‹ Erreurs dévoilées des physiciens modernes dans l'explication des phénomènesChapitre 7 sur 37 · DE LA. MATIERE EN GENERAL · texte numérisé non relu

DE LA. MATIERE EN GENERAL

Diversité d'opinions entre les Physiciens ou les Chimistes touchant les élémens.

JLjes philosophes modernes n'ont pas été plus d'accord entre eux que l'avaient été les anciens, sur le nombre et la nature de ce qu'on a appelé élément. Parmi ces derniers , les uns n'admettaient qu'un élément, les autres en reconnaissaient quatre. Parmi les modernes, Paracelse prétendit qu'il y avait cinq principes de la matière; Becker les réduisit à deux : la terre, et l'eau ; mais il divisa la terre en trois espèces, la terre mercurielle, la terre vitrifiable, et la terre inflammable, à laquelle Stahl donna dans la suite le nom de phlogistique. Enfin , par ses nombreux travaux , ce dernier chimiste crut devoir reconnaître trois élémens : le feu , la terre, et Peau. L'air se trouva donc exclu du nombre des élémens, et il l'eût été long-temps sans doute , si Hyles ne lui eût fait jouer le plus grand rôle dans les phénomènes chimiques , en prenant pour du véritable air certains produits aériformes qu'il retirait de ses analyses.

Les travaux de Haies engagèrent les physiciens de revenir à l'opinion d'Empédocle qui reconnaissait quatre élémens; mais tandis qu'ils croyaient posséder la vraie science des corps, Lavoisier et ses collaborateurs, s'imaginant avoir réellement

décomposé Tair et Feau dans leurs belles expériences, trouvèrent fort étonnant qu'on donnât le nom de principe ou d'élément à des matières qui se décomposaient ainsi ; et ils prétendirent qu'on ne devait donner ces noms qu"à celles qu'on retrouvait toujours les mêmes. De là ils conclurent qu'il ne pouvait y avoir que deux élémens, le feu et la terre. Les assertions qui leur firent prendre cette conclusion, quoique vraies dans un sens , doivent cependant passer pour erronées. Car si d'un coté l'on doit refuser le nom de principe à tout ce qui semble se décomposer, comme l'eau , il faut avouer alors qu'il n'y a point d'élément; puisqu'il n'est aucune matière qui ne put absolument souffrir cette décomposition apparente. D'un autre coté , si ce même nom de principe doit être donné aux corps dont les molécules se retrouvent les mêmes, soit dans l'ignition, soit dans l'analyse; on peut dire qu'il y aura autant d'élémens que de corps non mélangés : car, pour nous servir de l'exemple de l'eau , on retrouve tout aussi bien la molécule aqueuse dans Fignition du gazhydrogène, de Fesprit-de-vin,etc. qu'on reconnaît, dans la réduction d'un oxide , la molécule métallique. L'une et l'autre reprennent, dans ces deux circonstances, leur atmosphère naturelle en quittant celle qu'ils avaient auparavant : et il en est de même de tous les autres corps; car toutes les molécides, composant les substances ou les corps, sont environnées d'une petite atmosphère, comme je le dirai bientôt.

Voilà dans quelle versatilité d'opinionsont flotté, depuis Thaïes jusqu'à La voisier, les physiciens et les chimistes au sujet des élémens. Enfin ce n'a plus été à deux , mais à plusieurs substances, qu'on a accordé ce dernier nom ; car les chimistes qui ont succédé à Lavoisier ont cru reconnaître plus de cinquante élémens.

L'incertitude des savans tant anciens que modernes au sujet de la nature de ces prétendus principes est aussi grande que la élé celle qui concerne leur nombre. Aristote, parmi les anciens, composait les quatre élémens d'Empédocle d une matière homogène. Epicure, dans ses rêves extravagans , enfante ses atomes et leur attribue les plus bizarres figures. Selon lui , quelques-uns de ces atomes ne sachant aller droit , mais déviant un peu , s'accrochent par un concours fortuit , et au lieu que dans ce cas , ils n'auraient dû constituer qu'un mélange informe, tel qu'un monceau de sable, cependant, suivant ce philosophe, ils forment ce bel univers dont nous admirons et Tordre et la magnificence. Epicure n'est pas le seul qui ait débité de semblables sottises; plusieurs philosophes , même parmi les modernes, ont partagé avec lui le triste honneur d'avoir produit des idées aussi insensées.

Descartes, dans ces derniers siècles, ne reconnaissait qu'un principe dont les molécules dures et cubiques mises en mouvement par la puissance divine formèrent trois élémens; et de ceux-ci, par l'effet des tourbillons qu'il avait imaginés , dérivèrent tous les corps célestes , l'air et la terre que nous habitons. Certes ce n'est point-la ce que ce savant a écrit de plus sensé. Avec bien moins de raison encore, Leibnitz , par ses mouades qu'il donnait pour des èires simples, dépourvus de jjarties , inélendus , indivisdjles , non figurés , c'est-à-dire immatériels, prétendait expliquer le mécanisme de cet univers; comme si la réunion d'une quantité infinie dètres immatériels pouvait constituer une seule molécule matérielle.

Quoique plus habiles que leurs devanciers, les chimistes de l'école de Lavoisier, sans se livrer à des spéculations si élevées, n'ont pas laissé de

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croire qu'aucun corps qui tombe sous nos sens n'est un être simple; mais que ceux qu'on appelle élémens sont formés par des principes d'une ténuité et d'une inaltérabilité beaucoup plus grandes ; ce qui revient à l'idée que Newton se formait de la matière.

Dans ce dédale d'opinions, où est la vérité? L'erreur est partout, le vrai nulle part. En effet il est impossible que ces contradictions n'existent, tant qu'on s'obstinera à regarder la matière comme le produit de certains principes qui ne sont qu'imaginaires. Car si par élémens on entend quelques substances premières qui aient servi à la production de' cet univers, on peut assurer que dans ce cas il n'y a point d'élémens ; parce que les espèces de matières qui le composent ont toutes été créées distinctement par l'Auteur de la nature à l'instant de la création, et sont tout aussi simples les unes que les autres, s'il ne faut considérer que la molécule propre des différens corps. Ainsi le mot élément ne devrait jamais être synonyme de celui àe principe ^ mais désigner en général les grandes masses de la matière.

Des Molécules-bases constituant les élémens ou les divers corps de cet univers.

Les physiciens ne divisent point la matière de la même manière que les chimistes de nos jours. Ceux-ci n'ont égard qu'à une sorte de décomposition à laquelle paraissent assujettis tous les corps; tandis que les autres la considèrent , cette matière , par rapport aux grandes masses qu'elle forme dans la nature. Comme cette dernière division me paraît la ])lus naturelle et surtout la plus appropriée au but que je me propose, je la suivrai dans le cours de cet ouvrage, sans toutefois trop m'y astreindre ; parce que mon dessein n'est que

PKS i>nvsif.iK.\s AroDrR:s'KS. 9

de faire quelques observations critiques sur les systèmes admis, et d'expliquer d'une manière, qui me paraît plus vraie, différens phénomènes.

