‹ Erreurs dévoilées des physiciens modernes dans l'explication des phénomènesChapitre 21 sur 37 · DU FEU OU DU CALORIQUE · texte numérisé non relu

DU FEU OU DU CALORIQUE

à^iGAT3D DE LA FoND reconnaît que la nature du feu est un mystère que la physique aidée de tous les secours de la chimie n'a pu encore pénétrer(i); et Libes assure de son côté que le calorique ou le feu est un problème qui exerce depuis longtemps la sagacité des physiciens et dont on a jusqu'ici cherché vainement la solution (2). Or , c'est ce qu'avouent encore tous les physiciens qui n'ont pas eu leurs propres hypothèses à défendre. Mais parmi ceux qui ont émis des systèmes à ce sujet , quelques-uns ont pensé que le calorique était un vrai fluide ; plusieurs , au contraire , à la tête desquels on peut mettre Newton , le regardent comme un mouvement communiqué à la matière ou aux particules élémentaires. Les uns le confondent avec la lumière, les autres en font une terre inflammable. Enfin quelques chimistes modernes, parce qu'ils ne peuvent ni l'isoler, ni le saisir , ni le coërcer, ont pris le parti de nier tout à-fait son existence, en ne le considérant, ainsi que l'avait fait Newton , que comme une propriété de la matière.

Ce conflit d'opinions parmi nos philosophes

(i) Voyez Cabinet de Physique,

(2) Traité élém. de pbys. ,tom. II, p. 55.

provient de ce qu'ils ignorent absolument la cause de la coiitexlure des corps ; c'est-à-dire qu'ils ne savent pas que pour se réunir ou se tenir séparées , leurs molécules propres ont besoin de particules atmosphériques qui sont l'ignigène ou l'oxigène, comme je lai déjà dit. L'oxigène , dégagé des molécules dont il composait l'atmosphère , peut être obtenu isolé en qualité de vrai fluide élastique ; parce que ne pouvant être soutiré par les molécules de lumière, disséminées dans les pores de toutes les substances, il ne saurait filtrer au travers des vaisseaux qui le contiennent ; mais il n'en est pas de même de l'ignigène ou du calorique ; car formant l'atmosphère naturelle de ces molécules de lumière , il est absorbé par elles quand il est mis en liberté , lors de la décomposition des matières; et ainsi les files des lumineuses qui existent dans les pores des vaisseaux, sont comme autant de canaux par où s'écoule l'ignigène des corps qui s'y décomposent ; et on a déjà vu que les lumineuses qui possèdent plus de particules ignigénes que ne comporte leur état ordinaire, en cèdent une partie à celles qui en ont moins. De là , l'impossibilité d'obtenir l'ignigène isolé; mais cet ignigène en abandonnant les molécules dont il composait l'atmosphère , se rend sensible, en excitant dans les corps qui le reçoivent , ce qu'on connaît par le mot de chaleur ; et c'est alors qu'on peut l'appeler calorique.

Mais ce ne sont pas seulement les molécules de lumière qui soutirent l'ignigène ou le calorique ; les molécules métalliques se l'approprient ellesmêmes et se le transmettent de proche en proche, quoique bien moins parfaitement que les lumineuses. Voilà pourquoi les métaux s'échauffent si facilement et si promptement , et qu'ils sont en général d'excellens conducteurs du calorique ,

aSo ERREURS DÉVOILÉES

tandis que plusieurs autres substances, telles que la résine et le verre , ont à peine la faculté de le conduire : mais cette faculté conductrice cesse dans les métaux vers le point où elle se trouve surmontée par celle des lumineuses répandues dans les pores de l'air ambiant.

