DES VENTS
Explication erronée du Fent d'Est par un célèbre Géomètre.
Les physiciens ne sont point d'accord sur l'origine ou la nature des vents. Les uns croient qu'ils doivent leur naissance à l'agitation de l'air, les autres aux changemens qui; par quelque cause
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(Sue ce soit , interviennent dans son ressort ou dans sa pesanteur spécifiqne. Ces explications ne sont pas vraisemblables , parce qu'une simple agitation ou un changement de pesanteur et de ressort dans l'air ne pourraient tout au plus causer qu'une bouffée de vent passagère , et non ces courans d'air rapides qui durent quelquefois des semaines entières ; sans parler des vents alizés et généraux qui soufflent continuellement entre ou vers les tropiques.
D'autres physiciens ont encore prétendu que les vents étaient produits par l'attraction que les astres exerçaient , selon eux, sur les molécules de l'atmosphère terrestre; et ils ont fait , pour 1« prouver, de longs calculs qui ne signifient rien, puisqu'ils sont fondés sur de pures suppositions.
Sans chercher à dévoiler l'origine des vents irréguliers , l'auteur de Y Exposition du système du monde (i) s'est essayé à expliquer la cause du vent périodique qui souffle de l'est vers les tropiques ; mais cette cause qu'il admet est si erronée, qu'elle ne ferait pas honneur à un écolier de philosophie copernicienne.
Ce savant pense donc que le soleil raréfiant par sa chaleur les colonnes d'air qu'il domine , et les élevant au-dessus de leur niveau, celles-ci glissent sur la convexité de l'atmosphère terrestre, et se répandent sur les colonnes situées vers les pôles; tandis qu'un air frais, parti de ces dernières colonnes, afflue en dessous vers l'équateur pour y remplacer celui qui a été raréfié ; que la vitesse de ce dernier courant vers les tropiques ne pouvant pas égaler celle que la rotation journalière de l'axe terrestre communique à la surface de cette partie de la terre , ainsi qu'aux objets et
(i) Tome 2, pag 162 et i63, de ledit de l'an IV.
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aux spectateurs qui y sont placés, ceux-ci en tournant de Touesl à l'est doivent frapper ce courant d'air inférieur avec l'excès de leur vitesse , et en éprouver , par la réaction , une résistance contraire à leur mouvement de rotation; ce qui, selon ce géomètre , doit leur faire croire qu'ils reçoivent l'impression d'un vent qui vient de l'est. Cette prétendue cause du vent d'est , est nonseulement contredite par les phénomènes jourliers, mais elle pèche encore ouvertement contre le mouvement de rotation de la terre par laquelle on l'a voulu expliquer; et Ion peut dire ici avec assurance que le géomètre newtonien sommeillait, comme le bon Homère , quand il a imaginé ou admis cette fausse explication du vent d'est. Pour le prouver, je n'ai besoin d autre argument que celui que me fournit la rotation diurne. En effet, lorsqu un anti- copernitien prétend que, si ce mouvement existait , les oiseaux , qui s'élèvent dans l'air , verraient la terre et les forêts fuir sous leurs pieds, et leurs nids et leurs petits entraînés loin d'eux vers l'orient ; que lui répondent les Newtoniens? Que l'atmosphère terrestre qui, depuis tant de siècles, tient à la terre, tourne avec elle par un mouvement, une impression et une direction commune ( i ); que la terre et son atmosphère tournant ainsi avec tout ce qui leur appartient ou tout ce qu'elles renferment, tout se passe sur notre globe mobile, comme s'il était en repos; qu'il n'est donc pas étontiant que les oiseaux et tous les corps qui s'élèvent ou qui se meuvent dans l'atmosphère terrestre, continuent d'avoir le même mouvement que la surface de la terre, lors même qu'ils s'en éloignent ou qu'ils la suivent dans son mouvement. Donc un courant
(i) Voy. Lalande, abrégé d'astron. u°» 3H7 et 388.