En faisant jaillir du néant la matière, Dieu donna à ses diverses molécules des propriétés variées suivant les desseins de son infinie sagesse. Il divisa cette matière en deux principalessortes, les molécules-bases , et les molécules-atmosphériques. Les premières devaient former les éléuiens ou les différentes classes des corps qui composent cet univers ; et les dernières furent destinées à servir d'atmosphère aux molécules de ces élémens.

11 y a quatre élémens ou quatre principales classes de corps, 1 éther dans lequel est compris l'air que nous respirons, puis la lumière , l'eau, et la terre.

Les trois premiers élémens sont les plus simples, c'est-à-dire qu'ils n'ont chacun qu'une même espèce de molécules, tandis que la terre ou le quatrième élément est composé de plusieurs espèces toutes particulières.

L'éther ou l'air est fluide et élastique dans sou état le plus simple , mais il a quelques variétés , soit concrètes, soit liquides.

La lumière n'est jamais sous forme concrète. Dans son état le plus naturel , elle est répandue dans les pores de tous les corps; avec cette différence qu'elle forme des lignes droites et contiguës dans lair ou 1 éther, de même que dans toutes les substances transparentes; et des ligues interrompues dans les autres corps.

Cet élément forme trois principales variétés distinctes : la première est la lumière dont nous venons de parler, la seconde est le fluide électrique, et la troisième est cette matière lumineuse qui couvre la surface du soleil et des étoiles , et qui, placée dans les vers-iuisans et aulies auiujaux

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phosphorescens, ainsi que dans quelques (îiamans défectueux, les fait briller dans l'obscurité.

L'eau, de quelque manière qu'elle se modifie, n'a aussi qu'une même espèce de molécules. Dans son état le plus ordinaire , elle est ou liquide , comme l'eau des rivières et des fontaines, ou^plus ou moins concrète, telle qu'elle se montre dans la glace et dans la neige. Dans ces trois états il est facile de la reconnaître; mais elle subit tant de métamorphoses , qu'elle échappe souvent à la perspicacité des physiciens et des chimistes, qui ne la soupçonnent pas quelquefois où elle se trouve véritablement.

Le quatrième élément n'est pas aussi simple que les trois premiers , mais il est composé de molécules de différentes espèces qui ont toutes des qualités distinctes. Cet élément contient tous les corps qui constituent la charpente du globe terrestre. Ses principales espèces sont la terre proprement dite, la silice , le marbre et la craie, l'argile, les terres alcalines, les métaux et autres substances qu'il est inutile de citer ici. Ces différentes espèces ne conservent pas toujours leurs principales propriétés, mais elles les abandonnent et les reprennent ou naturellement ou forcément au gré des physiciens et des chimistes.

La manière dont j'ai subdivisé les trois premiers élèmens est , ce me semble, tout-à-fait nouvelle, mais naturelle.

Des Particules-atmosphériques , ou des Particules composant les petites Atmosphères des Molécules-bases.

L\ seconde sorte de matière que Dieu créa en formant l'univers, se divise en deux différentes espèces qui devaient jouer le plus grand rôle dans la nature créée, en concourant d'une ma-

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nière tonte particulière à la production d'une infinité de phénomènes. Ces deux espèces sont l'oxigène, et le calorique ou l'ignigène. Stahl avait nommé phlogistique , cet ignigène , sans en démontrer Texisteuce d une manière certaine. Les corpuscules de ces deux espèces sont ronds et matériels comme ceux de toutes les autres substances corporelles; mais beaucoup plus petits , puisqu'ils devaient composer l'enveloppe ou Tatraosphère de toutes les molécules des autres corps , sans en excepter la lumière. Or toute espèce de molécules est entourée de ces particules que j'appellerai atmosphériques pour les distinguer des molécules quelles enveloppent, et je nommerai ces dernières la base ou les molécules-bases.

Les bases peuvent avoir plus ou moins de ces particules atmosphériques. Celles qui sont dans l'état de gaz en ont le plus, et celles des substances pulvérulentes en ont le moins. Ces deux sortes de particules forment , tantôt lune , tantôt l'autre , l'atmosphère ou l'enveloppe de ces bases ; et souvent elles concourent ensemble à sa formation dans des proportions plus ou moins variées. C'est dans ces deux matières que réside proprement l'attraction moléculaire ; car les bases n'exercent entre elles ce qu'on appelle affinité et dureté que par l'intermédiaire de ces corpuscules atmosphériques. Sans ceux-ci elles demeureraient continuellement isolées et sans action. Mais cette attraction sera-t-elle toujours la même? Son, elle varie du plus au moins suivant la quantité de ces corpuscules qui environnent la base, ensuiteselon les diverses substances et les différentes combinaisons qu'ils forment avec elles; mais cette vertu attractive est la plus forte dans la partie inférieure de cette atmosphère, et la plus faible dans la supérieure; et elle diminue à proportion de ce

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que le nombre de ses couches augmente ; comme si dans chaque combinaison que ces corpuscules forment avec leur base, il n'existait qu'un certain degré de force qui dut se partager entre les différentes couches. C'est ce qui est cause que les vastes atmosphères des molécules, composant les gaz, tiennent si peu à leurs bases, et que leur décomposition est si rapide.

Quoique l'attraction entre les bases n'ait lieu que par l'intermédiaire des petites atmosphères dont nous parlons , cependant les bases attirent les corpuscules atmosphériques comme elles eu sont attirées , puisqu'il n'existe aucune base sans une atmosphère plus ou monis étendue.

Les bases ne quittent jamais leur atmosphère que pour en prendre une autre dune espèce différente qui leur convienne. Elles quitteront , par exemple, l'oxigène pour l'iguigène; ce dernier pour l'oxigène, et lun et l'autre pour l'atmosphère composée de ces deux matières, et réciproquement.

Avec quelques modifications , l'oxigène ou les particules oxigènes sont le principe des acides , les particules ignigènes celui des alcalis. Nous verrons cela plus en détail ailleurs.

Les particules ignigènes forment l'atmosphère ordinaire de la molécule de lumière ou de la lumineuse, celle des molécules des métaux non oxidés, du diamant, du charbon , de l'hydrogène, ainsi que des autres corps combustibles qui néanmoins retiennent presque toujours quelques particules d'oxigène; ce qui est la cause du résidu charbonneux qu'ils laissent quelquefois après leur combustion.

L'oxigène ou les particules oxigènes constituent seules latmosphère des molécules de l'eau dans l'état de pureté, ainsi que l'atmosphère des molécules de la matière lumineuse des versluisans, du soleil et des étoiles.

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Le mélange de Tignigène et de l'oxigène , dans des proportions variées suivant les substances , compose l'atmosphère des molécules de l'air, de la matière éthérée , de la lumineuse électrique , du marbre et de la craie, du liquide appelé éther, des parfums et des baumes, des sels et oxides , de tous les acides et alcalis, enfin de plusieurs autres substances qu'il serait trop long d'énumérer ici.

