DE L’ACIDE PRUSSIQUE
La médecine clirono-thermale indique cet acide après la quinine. Le collège des médecins a donné une formule pour la préparation de cet acide en médecine, mais je préfère celle de Sclieele, et je crois que beaucoup d’autres praticiens la préfèrent aussi. L’acide concentré ne peut être prescrit. Il faut donc qu’il soit étendu. — « L’acide prussique étendu , dit Magendie , est employé avec succès dans tous les cas d’irritabilité (faiblesse!) des organes pulmonaires. Il peut être employé avec avantage dans le traitement des toux ner-
yeuses et chroniques, l’asthme et la coqueluche ; et, dans le traitement palliatif de la consomption, un grand nombre d’observations nous porte à croire en vérité qu’il peut opérer la guérison au commencement de ce dernier mal. En Angleterre il a été administré avec succès dans la dyspepsie et dans la toux éthique sympathique de quelque autre affection. (Pourquoi sympathique d’une autre affection? Quand la santé d’un homme est altérée en totalité, quelque symptôme dominant est saisi et considéré comme la cause de tous les autres!) Le D.r Elliotson a, dans son hospice et dans la pratique particulière , employé l’acide prussique médicinal préparé d’après la manière de Vauquelin. Il a rapporté que plus de quarante cas de dyspepsie avec ou sans vomissement , et accompagnés de vive douleur dans la région de l’épigastre, et avec pyrosis (épanchement), furent guéris par cet acide. Le même médecin rapporte un cas de colica pictorum (spasme du colon) dans lequel le D.r Prout donna l’acide et procura à l’instant du soulagement. Le D.r Elliotson administrait aussi l’acide hydrocyanique dans beaucoup d’affections de poitrine, et il a presque invariablement réussi à diminuer l’ennuyeuse toux. (Pourquoi emploie-t-on ce mot invariablement? Quel agent en médecine agit invariablement de la même manière? Un tel remède serait en vérité un spécifique! mais nous ne le découvrirons jamais!)
Appliqué extérieurement en lotions dans diverses maladies de la peau, il n’a pas, dans la pratique du D.r Elliotson , produit d’effet marqué. Le D.r Thompson cependant affirme l’avoir employé en lotions avec un succès constant (ici encore, succès constant!) pour diminuer la démangeaison et la chaleur si insupportable dans les maladies cutanées, et il a guéri plusieurs espèces d’inflammations.
« M. J. Bouclienel a publié un intéressant mémoire sur l’emploi de l’acide prussique dans le traitement du catarrhe pulmonaire chronique. Il mentionne quatre cas où ce remède réussit. Il conclut, en affirmant que l’acide prussique, donné à petites doses , n’a pas plus d’inconvénient qu’un sirop pectoral ordinaire. M. Bouclienel a fait usage aussi d’acide prussique dans un cas de consomption; mais il n’a réussi qu’à diminuer la toux pour un temps , ce qui l’amène à douter de la réalité de la guérison d’autres consomptions complètes. Néanmoins , je soutiens et je maintiens qu’avec l’acide prussique, j’ai guéri des individus qui avaient tous les symptômes d’une phtisie commencée; et même ceux qui étaient encore plus avancés.
« En Italie , l’acide hydrocyanique médical a été employé pour calmer les irritations d’entrailles excessives, même dans les cas de Cancer. Le professeur Brera vante ses heureux effets dans la Pneumonie ; il le recommande contre les Rhumatismes
et les Vers. Depuis que ce professeur Ta employé pour les maladies du cœur, le D.r Macleod en a fait autant. Il a trouvé que eet acide calme les palpitations nerveuses , sur-tout si elles dépendent d’un dérangement dans les organes digestifs. (Combien est commune l’erreur d’accuser un symptôme d’être la cause d’un autre! ) Il l’a employé aussi pour des Anévrismes. Le D.r Frisch, de Nybourg, en Danemarck , a soulagé la terrible douleur du Cancer au sein, laquelle avait résisté à tous les antispasmodiques , en lavant la partie ulcérée avec de l’acide prussique étendu. Il a aussi employé avec succès ce remède dans les Phtisies. Le D.r Guérin de Mamers a obtenu des résultats satisfaisants de l’emploi de ce remède dans un cas de fièvre cérébrale.»
