‹ Erreurs des médecins, ou système chrono-thermalChapitre 68 sur 74 · DE LOPIUM ET DE SES SELS DE MORPHINE · texte numérisé non relu

DE LOPIUM ET DE SES SELS DE MORPHINE

Ceux-ci , comme la quinine , peuvent être employés avec succès , ainsi que je l’ai déjà établi, en prolongeant l’ intermittence de toute espèce de maladie. En effet , l’opium , comme tout autre remède , possède plus ou moins d’influence sur tout le système , mais son principal effet est le contrôle qu’il exerce sur les nerfs des sens. A ces nerfs nous associons la mémoire y et comme chaque partie du corps a dans le cerveau un pouvoir de réminiscence, tout ce qui brouillera ou suspendra l’action des sens , suspendra également et brouillera la mémoire, et conduira par conséquent à la suspension ou à l’interruption de toute action habituelle ou périodique de quelque partie du corps. Une toute petite dose d’opium augmente d’ordinaire la puissance de la perception , tandis qu’une large dose la diminue. Mais une large dose, après tout, n’est qu’un mot relatif; caria quantité qui empoisonnerait un cheval, peut n’être qu’une dose modérée pour un consommateur habituel d’opium.

Je ne connais pas une maladie où je n’aie trouvé l’opium utile. Dans l’Hydropisie , quand il est administré à ce moment particulier du jour où les malades avouent qu’ils sont mieux, il a, selon mon

expérience, été suivi fréquemment par une abondante évacuation d’urine , après que toute espèce de diurétique avait failli. En le donnant à grande dose pendant .l'intermittence , j’ai gardé en vie des malades de consomption pendant des mois, et même quelques-uns pendant des années, malades dont l’existence eût été certainement abrégée sans l’influence bénigne de cette drogue. Il y a pourtant des personnnes que

« Notpoppy, nor mandragora,

« Nor aîl the drowsy syrups, of the world ’ »

n’endormiraient , mais sur lesquelles une infusion à froid produirait à l’instant cet effet. Qu’on admire encore comment toutes choses dépendent de la température! Sur quelques personnes, l’opium,, comme je l’ai déjà dit, opère comme l’ipécacuanha. Qui donc peut dire quel sera l’effet d’un remède, jusqu’à ce qu’il ait été essayé? Il n’y a que les imposteurs qui ne se trompent jamais!

Les voyageurs qui ont vu ses effets dans l’Orient, rapportent que le tremblement, la fièvre , l’hydropisie , le délire et l’agitation, sont les conséquences de l’usage habituel de l’opium. 11 a néanmoins contribué à la guérison dotons ces symptômes, quand ils ont été produits par d’autres causes. Dans la pratique, on voit qu’il donne du repos dans un

1 Ni pavots, ni mandragore, ni tous les sirops calmants du monde.

cas, et qu’il ôte tout sommeil clans l’autre. Il a causé la manie et l’a guérie.

DE l’alcool ET DU VIN.

Très analogues à l’opium , ils agissent sur le corps comme tout autre agent médical,, en bien ou en mal, par le fait seul du changement de la température actuelle du cerveau. Si un verre d’eaude-vie a arrêté l’accès de fièvre et son frisson , le chirurgien de régiment peut rendre témoignage des horreurs et des tremblements que l’abus des liqueurs fortes amène trop fréquemment chez des hommes jadis robustes et sains. Le frisson , le tremblement nerveux, la névralgie, l’épilepsie, l’asthme, la jaunisse, l’étranglement , et d’autres accidents spasmodiques ne sont-ils pas produits journellement par la boisson? Combien n’avonsnous pas vu d’hydropisies causées par la boisson de l’esprit de genièvre ; et cependant le genièvre n’est-il pas ordonné chaque jour avec succès aux hydropiques? Que l’on remarque comme l’alcool affecte différemment différents individus ! Il rend l’un joyeux ou doux; l’autre sombre ou morose; à un troisième , il donne de la vivacité d’esprit , tandis qu’un quatrième, sous son influence, perd l’esprit qu’il possédait auparavant. Je me rappelle un homme du premier régiment d’infanterie, qui devenait excessivement religieux et se mettait à chanter des psaumes, chaque fois qu’il était ivre.

Mais cette exubération de dévotion s’évaporait, comme on doit le penser , avec les fumées du vin. Cet excès de sentiment religieux ou de vénération (comme les Fhrénologistes disent) , dépend toutefois de la température ou de la condition motrice de quelque partie du cerveau ; et sans doute , Shakspeare savait bien que ce mouvement religieux prend par accès , lui qui fait dire à l’un des assassins de Glarence :

« I hope this holy humour of mine will change ; it was wont to « hold but whüe one woüld tell twenty \ »

Le vin rendra le brave timide et larmoyant; le poltron capable d’actions dont la pensée, pendant sa sobriété, le terrifieraient. Un homme montrera d’abord son ivresse dans ses discours ; un autre dans sa difficulté à comprendre; quelques individus ne se trahissent qu’en marchant, leurs membres alors leur manquent, sans que la tête ni la langue dénote leur ivresse. Tout ceci a lieu par le changement de température que le vent amène sur diverses parties du cerveau de certains individus. Il les jette dans un état de fièvre ,, et le même phénomène se retrouve dans les fièvres produites par le froid ou par un coup. Le D.r Jenner, en décrivant les effets du froid excessif sur lui-même , dit : — « J’éprouvais les mêmes sensations que si

1 J'espère que ma sainte humeur changera , elle n’avait l’habitude de durer que pendant qu’on disait vingt .

j’eusse bu une grande quantité de vin ou d’eau-devie , et mes facultés s’élevaient en proportion de cette sensation. Je me sentais comme enivré et je ne pouvais m’empêcher de chanter, etc. » ( Vie du baron de Jenner.) On voit le contraire de ceci.

Un homme, ivre comme un gentilhomme, deviendra tout à coup sobre sous l’influence d’une pluie froide ou en plongeant dans un bain. Cette unité de résultat n’implique-t-elle pas l’unité d’action?

Je prouve donc, de toute manière, que l’effet du vin , soit pour le bien , soit pour le mal , comme celui de tout autre pouvoir dans la nature, tient à l’influènce qu’il exerce sur la température d’une ou de plusieurs portions du cerveau.

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