Dans l'atmosphère mixte, c'est tantôt l'ignigène qui domine, et tantôt l'oxigène. Souvent le premier adhère plus faiblement à la base, et quelquefois c'est le dernier. On peut obtenir séparément l'atmosphère oxigène , lorsqu'elle abandonne ses bases : l'atmosphère mixte ne se rend sensible qu'en passant d'un corps vers im autre, ou quand elle forme le gaz oxide carbonique ou le gaz oxide de carbone ; et l'ignigène isole est absorbé par les molécules de lumière qui occupent les pores des corps. Enfin la réunion de l'oxigène et de l'ignigène autour d'une base constituera ou des fluides ou des solides , qui posséderont des propriétés diverses selon que l'ignigène ou l'oxigène y dominera et v adhérera avec plus on moins de force. 1^1 tendance que les particules oxigènes ont à se réunir dans certains cas pour former des globules , prouve que toutes les particules atmosphériques exercent entre elles une attraction sensible ; et cette réunion en globule , comme dans le gaz oxigène , est démontrée par l'élasticité de ce gaz qui ne pourrait se comprimer ni se dilater, si ses bases n'avaient aucune atmosphère.

Le dégagement de l'ignigène produit de la chaleur ou du calorique proprement dit , et qui n'est autre chose que la sensation produite par l'ignigène mis en liberté.

La vertu attractive des bases pour l'ignigène et

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l'oxigène , et de ceux-ci pour ces bases et pour leurs propres particules , n'est qu'une qualité d'emprunt ; puisqu'on voit la même base si indifférente pour telle et telle atmosphère , et qu'elle quitte tantôt 1 ignigène pour l'oxigène, et celui-ci pour l'iguigène; enfin l'un et l'autre pour l'atmosphère composée de ces deux matières; et cette dernière atmosphère pour l'oxigène ou Tignigène purs.

Cette attraction si variée qui produit tant de phénomènes si compliqués et qui reviennent toujours les mêmes , lorsque les circonstances sont semblables , sera-t-elle l'effet du hasard ? Non , car elle suit , pour ainsi dire, un but et un dessein dans toutes ses modifications; et par-là elle montre qu'elle obéit fidellement aux lois que lui a imposées la puissance infinie qui l'a créée , et dont elle ne peut jamais s'écarter.

L'attraction qui se manifeste entre ces particules atmosphériques , et entre celles-ci et leurs bases , produit tous les phénomènes de la compacité des corps. C'est par elle que le diamant a une si grande dureté et qu'il est si difficile à fondre , que les métaux fondus se durcissent en se refroidissant , que l'eau se convertit en glace, que les rochers composent des masses si solides.

Ces mêmes petites atmosphères font élever les liquides dans les tubes capillaires (i), jusqu'à ce que la gravité de la colonne fluide soit en équilibre avec la force attractive des molécules du tube et du liquide. De là , l'élévation de cette colonne sera moindre , si le diamètre du tuyau

(l) Ce que je vais dire des phénomènes des tubes capillaires, qui jusqu'à présent ont été très-mal eipliqués, n'est qu'un faible extrait d'un article assez étendu, rédigé à ce sujet, et que j'ai retranché, ainsi que plusieurs autres, pour rendre mon ouvrage moins volumineux.

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capillaire est plus grand. De même, si l'attraction entre les petites atmosphères est moins puissante, le diamètre du tube restant le même, la longueur de la colonne sera plus petite. C'est ainsi que l'alcohol, plus léger que l'eau, s'élève cependant moins que ce dernier liquide , parce que son enveloppe atmosphérique, tenant moins aux bases, n'a pas autant d'énergie. S'il n'existait nulle attraction entre le tube et le liquide , celui-ci ne , pourrait pas s'élever , puisqu'il ne trouverait aucun point d'appui; et voilà pourquoi le mercure ne peut dépasser le niveau. Enfin toutes les molécules de la surface intérieure des tuyaux capillaires, tangentes du liquide, concourent à produire cet effet attractif, conjointement avec les molécules de la circonférence du cylindre fluide , et cet effet a lieu dans le vide comme dans l'air libre , parce que le vide n'anéantit pas les petites atmosphères. C'est encore par l'attraction de ces atmosphères, que l'eau mouille presque tous les corps, au lieu que, par une raison contraire, le vif argent ne laisse aucune trace après lui : enfin puisque l'eau ne s'unit presque point aux matières grasses , ce liquide ne doit point monter dans un tube fortement enduit de suif à l'intérieur.

La répulsion provient de même des atmosphères, et c'est lorsqu'elles ne peuvent point se mêler ensemble; alors elles font effort pour se fuir réciproquement et se mettre au large (i). Cela arrive

(i) Les expériences suivantes pourront donner quelque idée du mécanisme de l'attraction et de la répuUion moléculaires. Si Tou fait flotter sur une assiette de favr-nce, remplie d'une eau pure et limpide, un disque très-mince de m-tal de la grandeur d'une pièce de lo ou de 20 sous, et en même temps un disque épais de liège de la même largeur; ils paraîtront chacun entourés d'une vraie atmosphère formée par le liquide sur lequel ils surnag-^nt. Or si on pousse ces deux disques l'un contre l'autre , ils se fuiront rapidement, et leurs atmosphères se

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entre certaines substances , telles que l'huile et l'eau , mais principalement entre les molécules de la lumière et les opaques de tous les corps ; car, dans tous les corps, même les plus simples, il y a toujours deux substances tres-distinctes , les molécules propres du corps, et celles de la lumière, qui occupent les interstices que laissent toutes les opaques dans leur agrégation. Le Créateur V a posté ces lumineuses, pour donner, dans certains cas , le mouvement à la matière. Dans leur état ordinaire, ces molécules de lumière ont pour enveloppe l'ignigèue qu'elles peuvent abandonner partiellement dans quelques circonstances. La pression , le froid surtout leur en font perdre luie partie ; mais cette atmosphère augmente dans les cas opposés. Tant que Tignigène entoure les molécules de lumière, il semble n'être pas de la même nature que celui qui environne quelquefois les opaques ; car l'almosphére des opaques et celle des lumineuses ne peuvent point s'unir ensemble ; et pour se conserver intactes , elles se repoussent et se replient même lors du choc. La même matière peut donc produire des effets opposés, mais c'est principalement lorsque la manière d'adhérer à la base n'est pas la même;

replieront , lors du choc , comme un ressort , sans pouvoir se confondre ; parce quelles nont pas la même forme. Si l'on fait flotter ensuite un autre disque méiallique, et qu'on l'approche lentement du premier jusqu'à la proximité de leurs atmosphères, on les verra se réunir rapidement. Il en serait de même d'un autre disque de liège, si on lamenait près de son sem'slable, parce que leurs atmosphères seraient uniformes. Si l'on ne pouvait pas faire surnager les disques de métal , il n'y aurait qu'à les rendre un peu concaves. Enfin si l'on fait attention au mouvement de ces disques lorsqu'ils s'unissent , l'on remarquera que ce mouvement s'accélère à j)ropnrfion qu'ils se rapprochent; ce qui prouve que leur attraction est plus énergique vers les couches inférieures de ces atmosphères que vers les supérieures.

i>ES piiTsicniNS Mor.ERrir.s. r^

*ce qui cniise une différence dans la nalure des atmospluVes , d où procède le phénomène de la répulsion. En effet , dans les opaques , la plus grande attraction existe vers la molécule-base ; dans les lumineuses, au contraire, vers le même point , se trouve la moindre force attractive ; mais celte force augmente un peu avec le nombre des couches atmosphériques de la molécule de lumière; tandis que dans un pareil cas cette même puissance diminue dans les opaques.

