GS ERREURS DÉVOILÉES
rivera-t-il? Cette eau s'échappera , et l'on pourra la recueillir par plus d'un procédé , sous la forme d'un fluide élastique éminemment combustible qui sera du vrai gaz hydrogène , et le fer sera oxidé. Dans ce cas la molécule de l'eau a cédé à celle du fer l'oxigène qui composait encore une grande portion de son atmosphère; car la vapeur aqueuse a déjà pris beaucoup d'ignigène , et la molécule du fer lui a donné de l'ignigène qui formait sa propre atmosphère. On voit ici que les molécules-bases restent les mêmes , et qu'il n'est survenu de changement que dans les petites atmosphères; changement qui n'a pu anéantir la molécule de l'eau. Si ensuite par la combustion vous rendez à cette molécule son atmosphère primitive ou l'oxigène , sera-t-il surprenant qu'elle reparaisse sous sa forme naturelle ?
On peut recueillir du gaz hydrogène de plusieurs autres manières; mais ce qui est indispensable, il faut toujours que l'eau y intervienne, et y joue le principal rôle ; car sans elle point de gaz hydrogène ; c'est-à-dire point de fluide élastique donnant de l'eau par la combustion. En veut-on la preuve ? La voici. Remplissez un autre canon de fusil de charbon de bois brisé et bien sec. Luttez exactement à l'orifice de ce canon un tuyau de pipe ou de verre, et liez à l'autre extrémité de ce tuyau une vessie de cochon vide d'air. Si vous faites chauffer à un feu violent le can(ui de fusil, cette vessie se remplira d'un gaz très-inflammable. Mais ce fluide pourra-t-il donner de l'eau par sa combustion avec l'oxigène ? Non certainement , mais seulement ce qu'on appelle gaz acide carbonique; parce que la molécule aqueuse ne se trouve pas dans ce dernier gaz inflammable.
Maintenant voulez-vous faire redevenir gaz inflammable cet acide carbonique? Faites passer ce
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dernier fluide un nombre de fois suffisant dans nn tube de porcelaine fortement échauffé et rempli de charbon bien sec. Dans ce cas vous obtiendrez encore un gaz pbjs léger que l'acide carbonique, qui ne sera pas acide, qui tuera les animaux, n'éteindra plus les bougies comme ce dernier gaz; mais qui brûlera à la manière du gaz hydrogène et sans donner d'eau , et dont le produit aériforme ne sera encore que de l'acide carbonique (i) après sa combustion. Ainsi l'on pourra alternativement convertir ce gaz acide carbonique en gaz inflammable , et celui-ci en gaz acide carbonique , sans qu'on puisse obtenir la moindre parcelle d'eau (2).
C'est dans un pareil cercle que roule la molécule aqueuse dans ses différentes transformations; car avec l'atmosphère oxigène elle forme de l'eau ; et avec une atmosphère ignigène très-étendue elle devient gaz hydrogène qui se change encore en eau , quand on lui rend l'oxigène ; sans que dans toutes ces métamorphoses cette molécule aqueuse puisse s'anéantir ou se diviser.
Les physiciens et les chimistes de tous les pays, ignorant l'existence des petites atmosphères autour des molécules-bases , se sont empressés de répéter avec plus ou moins d'exactitude l'expérience de Lavoisier ; et parce qu'ils ont trouvé , comme lui , que dans la combustion du gaz hydrogène par le gaz oxigène on obtenait de l'eau d'un poids égal , si l'on veut , à celui des deux gaz employés , ils ont embrassé son opinion , sans réflé-
(i) Voyez A.det, Leçons de chimie, p. g5 de ledit, de 1804.
(2) Nota. Le gaz acide carbonique abandonne au charbon une partie de l'oxigène qni entrait dans la composiiion de l'afrnosphère de sa base, et qui le rendait acide; et en même temps il Ini enlève de l'ignigène qu'il ajoute à celui qu'il avait déjà ; et par la jonction de ce nouvel ignigène, il devient inflammable.
chir sur les résultats très-différens de la combustion des deux gaz combustibles dont je viens de parler; et qui auraient dû leur faire comprendre qu'un gaz ne saurait former de l'eau, si les molécules aqueuses n'y étaient contenues auparavant.
Une autre considération que je ne dois p;is omettre, et qui pourra d'abord surprendre , c'est que l'expérience de Lavoisier et de ceux qui l'ont répétée, quoique prônée et regardée comme décisive , est cependant inexacte ; parce qu'on n'a pas supputé le poids de l'ignigène ou du calorique qui se dégage pendant la combustion des deux fluides élastiques, et qui forme l'atmosphère trèsdilatée de la molécule aqueuse dans le gaz hydrogène , ainsi que celle des lumineuses existantes dans les pores des deux gaz. On me dira sans doute que cette supputation est impossible, parce qu'on ne saurait apprécier le poids du calorique qu'on ne peut coèrcer : mais dans ce cas doit-on faire valoir comme incontestable une expérience qui est réellement défectueuse par quelque endroit ? Et si le poids absolu de l'eau résidu d'une combustion du gaz hydrogène par le gaz oxigène, égale celui des deux fluides employés , c'est que, dans ce cas , le poids spécifique de cette eau , beaucoup plus grand que celui de ces gaz, compense plus qu'il ne faut le poids absolu du calorique échappé.
