LES GRIMES DE SAINTE C^OTILDE
Après la mort du roi son époux, Glotilde s'était retirrc auprès du tombeau de saint Martin, à Tours. Là, dit Grégoire de Tours, elle vivait en toute bénignité et chastelé. Et cette sainte veuve, occupée de bonnes œuvres et de méditations, quitte tout à coup sa retraite; il lui faut du sang. Elle appelle aux armes trois puissants monarques; elle livre au pillage et à la mort de vastes et belles provinces; elle veut mettre sa patrie en feu; il faut que la Burgondic maudisse à jamais le jour où elle a donné naissance à une royale furie I Bien plus, Clotilde déchaîne un fléau qui va peut-être bouleverser l'Europe; c'est peut-être larrèt de mort de sa famille qu'elle proclame elle-même, car elle ne peut prévoir lissue de la lutte, et elle expose ses fils aux chances capricieuses de la fortune !
Quelle femme, grand Dieu! quelle mère! quelle chrétienne ! Et que dire de cette bênig?iité?
Nous savons bien que, pour les historiens d'une certaine école, ces considérations sont nulles ; et ils ont bientôt répondu, comme M. Henri Marlin, parlant de sainte Glotilde, que, chez les barbares, le christianisme n'existait guère quà la surface. G'est vite dit. Sera convaincu qui pourra. Pour prouver des faits contestés, on allègue le caractère des barbares, et le caractère, on le peint à l'aide de ces mêmes faits contestés. Quoi qu'il en soit, si bouil-^ lant qu'ait été le sang barbare, l'âge ne devait-il pas le calmer?... Glotilde n'était plus jeune en 523! Et ce n'était pas une blessure récente qui faisait saigner ce cœui loyal. 11 y avait trente ou quarante ans que Gondebauc avait fait mettre à mort le père et la mère de la reine des Francs,
11 faudrait supposer sainte Glotilde bien vindicative; puisque ni les motifs puissants de religion, ni l'âge, ni 1(