La différence qui existe entre les propriétés de ces diverses atmosphères, produit un écart parmi les opaques des corps , lequel est plus ou moins considérable suivant la grosseur des bases, l'étendue de leurs enveloppes, et surtout selon leur force attractive à l'égard de leurs particules atmospliéi-iques. Si cette dernière force l'emporte sur la force répulsive de la lumineuse, le corps restera ou deviendra compacte et dur, sans pouvoir se liquéfier; et cet état sera permanent tant que l'atmosphère de l'opaque n'acquerra pas plus d'étendue. Si elle devient plus grande , cet écart; sera plus considérable et le corps se changera en liquide ou en gaz. Dans ces derniers cas, la lumineuse augmente à proportion son atmosphère aux dépens des autres lumineuses qui l'environnent ; et cela produit du froid : comme elle la voit diminuer, si elle perd de ses couches atmosphériques , ce qui cause de la chaleur. Effectivement les opaques , lâchant une portion de leur enveloppe, leur attraction augmente ; elles s'uniront donc plus intimement en resserrant les pores, et par conséquent en pressant l'atmosphère des lumineuses , laquelle seia ainsi expulsée en partie. Mais le contraire arrivera si ces opaques prennent un plus grand nombre de ces particules atmosphériques. Clés effets sont même récipro-

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ques et auront toujours lieu , excepté dans des cas rares et tout particuliers , produits par certaines manipulations et par un froid artificiel , comme dans l'eau oxigénée. Ainsi Topaque pourra étendre son atmosphère, si celle de la kiraineuse devient plus considérable , comme dans Tévaporalion de Teau; et elle perdra une partie de cette atmosphère , si la molécule de lumière se dépouille partiellement de la sienne, ainsi que cela a lieu dans la congélation : mais pour produire ces divers phénomènes, il faut que l'atmosphère de l'opaque soit susceptible de ces changeraens.

Entre létat des corps durs et celui des gaz, il y a plusieurs nuances qui donnent aussi naissance aux phénomènes de la mollesse et de la liquidité. Ainsi une très - grande atmosphère , comme nous venons de le dire , fait passer les corps à l'état gazeux ; mais si cette grande atmosphère se rétrécit un peu , ces corps seront réduits à l'état de vapeurs ; si elle perd encore de son amplitude , ils deviennent liquides ; et ensuite mous, si la perte qu'ils font de leurs particules atmosphériques est plus considérable. Enfin , ils seront durs, s ils sont réduits encore à une moindre atmosphère ; et s'ils viennent à perdre une partie de cette dernière , comme dans la trempe, ils deviennent cassans , ils tombent ensuite en poudre comme dans la calcination , ou paraisssent efflorescens , si cette atmosphère diminue dans lin plus grand rapport. jMais c'est ici le dernier état des corps relativement aux atmosphères; car les bases n'en peuvent être entièrement séparées.

Ce qu'on appelle affinité en chimie dépend , comme on a dû le pressentir, du jeu des atmosphères des diverses molécules de matière. Si ces atmosphères sont de la même espèce pour toutes les bases, ou qu'elles aient entre elles quelque

DBS PIIYSICIEJIS MODERWFS. If)

analogie, elles se mêleront. Elles se repousseront au contraire et demeureront séparées , si elles sont dissemblables ou si elles ne peuvent point s'unir. Si de deux substances qu'on rapproclie l'une de l'autre , l'une est un acide et l'autre un alcali , ou celui-ci abandonnera soit totalement soit partiellement l'ignigène qu'il possède, pour prendre en totalité ou en partie l'atmosphère de l'acide , ou ces deux substances feront un échange partiel de leurs corpuscules atmosphériques ; l'alcali donnant à l'acide une partie de son ignigène , et l'acide cédant à l'alcali une portion de son oxigène , et par ce moyen les deux atmosphères seront en tout semblables. Alors il résultera un corps neutre , c'est-à-dire un corps qui n'aura plus les propriétés de ces deux substances avant qu'elles fussent unies , puisque l'enveloppe atmosphérique de leurs molécules ne sera pas la même. Enfin il surviendrait de nouvelles combinaisons, si l'on ajoutait une troisième ou une quatrième substance qui eût encore l'ignigène ou l'oxigène dans une proportion capable de leur former une atmosphère qui pût avoir quelque affinité avec l'enveloppe atmosphérique d'une des deux premières substances.

L'élasticité des corps flexibles dépend d'abord de cette répulsion que nous venons de reconnaître entre les atmosphères des lumineuses et des opaques , et ensuite de l'attraction que ces opaques exercent entre elles. Donc pour qu'un corps soit flexible , il faut que ses molécules aient une atmosphère ni trop grande ni trop petite. Trop grande, elle ne serait pas assez vigoureuse pour retenir les opaques d'une lame qu'on plie , et les ramener à leur première place; or, c'est l'état d'un corps mou, comme le plomb ; trop petite, le moindre mouvement ferait dépasser à ces opa-

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qiies la sphère de leur activité , et la lame se diviserait ; ce qui est le cas de la cassure, comme dans Tacier trop trempé. Ainsi outre la répulsion qui, dans la partie concave de la lame qu'on plie , se manifeste entre les atmosphères des opaques et celles des lumineuses , puisqu'elles se compriment mutuellement en se rapprochant , il existe encore dans la partie convexe, une action attractive entre les opaques, laquelle doit être très -énergique pour les empêcher de se disjoindre.

L'élasticité des corps non flexibles , comme une boule d'ivoire , provient aussi du jeu des petites atmosphères. Je laisse tomber une pareille boule sur une table de marbre, ni l'ivoire ni le marbre ire se compriment comme on l'a cru faussement jusqu'à présent ; puisque cette boule lie pourrait point s'applatir par une force de pression supérieure à celle de ce choc. Ce sont les petites atmosphères des opaques et des lumineuses , soit de l'air ambiant , soit du marbre et de la boule d'ivoire, et même de ces trois corps ensemble , qui , comprimées dans le choc , se rétablissent promptement, et repoussent le corps le plus mobile avec une force d'autant plus considérable, que la gravité et la masse de ce dernier corps seront moindres. Ainsi pour qu'une balle de fer pût bondir comme ces petites boules de pierre ou de marbre qui servent aux amusemens de l'enfance, il faudrait que la puissance qui la lancerait contre uq plan dur, fût d'autant plus grande que sa grosseur et sa pesanteur spécifique le seraient davantage. Voilà pourquoi un boulet qui ne bondirait point si on le jetait simplement avec la main, fait de terribles ricochets lorsqu'il est poussé par la poudre, dont la force l'emporte de beau(>oup sur la densité et le volimie du boulet:

DES PHYSICIENS MODERNES. 2f

Les ricochets que font encore ces cailloux plats qu'on lance obliquement sur l'eau , sont dus aussi à l'élaslicilé des petites atmosphères réciproques.

Dans le cas où la ligne du choc serait perpendiculaire au plan, il n'y aurait plus d'élasticité, si ce plan ou le corps choquant étaient mous ; parce que cet état anéantirait toute l'action des petites atmosphères. En effet, les molécules comprimées, en se portant vers le centre de l'un ou de l'autre, resteraient dans la nouvelle situation qu'elles auraient prise ; ce qui détruirait toute réaction ou force répulsive.

