DES MOYENS CURATIFS
Ces moyens peuvent comprendre tout emploi de force; le bandage, l’esquille et le forceps sont des exemples familiers de la force mécanique , tandis que, parmi d’autres choses, les médecins doivent à la chimie les alcalis et les terres dont ils font usage comme palliatifs dans le traitement de Fâcreté de l’estomac et des premières voies ^ primæ vice . Mais les agents purement médicinaux > quel est leur mode d’action ? Comment l’opium , la strychnine , l’arsenic et l’acide prussique agissentils? Ce ne peut pas être chimiquement; car ils ne produisent aucun changement chimique, aucune décomposition visible clans les diverses parties du corps sur lesquels iis exercent leur influence. Quelle est donc leur action? Personne ne supposera qu’elle soit mécanique. Elle doit. donc être l’une de ces deux choses , électrique ou magnétique; car ce sont les seules forces dans la nature , auxquelles nous .puissions nous adresser pour une explication. Mais , ces deux forces n’en font-elles pas une seule'} Et même sous le nom d électricité, les philosophes praticiens ne comprennent-ils pas aussi la chimie? Pour peu qu’on se soit occupé de sciences, on ne disputera pas maintenant ce que M. Faraday a prouvé te premier , que ces trois puissances ne sont en réalité que de simples modifications d’üNE seule grande source de pouvoir; car, non seule-
ment la force électrique peut être ménagée de manière à produire l’attraction et la répulsion dans tous les corps, sans altérer en rien leur nature constituante, mais elle peut encore être appliquée à tout corps composé de manière à produire une vraie décomposition chimique de ses derniers éléments. Par le même pouvoir universel , nous pouvons rendre le fer magnétique „ ou le priver de cette propriété. Nous pouvons, de plus, changer par ce moyen, la polarité de l’aiguille d’un compas de vaisseau. L’électricité est-elle alors la source de l’agence médicale, la source du pouvoir par lequel l’opium et l’arsenic tuent et guérissent ? Avant de répondre complètement à cette question, il faut que nous sachions d’abord l’effet de l’application directe de l’électricité à la vie animale. Quelle est son action quand on l’applique directement à l’homme vivant ? Elle a causé , guéri et aggravé presque toutes les maladies que l’on peut nommer, soit qu’elle arrive sous la forme de la foudre, ou qu’elle soit amenée par les combinaisons beaucoup moins énergiques de l’invention humaine. Si, comme dans le cas du phénomène magnétique, elle peut produire, ôter et changer l’aimant, ou le mode d’action de l’aiguille, elle peut de même donner , ôter et changer chacune des fonctions particulières des nombreuses parties du corps humain auquel elle serait appliquée dans
des circonstances particulières. Elle a guéri la paralysie et l’a aussi causée. Mais la strychnine n’en a-t-elle pas fait autant? Ainsi que l’arsenic, elle a fait trembler de tous leurs membres les plus forts et les plus braves, et comme ce même agent, elle a guéri la fièvre intermittente. En quoi donc son action diffère-t-elle ici de l’arsenic? Si elle a fait dormir un homme et tenu l’autre éveillé , l’opium en fait autant. L’électricité a guéri les crampes et les a causées. L’acide prussique et le nitrate d’argent ont produit le même effet. Ne prouvons-nous donc pas, au-delà de toute objection, que l’action de ces substances médicales est purement électrique? Par le même pouvoir identique , le mercure fait saliver , l’antimoine provoque à vomir, et la rhubarbe purge. Par le même pouvoir identique , ils peuvent tous produire des effets opposés. L’agence première des substances purement médicales , est donc une seule et même chose, le pouvoir de remuer électriquement le corps en quelques-unes de ses diverses parties ou atomes , intérieurement ou extérieurement , selon la condition électrique préalable du cerveau des différents individus auxquels ces remèdes sont administrés. Car, toutes ces substances agissent premièrement sur le médium du cerveau et des nerfs. Les derniers résultats apparemment dissemblables de l’action de différentes substances, dé-
pendent entièrement de la dissemblance apparente des fonctions des organes qu’elles influencent l. Comme on Ta déjà remarqué, la température de la partie ou de lorgane influencé de la sorte , subit toujours un changement analogue. Si on me demande comment l’opium ou l’antimoine peuvent changer la température ou le mouvement d’un organe quelconque, en agissant sur ses nerfs, je ne puis que m’en rapporter aux changements qui ont lieu dans la chimie, parle moyen de la chaîne électrique , ou le fil de fer galvanique. Les corps soumis à leur action, de froids qu’ils étaient, deviennent instantanément chauds, de même que les corps préalablement chauds, se refroidissent sous la même influence, le mouvement étant, dans les deux cas, l’effet également instantané. Selon le degré et la durée de la force électrique qu’on applique , de tels corps sont simplement électrisés ,
1 L’arsenic, le mercure et l’alcool en fort petites doses, agissent par l’électricité, soit en bien soit en mal, sur l’estomac vivant. En de grandes doses, ils exercent tous les trois une action chimique sur le même organe , car alors ils le décomposent invariablement; mais les mêmes doses appliquées à l’estomac mort, le préservent de la décomposition putride. Les acides minéraux convenablement délayés , agissent par l’électricité sur l’économie vivante. A l’état concentré , ils décomposent chaque partie du corps vivant ou mort à laquelle on pourrait les appliquer. Les poisons du boa et du serpent à sonnettes, si mortels pour d’autres animaux, n’ont pas d’eflét visible sur leurs propres espèces. Pden que l’électricité , dans ses différentes modifications, peut expliquer tout cela.
