II
Action d'une pointe pour soutirer le fluide électrique.
Si la répulsion latérale des lumineuses ordinaires envers les électriques, en surmontant l'attraction existante entre ces dernières et les opaques de la même surface, chasse le fluide électrique qui afflue vers la pointe d'une aiguille placée sur un conducteur électrisé; l'attraction de l'opaque de celte pointe pour l'électrique d'une autre surface , aidée de la pression latérale à laquelle est soumise cette électrique, est la cause du phénomène que présente cette aiguille dans son état naturel, et dont la partie la plus aiguë, tournée vers un conducteur , soutire , en peu d'instans , toute l'électricité positive que celui-ci a acquise , lors même qu'elle est à quelque distance.
En effet, puisque c'est un principe certain que les surfaces , dans leur état naturel , tendent à s'emparer de la matière électrique surabondante d'une autre surface, l'opaqtie de la pointe de l'aiguille , tournée vers un conducteur électrisé positivement , attirera celle des électriques opposées à cette pointe (0- Si cette action existait seule, elle serait insuffisante, parce que cette opaque ne pourrait vaincre la force attractive que lui oppose l'opaque de la surface à laquelle l'électrique est adhérente, quand même la pointe en serait à la plus grande proximité ; parce que ces deux attractions étant égales , elles se contre-balanceraient
(i) Nota. Il est évident que les opaques étant d'une extrên-e petitesse, il doit y en avoir plusieurs vers la pointe d'une aiguille quelque déliée qu'elle soit; et si je ne place ici qu'une opaque, c'est pour réduire le phénomène au cas le plus simple, afin que l'explication en soit plus facile.
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réciproquement. Mais il en arrive autrement quand une opaque quelconque d'un conducteur chargé d'électricité doit , pour retenir 1 électrique , lutter et contre la force attractive de l'opaque d'une pointe, et contre la répulsion latérale toujours active des lumineuses ordinaires à l'égard des électriques. Car alors cette répulsion trouvant un point qui lui résiste moins , devient prépondérante; et l'électrique alors obéissant à cette double action , s'élance sur la pointe de l'aiguille qui lui offre un conduit aisé pour se rendre dans le réservoir commun : et plus la force répulsive latérale l'emportera sur la force attractive de l'opaque ou des opaques qui agissent pour retenir les électriques sur le conducteur; moins la pointe de l'aiguille aura besoin d'en être proche pour soutirer le fluide; et l'on sent bien que cette force répulsive sera d'autant plus énergique, que la résistance sera moins considérable par le moindre nombre des opaques qui tendent à retenir ces électriques.
Mais dira-t-on peut-être, si cette pointe n'a pu soutenir l'effort des électriques qui ont afflué sur elle, comment pourra-t-elle les soutirer? On ne fera cette objection que parce qu'on n'aura pas assez réfléchi sur les circonstances où se trouve cette aiguille. Quand elle laisse dissiper le fluide électrique, elle communique avec un conducteur qui a une surabondance de ce fluide ; quand au contraire elle le soutire, elle est en communication avec un corps qui , n'ayant que sa quantité d'électricité naturelle , tend à partager celle qui s est accumulée sur un autre corps. Donc les deux cas n'étant pas semblables , les résultats doivent différer essentiellement.
Lorsque c'est un corps émoussé qu'on présente à un conducteur positif, il faut diminuer sa dis-
tance, si l'on veut décharger ce dernier de sa matière électrique. En voici la raison. Ce corps émoussé n'a plus une ou quelques opaques isolées vers la partie qui regarde le conducteur ; cette partie en contient au contraire un très -grand nombre qui exercent leur attraction sur une égale quantité d'électriques de ce conducteur; mais ces électriques seront aussi attirées par autant d'opaques de la surface de celui-ci. Donc ces dernières molécules en concourant toutes ensemble à retenir ces électriques , affaibliront la pression latérale. Or celle-ci ne pourra devenir supérieure que lorsqu'on aura accourci la distance ; parce que de l'aveu de tous les physiciens , l'attraction augmente à proportion que la distance diminue ; et voilà pourquoi alors le fluide électrique s'échappe en forme d'étincelle, étant attiré tout à la fois en assez grande masse; au lieu que ne formant qu'un trèspetit jet , quoique continuel , quand il est soutiré par une pointe fort aiguë , il ne manifeste son passage que par le point lumineux qu'on aperçoit vers celle-ci.
