‹ Erreurs dévoilées des physiciens modernes dans l'explication des phénomènesChapitre 10 sur 37 · DE LA. LUMIÈRE · texte numérisé non relu

DE LA. LUMIÈRE

ISotion générale de la Lumière. — Opinions contradictoires des philosophes. — iSature et origine de la Lumière. — Dieu emploie deux paroles successives pour la former. — Pourquoi?

LiA lumière, abstraction faite de celle du soleil et des étoiles, est cette matière qui, le premier jour de la création, devint lumière à la voix de son Créateur ; et qui communiquant avec un corps éclairé , nous fait distinguer les formes et les couleurs des objets qui nous environnent. Elle est répandue dans tout l'univers , et contenue dans les pores de l'éther , de 1 air , des liquides et de tous les autres corps trauspareus et opaques. Nous avalons donc à tout instant cette matière avec l'air que nous respirons, avec les substances qui nous serventd'aliment ;et quoiqu'elle nousentoure de tous côtés, et qu'elle aide à la vision, elle ne peut pas être aperçue , tant qu'elle est isolée ; c'est-à-dire tant quelle ne constitue que des files droites ou interrompues dans les corps qui la contiennent, Pour être visible , il faut que ses molécules s'arrangent en globules ; et c'est ainsi quelle se montre dans les astres qui brillent par eux-mêmes , dans la flamme des corps en ignition , dans ceux qui sont incandescens , dans l'étincelle électrique, dans les diamans lumineux ,

dans les matières phosphorescentes, et enfin dans les vers luisans et autres insectes semblables.

Les molécules de la lumière sont , ainsi que celles de toutes les autres substances, rondes, polies, sans creux , compactes, inflexibles et formées d'une seule pièce, et non de plusieurs parties. Ces molécules sont enveloppées d'une petite atmosphère qui , dans son état le plus naturel , est toute ignigène , et qui tend à se conserver expansible sans pouvoir se mêler avec celle des autres corps. C'est par ce moyen que l'air et tous les produits aériformes sont si fluides et si élastiques , que les liquides de toute espèce conservent leur fluidité , et que les corps denses élastiques ont tant de flexibilité.

Les molécules de la lumière forment des files plus ou moins sinueuses dans tous les corps opaques, et des files droites dans ceux qui étant diaphanes, sont ou compactes ou fluides. Cela a déjà été reconnu par les partisans de Descartes ; et comme l'étendue de l'atmosphère de ces lumineuses est susceptible de plus ou de moins , elle augmente par le chaud qui lui communique une plus grande quantité de particules ignigènes ; et elle diminue par le froid qui lui en soutire une partie : mais en général cette atmosphère est moindre dans les corps denses , et plus grande dans ceux qui sont liquides , et surtout dans les fluides élastiques.

J'ai déjà dit que l'ignigène composant l'atmosphère des lumineuses invisibles répandues dans l'élher , dans notre air atmosphérique et dans toutes les substances terrestres , constituait le calorique. De là il s'ensuit que si les molécules aériennes, contenues dans un lieti quelconque, venaient à être anéanties , ou simplement expulsées subitement de leur place , et qu'il ne restât

que les lumineuses , celles-ci, en se réunissant à l'aide de leurs atmosphères, formeraient un globe de feu capable de consumer entièrement , par Tignigène qu'il contiendrait , tout ce qui serait renfermé dans ce lieu. C'est peut -être par un moyen analogue qu'arrivera à la fin des temps la conflagration du monde , car Dieu qui a tout fait et dont le pouvoir est sans bornes , peut réunir ces lumineuses en masses plus ou moins considérables, dont la chaleur énorme déterminera la décomposition de tous les corps de l'univers.

Après ce préambule , voyons comment la lumière intellectuelle de nos philosophes pourra expliquer la lumière matérielle répandue dans tout l'espace. Xous trouverons ici , comme ailleurs , que malgré tous les efforts de leur imagination , ils n'ont presque toujours enfanté que des erreurs ou des chimères.

Il est incontestable que les savans n'ont jamais été et ne sont pas encore d'accord ni sur la nature de la lumière , ni de quelle manière elle nous éclaire. Descartes dans son roman de la création fi) , suppose que Dieu ayant créé une certaine quantité de matière , la divisa en parties dures et cubiques , étroitement appliquées l'une contre l'autre, et auxquelles il communiqua deux mouvemens différens. Par ce moyen , ces parties cubiques eurent leur angles rompus par le frottement , et furent transformées en globules ; et ces globules constituèrent une matière très-déliée qui, répandue partout , frappe partout nos yeux, et à laquelle Descartes donne le nom de lumière; tandis que les éclats les plus massifs de ces angles

(l) Quoique ce roman philosophique de Descar'es ait été refonda et embelli par l'illustre Buffon , cène sera jamais qu'un roman lidicule et absurde.

rompus devinrent la matière des corps opaques , et les plus déliés composèrent le soleil , les étoiles , et même la terre et les planètes. Or cette matière globuleuse ne servait à la vision que parce que poussée par le soleil , elle pressait nos yeux à peu près comme un bâton poussé par un bout presse à l'instant l'autre bout.