conservant encore leur apparence et leur nature ordinaires; ou bien ils sont chimiquement décomposés dans quelques-uns de leurs principes constitutifs, leurs atomes étant repoussés ou attirés dans les deux cas d’une manière nouvelle. Toutes nos substances purement médicinales agissent d’une manière parfaitement analogue sur les organes vivants. S’ils exercent sur les organes morts une influence quelconque , c’est seulement en empêchant la putréfaction , ou en décomposant chimiquement les différentes parties. Les vieux auteurs avaient bien raison quand ils disaient: — * «La médecine n’agit point sur les cadavres.»
Si l’on me demande encore, comment il se fait qu’une substance donnée exerce une influence sur une partie du système plutôt que sur une autre, il faut aussi que je m’en rapporte à la chimie. N’avons-nous pas l’affinité élective , ou une disposition dans les corps inorganiques de se combiner avec les mouvements ouïes modes de corps particuliers , plutôt qu’avec d’autres, et d’y opérer des changements, par une affinité élective précisément semblable? L’opium et la strychnine introduits dans le système vivant , y produisent leurs effets ; ils montrent un choix semblable dans les parties qu’ils affectent , le pouvoir électif d’une substance étant manifestépar son influence sur les nerfs des sens, celui de l’autre par son effet sur les nerfs de l’appareil musculaire; ici encore, on peut
demander, avec la plus parfaite convenance, pourquoi l’influence de l’opium sur le cerveau fait dormir un homme, et produit l’insomnie chez un autre; et pourquoi la strychnine, par une semblable différence d’action cérébrale , paralyse les nerfs du mouvement dans un cas,- et excite ce mouvement dans une autre occasion, chez un paralytique? La réponse est simple, et elle jette un nouveau jour sur la vérité de la doctrine électrique. Les atomes de la portion particulière du cerveau de deux individus quelconques, subissant ainsi des influences contraires , dans l’un et l’autre cas , doivent être dans des conditions électriquement opposées, négatives chez l’un, positives chez l’autre. Des résultats opposés doivent aussi nécessairement suivre une action électrique sur deux corps semblables, placés dans des circonstances électriques diamétralement opposées. Gomme toutes les substances médicinales, l’opium et la strychnine peuvent causer des mouvements inverses, des mouvements externes ou des mouvements internes, selon la condition électrique du corps vivant auquel ils peuvent être appliqués. Dans cet exemple encore, ils s’harmonient avec tout ce que l’on connaît de la grande force universelle, à laquelle on attribue leur influence médicale. Leur action descend en dernier lieu de l’attraction et de la répulsion. Yoilà donc une explication satisfaisante d’une infinité de faits qui, étant considé-
rés comme contradictoires, ont jusqu’à présent embarrassé tous les professeurs qui ont tenté de lutter avec le sujet. Je m’arroge le mérite exclusif de cette explication, et j’en revendique ainsi le . droit en termes clairs, afin que nul membre de la Société royale, nul médecin extraordinaire de la reine , ou autre dignitaire , ne puisse prendre de prétexte pour me l’arracher ; soit que par ignorance ou par oubli de mon nom et de mes écrits, il se hasarde d’en prédire la future découverte, soit qu’il la débite à ses lecteurs, goutte à goutte, sous la forme également nouvelle de question et de suggestion ! Oui, je revendique, comme ma découverte propre, la doctrine électrique de l’action médicale, doctrine qui résout facilement le plus grand nombre des difficultés dont jusqu’ici notre art a été environné. En ne perdant pas de vue ces principes, on peut voir d’un coup-d’œil pourquoi le colchique, le mercure et la térébenthine peuvent tous les trois causer et guérir le rhumatisme ; pourquoi l’acétate de plomb peut causer et soulager la salivation ; pourquoi le cubèbe et le copahu ont guéri la gonorrhée chez un homme et ont aggravé la même maladie chez un autre; pourquoi le musc peut exciter et arrêter les palpitations du cœur; pourquoi les fièvres de puberté, de grossesse et de petite-vérole, ont toutes guéri et causé chaque espèce de maladie à laquelle de telles personnes sont exposées; et