Souvent les bases, comme nous l'avons vu, font un troc de leurs atmosphères ; mais trèssouvent aussi la base qui a l'atmosphère la plus considérable la partage avec celle qui en a une înoindre, et si c'est un liquide il perd sa fluidité, tandis que le mélange devient mou. C'est ce qui arrive dans l'union de l'eau avec l'alumine, et du même liquide avec la farine.

Quelquefois aussi une des bases ou solide oii liquide ou gazeuse laisse échapper une partie de l'ignigène qu'elle possède, pour s emparer d'une portion de l'oxigène d'un liquide; comme on le voit dans le mélange de l'eau avec la chaux ou avec d'autres substances. Enfin de deux corps qui sont dans l'état de gaz, l'un ne lâchera qu'une partie de son atmosphère, et cette partie est toujours l'ignigène quand il se produit de la chaleur; tandis que l'autre l'abandonnera tout entière pour partager la portion que l'autre aura conservée. Mais comme dans ce cas , la quantité des corpuscules qui formeront la nouvelle atmosphère de ces deux corps unis , ne sera pas celle qui est nécessaire pour les rendre ou gazeuses ou liquides, le nouveau composé deviendra solide. On en a particulièrement un exemple dans la combinaison

du chlore ou gaz acide muriatique avec le gaz ammoniac, dont les bases, en se réunissant, donnent lien à la formation d'un sel; et ce phénomène devient une preuve bien sensible, qu'un corps solide exige moins de particules atmosphériques qu'nne matière gazeuse ou même liquide.

Cet échange des atmosphères a encore lieu dans l'alliage des métaux qui , par-là , acquièrent de nouvelles propriétés et surtout une plus grande dureté , si l'un des deux corps laisse perdre une portion de son atmosphère qu'il remplace aux dépens de l'atmosphère de l'autre corps. On le voit dans l'alliage de l'or avec le cuivre. Quelques autres métaux en fourniraient aussi de semblables exemples.

Cette soustraction , cet échange et ce mélange des petites atmosphères dans différentes proportions , se remarquent principalement dans la formation , combinaison et précipitation des sels de quelque espèce qu'ils soient, lesquels prennent plusieurs qualités variées suivant les atmosphères dont les bases s'entourent, ou qu'elles partagent avec quelques autres bases qui n'avaient pas la même enveloppe.

Il arrive encore que la substance, dont on veut retirer l'oxigène , se trouve isolée, c'est-à-dire qu elle n'a auprès d'elle aucun corps qui puisse remplacer l'atmosphère qu'elle abandonne; mais alors l'ignigène qui se dégage des matières en ignition dans le fourneau et qui traverse le vaisseau contenant cette substance vient à son secours. Cet ignigène qui filtre à travers les pores des vaisseaux par le moyen des lumineuses qui le soutirent, se fixe aussi dans certains corps que l'on distille, et forme avec eux de nouveaux produits. Or les chimistes modernes n'ayant pas tenu compte de cet ignigène qui afflue , ont dû se

tromper souvent dans la suppulalioii d'une analyse.

Enfin comment Tacide fluorique gazeux ou liquide exerce-t-il une action puissante sur le verre et le corrode-t-il? C'est par le moyen des petites atmosphères, comme on doit s'en douter. Mais est-ce l'acide fluorique qui dépouille la molécule du verre? Non; c'est celle-ci qui enlève peu à peu à cette substance acide une certaine quantité de particules atmosphériques qui font alors passer ses molécules de l'état solide à celui de liquide.

Pourquoi la terre doit-elle être labourée et puis échauffée par les rayons du soleil , si le cultivateur veut voir sortir de son sein des moissons abondantes qui l'enrichissent? C'est que la molécule de la terre végétative dont l'atmosphère est mixte , pouvant prendre plus ou moins d'ignigène et d'oxigène, et modifier par-là son atmosphère , il faut que les rayons du soleil l'échaulfent pour lui aider à reprendre la portion d'ignigène que le froid, les pluies et la végétation lui avaient enlevée , et qu'elle avait remplacée par l'oxigéne. La terre ainsi préparée peut, au moyen de la chaleur , céder à la molécule aqueuse qui la pénètre l'ignigène dont celle-ci a besoin pour s'élever et s'unir à la semence que l'homme a confiée à cette terre ; et puis se changer en bois, feuilles , fleurs et fruits.

Le changement de couleur dans une teinture végétale par les acides ou les alcalis, dépend du changement partiel de ces particules atmosphériques. Le dégagement de ces particules qui , dans le boire et le manger, se portent sur les nerfs de la langue , est la cause de la saveur des substances. Il en est de même de la sensation douloureuse qu'on éprouve , lorsqu'une plaie est

ll\ ERREURS DÉVOILÉES

exposée à l'air. Tous les médicamens ainsi que les poisons n'opèrent égalemenl que par le moyen des atmosphères dont les propriétés difterent selon la nature de ces substances.

L'évaporatiou et la combustion dépendent encore du raéeanisnie des atmosphères. Dans lévaporation la plus ordinaire , lorsque la chaleur du toyer ou du soleil a déterminé la molécule de l'eau à se charger d'une plus grande atmosphère, c'est d'abord Tignigène qui lui en fournit la matière. Une petite partie se place entre les oxigènes de l'aqueuse dont elle expulse quelques particules. De là le goût d'cmpyreume que retient une eau ' distillée et sa plus grande légèreté , puisque les particules ignigènes sont moins grosses , et ont par conséquent moins de pesanteur que les premières. De là aussi la nécessité d'enlever à cette eau cet ignigène étranger, et de lui rendre l'oxigène qu'elle a perdu, si l'on veut lui rendre sa première saveur.

La déliquescence provient de ce que le corps salin, en enlevant aux aqueuses qui flottent dans l'air, une partie de leur atmosphère, les force par ce moyen de s'unir à sa substance ; et ce corps perd sa solidité , parce que l'atmosphère de ses molécules devient plus étendue qu'auparavant.

L'efflorescence a une cause toute contraire, (-'e sont les molécules aqueuses répandues dans le corps salin qui, en s'évaporant, lui enlèvent la portion d'atmosphère qui le rendait solide. Ainsi c'est cette perte qui le rend pulvérulent.

Si l'évaporatiou de ces aqueuses avait lieu dans ime masse molle, ce corps deviendrait d'abord solide, comme on le voit dans la pâte qu'on fait cuire, puis friable, si la cuisson était troj) longtemps prolongée. Il en serait de même de certaines

DES PHYSECIEA'S MODERNES. 23

.substances qui perdraient une partie de leur atmosphère; de molles elles deviendraient compactes et puis friables ; on le voit dans la résine: et de liquides, elles passeraient à l'état de mollesse , comme on peut Tobserver à l'égard du miel.

La combustion est, d'une part, le dégagement de l'ignigène du corps qui brûle; et de l autre , la fixation de l'oxigène dans la même substance. Les anciens chimistes n'ont connu que le premier fait , et les modernes n'ont admis que le second; et par-là leur explication de la combustion est devenue fautive.

