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DE L ECORCE DU PEROU OU QUINQUINA

La valeur du quinquina et de sa préparation, la quinine, comme agent curatif dans la plupart des maladies, est garantie par le célèbre D.r Cullen , au nombre de ceux qui répondent affirmativement. Quelles sont les affections dans lesquelles il dit qu’il l’a trouvé le plus utile? Le rhumatisme, la goutte, les scrofules, la petite-vérole, la dyssenterie, la gangrène, les maladies des os, les convulsions, l’hystérie, l’hypocondrie et l’hémorrhagie. Voici une liste assez claire, une association de maladies en apparence diverses, et toutes guéries ou améliorées par une seule substance ! Et cependant il n’est jamais entré dans la tête d’aucun écrivain en médecine, que ces maladies avaient quelque chose de commun; que chacune avait un principe de continuité qui, au milieu de leur variété apparente, établissait leur type

d 'unité. Un seul remède les diminue ou les guérit toutes; et cependant les médecins ne peuvent pas, ou ne veulent pas voir que l’action de ce remède est une, et une seule, la puissance motrice. Quelle meilleure évidence de l’absurdité du propre système nosologique de Cullen lui-même, système qui, bien loin d’expliquer la parfaite continuité qui forme la chaîne de toute maladie ( mouvement morbifique ) , séparait tellement les anneaux, que l’étudiant devait croire que c’étaient autant de maladies différentes et dissemblables? En vérité, chacune avait besoin d’un traité séparé pour être comprise ! Quelle intéressante besogne pour les charlatans ! quelle admirable méthode pour aveugler le monde, afin que les mauvais poursuivent mieux leur but d’imposture!

Un médecin français accompli, le baron Ali— bert, parle ainsi de la quinine et de son influence sur les maladies : — « J’ai été à même de suivre et d’apprécier les résultats salutaires de l’emploi de ce remède dans les affections cancéreuses, les tumeurs scrofuleuses et les glandes, selon la recommandation de Fordyce, dans plusieurs maladies cutanées, et sur-tout dans la lèpre, la ladrerie, et dans certains cas de jaunisse qui proviennent de la diminution du ton dans les organes qui sécrètent la bile, dans les altérations qui affectent le système osseux., spina bificla ,, etc. Avec la quinine, nous pouvons aussi combattre heu-?

reusement certains désordres nerveux , comme l’épilepsie, l’hypocondrie, l’hystérie, etc. Plusieurs auteurs la recommandent dans la coqueluche et les diverses toux convulsives. Aucun remède, selon eux, n’est plus efficace pour fortifier les organes de la respiration, et pour prévenir la débilité produite dans l’économie animale par le mouvement réitéré de la contraction des poumons. La plus grande partie de ceux qui l’emploient à cet effet sont néanmoins d’opinion qu’il serait imprudent de donner la quinine sans quelque préparation , selon l’époque de la maladie. Ces praticiens ( influencés sans doute par leur théorie d’une humeur existant dans le sang ) voudraient en quelque sorte mitiger la rigueur des accès par des adoucissants et des tempérants , souvent même par des évacuations, telles que des vomitifs ou des saignées. Pour prévenir l’irritation, ils attendent jusqu’à ce que la force soit absolument abattue. Mais, sur ce point, le célèbre Murray diffère in toto de ces praticiens. La quinine, selon ce médecin, s’applique autant à la cure des toux périodiques et convulsives qu’à la cure des fièvres intermittentes. Il fut témoin d’une épidémie dans laquelle ces toux furent efficacement traitées, dès le commencement, par ce puissant remède. Il a donc prouvé qu’il n’y a aucun avantage à retarder son emploi, et que de permettre d’abord une si grande prostration de pouvoir vital * ne fait que

rendre les symptômes plus rebelles , et leurs eon-

séquences plus fatales ! ( Nouveaux Eléments de Médecine. )