pourquoi les passions ont agi de même. Or, où peut-on trouver une meilleure preuve de la véritable nature des passions que celle-ci? Quelle meilleure preuve que la colère, la terreur, la joie, la surprise, sont toutes de véritables fièvres, que ce fait que toutes ces passions ont guéri, causé, aggravé et soulagé presque chaque maladie humaine, chaque douleur et incommodité à laquelle l’homme est exposé, depuis le frisson fiévreux jusqu’à l’épilepsie, depuis le mal de dents jusqu’à la goutte ! De même que l’opium et la quinine, chacune de ces passions a une double action électrique : renversant en un cas les mouvements cérébraux dont dépendent les symptômes excitants, ce qui fait qu’elle soulage ou guérit; et dans un autre cas, les excitant ou ajoutant à leur rapidité h d’où il résulte qu’elle cause et aggrave simplement.
Il me reste encore à rendre raison de certains effets irréguliers de tous les médicaments ; j’ai encore à expliquer pourquoi l’opium , par exemple, au lieu de causer le penchant ordinaire au sommeil, agit de la même manière que l’antimoine ou l’ipécacuanlia , sur quelques individus; et pourquoi ces remèdes particuliers, au lieu de produire leur effet émétique ordinaire , ne font que purger le malade, ou, comme il m’est arrivé de l’observer quelquefois, le plongent dans le sommeil plus sûrement que la jusquiarne et l’opium. Si l’opium,
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ou l’antimoine , affectait uniformément la même portion identique du cerveau chez toutes les personnes, chacun de ces remèdes ne pourrait faire, chez qui que ce fut, que de deux choses l’une, c’està-dire, qu’aggraver ou qu’améliorer les symptômes particuliers qu’alors elle ne pourrait manquer de produire chez des individus en état de santé. Mais l’affinité élective de chacune de ces substances particulières, commetous les médicaments, peut varier chez différentes personnes , que ce soit d’après une cause constitutionelle ou toute autre cause, ce que je ne prétends pas décider. Les mêmes remèdes n’agissent donc pas toujours sur les mêmes parties cérébrales. L’affinité élective ordinaire de l’opium et de l’antimoine peut être entièrement changée chez des malades particuliers. Or, comme toutes les substances médicales n’agissent qu’en changeant les mouvements actuels de la partie sur laquelle elles exercent leur influence respective , l’antimoine et l’opium changent en conséquence leurs caractères respectifs. L’antimoine devient donc narcotique ou ôte le sommeil au malade, de même l’opium devient un émétique ou V opposé d’un émétique, quel qu’il soit. Que l’on remarque donc combien l’on doit être prudent quand on est consulté sur un nouveau cas de maladie, et combien il est nécessaire de mettre dans la pratique toute la circonspection possible. Quand on ordonne un remède quelconque , on doit tâter le terrain en
commençant par une très petite dose, la plus petite de laquelle, selon l’expérience, on pourrait attendre un effet applicable , soit en bien soit en mal ; car il faut bien se rappeler , non-seulement que tous les remèdes font voir de temps en temps une affinité élective qui diffère de celle qu’ils exercent ordinairement, mais que lors même qu’ils agissent selon leur cours ordinaire , ils ont encore le double pouvoir d’attraction et de répulsion , le pouvoir d’aggraver ou de soulager les symptômes que l’on prétend guérir à la vérité. Par ces deux pouvoirs, et point d’autres, l’attraction et la répulsion, on est forcé d’expliquer tous les changements que subit le corps , soit en santé soit sous l’influence de la maladie. Par Y attraction la matière fluide d’une sécrétion devient consistante et organisée, pour être rejetée ensuite par le même organe , et par répulsion , sous la forme fluide de sécrétion. Si cela est vrai , le changement de la température doit causer, à lui seul, dans les corps vivants, tout changement constitutionnel et local, tout vice, toute variation, soit dans les glandes, soit dans les muscles , les nerfs, les vaisseaux, ou toute autre partie qui ait jamais été le sujet d’un examen médical. On pourrait le prouver d’après tout ce que nous savons de la vie et des lois de la vie. Le froid et le chaud, quelles maladies n’ont-ils pas causées ? Quelles maladies n’ont-iis pas guéries sous la forme de bains froids et chauds?
