‹ Erreurs dévoilées des physiciens modernes dans l'explication des phénomènesChapitre 8 sur 37 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

DE L AIR ET DE l'ÉtHER

Notions générales.

JLj'air est, comme on sait, ce fluide élastique et invisible dans lequel nous vivons, qui entoure notre globe à nue grande hauteur, et qui sert à la respiration , à la combustion , et à la végétation. Ce fluide est le même que l'éther où nagent les corps sidéraux; et il n'en diffère que par sa densité, qui est d'autant plus considérable que ses couches sont plus près de la terre. L'éther ainsi condensé forme l'atmosphère terrestre. Sa condensation provient de son refoulement opéré par la masse de la terre, lorsque jaillissant du néant à la voix de son Créateur , elle prit place dans l'espace occupé déjà par cette matière éthérée et élastique que Dieu venait de créer. J'en parlerai plus amplement ci-après.

L'air ou l'éther est donc le premier des élemens, et, comme celles de toutes les substances , ses molécules sont rondes, d'une même dimension ; toutes massives, sans creux, ni vacuités, et environnées d'une atmosphère plus grande que celle des liquides , laquelle sert à les tenir dans l'état de fluide élastique par la propriété qu'elle a de ne point se mêler avec l'atmosphère des lumineuses qui demeurent fixes dans les interstices laissés par ces molécules réunies.

L'atmosphère de ces molécules aériennes on élhérées est mixte, c'est-à-dire composée doxigëne et d'ignigène , mais Toxigène s'en sépare , du moins en partie , beaucoup plus facilement que Tignigéne; ce qui est favorable à la respiration , à la combustion, et à d'autres phénomènes qui y ont quelque rapport.

Le mélange des lumineuses avec les aériennes ne doit pas empêcher de regarder l'élher comme un corps simple; puisque toutes les substances sont dans le même cas ; c'est-à-dire que dans chacun des pores formés par l'assemblage plus ou moins exact de leurs bases, se trouve toujours une molécule de lumière avec son atmosphère.

Quoique quelques savans aient fait mention de l'élher , aucun n'eu a jamais prouvé l'existence d'une manière certaine, et ne s'est imaginé qu'il fîit de la même espèce qtie notre air atmosphérique. Newton et ses partisans , quand même ils auraient pu soupçonner cette identité , étaient trop intéressés à la méconnaître; parce qu'un fluide capable de se coèrcer autant que l'air, ne pouvait pas être infiniment rare, et par conséquent n'était pas compatible avec leur hypothèse de la gravitation universelle. Aussi le géomètre Anglais, quoiqu'il ait fait quelque mention de l'éther, prétend que les espaces célestes que parcourent les planètes et les comètes sont dépourvus de tout fluide matériel , à l'exception cependant de quelques vapeurs très-rares et de quelques rayons de lumière qui, selon lui, ne font que passer ; ce qui a engagé certains Newtoniens a assurer sérieusement, par un étrange abus de calcul, que tout le fluide lumineux qui se trouve entre Saturne et le Soleil ne contient pas autant de matière réelle qu'un pied cubique d'air. Enfin , d'autres Newtoniens ou ont nié totalement l'exis-

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tence de Téther, ou ont soutenu quil était incapable d'opposer la moindre résistance à la course rapide des astres qui se meuvent dans Tespace.

Ces diverses opinions, dénuées de fondement, sont surtout démenties par les phénomènes C]ui déposent hautement contre l'hypothèse newtonienne ; car, si l'éther n'existait pas , ou que les espaces célestes fussent tels que le supposent ^Newton et ses partisans, 1 atmosphère terrestre, qui est si expansible, se serait , depuis bien des siècles , disséminée dans ces espaces vides ou presque vides ; et elle ne peut demeurer coërcée autour de notre globe qui la repousse par le déploiement de sa surface , que parce qu'elle est bridée par une matière qui l'empêche de se dissiper.

Fausses opinions des PJiilosophes sur Vélasticité de V Air et de VÈther.

Les philosophes qui n'ont pas pu s'imaginer que notre atmosphère avait été produite par le refoulement de la matière éthérée , opéré par le déploiement du globe terrestre lors de sa création, n'ont pu de même connaître ni la nature du fluide aérieti , ni la cause de sa grande élasticité , et pour les expliquer ils ont forgé des hypothèses tout-àfait absurdes. Les uns ont donc cru que l'air était composé de petits flocons semblables à des touffes de coton ou de laine; d'autres soutiennent qne ses particules sont contournées en cerceaux, ou formés en spirale comme des fils d'arclial, des copeaux de bois ou le ressort d'une montre , et que, pour la formation de l'air, il sufflrait de produire des molécules ainsi disposées. Or, disentils, c'est à ces sortes de figures que l'air doit son étonnante élasticité. Newton a eu raison de ne pas croire cette contexture des parties, suffisante

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pour expliquer cette élasticité; et il a proposé une autre hypothèse qui n est pas plus admissible. II prétend que tous les corps ont un pouvoir tantôt attractif, tantôt répulsif; et que lorsque, par quelque cause , la force attractive de leurs particules est surmontée à un tel point qu'elles cessent d'être dans la sphère d'attraction , alors la force répulsive, commençant d'avoir lieu , les écarte d autant plus les unes des autres , qu'elles avaient plus d'adhérence entre elles; et que c'est de cette manière que se forme un air permanent. Enfin, dans son Traité d'Optique ^ il avance que « comme dans 1 algèbre les quantités négatives :» commencent où les affirmatives disparaissent , » ainsi dans la mécanique la vertu repoussante » doit paraître là où l'attraction vient à cesser ; » que cela suit de la production de l'air et des » vapeurs; et que c'est en conséquence de cette » même puissance repoussante que les mouches » marchent sur l'eau sans se mouiller les pieds, » etc. » Pour peu qu'on fasse usage du sens commun , on concevra que ces raisonnemens de Newton sont indignes d'un génie d'une si grande célébrité. Il est vrai que quelques-uns de ses admirateurs disent, pour l'excuser, que ce savant n'a point donné ses Questions d'Optique comme des assertions, mais comme des doutes. Soit : mais n'aurait-il pas mieux fait de supprimer ces rêves philosophiques ? x\insi aurait-il empêché que des géomètres renommés les prissent pour des vérités, par l'habitude qu'ils ont de jurer à tout propos et hors de propos par le nom de ce grand homme.