Stahl avait désigné sous le nom de phlogistique ce que je nomme ignigéne, et ceux qui suivaient la doctrine de cet homme célèbre croyaient que les molécules de ce feu élémentaire étaient logées dans les molécules des corps , comme dans de petites enveloppes , où elles étaient comprimées ainsi qu'un ressort bandé. L'expansion de ce feu produisait la combustion ; et le mouvement occasioné par la force expansive des premières molécules , entrant en déflagration , causait la rupture des particules voisines qui laissaient échapper à leur tour le feu qu'elles recelaient. Cette commotion , se communiquant ensuite de proche en proche, embrasait toute la masse. Le feu ou l'ignigène n'entourait donc point la molécule inflammable , mais il était contenu dans cette molécule, et l'air n'avait d'autre emploi que celui de réagir contre le feu, en concentrant son action dans un espace plus étroit par l'obstacle qu'il présentait à sa dissipation.

Le calorique , qui se rendait sensible pendant la combustion , avait donné à ces anciens chimistes l'idée de ce feu élémentaire; mais ils n'avaient pas pensé que l'air pouvait concourir de son coté

à la production de ce phénomène. Au contraire les chimistes modernes, s'apercevant que Toxigène de lair se fixait dans les corps au moment de la combustion , et ne pouvant recueillir dans des vaisseaux fermés ce phlogistique , comme ils y rassemblaient l'oxigène , prirent le parti de nier l'existence de cette première substance , et de faire dépendre tont le phénomène de la combustion , de la fixation de la matière oxigène. Ce n'était donc plus le corps inflammable qui abandonnait alors le phlogistique ; mais l'oxigène répandu dans l'atmosphère laissait , selon eux , échapper, en se fixant dans ce corps, la lumière et le calorique qui le retenaient dans l'état gazeux.

Les chimistes modernes croyaient cette explication d'autant plus plausible, qu'ils voyaient que, dans la calcination des métaux, ces substances acquéraient plus de poids par la fixation de l'oxigène. Cette augmentation de poids ne doit pas surprendre, parce que la molécule oxigène étant plus grosse que celle de l'ignigène , a par conséquent plus de pesanteur spécifique que cette dernière substance.

La respiration provient de l'échange partiel que font entre elles , malgré la membrane qui les sépare , les molécules du sang et celles de Fair. Le sang abandonne à l'air une partie de lignigène qu'il possède , et l'air lui donne à son tour beaucoup de son oxigène. Si la molécule du sang n'avait que l'oxigène , il n'y aurait plus de respiration.

La digestion s'effectue encore par le troc que les alimens et les sucs de l'estomac font d'une portion de leurs atmosphères. De là cette chaleur interne que l'on sent quand on a bu un verre de bon vin ou quelque liqueur forte. Enfin , le princi])e rafraîchissant est l'oxigène, et l'échauffant

DES PHYSICIENS ^lODIiRINES. 1"]

l'ignigène. De leur mélange , dans de certaines proportions , dérive le principe nourrissant et salubre.

Il n'est pas nécessaire que le corps qui brûle n'ait que l'ignigène , car il peut avoir aussi des molécules oxigènes entremêlées avec l'ignigène, mais en moindre quantité. Ainsi l'ignigène domine toujours dans les substances combustibles, mais jamais l'oxigène; et ce qu'il faut observer encore, c'est que moins l'ignigène des corps combustibles tiendra à sa base , plus ces corps entreront promptement en combustion.

Dans la combustion , la molécule de l'air , en lâchant une portion de son oxigène , s'empare d'une partie de l'ignigène que le corps combustible abandonne. C'est pour cela que de l'air renfermé sous une clocle de verre, et dans lequel on a fait brûler quelque substance, ne peut plus Servir à la combustion ; et c'est encore par la même raison qu'il se vicie si promptement par la respiration.

Il est bon de remarquer encore ici que , par l'effet du dégagement partiel des particules atmosphériques , les bois éclatent , les rochers humides se fendent dans le temps des frimats ; que l'eau qui se réduit en glace a une force étonnante , et que la poudre à canon et les autres poudres inflammables ont tant d'énergie en s'enflammant. Ce sont donc les gaz formés au milieu de ces substances qui , par l'action puissante de leur élasticité due au mécanisme des petites atmosphères , produisent ces terribles phénomènes. Les métaux se contractent par le froid, qui leur fait perdre une portion de l'atmosphère de leurs molécules ; au lieu qu'ils se dilatent lorsque la chaleur augmente l'étendue de cette même atmosphère.

aS ERREURS Dl'.VOILÉES

Nota. J'ai cm devoir m'étendre un peu snr Te mécanisme de ces petites atmosphères, parce que le sujet en est tout neuf, que personne ne l'a traité, et niéme que personne ne l'a imaginé, du moins dans sa totalité, D'ailleurs, j'ai pensé que le lecteur serait bien aise d'avoir sous les yeux le tableau d'un grand nombre de phénomènes qui dépendent de ce mécanisme; mais je dois prévenir que j'en ai omis plusieurs pour ne point paraître trop prolixe.

Faux aperçus des Sa^'aiis au sujet des petites -atmosphères.

Long-temps après avoir découvert l'existence des petites atmosphères qui entourent les molécules de toutes les substances matérielles , je fus étonné de voir dans le Dictionnaire de physique de Paulian, à l'article Haies, que ce dernier physicien avait déjà soupçonné que l'air ou plutôt la matière gazeuse qui se manifestait lors de ses expériences chimiques, était dans les corps en un état de solidité et de fixité à l'instar d'un ciment. C'était là vraiment une bonne idée, et il paraîtra étonnant que Haies n'ait pas su lui donner un plus grand développement ; car quoiqu'il parlât de ciment, il restait à démontrer comment le ciment unissait les corps ; et l'on a déjà dû s'apercevoir que cette union provient de la force attractive que les particules atmosphériques exercent sur les molécules bases , et celles-ci sur ces particules. Haies ne pensa donc jamais au mécanisme de ces petites atmosphères.

Quelques Cartésiens saisissant sans doute l'idée de Haies , et convaincus enfin du néant de l'impulsion et de la matière subtile de Descartes ; mais ne pouvant admettre l'attraction émise par Newton, laquelle leur paraissait chimérique, en-

DES PIIYSICIÏÏXS MOnERNrS. ^i^

séignèrent , ainsi que le dit Sigorgne dans ses Institutions newioniennes , page 38o , que les phénomènes de la cohérence « partent d'un principe interne et [)ropre aux corps mêmes ; mais que cette force intérieure n'est qu'une atmosphère qui pénètre la substance de ces corps et se répand autour de leur surface ; que ces atmosphères invisibles se mêlent dès qu'elles se touchent, et forcent par-là les corps quelles enveloppent de s'apj)rocher. »

Ce passage de l'ouvrage de Sigorgne ine surprit plus que ne l'avait fait l'idée de Haies, et je crus que ces Cartésiens avaient enfin trouvé ce qui m'avait coiité tant de temps et de peine : mais ayant continué ma lecture, je vis que leur opinion n'était que hasardée, qu'ils ne l'avaient pas même bien conçue ; puisque au lieu de donner ces atmosphères à toutes les molécules des cor[)s , et de les faire servira expliquer encore la fluidité , la molesse , l'élasticité et autres phénomènes qui y ont quelque rapport, ils ne les avaient admises que pour la seule cohérence ; sans se douter aucunement que ces atmosphères n'étaient pas toutes de la même sorte , et qu'il y avait deux différentes espèces de particules atmosphériques ; que ces atmosphères pouvaient augmenter el diminuer, et même passer d'une molécule à une autre, suivant les circonstances. D'ailleurs pour donner plus de poids à leur opinion , il leur eût fallu démontrer encore, comme je me propose de le faire , que notre atmosphère était la cause de la descente des graves — Aussi les Nev toniens combattirent-ils vivement l'assertion de ces Cartésiens. « Car, disait Sigorgne qui écrivait en faveur du système de Newton , que peuvent produire ces atmosphères si elles sont en repos ? Loin de se mêler, ne doivent- elles pas se repousser avec

