‹ Erreurs des médecins, ou système chrono-thermalChapitre 8 sur 74 · DÉSORDRES DE LA SENSATION · texte numérisé non relu

DÉSORDRES DE LA SENSATION

Il fut un temps où l’opinion commune des gens les plus distingués, était que l’étude unique des langues mortes avait la plus grande importance dans la vie. Une ère nouvelle surgit tout à coup, et le genre humain commença à apprécier les avantages qu’on obtient des sciences physiques et chimiques. On préfère actuellement l’observation des produits de la nature dont on est entouré, aux discussions pédantes sur des articles grecs et des verbes latins; ce n’est plus que dans les cloîtres d’Oxford et de Cambridge, que les hommes méprisent l \xtiiit arianisme^ de même que cela a lieu dans ces surannées et encroûtées institutions monastiques qu’on appelle collèges de

médecins. Les chemins de fer, les bateaux à vapeur, le galvanisme et le gaz, appartiennent tous aux lumières du dernier siècle. Une révolution dans la pensée et les actes en est le résultat. De minimes sujets ont fait place à de grandes vues; les petits intérêts ont été détruits par l’amélioration générale qui s’est accomplie. La médecine serait-elle donc la seule des connaissances humaines qui demeurerait stationnaire dans le mouvement qui s’opère autour d’elle? Se soumettrait-elle au sophisme, beaucoup trop répandu, que ni le temps ni l’étude ne peuvent apporter aucune nouvelle lumière en elle? Lorsque la marche de l’intelligence réforme tant de choses, serait-elle la seule qui resterait en arrière sans s’améliorer et comme une négation dans le progrès? Lorsque les souverains qui ont successivement tenu le sceptre de la médecine et ont été regardés comme des demidieux, nous ont déclaré ensuite qu iis ne savaient rien , peut-on blâmer celui qui cherche à arracher la profession aux ténèbres qui l’enveloppent? Si, d’après leur propre aveu , les Knighton et les Baillie étaient ignorants des premiers principes rationnels de la science , serait-il charitable de supposer que des hommes si supérieurs cependant à tant d’autres maîtres, aient voulu persister à suivre un mode défectueux d’investigation ? Semblables au coursier qui se jette sur une route de traverse, comment auraient-ils pu dans ce cas ar-

river au but qu’ils voulaient atteindre? Saeriliant aux idées de leur époque, ces hommes passaient les jours et les nuits à l’amphithéâtre, oubliant que la médecine ne trouve rien dans un cadavre. Tout ce que j’avancerai sera le résultat des observations que j’ai faites dans les divers mouvements de la vie. Me dira-t-on que cette étude est seulement utile pour les médecins? Prétendra-t-on que cette branche des connaissances de l’homme ne saurait être intéressante pour tout le monde? Comment! On accordera son attention aux métamorphoses des teignes et des papillons, à la germination et à la végétation des plantes, et on la refuserait aux révolutions constantes et variées de la matière de son propre corps? Alors on ne pourrait mettre en pratique cette maxime grecque: Connais- toi toi-même.

On doit se rappeler que, dans le précédent chapitre, après avoir analysé les divers mouvements du corps en santé et montré la marche périodique par laquelle chacune de ses parties, quelque infime qu’elle soit, exécute ses fonctions, je me suis efforcé de faire comprendre les plus simples déviations de cet état normal, lesquelles constituent ce qu’on appelle , dans le langage des écoles, le désordre fonctionnel. Je démontrerai, dans mon prochain chapitre, le mode par lequel les remèdes agissent, en vertu de la source électrique de leur force motrice, force qui peut se réduire elle-même

simplement en Attraction et Répulsion . Nous aurons de nombreuses occasions de nous en convaincre ; nous verrons même que la vie n’est aussi qu’une périodique alternation de mouvements attractifs et répulsifs. Qu’est-ce, en effet, que la sucsessive conversion des aliments en sang, du sang en matière d’organes, tissu et sécrétion? des exemples incontestables de cette proposition. Quels sont l’alternative contraction et dilatation du cœur, l’inspiration et l’expiration des poumons, le sommeil et l’insomnie? encore des modifications du pouvoir attractif et répulsif. Nous entendons répéter sans cesse le mot indépendance. Telle ou telle personne, nous dit-on, est très indépendante . Mais ce langage est simplement une figure, attendu qu’il n’y a pas dans la nature un corps indépendant. Chaque chose, dans l’univers, a une relation à une autre chose. Le corps vivant surtout n’est constitué que de parties formant un grand entier, et ces parties sont dans une connexion si intime avec le tout et dépendent tellement de lui et de ce qui les entoure, que la privation de l’un de ces élémentspeut,dans quelques cas, causer la mort. Qu’on prive un homme de nourriture ou d’air, ou qu’on dérobe sous ses pieds la terre qui le soutient, et les diverses parties de son corps perdront immédiatement les relations respectives de mouvement qui les maintenaient durant la vie. Ces parties séparées peuvent prendre chaque

forme que la matière inorganique leur impose.