Maintenant on sent bien que le calorique ou l'ignigène n'est ni un simple mouvement, ni un vrai fluide ; mais seulement des particules atmosphériques qui passent plus ou moins rapidement sans liaison d'une substance dans une autre. Ce calorique ne peut pas non plus être confondu avec la lumière, car il échauffe et n'éclaire pas, et celle-ci peut éclairer sans échauffer; telle est la matière lumineuse des vers-luisans et des autres insectes phosphoriques, qui, sans brûler l'animal, répand un vif éclat ; telle est encore la matière électrique qui , quoique accumulée sur un conducteur, ou dans la bouleille de Leyde , n'en élève point la température, et n'échauffe ou ne brûle que lorsqu'elle laisse échapper l'ignigène qui formait une partie de son atmosphère.

Le calorique , étant donc une matière réellement existante , qui se comporte différemment selon qu'elle est unie aux opaques ou aux lumineuses, il n'est pas étonnant « qu'il écarte les » molécules propres des corps, ou leur laisse la » liberté de se rapprocher, selon que sa quantité » augmente ou diminue dans les corps, » ainsi que le dit M. Haûy ; mais , dans tous ces cas , ces molécules ne font pas des oscillations autour des centres de leur s^ihère d'activité sensible, comme le disent les physiciens modernes.

Sans se ^rappeler qu'il avait , quelques pages auparavant , accordé à la lumière la supériorité sur tous les corps élastiques, Fourcroy assure que, d'après les physiciens et les chimistes modernes ,

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le calorique est la matière la plus élastique , la plus compressible , la plus dilatable qui existe dans la nature ( i) : mais tout cela n'a rien de vrai. La lumière et le calorique ne bondissent point , ne se réfléchissent point comme des ballons ou des billes élastiques , et ils ne reprennent pas leur équilibre comme un ressort bandé. Si le calorique est dilatable, ce n'est qu'à raison des atmosphères immiscibles qu'il forme autour des moiécides de la lumière; et s'il est compressible, c'est parce qu'il a la facilité d'abandonner les lumineuses quand les corps qui le contiennent dans leurs pores sont soumis à la pression ou à la percussion. Et c'est ainsi que les physiciens et les chimistes, en attachant aux mots lumière et calorique des idées fausses ou obscures, n'ont pu que répandre et accréditer des erreurs.

JSota. Ce que je viens de dire prouve combien est erronée l'opinion de ceux qui ont prétendu tout nouvellement que le calorique devient de plus en plus dense à proportion qu'il est moins éloisfné du centre de la terre; et qu'enfin vers ce dernier point sa densité devient immense. Ils ont trouvé tout cela à travers leurs sublimes calculs et leurs brillantes théories , mais malheureusement , comme le dit Brisson dans son Dictiomiaire de Physique^ le calcul seul n'apprend rien. Ces physiciens n'ont donc composé qu'un roman , et n'ont jamais su que le calorique ne peut exister isolé; mais qu'il accompagne toujours les molécules de diverses substances. Le calorique ne peut donc former par lui-même ni un fluide, ni un corps solide.

(i) Voyez Fourcroy, Système des connaissances chimiques, p. 117 N° 9, et p. 126 K" i3.

Du Calorique latent et rayonnant.

Tant que l'ignigène est fixe autour des molécules dont il compose la petite atmosphère , il ne décèle aucunement son existence; et il s'y trouve dans l'état de calorique latent; mais il peut prendre le nom de calorique rayonnant , quand son passage s'effectue d'un corps dans un autre.

Lors de l'ignition rapide d'une substance assez volumineuse, ce passage s'effectue avec une vitesse plus grande que celle qu'emploierait un fluide élastique à se mouvoir même très-rapidement ; et c'est ainsi que le calorique qui « sort d'un poêle » dans lequel le bois brûle avec activité et dont » on a laissé la porte ouverte, s'élance comme un » torrent à travers l'air environnant , sans que sa » direction soit changée par le courant d'air qui » se meut constamment vers la bouche du poêle » pour remplacer celui qui s'échappe en vertu » de la dilatation produite par la chaleur inté- » rieure » comme Schéelle l'avait remarqué depuis long-temps (ij. Dans ce cas les particules de l'ignigène dégagé , qui vont se joindre à l'atmosphère des lumineuses renfermées dans les pores de l'air, peuvent en quelque sorte être comparées à des poissons qui remontent une rivière rapide, et qui ne laissent pas d'aller à contre-mont, quoique le courant tende à les entraîner en sens contraire.