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d'air qui affluerait des pôles, et qui raserait la terre , se trouvant renfermé dans l'atmosphère terrestre, devrait tourner uniformément par une impression comniune, non-seulement avec cette atmosphère , m.iis enrore avec les spectateurs placés sur la surface du globe. Donc ceux ci ne tourneront pas plus vite que ce courant d'air, et ne pourront pas le frapper avec 1 excès de leur vitesse; donc si un vent a sa direction vers l'occident , c est qu'il vient de lest et non des pôles; et l'impression qu'on en reçoit n'est pas imaginaire, comme on le prétend , mais réelle. Enfin , ce vent, affluant des pôles, serait dans le cas d un oiseau qui partirait d'un de ces points pour se rendre directement an point opposé. Qui doutera que cet oiseau , malgré le mouvement de l'axe de la terre, ne pijt aller d'un pôle à l'autre en suivant le même méridien? Cependant dans le système du géomètre dont nous parlons , cela serait impossible; et le volatile verrait sous lui tous les méridieits, l'un après l'autre, dans l'espace de vingt-quatre heures. Ainsi sans un grand effort de génie on doit concevoir que soit dans l'hypothèse de I immobilité de l'axe, soit dans le système de sa rotation, un courant d'air affluant de la région polaire, ne pourra que paraître arriver des pôles, et non de l'est. Pour qu'il en fût autrement, il faudrait ou que la terre n'eût point d'atmosphère, ou qu'elle tournât sans entraîner cette atmosphère ; ce qui ne peut pas se supposer. Enfin , si le vent d'est n'était dû qu'à un excès de vitesse qu'aurait la zone de l'équateur sur un courant d'air arrivé des pôles, il s'ensuivrait que dans la région voisine de ces pôles, on ne devrait jamais éprouver de calme; mais qu'on y verrait régner un vent continuel qui se dirigerait vers la zone torride. Or, c'est ce que n'ont pas remarqué
ni les marins qui se sont avancés vers le nord et vers le sud , ni les académiciens qui allèrent mesurer un degré du méridien vers le cercle polaire.
Je ne puis concevoir comment des physiciens, des aslronomes et des géomètres(i) qui n'ignorent pas que l'atmosphère terrestre , tournant avec la terre , entraîne tout ce qu'elle renferme , et que les choses s'y passent comme si elle était immobile, ainsi que le dit Lalande, dans son abrégé d'astronomie , aient pu regarder comme vraie , cette explication si fautive du vent d'est , qui donnerait gain de cause à ceux qui nient la rotation de l'axe de la terre. Ne serait-ce point qu'en général certains géomètres ne savent réfléchir que sur des nombres , et que les physiciens se laissent trop aisément éblouir par l'éclat d'une grande renommée?
Cause générale des Vents. — Explication du Vent d'Est.
Mais quelle est donc l'origine des vents? C'est, comme je l'ai déjà dit , l'oxigène dégagé plus ou moins abondamment des vapeurs élastiques répandues dans l'atmosphère, et qui dans l'état de gaz naissant , se joint aux molécules aériennes , qui devenues alors plus pesantes que l'air ambiant par une plus grande condensation momentanée de leurs particules aériennes, descendent dans les basses régions de cette atmosphère, comme un fleuve paisible , si ce dégagement s'opère avec lenteur; ou se précipitent comme un torrent impétueux, si ce même dégagement est très-rapide.
(i) Entre autres. Libes, Traité complet et élém. de physique, tome 3, pag. 337 ^^ '^ ^* édition; et Francœur,Uranograpbie, 3« édition, pag. 3 G,
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Enfin , le calme de l'air doit succédeî à ces mouvemens, dès que les vapeurs cessent de fournir de l'oxigène; et cet oxigène surabondant est bientôt absorbé par l'effet naturel d'une évaporation continuelle.