De ce que je viens de dire , il s'ensuit que la molécule aqueuse est dans son état naturel ou forme de l'eau quand elle a l'oxigène pour atmosphère ; mais qu'elle constitue le gaz hydrogène quand celte atmosphère est toute ignigene dans une très-grande proportion.
Ce n'est pas seulement dans les laboratoires des chimistes que se forme le gaz hydrogène , on le retire encore , dans la saison chaude , des mares,
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des égoûts et des autres endroits où se trouve un limon croupissant. ]Mais ce dernier fluide n'est pas si pur que le premier ; c'est-à-dire qu'il est plus pesant et qu'il a besoin de plus d'oxigène pour être saturé ou brûlé.
Les physiciens n'ont pas rendu raison de ces différences remarquables , parce qu'ils se sont obstinés à ne pas reconnaître la molécule aqueuse dans le gaz hydrogène. Elles proviennent donc, ces différences, de ce que l'atmosphère des molécules aqueuses du gaz hydrogène des marais a une moindre étendue que celle des aqueuses de l'hydrogène formé dans les laboratoires des chimistes. Or si l'enveloppe atmosphérique de ces aqueuses est moins étendue, celles ci seront plus resserrées, et par conséquent il y aura plus de molécules-bases dans un même espace ; donc ces bases étant plus multipliées formeront un poids plus grand , et exigeront une plus grande quantité d'oxigène pour être saturées, lors de la combustion.
Ce n'est pas seulement dans le gaz hydrogène qu'est cachée la molécule aqueuse , elle l'est encore dans les herbes , les fruits , les huiles , les vins , le miel , le sucre , les résines , les gommes , le bois, les feuilles, les racines et autres produits de la végétation , en subissant diverses modifications, suivant l'atmosphère dont elle s'est entourée , d'après l'espèce de la plante où elle s'élabore.
L'eau ne demeure pas toujours sous la forme qu'elle a prise dans l'acte de la végétation ; mais dans ce nouvel état , soumise à l'air ou au feu , elle se décompose pour constituer un nouvel ordre de choses, et donner des produits qui n'y paraissaient pas auparavant. Ainsi quand on distille à l'appareil pneumato - chimique la gomme, par exemple , on en retire successivement de l'eau ,
une liqueur rougeâtre et acide , un peu d'huilé brunâtre, du gaz acide carbonique, du gaz hydrogène carboné , et on a pour résidu un charbon abondant (i). Enfin si l'on soumet de nouveau à la distillation la liqueur acide, on en retire aussi de l'huile ; et celle-ci , ainsi que Ihuile précédente , étant brûlées , produisent de l'eau.
De l'Eau à l'état de glace.
L'ÉTAT le plus naturel de l'eau est la liquidité , cependant elle peut devenir ou compacte, ou fluide élastique, indépendamment de toutes les formes qu'elle prend dans l'acte de la végétation.
Lorsque la congélation d'une masse d'eau , exposée dans un vase à une température convenable, se fait assez lentement, on voit se former à sa surface de petites aiguilles triangulaires dont une des faces est de niveau avec l'eau. Ces aiguilles en se multipliant , s'insèrent les unes sur les autres , et le tout ne compose plus qu'un corps solide.
Mairan présumait que cette disposition angulaire dépendait de la figure des molécules de la glace ou plutôt de l'eau , qu'il croyait être de petites aiguilles. M. Haùy pense au contraire qu'elles pourraient bien être des tétraèdres réguliers {i)* Mais si les molécules de l'eau dont se forme la glace avaient ces sortes de figures, cette glace ne pourrait jamais devenir fluide; puisque la fluidité exige des formes arrondies qui permettent aux molécules de glisser les unes sur les autres. Dirat-on que la congélation doit altérer ces formes? On se tromperait sans doute; car il est humainement impossible qu'un globule quelconque , formé
(l) Voy. A.d<»t , leçons élcm. de chimie , pag. aôo.
(i) Voyez Haùy, iV" 356 de la i^ édit. et 385 de la 3«.
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tout d'une pièce , puisse jamais perdre de ses dimensions. Cela n'a lieu que pour les corps composés de plusieurs parties. L'on voit donc que les figures des aqueuses groupées ensemble, lors de la congélation , ne proviennent pas de la form« propre de ces molécules ; mais qu'elles dépendent uniquement de leurs petites atmosphères qui, dans le passage de l'eau à l'état solide, ne conservent ni la même étendue, ni les mêmes proportions qu'elles avaient quand l'eau était fluide.