Puisque j’ai donné si au long l’expérience des autres sur cet acide, détaillée dans le formulaire de magendie , qu’on me laisse ajouter quelques-unes de mes observations en sa faveur. Combiné avec la teinture de Lobelia inflata/]e l’ai trouvé un des meilleurs remèdes que je connaisse contre l’asthme. Avec la même combinaison, j’ai guéri l’étranglement spasmodique de l’urètre, et en général j’ai obtenu de bons résultats de l’emploi de l’acide prussique dans les crampes et les spasmes de toutes sortes. J’ai reconnu sa puissance dans les fièvres lentes et habituelles, qu’on nomme à tort Dyspepsie , Hystérie, ou Hypocrondrie ; j’ai vu
aussi son influence curatrice dans le traitement de l’Hydropisie, sur-tout quand elle était compliquée d’une respiration pénible.
Dans la Paralysie, je l’ai trouvé plus énergique que la strychnine. Je puis néanmoins encore mentionner ici que j’ai l’habitude, dans le traitement d’un désordre en général , de combiner une ou plusieurs puissances chrono- thermales : la quinine, l’acide hydrocyanique ou l’arsenic avec un ou plusieurs médicaments symptomatiques qui possèdent une influence locale reconnue. Ainsi, un ou plusieurs agents chrono-tliermaux peuvent être avantageusement combinés avec l’iodine pour les glandes et les affections de la peau ; avec le colchique ou le gayac pour les rhumatismes ; avec la scille ou la digitale dans l’Hydropisie ; avec les cantharides ou le copaliu dans la Leucorrhée ou l’écoulement de pus; avec la scille pour le catarrhe; avec des purgatifs quand la constipation est un symptôme; et ainsi de suite selon le trait principal de la maladie. Combiné de cette manière avec une teinture de gingembre, de poivre, d’éthiops,etc. , j’ai trouvé l’acide prussique extrêmement bon dans le traitement des vents et de l’avidité de l’estomac. Dans toutes ces maladies cependant , ce remède et les autres ne seront avantageux que s’ils contribuent à améliorer la température > et par conséquent la circulation, chez les individus atteints de ces maladies. Vos malades, quand ils
en obtiendront d’heureux effets , vous diront : — « Je n’ai plus ces chaleurs et ces frissons qui me tourmentaient; » ou : « mes mains et mes pieds ne sont pas si froids ou si brûlants. » Si l’on empoisonne une douzaine de lapins avec de l’acide prussique, et que l’on verse à flots de l’eau froide sur la moitié, il yen aura six qui reviendront, et les six autres mourront. Cette expérience a toujours été répétée avec le même succès. On voit donc clairement combien l’influence de cet agent dépend de son pouvoir sur la température.
On a vu que l’acide prussique peut être employé avec succès contre les fièvres les plus obstinées ; cependant , je me rappelle le cas d’un avocat irlandais qui, après ce médicament, éprouva un fort tremblement, des frissons, des crampes, un mal d’estomac et une sorte de difficulté à respirer : les mêmes symptômes, il faut le remarquer, pour lesquels l’acide prussique est excellent dans la pratique. La condition électrique delà partie cérébrale affectée , détermine si un remède donné produira l’attraction ou la répulsion ; et ceci, je l’ai souvent répété, ne peut être connu quepar l’essai. Aucun mal ne peut résulter de cet essai, si ce n’est un petit malaise temporaire, quand l’acide prussique ne s’harmonie pas , mais il faut qu’il soit ordonné et observé par un médecin judicieux. La Rhubarbe et la Magnésie ont le même inconvé-
nient; car toutes deux, comme l’acide prussique, agissent électriquement.