Par la tension que les physiciens ont attribuée au calorique , il faut entendre la propriété qu'a l'atmosphère des lumineuses de repousser celle des opaques, et non , comme ils paraissent le prétendre , la tendance qu'il aurait à quitter un corps. Car bien loin que le calorique ou l'ignigène accumulé autour de ces lumineuses fasse effort pour

(i) Voyez Haùy, n." 144 de la a« édit.,et n.» i/jS de la 3*.

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l'es abandonner , il tend au contraire à y demeurer fixe ; et il ne peut en être chassé que par une cause extérieure , telle que l'impulsion ou l'attraction. Par l'impulsion, une partie de l'igni^ gène est expulsée ; et c'est ce qui arrive , par exemple , quand on presse un volume de fluide élastique pour le renfermer dans un moindre espace. Par l'attraction , les lumineuses qui ont moins de particules atmosphériqiies que n'exige leur position actuelle, en enlèvent à celles qui en possèdent davantage ; et cela a lieu quand on approche un corps froid d'un corps chaud , ou lorsque , en dilatant un volume d'air , on agrandit ses pores ; ce qui nécessite les lumineuses renfermées dans ce volume à augmenter leur atmosphère aux dépens des corps environnans.

Quant à l'ignigène qui compose souvent l'at^mosphère des opaques d'un corps dense , nonseulement il n'augmente point sa température > mais il y tient avec tant de force , qu'il ne peut s'en séparer entièrement que par la décomposition de ce corps, ou partiellement que par la percussion et le frottement.

Lorsque les lumineuses sont dans le cas d'à-grandir leur atmosphère par la dilatation du fluide élastique qui les contient , le calorique qu'elles reçoivent alors n'élève point la température de ce fluide , et il devient comme insensible ; parce que , pour occuper des pores plus étendus , ces lumineuses ont besoin d'employer tout l'ignigène acquis ; et si l'on voulait que cette température parût élevée, il faudrait donner à ce fbiide une surabondance d'igtiigène ou de calorique. Le phénomène aurait une marche inverse , c'est-à dire que la lumineuse lâcherait une partie de son atmosphère , si l'on venait à coèrcer ce fluide , et par conséquent à rétrécir ses pores. Ainsi la tem-

pérature d'im corps ne s'élève et ne s'abaisse que lorsque , eu égard à l'espace occupé par les molécules de lumière, on augmente ou l'on diminue leur petite atmosphère sans apporter aucun changement à l'espace primitif. De là il s'ensuit que l'équilibre peut être établi entre deux corps dont les lumineuses auront une quantité inégale de calorique , pourvu que la grandeur des pores, où elles se trouvent, varie dans une proportion convenable.

De la capacité des corps pour le Calorique.

Ce que je viens de dire me conduit naturellement à parler de ce qu'on appelle capacité des corps pour le calorique. On a observé « que pour » produire le même changement de température » dans des poids égaux d'eau et de fer, il faut » communiquer à Feau huit fois plus de caiori- » que qu'au fer » (i).

Ni physiciens ni chimistes n'ont , à ce que je crois, donné une explication vraie de ce phénomène qui provient de ce que le fer, dans un poids donné, a huit fois moins de pores que l'eau. Mais s'il a moins de pores , il aura aussi moins de lumineuses ; par conséquent pour saturer celles-ci jusqu'à un certain point , il ne faudra pas autant de calorique qu'en exigent les lumineuses plus nombreuses d'un même poids d'eau. Ainsi, que l'on communique à un demi-lvilogramme d'eau une certaine quantité de calorique représentée par le nombre 8 pour élever sa température d'environ Go degrés, on n'aura besoin pour élever un poids égal de limaille de fer à la même température que de la huitième partie de ce calorique (9/1.

(i) Voyez Libes , tom. II , n.° 7^5. (») Ibidem.