Cette plus grande densité des aériennes par un-e accumulation de particules oxigènes , est analogue à celle de l'eau oxigénée que les travaux de M. Thenard nous ont fait connaître. Par diverses mani[)ulalions et par un froid factice, les molécules de cette eau s'entourent d'une plus grande quantité d'oxigène, qui, se condensant autour des bases , leur donne plus de pesanteur qu'auparavant; parce que dans un même volume, elles contiennent plus de particules atmosphériques condensées que dans leur état ordinaire. Par ce froid, la tension de cette eau devient trèsfaible , parce que les lumineuses qui sont dans ses pores et qui sont la vraie cause de cette tension , n'y ont que très-peu de particules atmosphériques ignigènes, remplacées par les oxigènes qui se groupent autour des aqueuses. Il en est de même des aériennes dont nous parlons; car par le dégagement de l'oxigène des vapeurs , il y a diminution de tension de la part des lumineuses de l'air par la perle qu'elles fout alors d'une portion de leur ignigène qui se dissipe promptemeut dans l'espace. Celles-ci ne peuvent donc empêcher les aériennes de s'approprier un peu ph:s d'oxigène , dont la quantité sera d'autant plus grande que le dégagement de cet ignigène sera plus rapide , et d'acquérir par-là plus de pesanteur, ce qui les forcera à se précipiter vers la terre. Sans cette plus faible tension des lumineuses, les aériennes, par cette accumulation de particules atmosphériques, deviendraient au contraire plus légères et plus élastiques; parce que
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plus dilatées, elles occuperaient une plus grande étendue, et qu'il y aurait moins de bases dans nn même espace. Enfin, le moins ou le plus d'oxigène que l'aérienne aura ajouté à celui qu'elle possédait (iéja , nous fait éprouver, même pendant les chaleurs de Tété, cette sensation agréable dans le premier cas, et incommode dans le second ; parce que, dans l'un , il n'y a d'oxigène que ce qui convient à la consommation que nous pouvons en faire, et que, dans l'autre, il y en a beaucoup trop.
On conçoit que parmi les vents dont je parle, je ne compte pas ceux qui seraient produits seulement par un ébranlement passager de l'air, tel que le font éprouver une violente détonation , un soufflet mis en mouvement, l'agitation d'un drapeau , et de mille corps semblables. Ces sortes de vents ne sont que fortuits et passent vite : ils ne sont ni périodiques ni permanens , surtout comme ceux qui soufflent vers les tropiques. Ces derniers, et tous les vents proprement dits , ne doivent donc pas être assimilés aux ondulations d'une eau agitée, comme quelques physiciens l'ont cru ; mais à l'écoulement d'une source qui, d'un lieu élevé, s'élance vers la plaine. Ils doivent donc leur existence , de même que celle-ci , à une vraie matière qui s'échappe du lieu où elle était retenue captive.
Il est incontestable que les aqueuses, dans leur état le plus naturel , ou telles qu'elles existent à la surface des eaux solides ou liquides , peuvent ajouter à leur propre atmosphère une plus grande quantité d'oxigène , sans rien perdre de celui qu'elles possédaient dans le moment actuel. Dans ce cas le calorique toujours plus ou moins répandu dans les pores de l'air, se joignant à ces aqueuses, les excite à étendre , de concert avec lui , leur
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enveloppe atmosphérique aux dépens de celle des aériennes inférieures. Alors, plus légères que ces dernières , ces aqueuses s'élèvent jusqu'à ce qu'elles soient eu équilibre avec lair environnant. Elles demeureraient ainsi suspendues, si létat du calorique n'y changeait pas , ou s'il n'affluait point de nouveaux produits des évaporations ; mais ces évaporations se renouvelant sans cesse , ces aqueuses accumulées sont forcées de s'étendre à droite et à gauche , ou sont soulevées dans une région plus haute. Si la partie de l'atmosphère qu'elles atteignent dans ces deux cas a une moindre température que celle qu'elle viennent de quitter, elles se condenseront à proportion que cette température sera plus basse ; et par cela même elles perdront une certaine quantité des particules atmosphériques qu'elles possédaient auparavant. Car si, dans leur état ordinaire, ces aqueuses prennent de l'oxigène pour se changer en fluide élastique , elles doivent abandonner cet oxigène en reprenant leur état fluide : ce à quoi les physiciens n'ont point fait attention jusqu'à présent. Maintenant que le froid soit plus vif ou la condensation plus forte, elles parcourront rapidement un cercle inverse à celui qu'elles avaient suivi en devenant fluide élastique; parce que leur atmosphère plus étendue tient moins à ses bases. Et voilà comment, dans un ciel serein, on voit de petits nuages se former fout-à-coup , puis s'étendre rapidement, et répandre bientôt sur la surface terrestre ces souffles dévastateurs qui la bouleversent, et ces torrens d eau qui l'inondent. Ainsi les vents sont toujours dus à la portion des particules atmosphériques qu'abandonnent les aqueuses , lorsqu'elles sont sur le point de reprendre leur état le plus naturel ; et c'est ce qu'on observe toutes les fois qu'un déluge de pluie ou de
grèlemenace;carce déluge est toujours précédé par un vent furieux qui en est comme lavant-coureur, et qui est d'autant plus véhément que la pluie ou la grêle sera plus abondante. Mais si le dégagement dont je parle se faisait plus lentement et en moindre quantité, on n'aurait plus qu'une pluie bénigne qui féconderait la terre sans la dévaster.