Qu’on voie encore l’effet de la chaleur sur l’œuf. Qu’on observe comme ce corps, grossier en apparence, se change sous l’influence de la chaleur „ appliquée même artificiellement , en os sur la peau et en muscles avec l’appareil convenable de vaisseaux et de nerfs! On me dira que l’œuf était prédisposé à de tels changements. C’est vrai, mais le changement de température ne peut agir sur quelque chose que ce soit, que selon sa prédisposition originelle. Cela n’explique-t-il pas pourquoi un frisson cause à une personne le rhumatisme, et à une autre la consomption? Par l’influence de la chaleur, on voit la laine des moutons et les plumes des poules, remplacées, en quelques générations , par du poil. On peut rendre de la même manière ovipares , certains animaux vivipares. L’aphis et le cloporte, par exemple, peuvent être amenés à pondre ou à produire des petits , selon la volonté de celui qui fait des expériences, par une simple variation de la température dans laquelle il les tient. Qu’on observe encore l’effet de la température sur le monde végétal! Si, au milieu de l’hiver, on introduit dans une chambre chaude la branche d’une vigne qui pousse près d’une croisée, et qu’on l’y retienne pendant quelques semaines, elle se trouvera couverte de feuilles et de fleurs. Qu’on voie donc l’influence étendue et toute-puissante de la température sur tout objet vivant, depuis l’homme, qui n’atteint sa maturité
qu’aprèsplusieurs étés successifs, j usqu’à la gourde, qui pousse et périt en une seule nuit !
Après ces observations préalables, je parlerai des remèdes particuliers ; et d’abord, je mentionnerai ceux qui ont une influence générale sur la constitution , avec une affinité plus ou moins marquée pour les organes particuliers.
DES ÉMÉTIQUES.
Lorsque prévalurent dans les écoles , les doctrines qui attribuaient toutes les maladies à des âcretés , à des humeurs peccantes, à des crudités, les émétiques furent rangés parmi les principaux remèdes auxquels les médecins avaient très naturellement recours , comme moyen de guérison préliminaire. L’effet bienfaisant qu’on observait après les vomissements, dans les commencements de presque toutes les maladies, était cité à l’appui des théories, qui même aujourd’hui ne sont pas sans influence sur l’esprit de quelques médecins. Selon moi , l’action primitive des émétiques est cérébrale , et l’acte de vomir n’est pas tant la cause des autres symptômes constitutionnels qui l'accompagnent, qu’un des nombreux effets provenant d’un changement dans la révolution atomique du cerveau. Tout ce qui peut exercer sur le cerveau une influence soudaine et nouvelle, doit nécessairement, en changeant sa température et son mouvement atomique, changer l’état tout entier
du corps, qu’il soit en ce moment en état de santé ou de maladie. Ceci ne se trouve-t-il pas familièrement démontré par le mouvement qui cause le mal de mer, par la maladie que cause le fauteuil tournoyant 5 et par les vomissements du matin, au commencement de la grossesse? Tout ce qui peut retirer l’attention du cerveau de l’estomac , tel qu’un mouvement violent de Famé, un coup à la tête , une perte de sang , ou une division des nerfs qui le fournissent , peut causer le vomissement. L’expérience de tous les jours nous démontre que le frisson , qu’on peut attribuer à une cause , peut être détourné ou arrêté par des médicaments , lesquels sous d’autres circonstances, pourraient eux-mêmes causer un tel tremblement musculaire. C’est ainsique l’émétique exerce dans les maladies son influence salutaire. On ne peut prendre un émétique, que le corps tout entier n’en sente quelque changement pendant l’opération. On sent de suite un frisson général, sensation qui démontre la rapide révolution, le changement de relation de chaque atome du corps. Sous l’influence d’une telle cause , on peut voir l’œil gonflé et rougi reprendre, en quelques minutes, presque son apparence naturelle ; de plus , une diminution complète de douleur dans l’organe, peut en être le résultat également rapide. Qui donc sera assez hardi pour soutenir que le même effet ne puisse avoir lieu après un émétique, dans ce
qu’on nomme inflammation des poumons, ou des entrailles ? — « Toute expérience s’y oppose » , m’a-t-on dit. Toute expérience! L’expérience de qui? ai-je demandé; mais je n’ai jamais pu avoir de réponse, car personne n’avait jamais fait l’expérience! M. Hume 9 du 43. me régiment d’infanterie, atraité ainsi ses malades pleurétiques et entéritiques, pendant ces quatre dernières années. Durant cette longue période, il n’a pas saigné ni appliqué de sangsues pour une maladie quelconque ; il a substitué des émétiques, ce qui lui a réussi au-delà de toute espérance. Or, c’est ce que j’appelle un fait, fait qui vaut toutes les assertions de tous les docteurs dont les profits dépendent, non pas tant d’une prompte guérison, que des maladies traînées en longueur. On peut influencer toutes les parties du corps par un émétique.