DES PHYSICIENS MO^ER^'ES. 2d5

De celte moindre capacité du fer pour le calorique, qui prouve que ce métal a moins de pores que Teau , et par conséquent moins d'opaques dans un poids donné, il s ensuit que puisque les opaques du fer, quoique en moindre nombre que celles du liquide aqueux, pèsent cependant tout autant, il faut que la grosseur des molécules du fer soient à celles de leau environ comme 8 à r. Or c'est ce qui est encore mieux démontré par la densité ou pesanteur du fer comparée à celle de ce liquide; et je ne doute pas que si l'on substituait un demi- kilogramme dor au demi -kilogramme de fer dont il vient détre fait mention , la proportion dn calorique entre l'eau et l'or ne serait plus de 8 à i comme à l'égard de l'eau et du fer; mais d'environ 19 à i ; puisque c'est à peu prés la proportion qui existe entre la densité ou pesanteur de l'or et de l'eau. Ainsi l'on voit que nos physiciens et nos chimistes se sont grandement trompés en croyant que le corps solide ou liquide le plus pesant devait avoir un plus grand nombre de molécules.

Si les corps étaient des fluides élastiques, celui qui serait le plus pesant pourrait avoir plus de capacité pour le calorique qu'un beaucoup plus léger; parce que dans celui-ci il y aurait, dans un volume donné , moins de molécules- bases , et partant moins de pores et moins de lumineuses pour recevoir 1 ignigène communiqué.

Nota. J'avais fini cet article lorsque j'ai vu dans un traité récent de chimie la preuve , quoique d'une autre manière, de ce que je viens de dire ; mais sans que l'auteur s'en doutât et qu'il en tirât le parti convenable. M. Leslie ayant couvert d'une feuille d'or une des boules de son thermomètre différentiel pour connaître les quantités de calorique continuellement lancées du feu dans une

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chambre, trouva que cette boule absorbait environ huit fois moins de calorique que lorsqu'elle était à nu. Mais pourquoi cela ? C'est que la feuille d'or a environ huit fois moins de pores que le verre, par lesquels le calorique pouvait pénétrer. Or , s'il y a moins de cauaux de communication ou de décharge, il y aura aussi moins de chaleur reçue. Enfin on sait que la proportion entre la pesanteur du verre et celle de l'or est environ de I à 8 ; et c'est précisément celle qui existe , suivant l'expérience de M. Leslie , entre les quantités de calorique reçues par la boule couverte d'une feuille d'or et la boule nue.

Erreur de M. Brisson au sujet du vide qui se trouve dans Veau et dans les corps.

La. dernière expérience dont je viens de parler me donne l'occasion de relever une erreur de M. Brisson qui , croyant , ainsi que les physiciens et les chimistes , qu'il y a dans les corps, même les plus compactes, plus de vide que de plein , prétend, dans son Dictionnaire de physique , d'après un calcul qu'on traite de rigoureux , mais qui n'est pas moins faux, et d'après la différence existante entre la pesanteur de l'eau et celle de l'or, que , K l'étendue poreuse , qui se trouve dans l'eau » est par rapport à la matière de ce liquide , » comme 38 -j à i ». Et il s'écrie ensuite : « Qui » aurait jamais cru qu'il y eût si peu de matière » dans les corps? » Certes on pourrait bien aussi s'écrier : Qui croirait que , dans des siècles soidisant philosophes , on fît des raisonnemens si peu logiques? Car quoique la pesanteur spécifique de l'or soit environ 19 fois plus grande que celle de l'eau , cela ne veut pas dire que la matière de ce liquide soit à l'étendue de ses pores comme I à 38 î- En effet , les molécules-bases de l'eau et

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des corps compactes , adhérant ensemble , se touchent toutes par quelque point. Or, les vides qu'elles peuvent laisser par ce contact , ne sauraient être plus nombreux que les molécules qui les forment, et Ton conçoit bien qu'ils doivent être nécessairement plus petits. Ainsi l'on voit combien il faut se méfier de toutes les explications que nos livres de sciences nous donnent des divers phénomènes ; explications qui sont trop fréquemment les antipodes de la vérité, malgré tous les secours que leur prêtent la géométrie et le calcul.