Je ne donne pas d 'opinions, je ne traite pas de rêves et de recherches théoriques, j’établis simplement des faits, faits attestés puissamment; car de son temps, Murray était célèbre par toute l’Europe, et Alibert, il n’y a que quelques années, ne le cédait à aucun autre médecin en France. Tous deux ont aujourd’hui quitté la scène de la vie ; mais leurs écrits peuvent encore être lus avec prolit par ceux qui prennent intérêt à la médecine. On a vu ce qu’ils disent de l’usage de la saignée : rien de plus fort que l’expression de leur évidence réunie contre elle; et pourtant, malgré cette évidence, et même contre le sens-commun, ([ni dit que tout ce qui réduit la vitalité du corps doit assurément conserver l’hérédité ou toute autre faiblesse d’une partie, la gent médicale de ce pays continue d’aller, comme ses pères, saignant, mettant des sangsues et purgeant, jusqu’à ce que mort s’ensuive, toute pauvre créature qui tombe entre ses mains. Si les disciples de Malthus savaient combien le système de leur maître a été admirablement conduit par le grand corps des praticiens anglais, quels éloges n’entasseraient-ils pas sur les écoles aux régiments de sangsues et de lancettes auxquelles le monde est si redevable de la destruction du surplus de population !

Combien sont différents les résultats du traitement chrono-thermal ! Je ne connais aucune maladie, quel que soit son nom ou sa cause, à l’exception de deux ( le mal de dents et la rage J, que je n’aie guérie ou soulagée par la quinine, ou plutôt je devrais dire par son sel, le sulfate de quinine. La seule mesure préparatoire à laquelle j’aie recours est un bain froid, un vomitif, ou un vomitif et un purgatif combinés ensemble. Je n’ordonne jamais aucune espèce de saignée. Qui me dira que ce traitement n’est pas bon selon Fexpérience des autres? Il peut n’ètre pas excellent pour la poche des médecins; mais, pour la santé du malade, c’est un usage qui peut compenser une plus brillante théorie, une plus éclatante philosophie.

Qu’on ne suppose pas toutefois que le médecin possédant un remède si puissant, si étendu et si universellement applicable que la quinine, ait un élixir infaillible , un remède adapté à toutes les constitutions. L’accès de fièvre le plus marqué dont je me souvienne, me parut être l’effet de deux grains de quinine que j’avais ordonnés à un asthmatique. Le D.r Thomson mentionne un de ses malades auquel ce remède, avait occasionné une attaque d’asthme. — « Quand il fut rétabli après sept ou huit jours, dit-il, je lui donnai encore du sulfate de quinine, et la même attaque en fut le résultat. Une dame, après en avoir pris,

devint sujette à des accès de syncope intermittente. » A présent , quelques-uns voudraient-ils saisir ce prétexte pour défendre de jamais faire usage de la quinine? Mais le parfum de la rose a produit des accès de syncope; l’odeur de l’ipécacuanha a produit l’asthme. Ne doit-on jamais alors sentir une rose, ou garder de l’ipécacuanha dans sa maison? Quel agent, dans la nature, est absolument inoffensif? La rhubarbe, à très petites doses, a produit chez quelques-uns des convulsions : faut-il ne jamais prescrire de rhubarbe? Quand la quinine répugne, les douleurs ordinaires sont le tremblement, la faiblesse, le mal de tête, le vertige, le mal de nerfs, les crampes et tout bouleversement . Ratier, dans ses rapports d’hôpital, mentionne, parmi les effets délétères de la quinine, les agitations nerveuses, que l’on pourrait traduire en accès de frissons ou ( qu’en dit-on? ) en accès de fièvre. Oh ! on peut en être sûr, tout ce qui est susceptible de corriger un mouvement morbifique peut le causer.

Gomme tous les autres médicaments, la quinine est nommée, par des écrivains de matière médicale, un tonique. Tous les remèdes sont toniques, quand ils améliorent la santé du malade; mais quand, au contraire, la faiblesse ou l’état nerveux en est le résultat, qui dira que dans ce cas ils soient autre chose qu’un débilitant? La quinine, comme un vomitif ou un purgatif, peu!

causer l’un et l’autre. Donc de continuer jour par jour à prescrire cette substance et tout ce qui est appelé fortifiant j sans une amélioration manifeste ou une rétrogradation positive, ce n’est pas donner une suite de toniques^ mais une succession d’agents épuisants ou débilitants, c’est prescrire un nom pour un nom.