Peut-être sera t-on bien aise de trouver ici la description d'un tornados ou tourbillon observé par Golberry près de Sierra-Léone, laquelle prouvera ce que je viens de dire :
a Le ciel, d'abord, était pur, l'air calme et » d'une pesanteur accablante. Bientôt un petit » nuage se montre dans les plus hautes régions » de l'atmosphère. Sa forme est ronde, et son » diamètre apparent est de 5 à 6 pieds. Peu à peu 3) l'air s'agite et circulairement. Les feuilles , les » herbes, sont élevées de quelques pieds au-dessus )) de la terre, et tournent avec l'air. Le nuage » paraît s'agrandir et descendre. 11 s'épaissit , et )) bientôt il couvre une grande partie de 1 horizon. « Alors le tourbillon augmente; sa vitesse s'accé- » 1ère , et il devient d'une violence effrayante. y> Des arbres sont rompus , d'autres déracinés. » Des maisons sont enlevées; les vaisseaux, mouillés 3) aux environs , sont jetés les uns sur les autres ; 35 et, après une durée de quinze minutes, ce tor- 3) nados se termine par une averse. »(ij
Ainsi le dégagement de l'oxigène précède toujours les pluies; et les vents qui en procèdent ne deviennent violens que lorsque ce dégagement est rapide et abondant, et que les pluies sont par cela même considérables; ce qui peut faire connaître que ces vents ne sont point dus à de grands courans d'air , qui se porteraient
(0 Voyez Tableaux d.s Vents, etc par Roinme,tom. I. p. 38 1.
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avec une extrême rapidité dans de prétendus vides, formés dans l'atmosphère par de grandes précipitations d'eau , comme le dit M. Romme(i) : car alors le cours de ces vents devrait suivre celui de la pluie ; ce qui n'est pas, puisqu'au contraire la pluie suit toujours la direction des vents. Enfin , ces vents ne deviennent tourbillons qu'autant que les vapeurs élastiques et les nuages lâchent rapidement et à la fois leur oxigène de plusieurs points distincts; ce qui fait queces torrens aériens, en se rencontrant , se croisent et se combattent mutuellement. Quant à cet état de malaise ou de pesanteur accablante , éprouvé par Golberry avant la naissance de l'orage, il provenait et de Fignigène qui s'était détaché des aqueuses, et de celui que les lumineuses avaient abandonné, comme nous l'avons dit, et qui s'était disséminé rapidement dans les couches inférieures de notre atmosphère ; ce qui rendait l'air moins propre à la respiration.
Si dans le temps que les vapeurs élastiques redevenues visibles sous la forme de nuages , tendent à une continuelle décomposition , elles trouvent sur leur passage un air qui leur rende les particules atmosphériques qu'elles viennent de perdre, elles dilateront alors leur atmosphère, et reprendront leur état élastique ; et voilà pourquoi l'on voit souvent des nuages disparaître dans les airs sans laisser aucune trace; surtout quand cette action est encore aidée par la chaleur que répand le soleil; et c'est ce qui arrive principalement aux brouillards qui se dissipent à la faveur d'un beau jour.
Revenons maintenant au vent d'est qui se fait sentir entre les tropiques, et nous nous convain-i
(i) Tableaux des Vents , etc. tom. I p. 38o.
crons de plus eu plus que ce vent n'est pas dû à une simple apparence ; surtout lorsque nous saurons que ce vent alise se partage en deux branches dont l'une participe du nord-est , et l'autre du sud-est; et que vers la lisière de chacune de ces branches, mais en dehors, règne un autre vent permanent d'ouest.