J’ai déjà prouvé, du moins je l’espère, que même la vie saine est un état fiévreux ; et maintenant je me propose d’établir, pour matière de ma prochaine argumentation, que la fièvre intermittente est le type de toutes les maladies auxquelles l’homme est sujet. Est-ce la doctrine des écoles? non certainement. La simplicité de ma théorie peut être considérée, par quelques professeurs, comme une pauvreté de compréhension. Mais si, avec lord Bacon , — « les disciples accordent seulement à leur maître une créance temporaire; qu’ils suspendent leur propre jugement jusqu’à ce qu’ils soient mieux instruits , mais ne se résignent pas à une captivité perpétuelle ; » alors on pourra me pardonner de chercher à prouver, avec le même philosophe, — que toutes choses peuvent arriver, par une échelle ascendante, jusqu’à 1 unité ; que le savoir le plus digne est celui qui peut offrir le moins de complication. Je vais maintenant examiner en détail le phénomène de la fièvre.

de la fièvre.

J’ai déjà dit que cet état peut n’ètre pas une maladie , ni un mouvement morbide dans un changement de température. Au nombre de ses sensations , le fiévreux éprouve le froid et le chaud , suivis quelquefois par une abondante

transpiration. Ces trois états constituent le paroxisme ou accès, attendu que le malade, durant chaque état, est en une condition de corps différente de chacune des autres. Ses sensations , de plus, sont également différentes durant chacun de ces états. A celui de transpiration qui termine Taccès, succède une rémission, ou état comparatif de santé; et cela dure un ou plusieurs jours, avant le retour d’un autre accès semblable. Celuici, généralement, revient à l’heure exacte où s’est manifesté le premier, et il est suivi d’une rémission dont les symptômes ont une durée pareille à la précédente. Pendant le paroxisme , chaque fonction du corps est plus ou moins troublée ; les muscles deviennent tremblottants ou spasmodiques ; les sens, les sécrétions, l’appétit, la puissance mentale sont affaiblis, viciés, ou bien exaltés d’un manière surnaturelle. Un gentleman que j’ai eu récemment pour malade, me disait que durant l’état de froid, ses facultés intellectuelles étaient plus lucides que de coutume, et ses sensations plus vivement agréables. Il était comme une personne soumise à l’influence de l’opium. Mais ce bien-être de sensation ou délire, accompagne plus fréquemment l’état de chaleur. Durant l’excitation de celui-ci, on a vu des individus se montrer poètes harmonieux , orateurs, et exercer des talents qu’ils n’avaient jamais manifestés dans une situation normale.

La croyance générale actuelle des professeurs en médecine, est que la fièvre a souvent pour cause les émanations des marais, cette maladie étant très commune dans les contrées marécageuses. Mais c’est encore une de ces nombreuuses erreurs que l’on apprend constamment dans les écoles et les universités. Il n’y a pas d’agent dans la nature qui ne puisse causer la fièvre , depuis un coup jusqu’à une passion. — « La mère de lord Byron, rapporte M. Moore, eut un accès de fièvre ^ causé par le courroux que lui fit éprouver la lecture d’un mémoire de son tapissier. » Le mémoire était exorbitant et la lady femme écossaise. Cette analogie qui existe entre la fièvre et les passions, n’a point échappé à l’observation des poètes. Shakspeare , comme je le montrerai plus tard, y fait souvent allusion, et Coleridge dit, en la manière heureuse qui lui est habituelle :

« There’s no philosopher but sees Thatrage and fear are one disease,

Though this may burn and that may freeze,

They’re both alike the ague. 1 »

On voit donc qu’il ne peut exister une agitation corporelle , ni une révolution constitutionnelle , sans un changement de température

* Il n’y a pas de philosophes qui ne voient que rage et peur sont une même maladie; bien que celle-ci puisse brûler et l’autre geler, toutes deux sont également la fièvre.