La seule idée qui soit vraie dans ce rêve philosophique , c'est que la matière qui sert à la vision est répandue dans tout l'espace.

Gassendi , contemporain de Descartes , avait déjà enseigné qu'il en était des corps lumineux comme des corps odoriférans , et que les premiers envoyaient de leur sein des corpuscules capables de faire impression sur les organes de la vue.

Huyghens qui vint après ces deux savans , ne voulut ni pression , ni émission , et supposant des ondulations dans la lumière , il s'imagina qu'elle se transmettait dans une certaine matière éthérée à peu près de la même manière que les physiciens croient que le son se communique par l'intermédiaire de l'air , qu'il distinguait de celte matière éthérée , infiniment plus subtile et plus agitée , selon lui , que notre fluide atmosphérique, (i) ^

Newton , en s'emparant, sans doute, des idées de Gassendi, « prétendit que la liimière provenait » d'un écoulement des particules propres du » corps lumineux que celui-ci lançait sans cesse » de tous côtés par un effet de l'agitation conti- » nuelle que lui-même éprouvait. »

Quoique l'opinion de Newton ait été adoptée

(i) Je montrerai bientôt que le son n'est pa* produit par lair proprement dit , mais par les seules molécule» de lumière qui sont dans les pores de l'air et des autres substances.

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par un grand nombre de physiciens et daslronomes modernes , elle n'est pas moins erronée ; et si Ton doit admirer les superbes expériences qu il a faites sur la lumière , et qu'à cet égard on lui doive de grands éloges , on ne peut voir qu'avec regret que dans les explications qu'il a données des phénomènes lumineux , il se soit montré presque toujours opposé à la vérité.

Ce géomètre et ses partisans, pour faire passer son hypothèse de la lumière, sont obligés de s'étayer des suppositions les plus invraisemblables. En effet , comme les rayons de la lumière , qui seraient envoyés par les astres, sous mille directions différentes , se nuiraient mutuellement et ne pourraient continuer leur cours , l'anglais Smith a supposé que les distances qui existent entre les molécules de la lumière, étaient incomparablement plus grandes que les diamètres de ces molécules ; et qu'ainsi l'obstacle que des rayons opposeraient à d'autres rayons devient sensiblement nul , si l'on conçoit que le rapport entre les diamètres et les distances est presque infini, (i)

Cette supposition gratuite et absurde est fondée sur l'hypothèse du vide newtonien ; mais j'ai démontré ailleurs que , l'éther remplissant tout l'espace, le vide n'existait pas ; et comme dans chaque pore de l'éther se trouve toujours une molécule de lumière , qui n'est séparée de sa semblable que par les atmosphères respectives, il s'ensuit que le rapport entre leurs distances et leurs diamètres ne peut pas être infini. Or comme cet infini est imaginaire, il est évident que des rayons lancés par les astres se feraient mutuelle-.

(i) Voy. Haùy, Elém. de physiq. 2.« édit. n.' 844 et 3.' édit. n.** 1000.

ment obstacle , et qu'ils devraient être réduits à l'état de repos depuis bien des siècles. Donc le monde depuis long-temps aurait été plongé dans la nuit la plus obscure, si la lumière n'eût éclairé que par émission, (i)

Il est singulier que Newton à qui les livres de Moyse étaient familiers , se soit imaginé que toute la lumière résidait uniquement dans le soleil et les étoiles ; car s'il eût réfléchi attentivement sur le premier chapitre de la Genèse, il aurait reconnu qu'il existait une matière lumineuse indépendante de celle de ces corps étincelans.

En effet, le législateur des Hébreux n'annoncet-il pas positivement que la lumière parut le premier jour de la création , tandis qu'il n'assigne que le quatrième jour pour 1 époque de la formation du soleil et des autres astres ? Donc la lumière , proprement dite , avait été créée avant que ces corps jaillissent dans l'espace; donc elle ne doit pas être confondue avec la matière brillante des corps sidéraux, quoique de la même espèce quant aux molécules-bases.

D'ailleurs , dans l'hypothèse que la lumière ne consisterait qu'en celle qui émanerait des astres , comment Newton et ses disciples pourraient-ils expliquer le phénomène de la flamme des corps qui brûlent ou qui se décomposent spontanément avec fracas? Est-ce que les rayons du soleil ou des étoiles viennent s'accumuler subitement dans ces substances pour produire la flamme? Non, puisqu'au lieu de recevoir, elles exhalent de leur sein, suivant leur volume , des jets ou des lorrens de lumière, en perdant continuellement jusqu'à leur

(l) C'est sans doute en commentant l'opinion de Smith, que lilluitre auteur de la Mécaniqne céleste a cru qu'il y avait dans les corps, même les plus dens'^s. six milliards de fois plus de vide que de plein.

DES PIIYSICII-NS MOnERNFS. G'J

«atière décomposition. La lumière était donc cachée dans ces substances avant qu'elles se consumassent, et cette lumière ne pouvait pas être celle du soleil. Or il suffit que quelque portion de lumière ne dérive point des corps sidéraux , pour faire regarder comme fabuleuse toute hypothèse fondée sur un écoulement du fluide lumineux de ces astres; quand même on n'aurait rien de mieux à lui opposer.