3o ERREURS DjiVOILÉES

une force proportionnée à l'énergie de leur mouvement ? Quelle pourrait d'ailleurs être leur origine ? Comment ne se dissiperaient- elles pas à Tair, lorsqu'il est agité, ou à la chaleur du feu dont le propre est de tout évaporer ? Pourquoi leur mouvement ne s'épuise-t-il pas à la longue , et n'est-il pas, s'il subsiste, le principe de leur destruction , l'existence du vide étant surtout constatée ? » (i)

Aucun Newtonien n'a démenti ces paroles de Sigorgne , tous l'avouent au contraire ; et ce qui est singulier , c'est qu'en voulant nier l'existence de ces atmosphères qui déposent contre eux, ils prouvent en même temps , mais malgré eux , la fausseté de leur hypothèse du vide.

Effectivement si , comme le dit Sigorgne , une atmosphère quelconque ne peut exister dans le vide avec quelque mouvement, comment l'atmosphère terrestre, qui est si élastique et qui fait des efforts continuels pour se mettre en liberté , ne s'est -elle pas dissipée par l'effet de sa rotation journalière et rapide ? Donc si cette atmosphère reste adhérente à notre globe, le vide réel n'existe pas. La conséquence est simple et à la portée de tous les esprits ; et l'on peut encore se convaincre , comme il est facile de le démontrer , que les Newtoniens ont souvent pris le change à l'é»gard des phénomènes. Car sachant que les atmosphères homogènes d'un corps éleclrisé se repoussent mutuellement , ce qui n'a lieu cependant que jusqu'à un certain point , ils ont imaginé qu'il en arriverait de même à l'égard de toutes les atmosphères : mais cela est contredit par le phénomène des petites aiguilles qui flottent sur une eau limpide et qui se réunissent avec leurs

(i) Voy. aussi Sigaud.Élem. de physique, "inédit. toin.I. p-4ï<

PES PHYSICIENS MODERNES. 3f

semblables par le moyen des atmosphères qui les entourent et que leur forme ce liquide ; lesquelles sont manifestement sensibles.

JSota. Les atmosphères qui enveloppent les molécules -bases des corps ne sont pas de la même espèce que celle qui entoure la terre. Les premières sont produites par des particules auxquelles Dieu a donné la propriété d'attirer les molécnles-bases etde s'attirer elles-mêmes, comme nous l'avons dit ; et l'autre n'a été formée que par la contraction de l'éther refoulé sur lui-même par le déploiement de la /nasse terrestre comme nous le verrons bientôt ; de là il s'ensuit que la pression de l'air a lieu de bas en haut et non de haut en bas comme le croient les Newtoniens. Or d'après cette différence essentielle entre ces atmosphères , celles des molécules-bases ne sauraient s'évanouir dans le vide , taudis que celle de la terre provenant d'une pression se dissiperait dans l'espace , si le vide absolu y existait , parce qu'étant très-élastique il n'y aurait aucune matière capable de la retenir en résistant à cette pression.

De la Figure des Molécules élémentaires.

La prodigieuse variété que l'on observe dans les divers individus d'une même espèce a fait dire aux physiciens , que dans toute la nature il n'existait pas deux molécules parfaitement semblables. Ils se fondent principalement sur l'observation qu'on a faite plus d'une fois, que parmi les feuilles d'un arbre , qui paraissent avoir toutes la même figure , on n'en trouverait pas deux tout-à-fait uniformes. Quoique cela soit vrai , on n'en doit pas conclure que les molécules élémentaires d'une même espèce soient dissemblables ; car celles-ci peuvent être réellement égales,

32 ERREURS Dl VOILÉES

et former cependant des agrégés qui différeront entre eux ; parce que le plus ou le moins de molécules qui entreront dans la formation de ces agrégés , doit nécessairement causer quelques variétés dans leurs figures.

La seule dissemblance qui existe dans la forme de toutes les molécules de la matière, consiste dans leur grosseur. Cette grosseur est différente dans chaque élément et dans chaque sorte de corps simples ; mais elle a la même dimension dans toutes les molécules d'un même élément , d'une même substance simple. S il en était autrement , le mercure puritié ne serait point partout homogène et également pesant ; un lingot d'or aurait dans son centre une densité différente de celle de ses extrémités ; l'air qu'on va chercher avec un aérostat au-delà des nuages , et l'eau qu'on puiserait au fond d'un gouffre , auraient ïjne pesanteur différente de lair qu'on respire sur la terre, et de l'eau que Ton prendrait à la surface de ce gouffre. Ainsi les mtdécules de l'air ont toutes la même grosseur ; il en faut dire autant de l'élément de l'eau , telle que serait celle-ci distillée. Les molécules de la lumière sont également uniformes. La terre ou la matière dure et compacte de notre globe n'est pas aussi simple que ces trois premiers élémens , puisqu'elle est formée de substances très-variées ; mais chaque espèce, chaque sorte qui la compose, a ses molécules dune même dimension. Les molécules d'un lingot d'or pur n'auront pas une grosseur différente de celle d'un autre lingot de la même qualité. S'il s'y trouve quelque dissemblance dans la pesanteur ou la densité , je parle toujours de l'or purifié , cela proviendra ou du resserrement plus ou moins grand des molécules , ou de la quantité plus ou moins grande de leurs

IIES PHYSICIFJNS MODERNFS. 33

particules atmosphériques ; car plusieurs moyens peuvent les en dépouiller partiellement. Ce que nous venons de dire de l'or , il faut l'appliquer aux autres métaux purs , et aux différentes substances salines ou pierreuses.

Maintenant quel sera le corps qui aura le plus de densité ou de pesanteur ? Sera-ce celui qui renfermera le plus de particules sous un volume donné , comme on le prétend ? Non , mais celui dont les molécules seront les plus grosses. Et effet , si de plusieurs petites balles de plomb, on forme un cube carré , ce cube ne pèsera jamais autant qu'un cube de même volume qu'on aurait fait tout d'une pièce par la fusion. Ainsi , parmi les corps solides ou liquides , à l'exception des gaz , ceux dont les molécules seront les plus grosses, seront aussi les plus pesans; tels sont le platine , l'or et le mercure. Mais ces molécules pourront- elles se comprimer , faire des vibrations? Seront-elles transparentes et percées à jour, comme le prétendent quelques physiciens? Non ; chacune de ces molécules sera opaque , sans pores, non élastique, ni compressible, formant un seul tout , et par conséquent insécable par rapport à nous; parce qu'elle n'est pas le produit de la réunion de plusieurs autres molécules. Donc qu'on joigne ensemble tant qu'on voudra , qu'on combine les mêmes molécules de mille manières , elles ne changeront jamais de forme ni de volume , et ne constitueront jamais plusieurs ordres de molécules ; de même que des balles de plomb arrangées de cent façons différentes ne seront toujours que des balles de plomb. Cette observation pourra convaincre les chercheurs de la pierre philosophale , qu'ils poursuivent une chimère dans la recherche de la transmutation des métaux ; puisque s'ils parvenaient

34 F.RRKL'RS DÉVOILKES

même à trouver le moyen de donner au plomb , au fer ou au cuivre les propriélés de l'or , ils ne pourraient jamais leur en donner la densité ou la pesanteur ; ce qui tromperait manifestement leur attente.