Équilibre du Calorique.

QcELQUEs physiciens pensent que « pendant le r> passage à l'équilibre de température entre deux » corps, l'un chaud, l'autre froid , et que Ion M suppose séparés , ces corps s'envoient conti- » nuellement l'un à l'autre des qiiantités de calo- » rique rayonnant qui tendent vers légalité ; et » que c'est au terme où elle a lieu que l'équilibre » se trouve établi. Déplus quwxïe. partie des rayons » envoyés par chaque corps est émise de son » intérieur , et qunwQ partie de ceux qu'il reçoit » s'y introduit. » (i)

Ce que j'ai dit des atmosphères des lumineuses démontre combien est erronée cette opinion que les chimistes les plus modernes n'ont pas fait difficulté d'admettre ; et l'on doit concevoir que les molécules de lumière qui ont le plus de ces particules atmosphériques , eu égard à la grandeur des pores qu'elles occupent , doivent en céder à celles qui en ont le moins, sans rien recevoir de celles-ci. Il en est à peu près de ces lumineuses comme de deux vases contenant une

(2) Voy. Haiiy, N" i5i delà 2= édit,,et i52 delà 3'.

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quantité de liquide d'inégale hauteur , posées sur le même plan et communiquant ensemble par leurs parties latérales les plus basses. Dans ce cas , on ne saurait dire que ces deux vases se transmettent réciproquement une partie du liquide qu'ils renferment. On voit au contraire que le liq\jide qui a le pliis d'élévation doit se répandre sans compensation dans le vase où le liquide a le moins de profondeur, et que l'équilibre sera rétabli quand les surfaces des deux liquides seront sur la même ligne horizontale , quoique l'un des deux vases contienne plus de liquide que l'autre. Nota. C'est quelque chose de singulier pour moi que de voir tant d'erreurs accumulées dans nos livres , même les plus renommés ; et je ne puis expliquer ce phénomène scientifique qu'en pensant que la raison humaine dégradée depuis le péché de nos premiers parens, est obscurcie de si épaisses ténèbres qu'elles lui font prendre sans cesse le faux pour le vrai. D'après cela , quel fond peut-on faire sur cette folle et hautaine raison ?

Idée singulière de M. de Ramford au sujet du calorique. — Réflexions sur la philosophie de Descartes.

J'ai déjà dit que plusieurs physiciens niaient l'existence du calorique; M. de Rumford est de ce nombre. Avant lui Saussure et Pictet avaient fait des expériences pour reconnaître la marche du calorique. Ayant disposé deux miroirs concaves en face l'un de l'autre et à une distance d'environ 4 mètres oti \i pieds, ils firent rougir fortement un boulet de f«r, qu'ils laissèrent assez refroidir pour qu'il ne parut plus lumineux , même dans l'obscurité , et qu'ils placèrent ensuite au fo} cr d'un de ces miroirs , tandis qu'un thermomètre

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d'air avait été fixé à l'autre foyer. En six minutes le thermomètre qui avant l'expérience ne marquait que 4 degrés au-dessus de zéro , parvint a i4 degrés et demi; tandis qu'un second thermomètre suspendu hors du foyer à une égale distance du boulet et de l'observateur monta seulement à 6 degrés. Ainsi par la réflexion du miroir le calorique avait élevé la température du premier thermomètre de 8 degrés et demi. Pictet , avant substitué au boulet un matras rempli d'eau bouillante , vit aussi le thermomètre monter , mais indiquant seulement une élévation de température d'un peu plus d'un degré. Enfin on se servit d'un matras plein de neige , et sur-le-champ le thermomètre placé au foyer de l'un des deux miroirs comme dans les expériences précédentes , descendit de plusieurs degrés ; mais sa descente fut bien plus considérable, lorsqu'on eût versé de l'acide nitrique sur la neige.