Ce que j'ai déjà dit, démontre combien sont erronées ces diverses ojtinions sur la figure des molécules de l'air et sur son élasticité surprenante. Ces molécules ne sont ni des cerceaux , ni des

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spirales, ni agglomérées comme des flocons de laine; mais elles sont arrondies de même que celles de tons les corps, tcnit d'une pièce, et entourées d'une atmosphère très- étendue. C'est cette très-grande atmosphère qui, conjointement avec celle des lumineuses sises dans les pores ou les vides que laissent des molécules arrondies et réunies, est la cause de la grande élasticité de l'air; car on a vu précédemment que plus les molécules d'une substance possédaient de couches atmosphériques, moins ces nudécules avaient de force attractive pour leurs semblables, et moins elles pouvaient résister à la force répidsive des molécules de lumière qui existent dans leurs pores, et dont l'atmosphère s'agrandit communément à proportion que celles des opaques augmente. De sorte que si les corps les plus compactes, les métaux , par exemple, pouvaient prendre une atmosphère permanente proportionnée à la grosseur de leurs molécules à linslar de celle de l'air, ils deviendraient fluides élastiques comme celui-ci ; et de même, si les molécules aériennes abandonnnient une grande portion de leurs particules atmosphériques, elles passeraient à l'état fluide , et enfin à l'état mon , et puis solide , selon quelles en perdraient davantage; parce que l'atraosphere moléculaire , en se réduisant jusqu'à un certain point, voit augmenter sa puissance attractive pour sa semblable et pour la base qu'elle enveloppe; mais en deçà, la substance n'est plus que friable ou pulvérulente. Or, c'est ainsi que les mf)lécules de l'air, par le changement accidentel de leur enveloppe atmosphérique opéré dans diverses combinaisons toutes naturelles, se changent quelquefois en des produits qui ne paraissent presque plus de la même nature.

Puisque la matière élhérée est de la même espèce

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que notre air dont elle est nécessairement la continuation , il s'ensuit que tout ce que nous venons de dire de l'air s'applique naturellement à rélher. Cependant Newtoîi croit que, si l'élher existe, il doit être sept cent mille fois plus rare que l'air que nous respirons. Mais qui n'aperçoit point que ce calcul est hyperbolique? En effet, si la matière élhérée est d'une telle rareté, comment peut- elle cocrcer notre atmosphère qui est si élastique et qui fait des efforts continuels pour s'étendre et se dissiper? Ou plutôt, comment cette matière si subtile a-t-elle pu se condenser autant que notre fluide atmosphérique par le développement de la masse de notre globe , qui n'a que trois mille lieues de diamètre? C'est là une difHcidté qiie les Newtoniens n'ont pas prévue et qu'ils ne résoudront jamais , même en supposant leur matière subtile, qui leur sert, dans le besoin , pour expliquer certains phénomènes dont ils ne peuvent rendre raison.

Nos chimistes modernes se sont encore imaginé que notre atmosphère provenait des exhalaisons du globe terrestre; comme si des vapeurs qu'ils ont reconnues pour méphitiques et incapables de prolonger la vie, pouvaient servir à la combustion et à la respiration. Comment ontils pu enfanter une telle erreur? par une fausse analogie. Ils ont vu que dans leurs expériences chimiques il se produisait une certaine quantité de fluide élastique d'espèces différentes. Donc, sans autre réflexion , ils ont dit : Puisque le globe terrestre exhale fréquemment de tels fluides qui s'élèvent, tout l'air qui s'étend au-dessus de nos tètes doit être le produit de ces fluides. En pensant ainsi , ils ont fait comme un homme qui , voyant le limon d'un étang se mêler , dans une tempête , avec les ondes , s'imaginerait que ce limon a

produit Teau de l'étang. Certainement cet homnve raisonnerait fort mal, puisque la bourbe ne demeure pas toujours confondue avec l'eau , et que tôt ou tard elle s'en sépare. Il en est de même de tous les fluides élastiques que notre globe exhale: ils ive sont pas permanens dans notre atmosphère; mais ils se décomposent dans différentes circonstances. Donc ils ne peuvent point former une atmosphère qui reste toujours la même. D'ailleurs ces chimistes n'ont pas prévu que dans le cas où notre air atmosphérique devrait son existence à la seule production de ces fluides , il aurait dû être un temps où il n'y avait point d'atmosphère ; donc les premiers hommes qui ont habité la terre ne respiraient pas , quoiqu'ils eussent , comme nous, des poumons pour respirer. De plus, depuis le temps que le monde existe et que la terre produit des exhalaisons, ces vapeurs méphitiques auraient dû s'accumuler dans une proportion effrayante. De là il s'ensuivrait que les hommes de ce siècle ne pourraient, autant que leurs ancêtres , prolonger leur existence ; et cependant l'histoire dépose que depuis plus de trois mille ans , il n'y a pas de différence dans la durée ordinaire de la vie humaine.

Nota. Je reviendrai ailleurs sur d'autres propriétés de l'atmosphère terrestre , parce qu'elles me paraissent de la plus grande conséquence.

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