DE LA STRYCHNINE
La strychnine peut interrompre et produire la fièvre. Dans une expérience sur un cheval tétanique, une solution liquide de nux vomie a , la source bien connue de la strychnine , produisit , injectée dans les veines, un accès de frisson pro-
longé. J’ai cependant trouvé le sulfate de strychnine d’un grand service dans les fièvres obstinées, et dans plusieurs maladies chroniques dont le frisson , le vertige et l’hallucination étaient les symptômes. Dans un cas d’amaurose, chez une femme ^ pour lequel j’ordonnai, avec bonheur, le sulfate de strychnine, le remède la priva pendant une heure de l’usage de ses membres. Le recouvrement de la vue, pendant l’administration du remède, compensa largement cet accident temporaire. J’ai vu pareillement, d’un autre côté, que la strychnine brouillait la vision , quand elle était prescrite pour des paralysies musculaires. Dans le traitement de l’épilepsie et de plusieurs autres affections spasmodiques, cette substance peut être combinée avantageusement avec le sulfate de quinine. J’ai, malgré cela, dans plusieurs occasions, été obligé d’en suspendre l’usage , tant mes malades, en le prenant, se plaignaient de douleurs; et ceci me conduisit à faire l’essai de ce remède contre le rhumatisme, qu’il a parfois guéri.
de l’argent.
Une considération sur l’influence bienfaisante du nitrate d’argent dans l’épilepsie, m’amena à essayer ses effets dans d’autres maladies spasmodiques, telles que les quintes, l’asthme, les crampes, etc., et je suis heureux de pouvoir affirmer sa grande valeur dans toutes ces affections. C’est un
puissant remède ehrono-thermal , et comme tout remède de cette classe, il peut produire les maux qu’il guérit.
J’ai déjà dit que la convulsion, le spasme, la paralysie ne diffèrent qu’en degrés. Il ne sera donc pas surprenant de voir que, dans tous ces désordres, l’argent peut être, avec avantage, substitué à la quinine, à l’acide prussique , etc. Tandis que je poursuivais mes recherches sur les mérites et les démérites de l’argent, je reconnus que c’est un des plus puissants diurétiques dans la matière médicale , circonstance que nos anciens n’ignoraient pas. Boerhaave, sur-tout, avait coutume de le prescrire mêlé au nitre, contre l’hydropisie. Il a néanmoins le pouvoir de suspendre la sécrétion urinaire. Il y a une affection à laquelle les jeunes femmes sont remarquablement sujettes : une douleur périodique au côté, ou point de côté. Ce désordre a été mal traité sous une variété de noms, selon les notions des praticiens, quant à son origine et à sa nature. Si ces Messieurs voulaient seulement se donner la peine de demander à la malade si le côté souffrant est plus froid ou plus chaud qu’à l’ordinaire, je ne pense pas qu’ils s’avancent, comme ils font ordinairement , jusqu’à ordonner des sangsues et des ventouses scarifiées. Quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, la malade vous dira que ce côté est toujours froid! Ceci du moins les convaincra que l’inflammation n’est pas
la tête et le front du mal. Cette douleur est le résultat du spasme d’un ou plusieurs muscles des entre-côtes, et elle s’accroît quand on dit à la malade de respirer. Qu’on se garde d’y ajouter en tirant du sang! Le plus souvent, elle cédera à des doses d’un demi grain-d’argent, au défaut duquel l’acide prussique, la quinine ou l’arsenic, peuvent être successivement administrés; et l’un ou l’autre amènera le même résultat.
Dans le mal d’estomac après avoir mangé , mal qui est aussi de genre spasmodique, j’ai trouvé l’argent très utile. Dans toutes les variétés de toux et de catarrhe, j’ai retiré quelque avantage de son emploi; et je suis sûr que dans mes mains, il a contribué à la guérison de plithisies certaines. Qu’on se souvienne, en même temps, que je ne compte pas d’une manière exclusive sur ce remède dans toute espèce de maladie ; car, à moins que ce ne soit le soufre pour la gale, je ne connais pas un spécifique en médecine !
Il y a un désordre auquel les gens âgés ou les personnes qui ont beaucoup souffert de l’anxiété morale sont sujets : c’est une disposition à la syncope et à la chute , souvent prise à tort , et traitée à tort sous le nom de tendance à /’ apoplexie . L’emploi de l’argent pour cette affection a, dans mes mains, été généralement heureux. J’ai trouvé aussi de l’avantage à l’employer dans le vertige et dans plusieurs cas de confusion mentale.
Le nitrate d’argent a une grande influence sur l’épine dorsale et ses nerfs; car les malades qui le prennent se plaignent quelquefois de douleurs de reins, de sciatique et de rhumatismes. J’ai parfois vu l’argent produire le tremblement et la défaillance ; mais ces accidents n’étaient que temporaires et finissaient avec le traitement. L’argent guérit ces symptômes quand ils sont produits par d’autres causes. On sait que la transparence bleue de la peau est l’effet accidentel du nitrate chargent; et je vais en expliquer la raison. Beaucoup de personnes ont vu sans doute les peintures produites par la lumière sur le papier saturé de nitrate d’argent. Avant que le nitrate d’argent ait rendu la figure bleue, la peau, de même que le papier employé pour le Daguerréotype , doit être complètement saturée par cette préparation ; car, autrement , la lumière ne pourrait pas l’affecter ainsi. Quoique j’aie moi-même prescrit mille fois le nitrate d’argent, je n’ai jamais été témoin de la plus petite teinture résultant de son usage, ni personne autre ne l’a vu, excepté ceux qui l’emploient à trop fortes doses ou trop habituellement. Qui donc rejetterait un bon remède, parce que son abus a produit, dans de rares exemples, une couleur particulière de la peau, quand on sait que tout médicament, employé à tort, peut occasionner un mal beaucoup plus grand, et la mort même ?