On ne peut pas douter qu'au-dessus de la zone que le soleil parcourt journellement , et qui peut s'étendre jusqu'à deux ou trois degrés, tant au nord qu'au sud, l'évaporation ne soit très-considérable, et beaucoup plus abondante que partout ailleurs. Cette évaporation forme bientôt dans l'atmosphère une masse de vapeurs élastiques qui, arrivées dans une région où elles ne peuvent plus s'élever, et où elles s'accumulent continuellement, sont obligées de s'épancher à droite et à gauche , comme un fleuve qui, s'élevant entre deux digues, aurait bientôt franchi ses bords. L'espace qu elles embrassent s'étend d'environ 2 5 degrés de chaque côté de la route que parcourt le soleil.
Ces vapeurs se trouvant donc dans une zone moins chaude que la première, puisqu'elle ne reçoit plus si perpendiculairement les rayons du soleil , doivent se resserrer; parce que les molécules de lumière qui sont dans les pores de ces vapeurs et qui tiennent les aqueuses écartées , perdant alors une portion de l'ignigène qui compose leurs atmosphères , leur permettent de se rapprocher. Or , nous avons vu que l'eau ne pouvait se changer en fluide élastique , et par conséquent se dilater considérablement, qu'autant que ses molécules s'appropriaient plus de particules oxigènes ; donc elles doivent s'en dessaisir à proportion qu'elles se condensent.
Cet oxigène ainsi dégagé abondamment de chaque côte de la route du soleil , et fluant sans
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cesse du haut en bas, en s'unissant aux molécules aériennes, comme je l'ai dit ci devant , forme, soit vers le sud , soit vers le nord, un torrent d'air qui, avant d'arriver dans la région inférieure de notre atmosphère, se partage en deux courans qui divergent et se dirigent, l'un vers l'est et l'autre vers l'ouest (i). 11 y a donc quatre courans de fluide élastique pour fournir loxigène que consomme une immense évaporation, savoir, deux intérieurs et deux extérieurs. Les deux intérieurs ne peuvent que se rapprochei' insensiblement de la ligne où se fait la plus grande évaporation , et par ce moyen , l'un doit être nord-est et l'autre sud-est. Cette direction oblique est cause que le mouvement de ces deux courans est neutralisé en quelque sorte, là où ils se rencontrent. Il faut donc qu'il existe entre eux un espaee assez vaste, séjour des calmes qui ne peut être troublé qu'autant que l'un de ces deux courans serait surchargé momentanément d'une plus grande quantité d'oxigène , ou qu'au-dessus de cet espace il se trouverait de ces vapeurs élastiques qui , par l'effet d'une atmosphère trop étendue, tendent rapidement à la décomposition ; et alors il en résulterait des vents variables, des tourbillons, des orages, des pluies; mais qui ne seront qu'accidentels ou passagers , parce que la cause n'en est pas permanente ;
(0 ladépeadararaent de cet oxi^ene ainsi dégagé, il en flue aussi sur la route même du soleil du s in de quelques-unes de ces aqueuses évaporées qui , sollicitées par les rayons solaires à s'emparer d'une plus grande portion d'ignigène , ne peuvent le faire sans perdre quelques-unes de leurs particules osigènes. Mais cette dernière quantité n'étant pas assez abondante , et d'ailleurs étant contrariée dans sa d.-scente par une immense évaporation qui ralentit sa chute, ne peut former le plus souvent qu'une pluie insensible d'oxig»no et non un courant fort et permanent.
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et cVst ce que les marins ont éprouvé en effet entre ces vents du nord-est et du sud-est.
