‹ Erreurs et mensonges historiques (volume 2)Chapitre 10 sur 15 · LES GRIMES DE SAINTE GLOTILDE · texte numérisé non relu

LES GRIMES DE SAINTE GLOTILDE

temps n'auraient pu éteindre ni même adoucir ses ressentiments. Mais, dira-t on, c'est qu'elle l'était, en effet, vindicative, celte reine, qui avait demandé k Clovis, comme joyeux avènement, en entrant en France, la permission de faire ravager les plaines des Burgondes!... Très-bien; mais ce trait lui-même est-il prouvé? Et n'est-il pas aussi douteux que celui dont nous cherchons à établir ici la fausseté? Examinons-le, puisqu'il se présente incidemment. Ce serait là la première vengeance de Clotilde. Voyons ce qu'il en est. Il suffit de lire cette anecdote pour n'y pas croire. La voici telle qu'elle est racontée par M. Henri Martin (1), d'après Frédégaire (2), qu'il suit assez fidèlement : « Le cortège (qui amenait Clotilde en a France) apprend, chemin faisant, qu'Arédius est rea venu de sa mission dans l'empire d'Orient: Clotilde, k a cette nouvelle, quitte sa baslerne, monte à cheval, et se a. dirige à grandes journées vers le pays franc, tandis a qu'Arédius excile Gondebaud à retirer sa parole et k «c dépêcher ses soldats après sa nièce, de crainte qu'elle « ne cherche à venger ses parents mis à mort, si jamais elle a croît en puissance. }i[ci\sïes,cone franke a les devants et « gagne le territoire de Troyes, première cité du royaume a de Chlodovvig. Avant de franchir la frontière et de « joindre Chlodovvig, qui l'attend à Villariacum (Villers « ou ViUori) (3), Clotilde prie ses conducteurs de piller « et de brûler deux lieues de pays burgondien, de chaque o côté de la route : on va demander la permission à

(1) Hist. de France, tome I, p. 431.

(2) Chroniques, chap. xix.

(3) Double erreur de la tiarlde M. H. Martin ; mais il est conlumier du fait.

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ce Chiudovvig, qui s'empresse de l'accorder, et lesFraiiks « se mettent à l'œuvre.

— Dieu tout-puissant, je te rends grâce I s'écrie alors « Clotilde; je vois enfin commencer la vengeance de mes a parents et de mes frères! »

Gomme tout cela est vraisei^blablel

Est-il bien croyable d'abord que Glovis, pour satisfaire un caprice, ait permis un acte aussi grave, acte qui, en tout temps et en tout pays, est certainement un casus helli?

Et puis, est-ce que toutes les circonstances ne paraissent pas ici bien surprenantes?... Ainsi l'escorte de Clotilde, talonnée par les soldats de Gondebaud, trouve le tem'ps cependant d'envoyer vers Glovis, d'attendre sa réponse, enfin, de se mettre en besogne et de vavager deux lieues de pays!... Piller et, brûler, c'est-à-dire piller les habitations, brûler les arbres et les maisons sur une étendue de deux lieues, demande certains loisirs, il nous semble, quand on est, en petit nombre. Ge n'était point une armée, en efff l, c'élaii uu- .-impie escorte qui accompagnait Glotilde, cl la jeuni; iiaucé ■ courait grand risque d'être ramen '.; a la, cour di- t>o:f oh.io. Et quelle douce fiancée, grand Dieu I Voici des lueurs bien sinistres pour torches nuptiales ! Voici une singulière pfière adressée à Dieu, la veille d'un mariage!

On a réponse à tout, il est. vrai ; « Ge dernier trait (la prière de Glotilde), si profondément g-erma/iigue, ce cri de l'âme n'a certes pas été inventé par le chroniqueur (1), »

Ainsi, c'est \q germanisme qui explique tout? Ces cœurs germains étaient si barbares! Sainte Glotilde, en sa qua-

(IJ H. Martin. Hist. de Frmce, 1. 1, p. 432.

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lilé de Germaine, était bien capable de tout cela, — donc elle l'a fait. 11 est vrai aue M. Henri Martin, trouvant la preuve un peu faible, a soin d'ajouter : « Clotilde mani- « testa longtemps après, i>ar de plus terribles marques, cet « esprit aveugle et im-j'acable, »

La preuve que CloVi^ae a fait ravager sa patrie avant de la quitter, c'est qu'elle a plus tard armé ses fils contre elle. Ainsi, on prouve un iaii douteux par un fait aussi douteux. Puis, d'autres viendront qui, pour prouver que Glolilde a pu exciter h la guerre contre Sigismond, citeront l'exemple de sa première vengeance.

Sortira qui pourra de ce cercla vicieux. Et voilà comment on se forme une opinion, comment on écrit l'histoire. Mais il y a plus, M. H. Martin se réfute lui-même. En effet, quelques lignes avant le récit que nous avons cité, l'historien avait dit, en parlant du mariage de Clovis avec Clotilde ; « Cette union et ses graves conséquences « frappèrent vivement l'imagination populaire, et le ma- « riage de Glolilde devint le texte de récits romanesques, a qui allèrent s'ornant et s'embellissant de génération en a génération. »

Etc'est cet amas de fables que l'on change en source historique! Et c'est dans ces récits romanesques que l'on va chercher des preuves pour accuser sainte Clotilde! Puisque cette anecdote est prise dans ces récits romanesques ornés et embellis par le temps, on peut la rejeter sans même s'enquérir de quelle source elle est sortie. Le chroniqueur ne l'a pas inventée, sans doute; il n'a pas eu non plus l'intention de calomnier sainte Clotilde; il a seulement recueilli un peu de ces récits embellis par l'imagina lion populaire, qui avaient cours de son temps.

Ua'on n'apporte doue plus cette première vengeance

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