plaisir de communiquer le fait au monde doctoral pour son édification future! » Déchirer la réputation d’un homme honorable, dans un coin où il ne se trouve pas à portée de répliquer, quoique très vilaine chose , est chose cependant qui s’accomplit chaque jour, et même avec beaucoup de succès; mais raisonner contre la réputation du même individu et transmettre sa thèse sur le papier, c’est beaucoup plus difficile. Des avertissements , des doutes , des insinuations, voilà les armes par lesquelles

on sera secrètement battu, supplanté dans la elientelle. Oui des individus qui se disent médecins, et qui, sans scrupule, tireraient à la fois une pinte de sang du cœur, ne manquent pas de s’effrayer à la vue d’un seizième de irrain de strychnine, et de hausser les épaules pour deux gouttes d’acide prussique ! Combien il est aisé cependant de réduire de tels hommes au silence! et je l’ai déjà dit, « — On n’a qu’à leur demander s’ils ontjamais connu un adulte qui fût mort de l’un ou de l’autre de ces médicaments à une telle dose? Et s’ils osent affirmer qu’ils n’ont pas eux-mêmes tué des centaines de personnes, en tirant moins de sang qu’une pinte? » c’est ce qui a eu lieu assurément; mais cui bono . La raison et le bon-sens seront certainement pour moi. Mais qu’est-ce que la raison et le bon-sens pour celui qui s’élève seul comme je le fais , quand ses ennemis ont un parti pour les soutenir dans les préjugés, les craintes et la faveur des malades? Les praticiens dont je parle, sont tous autant d’anneaux d’une grande chaîne de secrète et systématique collusion ; ils sont tous intéressés à se supporter et se servir mutuellement; ils ont des signes et des contresignes, et une histoire commune à débiter; ces gens enfin , font , comme les faux joueurs de gobelets , des choses — « dont la philosophie habituelle ne se serait jamais doutée \ » En un mot,

1 Schakspeare.

pour ce qui est de la médecine et de la pratique médicale, le public anglais est jusqu’à présent presque dans le même heureux état d’ignorance que l’empereur Constantin à l’égard des actions de ses gardes. — « Mais encore, disait Sébaste de Mytilène , si l’empereur venait à découvrir! — Ane! répliquait Harpax , il ne peut pas le découvrir, quand même il aurait tous les yeux d’Argus ! Nous sommes douze qui avons juré selon les règles de notre garde , pour débiter la même histoire. » [Comte Robert de Paris.)

Si les coteries médicales de l’Angleterre sont constituées de même, quel est le médecin honorable qui pense espérer de s’élever dans sa profession , jusqu’à ce que les yeux du public soient ouverts? Sir James Machintosh n’est pas le seul homme de talent qui ait quitté cette profession par dégoût. Locke , Crabbe , le maître actuel des archives et cent autres, ont fait de même. On peut être convaincu que de nos jours il n’y a que le charlatan et le praticien sans honneur qui sont fortement pour la médecine.

Mais je reviens aux remèdes et à leurs doses. Quelle est la substance en matière médicale qui aurait la moindre valeur, si elle était entièrement innocente à toute dose et à tout degré? Tout le monde sait que la rhubarbe et la magnésie peuvent être employées en médecine jusqu’à plusieurs grains, lesquels ne sauraient être augmentés sans

devenir aussi dangereux que la strychnine ou l’arsenic, si la strychnine ou l’arsenic étaient pris à la dose ordinaire de la rhubarbe ou de la magnésie. Nos drogues les plus mortelles , au contraire, ne peuvent-elles pas être assez réduites de volume pour devenir aussi innocentes , à un adulte du moins ^ que vingt grains de rhubarbe à un enfant? Assurément il n’y a personne, soit malade ou bien portant, qui s’opposerait à une très infime dose d’arsenic, la millionnième ou billionnième partie d’un grain par exemple! Ab! ces homœopathes ! Je doute qu’ils s’en tiennent toujours à ces doses; car quand un homme compose lui-même les drogues qu’il donne, il peut mener ses malades comme il veut. Mais de toute manière, il ne peut y avoir d’imposture plus grande , que de dire que l’on peut prendre toute espèce de remède et en quelle quantité que ce soit. La nourriture elle-même peut-elle être prise de la sorte ? s’il en était ainsi , à quoi bon conseiller la diète? N’est-il pas vrai que l’on peut à peine trouver une nourriture qui conviendrait , même en petite quantité, à tous les malades? L’un ne peut manger des huîtres sans être sujet à une éruption; l’autre a mai à l’estomac dès qu’il mange du poulet ou du veau , tandis que le mouton et le bœuf ne lui font pas de mal. Le vieux proverbe est bien vrai : — « Ce qui est bon à l’un, est poison pour l’autre. » Chesterfield dit qu’il est

vulgaire de citer des proverbes , mais Cliesterfield était un seigneur, un homme à la mode, et je n’ai pas l’ambition d’être ni l’un ni l’autre. On me pardonnera de préférer Cervantes , pour appuyer mon argument de ses saillies proverbiales, non-seulement parce qu’il n’y a pas de proverbe qui ne soit vrai, mais parce qu’ils sont tous des sentences tirées de l’expérience, la mère du savoir.