Mairan se trompait également en croyant que l'eau ne se changeait en glace que parce que ses molécules insensibles perdaient leur mouvement en tout sens. J'ai fait voir ailleurs qu'un corps est liquide, non parce que ses molécules seraient agitées d'un mouvement continuel, comme on le croit faussement , mais parce qu'il a beaucoup plus de particules atmosphériques qiie dans l'éfat solide ; et que par conséquent il ne devient compacte qu'en perdant ces particules surabondantes. D'ailleurs, comment Mairan concevait-il que des aiguilles pussent avoir un mouvement en tout sens ? C'est ce qu'il nous a laissé ignorer.
De la congélation du Mercure.
Quoique le mercure n'appartienne pas à l'élément de l'eau , je crois cependant pouvoir ici parler de sa congélation , pour la mettre en parallèle avec celle du liquide aqueux.
Le mercure est donc comme l'eau susceptible d'une véritable congélation , mais avec cette dif férence, que son volume diminue, au lieu d'augmenter, comme celui de l'eau. On n'a pas encore connu la raison de cette différence, parce qu'on ignore que les molécules de ce métal liquide sont environnées d'une atmosphère étendue composée
d'ignigène. Celui-ci, mis en liberté, ne peut pas être retenu comme Toxigène de l eau , qui reste en partie engagé dans la masse aqueuse devenue solide; mais il s'écoule par les molécules de lumière qui, existant dans les pores du mercure, en sont le véritable véhicule. Ce métal , toujours liquide dans les climats chauds et tempérés, se congèle naturellement dans les pays où le froid est trèsviolent ; cependant il peut se fixer aussi, daus nos régions, par un grand froid artificiel. 11 compose alors une masse solide et brillante qui s'étend par la percussion, en rendant un son sourd, semblable à celui du plomb dont elle se rapproche beaucoup par sa dureté; et si l'on prend cette masse avec la main, on éprouve une sensation douloureuse , telle à peu près que la produirait une forte brûlure (i). Or, on n'éprouve celte sensation pénible que parce que le mercure congelé tend à reprendre, aux dépens de la main qui le manie , l'ignigène qu'il a perdu , et qui lui est nécessaire pour devenir liquide.
La marche que suit le mercure, en se congelant, est la même que celle de l'eau. Les lumineuses des corps environnans , pltis froids que ce métal liquide , enlèvent aux lumineuses logées dans ses pores l'ignigène dont elles ont besoin pour rétablir l'équilibre. Celles du métal n'ayant donc plus une atmosphère aussi étendue qu'auparavant, pressent moins les molécules métitlliques qui, par ce moven , se rapprochent insensiblement un peu plus les unes des antres , en resserrant les pores; et par ce moyen occupant un moindre espace, sont forcées d abandonner peu à peu une partie de 1 ignigène qui forme leur atmosphère, et qui, leur devenant inutile, s'écoule,
(i) Voyez Haiiy. article de la Congélation du Mercure.
i)FS pnYsrciF.xs :\fonERxrs. 9-5
comme je viens de le dire , par l'intermédiaire des lumineuses. Cette dissipation de l'ignigène surabondant qui entoure ces deux espèces de molécules , est cause que le mercure finit par composer une masse solide. Or, comme cet ignigène ne s'est pas arrêté dans ce métal congelé , comme l'a fait l'oxigène dans l'eau glacée , il s'ensuit que cette matière métallique n'a pas pu se dilater, comme la glace; mais qu'elle a dû se contracter et acquérir ainsi un peu plus de pesanteur spécifique.
Le célèbre Réaumur a observé que le fer, au lieu de se contracter, comme le mercure, acquérait au contraire un volume plus considérable en se refroidissant après avoir été fondu. ([)
Cette dilatation du fer démontre que l'atmosphère de ses molécules propres n'est pas entièrement composée d'ignigène ; mais qu'elle est mélangée de quelques particules oxigènes qui , ne pouvant passer toutes au dehors , ni se joindre toutes aux ferrugineuses lors du refroidissement, séjournent séparées dans la masse et la dilatent comme il arrive à l'eau qui se congèle. Voilà pourquoi il est nécessaire de cémenter cette substance avec des matières avides d'oxigène, si l'on veut lui procurer toutes les qualités dont elle est susceptible, c'est-à-dire la convertir en acier.
De VÉvaporation.
Les physiciens ne sont point d'accord entre eux sur les causes de l'évaporation. Les uns la croient produite par l'action dissolvante de l'air qui , disent-ils, dissout l'eau de la même manière et avec les mêmes circonstances que l'eau dissout les sels. Mais comment l'eau peut-elle dissoudre
(i) Haùy,No» 371 delà a»édit.,et ,'^00 de la 3«