Il est inutile de s'étendre beaucoup sur les deux courans extérieurs qui longent ces derniers vents, mais en sens contraire, u Un certain intervalle les M en sépare de même ^ et on trouve des calmes w fréquens dans l'étendue de cet espace qui varie, » lorsque certaines circonstances influent sur l'état » de l'atmosphère. (i). » Cependant comme ces vents est et ouest se côtoient en sens opposé , il est naturel que le fluide qui les compose , cherchant à s'étendre, converge aussi un peu vers leur limite jusqu'au point de réunion ; ce qui forme une transition naturelle d'un de ces deux vents à celui qui l'avoisine; excepté que cet ordre ne soit dérangé par quelques changemens survenus dans l'air. Aussi « on a remarqué, qu'en passant de la » région d'un alisé dans celle des vents opposés, » le vent tourne graduellement, si lalisé dépend j) beaucoup de l'est, et les vaisseaux se portent )) alors dans les parages des vents variables, sans » éprouver des intervalles de calme. » (2)
Ces vents de nord-est et de sud-est, ainsi que ceux de nord-ouest et de sud-ouest, dépendent tellement du soleil, comme nous l'avons vu , qu'ils se rapprochent du nord , de même que les intervalles qui les séparent , quand le soleil s'avance vers le tropique du Cancer; et qu'ils retournent vers le sud , lorsque cet astre rebrousse chemin vers le tropique du Capricorne. On peut voir sur cela ce que ditM.Ch.Romme dans son livre intitulé Tableaux des vents , des J7iarées , etc. , au chap. des glands inouvemens de V atmosphère ^ où l'on trouvera un précis de faits précieux dont j'ai fait
(i) Voyez Tableaux des Vents, etc par Ronime.tom. I p. 298. (2) Ibid.
DKS l*HYSICIENS MODERNES. S^
quelquefois usage, quoique nous différions essentiellement sur la cause de ces phénomènes.
Lorsque des obstacles, tels que les présentent les montagnes d'une grande élévation , arrêtent le cours inférieur des alises, alors les vents généraux d'ouest, qui les côtoient à contre-sens en dehors des tropiques, se dilatent, se détournent de leur route, et se portant en partie dans l'intervalle où ces alises cessent de souffler , les remplacent pour fournir aux eaux de la mer, qui sont dans cette région , les particules atmosphériques nécessaires à leur évaporation. Cette déviation commence d'autant plus loin de ces obstacles, que ceux-ci ont plus de hauteur. C'est ainsi que « près des » côtes de l'ouest de l'Amérique sud , dans la » bande torride australe , au delà de la haute )•> chaîne des ^Éndes , le cours du vent alise ne M commence à se faire sentir qu'à une distance y> de i5o ou -200 lieues de ces rivages, et que » dans l'espace intermédiaire les vents soufflent » constamment entre l'ouest et le sud; » excepté que le gissement des côtes ne change encore leur marche; tandis que sur toutes celles du Mexique et de la nouvelle Espagne où les Andes ont une moindre hauteur, l'alise reprend déjà son cours ordinaire à une distance de 70 ou 80 lieues de ces côtes; et dans cet espace, aussi intermédiaire, ou en deçà, les vents dominans soufflent de la partie de l'ouest, (i)
Des Moussons.
Ce que j'ai dit plus haut du changement de position des alises et des vents généraux , tantôt vers le nord , tantôt vers le sud , et ce que je viens
(i) Voyez Romme, Tableaux des Vents, etc. tome I. pages 3oi et 3o2.
58 ERREURS DivOILiES
de dire de l'inflexion de quelques-uns de ces vents, suivant lobstacle quis'opposeà la direction des premiers, doit faire connaître non-seulement la cause des moussons , mais encore celle de l'irrégularité qu'on observe dans leurs cours , selon les parages et les golfes ou vastes canaux de mer qui se rencontrent sur leur route. Car dans ces golfes et ces canaux , l'évaporation étant plus abondante que sur terre , et ayant besoin d'une plus grande quantité d'oxigène, les vents généraux ou alises qui passent dans leur voisinage, s'y portent de préférence ; surtout quand des obstacles ferment le passage à celui qui devrait y souffler naturellement dans une autre direction.
Ces moussons dépendant ainsi des vents généraux et alises qui dépendent eux-mêmes du soleil , ne doivent pas souffler du même rumb toute l'année; mais avoir comme eux une marche périodique et différentes directions , tantôt vers le nord , tantôt vers le sud ; et de plus un temps de calme et quelquefois d'orage doit faire la transition naturelle d'une mousson à une autre , comme il sépare un vent général d'ouest d'un alise d'est.