J'ai déjà dit que les molécules des corps étaient arrondies ; en voici la preuve. Les savons sont convenus depuis long temps que toutes les substances, même les plus compactes, deviendraient liquides , si l'on pouvait leur appliquer assez de calorique. Or ces corps pourraient-ils entrer en fusion si leurs molécules n'étaient pas globuleuses ? Pour se convaincre de cette vérité , qu'on prenne une certaine quantité de petits disques minces de métal , et qu'on les fasse surnager sur une eau limpide : si on les approche les uns des autres , ils se réuniront. Veut -on les séparer? Dans les interstices que les deux premiers rangs de ces disques l^iissent entre eux , qu'on fasse parvenir des aiguilles, ou de petits cylindres de liège humide que l'on tiendra plongés perpendi* culairement dans l'eau. Qu'en résultera -t- il ? la désunion de ces disques. Mais il n'en sera pas de même si l'on se sert de plaques carrées ou triangulaires qui ne laisseront pas de pores ; car alors nulle matière ne pouvant y être introduite , elles demeureront unies. Doue si les molécules n'étaient pas sphériques , les corps qu'elles composent ne pourraient pas être fusibles ni le devenir; puisque, navant point de vacuités ou de pores, elles ne sauraient où loger les molécules de lumière, cause de la fusibilité.

Veut-on voir encore que les corps ne pourraient être comprimés ou applatis par la pression et la percussion , qu'autant que leurs molécules auront cette forme arrondie ? Qu on prenne de petits cubes de liège semblables à des dés à jouer.

Après avoir été mis dans l'eau , ils s imironl. Si l'on plonge ensuite perpendiculairement dans ce liquide deux pUnclietles qui puissent renfermer ces cubes entre elles , et qu'on les rapproche Tune de l'autre; la pression qu'elles feront éprouver à ces cubes ne les divisera pas , et cette masse restera unie. On aurait le même résultat si ces morceaux de liège étaient des carrés longs , ou avaient d'autres figures dont les surfaces latérales fussent aplaties. JNlais si à ces cubes on substitue des tranches arrondies , toute la masse s'aplatira jusqu'à ce que la pression ne s'exerce plus que sur une seule rangée. Il en est de même de tous les corps. Pour qu'ils s'aplatissent par la pression ou sous le marteau, pour qu'ils se liquéfient par le feu ou qu'ils se dissolvent dans les fluides, il faut nécessairement que leurs molécules soient sphériques, quelle que soit la figure des corps qu'elles composent par leur réunion. Donc la forme qu'affectent les matières qui cristallisent, n'est pas une preuve que leurs parties constituantes aient la même tigure , comme le croient les physiciens. Elle dépend , comme je l'ai déjà dit, des petites atmosphères.

Voici quelques expériences qui viennent à l'appui de mon opinion, (f Le muriate de soude dis- » sous dans une solution d'urée , cristallise en » octaèdre, au lieu de prendre la forme cubique » qui lui est propre ; et le muriate d'ammonia- » que , qui cristallise en octaèdre , y prend la » forme cubique. » (r)

L'hydro-sulphure de baryte en se précipitant par le refroidissement , paraît sous la forme de cristaux très-variés. « Tantôt ces cristaux sont en

(i) Vo-vez Adet, Leçons élément, de chimie, édition de 1804 N» 899. "

» aiguilles, tantôt en prismes hexaèdres, souvent > en petites lames hexagones brillantes, (i) »

Yoilà donc des cristaux qui , dans certaines circonstances , prennent différentes figures. Estce que les molécules-bases ont changé de forme? Non , mais ce sont les particules atmosphériques, qui se groupant autour de ces bases , s'arrangent diversement , tantôt suivant la nature des solutions qui les contiennent , et tantôt selon le plus ou le moins de temps qu'elles emploient à se réunir ; niais toujours suivant l'ordre établi par la providence de celui qui a créé toutes choses.

Les plus grosses de toutes les molécules élémentaires des corps sont donc celles du platine , le plus pesant de tous les métaux ; et ensuite celles de l'or. Les plus petites sont celles de l'eau et de l'air , exception faite de la lumière dont les molécules sont beaucoup moindres. Les particules atmosphériques, c'est-à-dire celles de l'oxigène et surtout de l'ignigène , surpassent encore en ténuité les lumineuses , de manière que , dans l'échelle de la densité , l'ignigène et le platine occupent les deux extrémités.

S'il y a dans les corps autant de vide que le prétend surtout l'auteur de la Mécanique céleste.

Je dois ici relever une erreur des physiciens et des chimistes modernes qui pensent que trèsvraisemblablement il y a dans les corps plus de vide que de plein (aV Cela peut être vrai à légard des éponges, du liège, et de quelqiies autres substances spongieuses; mais cela est certainement faux, si on rapplique aux métaux , cailloux, marbres, bois durs, et même aux liquides de toute

(i) Voy. Adet , Leçons élém. de cbiœie édit. de 1804 N° 3y5. (a) Voy. Haùy, traité élcni. de jtl;ys ÎS® 7 , 2 et 3 édition.

espèce. Nombre d'expériences faites depuis longtemps avec soin auraient dû faire revenir ces savans de leur opinion; car on a tenté plusieurs fois de comprimer l'eau d'une manière très-sensible , mais on l'a toujours fait inutilement ; et cette propriété d'être ainsi incompressible , est même , suivant les physiciens , générale pour tous les liquides. Donc si ceux-ci ne sauraient se comprimer très-seiuiblement ^ c'est que par l'effet du contact immédiat, leurs molécules résistent à \a. pression , ne trouvant pas de vides où elles puissent se retirer : ce qui doit faire conclure qu'en général il y a dans les corps beaucoup plus de plein que de vide ; surtout quand on considère que les très-petits pores , formés par la jonction exacte de ces molécules arrondies, contiennent l'atmosphère de ces mêmes molécules , et la lumineuse entourée de son enveloppe atmosphérique.

Ce que je viens de dire prouve combien s'est trompé l'auteur de la Mécanique céleste, en pensant que la porosité des corps était énorme , et supposant qu'il y a dans les corps les plus denses six milliards de fois plus de vide que de plein ; et c'est d'après cette supposition erronée , qu'il prétend expliquer par les lois de la gravitation newtonienne tous les phénomènes de la cristallisation des corps, de la capillarité, de la réfraction de la lumière , des combinaisons chimiques (ij , tandis que ces phénomènes ne dépendent que des petites atmosphères.

(i) Voy. Sa Mécanique céleate ; supplément. Voy. aussi le Manuel de phys. pag. 53.

38 ERREURS ntVOlLtES

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