C'est ici le lieu de faire mention d'un autre phénomène singulier qu'offrent les pointes , et qu'on n'a pas encore expliqué. Si l'on présente une pointe à un conducteur électrisé positivement , on ne pourra tirer alors de celui-ci aucune étincelle à une certaine distance ; mais les étincelles reparaîtront si au lieu d'une, ce sont deux pointes qu'on présente; et elles cesseront encore si l'on y ajoute une troisième. Ce dernier effet manque quelquefois, mais le plus souvent il réussit (i). D'où proviennent donc ces effets disparates? Le voici. Une pointe soutire le fluide électri-
(i) Voyez BrissoD, tom. V, p. 287 , î.= édit. ; et Libes, tom. III, p. 189.
que, une seconde le restitue en partie (i). Mais comment ? C'est qu'une portion du fluide qui afflue vers la première pointe , se rend vers la seconde ; et comme l'opaque qui se trouve au bout de celle-ci ne saurait contre-balancer par son attraction l'effort latéral des électriques qui se portent vers elle, ainsi que je l'ai dit ci-devant, elle ne peut les empêcher de se dissiper et de se porter vers le conducteur que l'autre pointe tend à dépouiller. Si on ajoute une troisième aiguille, celle-ci soutirant avec la première plus de fluide électrique que n'en peut transmettre la seconde, le conducteur devra cesser de donner des étincelles , parce que le fluide surabondant dont il pourra disposer pour les former ne sera pas assez considérable.
Bruit que fait entendre V étincelle électrique.
Lorsque , à l'approche d'un corps émoussé de nature conductrice , une étincelle jaillit d'un conducteur électrisé positivement, elle fait entendre un son qui provient du choc violent des lumineuses électriques contre les lumineuses ordinaires de l'air ; car j'ai démontré ailleurs que les molécules de la lumière étaient seules retentissantes; et elles le sont d'autant plus que les bases de la partie choquante sont de même nature que celles de la partie choquée. Et voilà pourquoi la foudre dont la masse est toute composée de lumineuses, fait retentir l'air de ses terribles éclats , en frappant avec véhémence les lumineuses ordi-
(l) Nota. C'est par une semblable inflexion que le fluide électrique arrivant sur une aiguille creuse placée au bout d'un conducteur électrisé négarivemerit se porte sur l'eau qui s'écoule par le trou pratiqué à l'extrémité de cette aiguille , et qu'il accélère ainsi son mouvement, comme nous l'avous vu ailleurs.
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naires répandues dans les pores de celte substance atmosphérique.
Odeur que répand le fluide électrique.
L'odeur d'ail ou de phosphore que l'on sent ordinairement en s'approchant de très-près d'une aigrette lumineuse qui s'élance d'une pointe obtuse, fixée sur un conducteur électrisé positivement, est due au dégagement partiel des particules atmosphériques des lumineuses électriques ; car j'ai déjà fait remarquer que les bases de quelque nature qu'elles soient , sont toutes entourées d'une petite atmosphère. Ces particules dégagées se mêlent dans la masse de l'air, ou plutôt elles s'unissent aux petites atmosphères des aériennes dont elles modifient momentanément la constitution ; et lorsque ensuite celles-ci sont portées sur les nerfs de l'odorat, elles causent la sensation désagréable qu'on éprouve. Cette odeur ne se fait point sentir quand la matière électrique suit un conducteur non interrompu ; parce qu'alors il n'y a point de dégagement de ces particules atmosphériques. Pour que ce dernier cas arrive, il faut qu'il y ait interruption dans la substance conductrice ; car par-là ce fluide , en s'élancant d'une partie dans une autre, éprouve inévitablement un certain dérangement dans sa masse fluide, d'où s'ensuit le dégagement partiel des particules qui composent la petite atmosphère de ses molécules.
La foudre , dans un temps d'orage , est d'autant plus fréquejite que la pluie est plus abondante. — Pourquoi ?
Dans un temps d'orage , la pluie se précipite avec d'autant plus de véhémence que les éclats de la foudre sont plus bruyans et répétés. Dans ce cas, la phiie dans la région des nuages pré-
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cède-l-elle la foudre, ou celle-ci, comme le disent les physiciens , devance-t-elle la réunion des vajîeurs en les déterminant à se précipiter en globules vers la surface de la terre ? Ceux qui ont embrassé ce dernier sentiment se sont fondés sur ce que, dans les temps orageux de l'été , la pluie ne se renforce que quelque temps après qu'on a entendu le bruit réitéré de la foudre. Mais com^ ment n ont-ils pas fait attention que le son ayant beaucoup plus de vitesse qu'un corps qui tombe, le tonnerre peut bien se faire entendre avant que nous puissions voir la chute de la pluie , quand même son apparition suivrait la formation de celle-ci ? Or c'est ce qui a lieu réellement.
En effet, le fluide électrique porté et disséminé sur les surfaces des nuages , se trouvant libre et isolé quand ceux-ci se résolvent rapidement en pluie, se réunit en une masse globuleuse plus ou moins considérable , en s'élanrant dans l'atmosphère ; jusqu'à ce qu'il rencontre quelque autre nuage qui puisse le recevoir , et où il disparaît en s'y dispersant. Quant à la foudre qui se précipite vers la terre suivant la direction qu'elle prend fortuitement avant son départ , elle se perd , comme on sait , dans le réservoir commun de l'électricité, en laissant trop souvent des marques funestes de son passage. Mais de quelque manière qu'elle se dirige , l'on sent bien que plus la dissolution des nuages électrisés sera fréquente, ac> célérée, et se fera en grande masse, plus aussi il y aura de matière électrique en liberté; et par conséquent plus la foudre sera réitérée et terrible.