quelconque. Dans son Hudibras , Butler nous dit :

« Love’s but an ague fit reversée! ,

The hot fil takes the patient first «. »

Sérieusement , on fera bien de méditer sur les relations que les effets des diverses passions établissent avec la fièvre, et Ton verra que toujours on est soumis aux mêmes tremblement et changement thermal; et qu’en plusieurs cas, les maladies qu’elles peuvent causer, deviennent également périodiques et intermittentes. Une jeune lady devait être mariée un jour déterminé; mais ce même jour, de grand matin, son prétendu fut tué par accident. La douleur de la lady se termina en folie. L’accès revenait chaque jour au même temps; mais durant le reste des vingtquatre heures, elle avait , en phrase scolastique, un intervalle lucide. Elle était alors parfaitement saine. Or les lucides intervalles de la manie ne sont-ils pas des rémissions? Qu’on prolonge ceux-ci à une période indéfinie, et on produira la santé.

Quels sont les effets constitutionnels d’une chute ou d’un coup grave? N’a-t-on pas le même tremblement , dans le premier moment , la même pâleur et la perte de force si remarquable dans l’accès en froid de la fièvre? celui-ci n’est-il pas suivi de la même chaleur ou accès fébrile ? —

» L’amour n’est qu’une fièvre renversée, les chauds accès commencent les premiers.

Les fièvres , dit M. Àbernetliy, produites par une maladie locale (tort local?), sont les fièvres très identiques que les médecins trouvent , lorsqu’il n’y a pas de lésion extérieure. » Gomment peuvent" elles être autrement , puisque c’est seulement par la matière du corps , changeant ses relations et par conséquent ses conditions thermales , en une manière* identique dans l’un et l’autre cas, que l’on obtient le groupe de symptômes que l’on renferme dans le mot abstrait fièvre? Les agents qui guérissent la fièvre provenant d’un coup, sont les mêmes que ceux qui guérissent la fièvre d’une passion, du poison, ou de toute cause inconnue. Lorsqu’un homme est chaud, que toute sa peau est sèche, quelle qu’en soit la cause, on peut le ramener à l’état de santé en jetant de l’eau froide sur lui. On peut obtenir le même résultat par l’émétique. Oh! l’émétique a un étonnant pouvoir sur la lièvre, et les vieux médecins traitaient toujours celle-ci en premier lieu par ce médicament. Ils ne se préoccupaient pas de la cause de la maladie. L’état du malade était tout ce qui attirait leur attention. S’il avait froid, iîs le réchauffaient, tantôt avec une chose, tantôt avec l’autre. Lorsqu’il avait chaud, ils le refroidissaient, non par le mode à la Sangrado de cette époque , en vidant ses veines , mais par l’emploi d’un émétique , ou en l’aspergeant d’eau froide! En saignant un homme durant la chaleur de la fièvre, on peut sans aucun

doute le refroidir; mais à moins qu’on ne le rafraîchisse jusqu’à ce que mort s’ensuive, on ne pourra le préserver du retour de l’accès. Quand il doit revenir, on a la faculté de le saigner de nouveau , il est vrai ; mais comment peut-on le faire sans danger? D’après mon expérience médicale sur cette matière , il est permis à peu de personnes, en ces temps , de mourir de maladie: la mode orthodoxe est que l’on meure du médecin. Il n’y a aucune fièvre sans rémission, sans une période d’ exemption comparative de souffrance. Tous les auteurs , depuis Cullen , admettent cela. Qu’on prolonge donc cette période un temps indéfini, et on obtiendra la santé. On le pourra aussi par l’emploi du quinquina , de l’opium et des remèdes variés du système chrono-thermal. Mais, au lieu de s’occuper d’en prévenir le retour , les praticiens d’aujourd’hui temporisent durant l’accès; et c’est la plus profitable pratique, attendu qu’une longue maladie produit beaucoup d’honoraires! Le médecin honnête s’emploie de son mieux à prévenir le retour de l’accès. Maintenant, si la saignée pouvait produire le même effet, comment pourrait-on entendre parler d’un malade qui serait saigné plus d’une fois pour la fièvre? On vante tous les jours l’usage réitéré de la lancette; mais aussi le malade en meurt. Lorsque je viendrai à traiter de l’inflammation , on verra combien peu cet instrument est propre à soulager de la