Un médecin au service de la compagnie des Indes , me manda à minuit : on pourra se faire une idée de ses souffrances, quand je dirai que j’entendis ses gémissements avant d’arriver à sa chambre. Immédiatement après avoir quitté un théâtre encombré de monde, il avait été assez imprudent pour se placer sur l’impériale d’une voiture publique, qui voyageait la nuit. Il n’y avait pas été long-temps avant d’être attaqué d’un accès de frisson , suivi de fièvre , et d’une douleur atroce au dos et aux reins, ce qu’on nomme, en
langue médicale, le Lumbago. Quand je le vis, il avait tous les symptômes de ce qu’on appelle dans les écoles la fièvre inflammatoire, et il se plaignait des douleurs les plus horribles au dos. Il désirait être saigné, mais j’ordonnai un émétique, ce qui le soulagea sans le moindre délai. Dès qu’il eut vomi, il se sentit soulagé de la douleur au dos, laquelle cessa entièrement quelques minutes après. Ge résultat fut non moins agréable qu’étonnant pour le malade, qui déjà, dans un occasion semblable, avait gardé le lit pendant six semaines, en dépit des saignées réitérées , des sangsues et des vésicatoires. Un autre monsieur , que je soignai peu de temps après, éprouva le même soulagement à la suite d’un émétique pris dans des circonstances à peu près analogues. Dans le premier cas, après l’émétique, j’ordonnai de l’acide hydrocyanique; dans le second, de la quinine et de l’acide sulfurique. Dans le cas d’affection aiguë, je traite généralement les malades de cette dernière manière. Je pourrais citer des cas innombrables de l’influence heureuse de ce traitement dans l’ophthalmie aiguë, le mal de gorge, la pleurésie, le rhumatisme, etc., maladies qui, traitées de la manière ordinaire et orthodoxe, auraient nécessité les soins d’un médecin pendant des semaines, et puis auraient peut-être déçu son secours et son art. J’ai également réussi , en traitant ainsi l’hémorrhagie et les fièvres accompagnées
d’éruption. Ici je pourrais citer des exemples à l’appui de ce que j’affirme, si je n’étais soutenu par plusieurs anciens auteurs, particulièrement Heberden et Parr , qui ont trouvé les émétiques , suivis de quinquina ^ le meilleur traitement primaire qui se puisse employer pour les maladies
en général.
John Hunter nous dit qu’il a vu des bubons guéris par un émétique, après que la suppuration avait eu lieu pendant assez long-temps, et il a parlé d’un grand bubon, tout prêt à crever, qui fut absorbé par le mal de mer, pendant quelques jours. 11 rend son témoignage de la guérison des humeurs froides ou de la consomption du genou , par les émétiques, et plusieurs écrivains ont fortement insisté sur l’utilité de la même classe de médicaments dans la phthisie pulmonaire. Dans la médecine, comme en toutes choses, il y a l’influence de la mode; mais les grands hommes de nos jours feraient bien, très souvent, d’imiter, malgré leurs affirmations répétées du contraire , la pratique de leurs aïeux.
Les principales substances dont on se sert comme émétiques, sont l’antimoine, l’ipécacuanha , et le zinc. On pourrait y en ajouter bien d’autres, tels que le sulfate de cuivre et le tabac , pour ne rien dire de /’ eau tiède. Cette dernière , par son rapport à la température pourra expliquer leur manière d’agir. L’opium fera vomir quelques per-
sonnes où l’ipécacuanha n’aura pas cet effet. Il y a des individus que rien ne peut faire vomir, d’autres sur lesquels les émétiques ordinaires agissent comme des purgatifs. On ne peut le savoir d’avance, de sorte que l’expérience de chaque individu est la seule règle du traitement.