Ce que je viens de dire de la formation de la foudre par la dissolution des nuages, fait voir que les physiciens n'ont pas rencontré juste en prétendant qu'elle ne paraît et n'éclate que lorsqu'un nuage électrique est dans le voisinage d'un
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autre qui ne lest pas (i). Ces nuages ne forment pas fies corps toujours arrondis comme la boule d'un excitateur ; mais ils composent ordinairement , surtout dans un temps d'orage , des masses d'une épaisseur considérable, incapables par conséquent de déterminer le fluide électrique à s'échapper tout à la fois sous une forme volumineuse.
Le fluide électrique qui s'est éparpillé dans un nuage après avoir éclaté , peut reparaître de nouveau quand le nuage qui l'a reçu se résoudra de même en pluie. Ainsi la même quantité de ce fluide peut , dans un même orage , effrayer plus d'une fois les mortels , en reparaissant sous l'apparence de la foudre.
Par quelle cause les corps non conducteurs du fluide électrique en deviennent quelquefois conducteurs.
J'alla.is oublier de parler d'un phénomène indiqué par les physiciens , mais qu'ils n'ont pas cherché à expliquer. C'est le changement d'état auquel sont sujets les corps qui, non conducteurs de l'électricité , en deviennent par la chaleur assez bons conducteurs : tels sont le verre fortement chauffé, la résine fondue, le bois en ignition, etc. Mais comment un changement de température peut-il ouvrir, sur la surface de ces corps, un passage assez facile à la marche du fluide électrique ? Nous allons le montrer.
Nous avons vu à l'article Réfraction , que les
(i) Nota. L'expérience de la maison renversée par le fluide ëlectriqtie , que les physiciens ont imaginée pour appuyer ce dernier sentiment , quoique ingénieuse , ne {)eut f.as former uoe comparaison eiacte avec le phénomène de la foudre q-ii sVIance des nuages.
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lumineuses de la résine , du verre , etc. , avaient une atmosphère moindre que ne le comporte la place qu'elles occupent dans les pores de ces corps. Comme ce sont ces lumineuses qui repoussent les électriques , tandis que les opaques les retiennent , il s'ensuit que les premières , trop enfoncées dans ces pores, ne pourront point exercer utilement cette répulsion contre les électriques qui afflueraient. Donc alors celles qui sont déjà en nombre suffisant sur la surface du corps , y demeureront fixes , et barreront le passage à celles qui viendront d'un corps électrisé ; à moins que l'atîcumulation du fluide électrique affluent ne surmonte peu à peu l'obstacle opposé ; ce qui ne permettrait à ce fluide qu'un cours très-lent. Mais ce n'est plus de même quand ces corps non conducteurs sont chauffés, ou que de compactes ils deviennent liquides : car alors, comme il est parvenu sur les lumineuses qui sont dans leurs pores une plus grande quantité d'ignigène, leur atmosphère s'agrandit, devient proéminente, et se met par ce moyen en état de répulsion contre celle des électriques les plus proches. Toutes les électriques qui seront dans ce dernier cas tiendront donc faiblement à la surface et en seront expulsées , s'il se rencontre un corps voisin qui facilite leur écoulement ; et il ne restera alors sur cette surface que celles qui seront hors de portée de la répulsion des lumineuses à atmosphère ignigéne. S'il survient d'autres électriques ,' elles se porteront naturellement vers les places abandonnées; mais en étant de même repoussées, elles seront forcées de glisser sur cette surface et de s'écouler par le moyen des conducteurs dans le réservoir commun. Si cet écoulement ne peut pas avoir lieu , et que le nombre de ces électriques affluantes soit trop considérable, il y aura explo-
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sion par l'effet de la répulsion toujours active des lumineuses ordinaires contre les électriques , et de celles-ci contre les premières. Or l'on voit que c'est par un simple changement dans la grandeur de Tatmosphère des lumineuses ordinaires sises dans les pores dune surface, que les corps changent de propriété électrique; c'est-à-dire, que de non conducteurs,ilsdeviennentconducteurs,et réciproquement ; sauf le cas cependant où un corps plus avide de fluide électrique , Tenlève à un autre qui le serait moins. Enfin c'est par un effet du mécanisme que je viens de décrire , que les métaux surtout transmettent avec tant de facilité le fluide électrique ; car l'atmosphère des lumineuses renfermées dans leurs pores n'y est pas si restreinte que dans les substances non conductrices , ea égard à la place qu'elles occupent. Il en est de même de l'humidité ; parce que les lumineuses de l'eau ont une atmosphère plus étendue, et par conséquent plus proéminente que celle des luminieuses du verre, de la résine, de l'huile, etc. etc.
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