M. deRumford en répétant les mêmes expériences obtint de semblables résultats; mais la conclusion qu'il a tirée des deux dernières expériences est des plus singulières. Car après avoir avancé que le calorique ne peut pas avoir d'existence réelle, il ajoute, selon Libes, Traité élémentaire de Physique^ tom. II , p. 55 , que « la communi- » cation de la chaleur lui paraît analogue à celle » du son ; le corps froid , dans l'un des foyers , » oblige le corps chaud , le thermomètre, qui se » trouve dans l'autre, de changer de note. » Voilà donc un corps froid transformé tout-à-coup en maître de musique! N'est-ce pas-là quelque chose de bien merveilleux? Vivent, vivent messieurs les savans !

Nota hene. Cette idée de M. de Rumford ne serait-elle pas le pendant de celle de ce célèbre aveugle qui enseignait avec succès l'optique en

aÔO EURECRS DÉVOILLES

Angleterre , et auquel on demanda un jour s'il concevait ce que c'était que Téclat de l'écarlate. Oui , dit-il hardiment , l'éclat de l'écarlate est comme le son bruyant de la trompette. Cet aveugle jugeait à faux, parce qu'il voulait définir ce qu'il ne pouvait voir. Ainsi font quelques philo* sophes qui , s'imaginant que des torrens de lumière sortent de leur cerveau malade, veulent à tort et à travers disserter de nos divins mystères toujours inaccessibles aux sens charnels ; tandis que, avec leurs grands yeux ouverts, ils n'ont pas même su concevoir et expliquer les phénomènes physiques, chimiques, etc., qu'ils voyaient et qu'ils palpaient pour ainsi dire. Aussi l'homme qui est si ignorant malgré toute la science dont il s'enorgueillit , n'aurait jamais pu , par ses propres forces, avoir de vraies notions de Dieu et de la vérité, si cette connaissance ne lui avait été donnée d'en haut. Or, c'est pour avoir perdu cette révélation de vue, que le genre humain obscurci par ses viles passions se plongea dans les ténèbres de l'idolâtrie, et conçut de la divinité des idées si fausses , si grossières et si absurdes , malgré tout le secours qu'il prétendait tirer de sa science et de sa raison. Cette raison humaine est toujours la même : livrée à elle seule et repoussant tout secours divin , ce n'est plus qu'un guide qui nous conduit dans le précipice.

^*^ On voit combien Descartes, ce célèbre philosophe , a eu tort, et il en rougirait lui-même s'il revenait dans ce siècle , combien , dis-je , il a eu tort de vouloir tout soumettre , sans restriction , au domaine de la raison individuelle. Car cette idée est aussi absurde que celle de ses tourbillons et de sa matière première cubique sans aucune espèce de vide ; mais elle est plus dangereuse en et qu'elle ouvre la porte à toute sorte de folies et

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d'erreurs ; parce que la raison de chaque individu ne peut pas être la même ; et que si chacun ne doit croire que ce que sa raison peut comprendre et lui suggère , il y aura autant de croyances que d'individus, supposé qu'ils veuillent user pleinement du droit que Descartes prétend leur donner.

Ce philosophe a eu le bonheur de demeurer toujours chrétien et catholique , parce qu'il ne ferma pas les yeux à la lumière que répandent nos livres divins ; mais s'il l'eût repoussée , et s'il n'eût voulu être éclairé et conduit que par sa propre raison , il aurait produit, en fait de religion et de morale, des systèmes plus extravagans que ses rêveries physiques , et que , en suivant toutes les conséquences de sa philosophie , il aurait regardés et soutenus comme les seuls véritables. Or, c'est ce qu'ont fait, dans tous les temps, les novateurs qui ont pris leur raison pour leur unique guide.

De la Combustion.