Quel est donc le mode d’opération de la quinine quand son action se montre salutaire! Je conçois que ceci est la vraie explication. Qu’elle ’ soit administrée pendant l’intermittence ou l’accès, la quinine, ou tout autre agent médicinal capable d’influencer la totalité du corps, doit, s’il agit, faire de deux choses l’une : étant une puissance ajoutée , il continue ou renverse avec plus ou moins de force, la direction de l’ordre existant dans le mouvement du corps, selon le mode attractif ou répulsif dont il exerce l’influence motrice. A présent, comme cette différence de résultat dépend de ce que le cerveau du malade est électrisé négativement ou positivement ce qu’on ne peut connaître que par l’essai , il est clair pour toute personne qui réfléchit que là où les chances sont égales en faveur de l’un ou l’autre état électrique, il est mieux de prescrire le remède pendant le mouvement d’intermittence, quand aussi long-temps qu’il continuera, il agira à un certain degré d’une manière avantageuse. Gomme tout agent matériel capable d’influencer la matière en mouvement,

le pouvoir de la quinine, dans les circonstances ordinaires , peut être plus efficace en continuant qu’en renversant le mouvement existant. Détourner ou renverser signifie généralement l’opposition, la difficulté, le désavantage. Continuer ce qui est déjà commencé veut dire, aussi généralement, une action suivie qui peut être entreprise avantageusement. Les chances donc se trouvant tellement en faveur de la continuation , ce n’est plus une question de chercher quel état du corps sera choisi pour prendre le quinquina, le paroxysme ou l’intermittence. Laquelle de ces deux périodes ressemble le plus à la santé? Le mot d’intermittence suggère aussitôt la réponse que c’est alors la période convenable pour l’administration de ce remède particulier ; et l’expérience a confirmé ce que le raisonnement rigoureux aurait prévu ; car donner le quinquina au malade pendant l’accès de la fièvre, rend celle-ci pour l’ordinaire, non-seulement plus intense, mais en prolonge la durée. Le même effet a lieu si le quinquina est donné pendant l’intermittence ; car, non-seulement il la prolonge souvent, mais ajoutant de la force à l’ordre actuel, il l’amène enfin à cet état dont elle ne faisait qu’approcher, l’état de santé. De nombreux exemples ont ainsi amené un effet opposé à l’administration de la quinine, dans l’état de paroxysme, comme dans celui d’intermittence. Mais le résultat général de cet emploi détermine la ligne que

la pratique doit suivre. Aussi long-temps que l’on peut, par la quinine ou un autre agent, conserver le mouvement d’intermittence dans un degré égal ou supérieur , on préserve le malade contre le' retour du paroxysme , enveloppant , comme cela doit avoir lieu , la madère corporelle identique du mouvement d’intermittence. Quel que soit le nom ou la nature de la maladie, l’intermittence, le plus souvent, quoique d’un degré ou deux au-dessous de la santé, peut, comme je l’ai déjà dit, par l’augmentation de force procurée par la quinine, être amenée enfin à l’état normal; et même quelquefois par une trop longue continuité ou un excès de la force médicinale, l’intermittence est convertie en nouveau paroxysme fébrile de plus ou moins d’intensité. Mais alors l’ancien accès est aussi certainement prévenu. Cependant, quelque doux et soumis qu’apparaisse le mouvement donné par la quinine, en comparaison de la fièvre précédente, s’il est continué pendant un temps suffisant, il devient en général si habituel qu’il surmonte entièrement la maladie et détruit la mémoire constituante d’où provenait l’ancien paroxyisme. C’est ce que les Français appellent mémoire machinale. Par elle toutes les fonctions de la santé sont reproduites périodiquement; et c’est par la même loi que toutes les maladies prennent l’habitude de revenir. Tout ce qui mettra dans le cerveau une nouvelle direction

de pensée ou d’action, brouillera cette mémoire. L’espoir, la joie, la dévotion et l’enthousiasme, agissent de cette manière. Qu’est-ce que ces passions si ce n’est de douces fièvres? or, comme deux fièvres ne peuvent sévir en meme temps, puisque nul atome corporel ne peut se mouvoir à la fois dans des directions opposées , ces fièvres , quoique douces en elles-mêmes, sont assez puissantes, dans plusieurs circonstances, pour empêcher le retour des affections les plus morbides. Gomme les fièvres de la grossesse , de la puberté, etc., elles peuvent guérir ou arrêter toute espèce de maladie qui se puisse nommer, depuis le mal de dents jusqu’à la phthisie pulmonaire; comme les mêmes fièvres elles ont tout produit , selon la prédisposition constitutionnelle.

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