D'après ce que je viens de dire , on sent bien que la lumière ne voyage pas , qu'elle n'est pas lancée par les astres; mais qu'elle est répandue dans tout l'univers , puisque dans tout l'univers il y a des molécules sphériques entourées de leurs atmosphères ; et que ces molécules , dans leur réunion , laissent de petits vides occupés par les corpuscules de lumière. Ceux-ci forment donc dans l'éther qui est si diaphane, des files dont nn des bouts est adhérent aux corps lumineux , et l'autre aboutit à nos yeux et aux divers corps de la nature. La lumière ne parvient donc pas d'une émission , mais elle se manifeste seulement par communication ; c'est-à-dire qu'une file de molécules de lumière , éclairée par une de ses extrémités, transmet, en peu d'instatis, au côté opposé, la clarté reçue, sans qu'il y ait ni transport, ni pression , ni aucun mouvement oscillatoire , comme je le prouverai en traitant du son. Mais , dira-t-on peut-être, par quel mécanisme se fait donc cette communication si rapide? Je l'ignore, et c'est ici que la science rencontre une barrière qu'elle ne saurait franchir, et qui prouve la vérité de cette excellente pensée de Bernardin de Saint- Pierre , que Vultimatum des connaissances humaines est la volonté divine, (i; Et réellement quel

(i) Voy. Études de la Nature.

est l'être raisonnable qui pourra comprendre pa^r quel mécanisme une longue file de molécules est capable de transmettre, à l'une de ses extrémité», rimage d'un objet lumineux qui confine avec l'autre; surtout lorsque ces molécules sont encore entourées dune atmosphère qui les couvre comme un voile. C'est là vraiment un mystère physique que toute la sagacité humaine ne saura jamais pénétrer. Et serait-ce une illusion de croire que Dieu en soumettant à nos regards tant de merveilles incompréhensibles, ait voulu accoutumer les mortels aux mystères, encore plus iucompréhensibles , de sa divinité ? Ne paraît-il pas même qu'il a ordonné à ces prodiges de crier d'une voix forte , que les mortels ne devaient point songer à sonder la profondeur de sou essence divine , puisqu'ils ne peuvent pas même se rendre raison de ces phénomènes qui tombent sous leur sens? Ah ! que ces considérations doivent bien tranquilliser l'ame simple et fidèle 1

Mais pour que la molécule de lumière transmette ainsi la clarté reçue, aura-t-elle des pores? sera-t-elle percée à jour ? Non. Cette molécule forme un tout unique , aussi solide et aussi dense que les opaques. En effet , elle a été elle-même une opaque dans le premier instant de la création.

Transportons - nous en esprit au moment où Dieu créa la matière. Il la forma avec la même élasticité , la même densité , et les mêmes propriétés qu'elle a maintenant , excepté que les molécules qui remplissent ses pores, et qui étaient nécessaires pour donner à l'éther et à 1 air leur élasticité , n'éclairaient pas. (ij Ces molécules

(i) Nota. Voilà pourquoi la sainte Ecriture dit qu'alors les ténèbres couvraient la face de l'abime. En ^ffet , quand même le soleil et toutes les étoiles auraient paru dans ce temps-là , leur

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n'^étaienl donc pas distinguées des autres par leur transparence ; mais elles leur étaient semblables par leur opacité. Elles étaient donc denses et compactes comme elles. Mais Dieu , se proposant de produire un témoin de ses merveilles, qui put l'admirer , l'aimer et le connaître , parla à cette substance opaque qui était dans les pores de toute la matière qu'il avait créée , et lui ordonna de devenir lumière; afin que non - seulement elle embellit de mille couleurs la demeure qu'il préparait à rhomme, mais qu'elle lui servît encore à contempler, à travers la vaste étendue des cieux, toute la grandeur de la puissance de son créateur. La lumière fut donc ainsi faite : une seule parole tira d'abord du néant la matière qui la compose, mais qui était alors obscure; une seconde parole changea en lumière cette matière opaque. En employant ainsi deux opérations successives à la formation de cette matière lumineuse, Dieu avait sans doute un grand dessein. Il voulait prouver au monde que ses ouvrages n'étaient point Teffet d'une fatalité aveugle , mais la production d'une sagesse admirable qui faisait tout , comme il lui plaisait , et dans le temps qu'il lui plaisait. Mais pour montrer aussi qu'il n'avait besoin que d'un seul acte de sa volonté pour donner à la matière toute la beauté qui devait l'embellir , il fit jaillir dans l'espace ces grands corps de lumière , qui brillent dans le firmament des cieux , et dont la matière lumineuse, qui, comme un océan, entoure leur noyau terreux , ne fut pas prise aux dépens de celle qui existait déjà, mais tirée aussi

clarté ne se serait pas communiquée dans l'espace , qui aurait continué d'être plongé dans la plus profonde obscurité; parce que la matière qui devait constituer la lumière proprement dite , n'avait pas encore reçu la propriété de servir de véhicule à la splendeur de ces corps lumineux.

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