La. combustion ne consiste pas seulement , comme le pensait Lavoisier , dans la combinaison des molécules propres d'un corps avec celles de l'oxigène ; mais elle dépend encore du dégagement de l'ignigène qui compose, en totalité ou en partie , l'atmosphère de ces premières molécules , et que celles-ci abandonnent pour prendre l'oxigène de l'air environnant , et eu former leur nouvelle atmosphère. Cet ignigène mis à nu se porte sur les corps voisins dont il élève la température , sur les opaques de la substance qui brûle , non encore dépouillées de leur ignigène , et dont il agrandit l'atmosphère pour la rendre susceptible de se décomposer; enfin sur les lumineuses de cette même substance. Alors se condensant autour de ces dernières, il leur donne la facilité de se

grouper ensemble et de devenir par-là resplendissantes. Ainsi, sans cet ignigène dégagé, point de calorique ni de lumière sensible de la part du corps combustible. Cette lumière sera encore plus éclatante , si la combustion a lieu dans le gaz oxigène; parce que ce gaz se décomposant totalement , laisse dans une entière liberté les lumineuses qui sont dans ses pores ; et leur permet de se réunir , comme je viens de le dire : ce qui double la quantité des lumineuses qui s'illuminent dans le même espace.

Mais l'ignigène des corps combustibles ne peut quitter la molécule-base pour prendre l'oxigène de l'air ambiant, qu'autant qu'il a afflué sur cette molécule de nouvel ignigène pour étendre ses couches atmosphériques; car l'affinité entre l'opaque et son atmosphère devient d'autant moins forte que cette atmosphère s'étend davantage ; et c'est ce qui arrive par le contact ou la présence d'un corps enflammé ou incandescent. Cependant il n'est pas toujours nécessaire d'avoir recours à ces corps pour faire entrer une substance trèscombustible en déflagration. Dans quelques cas, on obtient cet effet quand on comprime l'air par une espèce de pompe faite à dessein : car la chaleur qui se développe par la condensation rapide de cet air est si active , qu'un morceau d'amadou placé à l'extrémité inférieure et au dedans de cette pompe s'embrase à l'instant , en même temps qu'un trait de lumière jaillit au milieu de l'air condensé ; et si l'on se sert du fusil à vent dont on ait fermé le fond par un morceau de glace Irés-épais, et qu'on ait rempli d'un mélange de gaz oxigène et de gaz hydrogène, on aperçoit au premier coup de piston , ainsi que l'a observé M. Biot auteur de cette expérience , une lumière très-vive qu'accompagne une forte détonation

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provenant de la décomposition de ces gazfi), et par conséquent de la combustion du gaz hydrogène. Mais ce dernier fluide , ainsi que l'amadou de l'expérience précédente, n'ont pu s'enflammer sans que leurs opaques n'aient reçu auparavant tout l'ignigène qui leur était nécessaire pour amplifier leurs atmosphères au point de rendre nulle leur affinité mutuelle; et c'est réellement à ce moment qu'arrive la décomposition ou le changement de ces atmosphères. Or, dans la pression dont nous parlons , l'ignigène est fourni à ces opaques par les lumineuses dont la contraction expulse une partie de leurs particules atmosphériques.

Les corps le plus facilement combustibles sont ceux dont les opaques ont une atmosphère ignigène des plus étendues , ou dont l'ignigène adhère peu aux bases. Tel est , dans le premier cas , le gaz hydrogène bien pur ; car alors il n'est pas besoin d'une grande quantité d'ignigène affluent pour faire atteindre aux opaques de cette substance le point où l'affinité entre elles et leurs atmosphères cesse d'avoir lieu et se change en répulsion.

Le calorique développé par le sciage des bois , l'écrouissement des métaux , et par toutes les opérations qui dérivent du jeu de la lime , des tarières et des filières , ou d'un frottement quelconque , n'est pas proprement l'effet de la combustion ; mais il peut l'exciter , si l'action de ces instrumens est long-temps continuée , et que le calorique émis se porte sur des substances facilement combustibles. Dans toutes ces opérations, ce calorique provient en partie de l'ignigène des lumineuses , et en partie de celui qui compose l'atmo-

(i)Hauy,]N°*224et225dela2«édit.,et 233 et 284 dela3^

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