En effet , pour mieux faire comprendre le mécanisme de ces moussons, on peut comparer les vents précédens à plusieurs rivières dont les unes couleraient d'occident à l'orient , et les autres d'orient à l'occident , et dont les lits séparés par une plage sèche , se mouvraient avec elle , soit vers le sud , soit vers le nord. Si dans leur déplacement , après avoir coulé au travers des plaines, ces rivières rencontraient tantôt des collines ou des montagnes, et tantôt de vastes terreins spongieux qui absorberaient une portion de leurs eaux, n'est-il pas évident que, ne pouvant avoir alors un cours direct, elles seraient d'abord obligées de se détourner , et puis de s'écouler en
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partie vers les terreins vides ou spongieux? Mais ces rivières paraîlraient-elles fluer toujours chacune dans le même endroit et dans le même sens? Non ; puisque l'une venant de l'orient et l'autre de l'occident, et leurs lits étant mobiles, elles passeraient alternativement, de même que l'espace qui les sépare , d'un lieu dans un autre , tantôt plus au sud , tantôt plus au nord, avec un cours opposé. C'est ainsi que, dans les Indes orientales, la mousson , qui souffle aujourd'hui d'un côté , paraîtra venir six mois après du côté opposé , et qu'un certain calme de plusieurs jours suivra ou précédera ce changement , qui ne pourra être troublé que par quelque dérangement survenu dans l'atmosphère; et qu'enfin des terreins élevés, des golfes, de vastes bras de mer, des rives plus ou moins siruieuses, qui se rencontreront sur le passage des moussons, plieront encore leur marche naturelle , et causeront des changemens variés quoique périodiques.
JSota. C'est ce changement alternatif dans la direction des vents qui est cause que les vaisseaux peuvent venir facilement des Indes en Europe pendant notre hiver , et qu'ils ne le peuvent que très-difficilement dans notre été ; parce que, dans le premier cas c'est le vent d'est qui , les poussant , leur fait doubler sans péril le Cap de Bonne- Espérance; et que, dans le second, le vent d'ouest, venant au devant d'eux, les empêche de franchir le même passage. Au contraire, dans notre été les vaisseaux qui vont d'Europe aux Indes doublent ce Cap aisément, parce qu'ils sont favorisés par le vent d'ouest, et qu'ils ne le sauraient doubler sans danger dans notre hiver ; parce que dans celte dernière saison le vent d'ouest est trop éloigné de ce même Cap qui est alors dans la direction du vent d'est. C'est encore à ces chan-
gemens qui arrivent dans le cours de ces fleuves aériens, que Ton doit le courant de la mer des Indes, lequel après avoir doublé le Cap de Bonne- Espérance, court à l'est dans Tocéan Indien pendant notre été , et puis se porte à l'ouest dans notre hiver ; ce qui augmente encore pour les vaisseaux la difficulté du passage de ce Cap, selon la saison qui règne quand on veut le franchir.
Des Brises et des Trombes.
Les brises sont des vents périodiques qui le jour soufflent de la mer vers les terres , et la nuit des terres vers la mer ; ce qui a lieu principalement dans les l)ays chauds , et même dans notre climat durant Tété ; excepté que des vents plus forts ne les surmontent ou ne les détournent de leur cours. Ces brises sont encore dues au dégagement de l'oxigène des vapeurs élastiques pendant le règne d'un beau jour ; car elles n'ont plus lieu par une saison pluvieuse.
Les trombes qui se montrent assez ordinairement durant les grandes chaleurs et après un long calme , sont dues à des nuages amoncelés qui se décomposent rapidement et dans plusieurs parties distinctes. De cette décomposition précipitée naissent ces vents impétueux qui , se déchaînant à la fois , lancent l'eau et la grêle de tous côtés ; et qui se mêlant ensemble , forment ces tourbillons terribles qui traînent après eux la plus affreuse désolation.
Nota. J'aurais encore beaucoup à dire sur les brises et les trombes, mais, pour abréger, je le passe sous silence.
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