fièvre , ou plutôt on se convaincra que son emploi est une des plus fatales méprises de la médecine! Comment alors cette pratique a-t-elle si long-temps maintenu sa puissance? Par la sotte autorité et l’influence de la coutume. Dans les écoles de médecine, comme en d’autres écoles, les masses ( selon les paroles de Bolingbroke) sont élevées à penser et à dire , comme pense et dit la routine ; elles approvisionnent leur esprit, comme elles fournissent leur maison, ou habillent leur corps, et se revêtent des pensées d’autrui selon l’âge et la contrée. Elles asseoient leurs idées et leur jugement sur la conversation générale ou dans les écoles. Or, la première est toujours superficielle , et toutes deux sont communément dans le faux. Le premier pas que j’ai fait moimême dans la médecine rationnelle , a été de désapprendre tout ce que j’avais précédemment appris, ce qui, dans le commencement, fut difficile. Gomme j’en étais toujours venu à croire la moitié des rebus proposés par les docteurs, je ne pouvais plus ensuite les comprendre, attendu que les doctrines entières des écoles , ne sont qu’un tissu d’éblouissantes, mais d’évidentes absurdités. La doctrine catholique romaine de la transsubstantiation n’est rien en comparaison. Je prouverai très prochainement cette assertion. Mais avant que l’on puisse découvrir l’erreur , il faut d’abord que l’on connaisse la vérité.

Dans l’obscurité , on pourrait se méprendre et ramasser une pierre pour un pain : avec la lumière resplendissant sur soi , il est moins vraisemblable que l’on se trouve exposé à se tromper. Procédons alors avec notre sujet.

La convenance d’adopter un remède , a , dans chaque cas, plus ou moins de relation avec le temps et la température. Mais Finfluence efficace de 1 ’ écorce du Pérou , et de sa préparation en quinine , pourrait paraître, plus que tout autre agent, dépendre de la période en laquelle on l’administre. Le véritable moment de son emploi est celui de la rémission. À l’exception de l’opium (aussi très influent durant la rémission) il est plus sûrement préservatif que tout autre agent connu. Il a été si généralement proposé dans le traitement de la fièvre, que beaucoup de docteurs en médecine le

vantent comme un spécifique dans cette maladie; mais, comme je l’ai établi dans mon premier chapitre , il n’y a pas dans la nature un véritable spécifique pour aucune maladie. S’il y en avait eu pour la fièvre, pense-t-on qu’Olivier Crornwel aurait pu en mourir? Quel que soit l’agent par lequel cette maladie ou toute autre a été guérie, on trouvera, dans le cours de cet ouvrage, d’abondantes preuves que , dans tous les cas, son influence résulte d’un changement de température. Sir R. A., pendant qu’il servait en Portugal, eut une fièvre grave, laquelle résista à tous les

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remèdes prescrits par les nombreux médecins qui étaient ses amis. Parmi ces remèdes se trouvait le quinquina. Un jour qu’il était à cheval, il fut saisit par un paroxisme. Le locataire d’une petite boutique devant laquelle il fut désarçonné, l’engagea à recourir à un chirurgien-barbier du voisinage. Voulant être guéri par quelque personne ou quelque chose que ce fût, sir II. accepta cette proposition. Le médecin empirique arriva. Il ordonna un large emplâtre sur le dos , et la fièvre disparut presque incontinent. A quelle cause, si ce n’est à l’amélioration de la température de l’épine dorsale, pourrait-on attribuer le succès de cet emplâtre? Le bon effet ordinaire de la quinine , comme préservatif de l’accès de fièvre, quand celle-ci provient d’une cause cachée, est généralement connu des praticiens; mais ce qu’ils savent moins comprendre, c’est que le même agent peut être employé dans le cas où il y a une lésion locale. Je peux en donner une preuve. Un gentleman qui venait de faire usage d’une sonde élastique, fut aussitôt saisi de la fièvre; elle revint deux jours après à la même heure , et ce retour continua, régulièrement, tous les deux jours, jusqu’au nombre environ de douze paroxismes. Alors, pour la première fois, il fit usage de la quinine, et les accès disparurent. Avant cette attaque il n’avait jamais eu la fièvre , et cette maladie ne

se reproduisit chez lui que chaque fois qu'il fut obligé de recourir à la sonde.

Je pense que je ne puis mieux procéder à fournir des exemples de la nature rémittente des maladies en général, qu’en entrant d’abord dans une considération succincte , sur les noms que quelques-unes ont reçus.

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