Pour mieux éclaircir le sujet, je passe aux animaux inférieurs; et ici encore, on trouvera que nul agent terrestre ne nous a été donné pour le mal, de même que des substances qui, comparativement en petite quantité, peuvent empoisonner une classe d’êtres, sont une nourriture pour une autre classe, dans une plus grande proportion. Les amandes douces, par exemple, si nourrissantes pour l’homme, sont nuisibles au renard, au chien et à la volaille domestique. Le cochon est empoisonné par le poivre, le perroquet par le persil. Le stramonium ; ou fruit d’épine, que nous prescrivons en médecine avec tant de précaution , est dévoré impunément par le faisan ; la volaille se nourrit d’ivraie, le cochon de morelle. La ciguë, qui est un poison pour ces trois espèces d’animaux et pour l’homme, est une bonne nourriture pour la cicogne , les moutons et les chèvres; et l’on rapporte que le loup consomme, sans inconvénient, une quantité d’arsenic capable de tuer un

cheval. On voit donc comment le mot de poison n’est qu’un terme de comparaison.

Le grand nombre de substances qui ont été employées avec succès en médecine, prises des règnes animal, végétal ou minéral, ainsi que les causes pour lesquelles nous les administrons, paraîtront, après l’investigation, posséder la plus parfaite unité dans leur mode d’action. Leur influence tient seulement à leur puissance motrice; quand elles diffèrent, c’est seulement dans leur pouvoir de changer de cette manière les rapports atomiques d’une localité particulière, ou d’un tissu plutôt que d’un autre; mais elles n’offrent d’ailleurs ni doute ni difficulté quant à leur mode d’action, modus operandi. Ce que John Hunter dit des poisons s’applique donc aux remèdes: « — - ils prennent leur place dans le corps comme si elle leur était destinée. » Ainsi le mercure et l’opium, de telle sorte qu’on les introduise dans le système, manifesteront toujours leur action, sur-tout par des changements dans le mouvement des glandes et leurs sécrétions; tandis que la strychnine et la brucine, de leur côté , produiront constamment leurs effets sur le système des muscles. Au moyen des nerfs d’une partie du corps, le plus grand nombre des substances médicales, même introduites directement dans les veines., produiront leurs effets particuliers, bons ou mauvais, selon les circonstances 3 sur cette partie. Ainsi adminis-

très, l’antimoine sera autant un émétique que s’il avait été introduit dans l’estomac; la rhubarbe sera tout aussi purgative , et l’opium également soporifique. N’est-ce pas la meilleure des preuves que Dieu a donné ces agents à l’homme pour qu’il s’en serve?

Si vous demandez à un professeur de médecine pourquoi l’opium vous fait dormir, il vous répondra : « — à cause de son pouvoir narcotique. » Qu’y a-t-il de plus satisfaisant? Dix-neuf étudiants sur vingt en sont au moins satisfaits. Ils sont charmés quand on leur dit en grec que l’opium fait dormir! — « Pourquoi la rhubarbe purge-t-elle ? — Par son pouvoir cathartique! vous dira-t-on. » Qu’estce que cela veut dire? Simplement qu’elle purge! Vous demandez encore comment l’antimoine fait vomir, et vous avez encore la réponse grecque : — « Par son pouvoir émétique. » En bon français , elle fait vomir! Telle est la manière dont plaisantent les professeurs! Au lieu d’une réponse, iis vous donnent un écho! Si ces logomachistes , ces marchands de mots connaissaient aussi bien les mouvements des choses vivantes que les indexions des langues mortes, et l’anatomie des morts, ils auraient depuis long-temps préféré le raisonnement à la mystification. Mais, depuis au moins dix siècles, les professeurs n’ont guère fait autre chose que de séparer des pailles, souffler des bulles de savon , et donner le plus haut degré de gra-

vité à des plumes! Nous allons tâcher de développer ce que ces messieurs semblent ignorer par leurs réponses : l’unité d’action de tous les remèdes.

Quelles sont les forces qui, par leur mouvement harmonique dans un corps matériel, font la somme totale de l’économie de la vie de ce corps ? La chimie, l’électricité, le magnétisme, la mécanique. Farces forces, tous les mouvements intérieurs de l’homme sont produits périodiquement, et e’est encore seulement par les mêmes forces identiques, que le matériel de la vie animale peut être soutenu et modifié par l’ extérieur. Quand on y réfléchit , on trouve que toute force dans la nature se résout simplement en une cause de mouvement, mouvement périgrade en avant ou mouvement rétrograde, action extérieure ou intérieure. La chimie, l’électricité , le magnétisme, la mécanique, ne peuvent faire autre chose que d’amener par leur pouvoir d’ attraction , les choses ou leurs atômes dans une plus grande affinité, ou les placer , par la force de répulsion ^ à une plus grande distance. L’attraction et la répulsion sont donc les deux grandes forces par lesquelles les mouvements, non seulement de l’homme, mais de tout l’univers, sont tous dans un contrôle alternatif ; c’est par ces forces et sans aucune autre , que toute la vie animale peut être influencée en bien ou en mal , quelle que soit la nature de l’agent matériel par lequel elles sont mises en jeu.

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